
L'envie de savoir
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Rétrospective Trémois : une ode à la vie et à la beauté
Jusqu’au 26 octobre, deux expositions proposent une rétrospective de l’œuvre de Pierre-Yves Trémois, membre de l’Académie des beaux-arts. La première rend hommage au « fou du trait » tandis que la seconde présente « Les Grands livres illustrés » qu’il réalisa tout au long de sa vie, souvent pour des écrivains amis tels que Henri de Montherlant, Marcel Jouhandeau, Paul Claudel, ou encore Jean Rostand. « Du premier coup d’œil, on reconnaît un Trémois, comme on reconnaît un Buffet, un Miro, un Bacon ou encore un Mathieu », remarque Yvan Brohard, commissaire de ces expositions. Privilège des grands artistes, ce style propre est d’autant plus remarquable que, comme en témoignent ces expositions, tout au long de sa vie Pierre-Yves Trémois a exploré une infinie variété de techniques (dessin et peinture bien sûr, mais aussi monotypes, sculpture, céramique, orfèvrerie…) et de sujets avec pour unique boussole un désir insatiable de célébrer la vie et la beauté sous toutes leurs formes.
Alain Finkielkraut à la première personne
« Réactionnaire, disent-ils. Le moment m’a semblé venu de faire le point et de retracer mon parcours sans faux-fuyants ni complaisance. » C’est ainsi qu’Alain Finkielkraut, de l’Académie française, décrit l’impulsion qui l’a conduit à se raconter dans un ouvrage présentant son itinéraire intellectuel de mai 68 à nos jours (À la première personne, Gallimard, septembre 2019). Revenant sur les lectures, les rencontres et les événements qui l’ont façonné, il nous conte de façon vivante, subjective et sincère un demi-siècle de vie intellectuelle. En se dévoilant, Alain Finkielkraut révèle surtout notre époque : ses enjeux, ses écueils, ses faux-semblants… Ce « mécontemporain » est décidément indispensable à la compréhension de notre temps.
Les mutations romaines de la res publica
Chacun le sait : le nom même de notre République fait référence à la res publica romaine. Mais comment interpréter cette référence insistante à une société pourtant foncièrement inégalitaire et pétrie d’idéaux aristocratiques ? Pour répondre à cette question Claudia Moatti, professeur à l’université Paris 8, a réalisé une minutieuse enquête sur la façon dont les romains eux-mêmes envisageaient la chose publique : Res publica. Histoire romaine de la chose publique (Éditions Fayard, 2019). Cet ouvrage distingué par le Prix Millepierres décerné par l’Académie française, met l’accent sur le caractère évolutif d’une notion qui, dès l’origine, subit de nombreuses inflexions au gré des enjeux et des rapports de forces politiques. Dans l’entretien qu’elle nous a accordé, Claudia Moatti explique ainsi qu’après avoir été envisagée comme la somme dynamique des interactions entre citoyens, la res publica est progressivement devenue, à l’aube de l’avènement de l’Empire, une référence transcendante mobilisée pour disqualifier tout désaccord. Nul doute que cet ouvrage confirme combien le détour par l’antique continue d’éclairer les enjeux politiques et institutionnels qui sont ceux de notre propre République.
Voyage aux sources (merveilleuses) de la vie
« Aujourd’hui, le temps nous manque souvent pour réfléchir à notre condition, à ce que nous sommes, d’où nous venons, à notre position dans l’Univers. Pourtant cette réflexion est essentielle pour vivre pleinement », écrit le biologiste Éric Karsenti. Pour sa part, il a consacré sa vie à mieux comprendre les mécanismes qui régulent le cycle de la division cellulaire. C’est le fruit de cette quête qui l’a mené de l’Institut Pasteur à la direction scientifique de l’expédition Tara Océans en passant par le Laboratoire européen de biologie moléculaire qu’il restitue, pour le grand public, dans un récent livre : Aux sources de la vie (Éditions Flammarion, 2018). Avec une capacité intacte d’émerveillement devant le « miracle » de la vie, il explique au micro de Canal Académies les mécanismes d’auto-organisation qui président aussi bien à l’apparition de la vie sur terre qu’au développement du « prodige de complexité » qu’est le fœtus humain.
Carnets d’étonnements et d’impressions autour de l’exposition « Héritage immortel »
Au début de l’été 2019, le Musée national d’art de Chine a organisé l’exposition « Héritage immortel » présentant au public chinois une sélection d’œuvres des sculpteurs Claude Abeille, Jean Anguera, Jean Cardot, Antoine Poncet et Brigitte Terziev, membres de l’Académie des beaux-arts. Pour évoquer cette manifestation illustrant le dynamisme des liens noués entre l’Académie et les institutions culturelles chinoises, nous avons reçu Jean Anguera, Claude Abeille ainsi que Didier Bernheim, délégué de l’Académie pour les relations avec la Chine, qui ont fait le déplacement pour l’inauguration de l’exposition. Leur libre conversation ne se limite toutefois pas à cet événement. Il prend la forme d’un véritable carnet d’étonnements et d’impressions au fil duquel il est question de l’œuvre du sculpteur Wu Weishan, de la curiosité du public chinois pour l’art, de la volonté des artistes chinois de concilier ouverture au monde et préservation de leur singularité, et bien d’autres sujets encore…
Olivier Houdé : La grande aventure de la psychologie, de Psyché à nos jours
« Pour les étudiants en psychologie et pour le grand public qui veulent percevoir l’originalité, la force et le relief actuel de cette science, l’histoire est la meilleure façon de l’aborder », écrit Olivier Houdé, professeur de psychologie du développement à l’université Paris-Descartes, en introduction de son dernier livre (Comment fonctionne notre cerveau, Presses universitaires de France, 2019). Synthèse des recherches qu’il mène depuis trente ans au croisement de la psychologie de l’enfant et des neurosciences cognitives, cet ouvrage réenracine les avancées actuelles de la psychologie dans la longue histoire des questionnements humains sur l’esprit, l’âme et le cerveau. Au fil de l’entretien qu’il nous a accordé, il présente les apports essentiels des penseurs du passé : Platon psychologue, Montaigne psychologue, Pascal psychologue, Darwin psychologue… jusqu’aux fondateurs de la ‘psychologie officielle » à la fin du XIXe siècle. De la sorte, cet acteur de la recherche actuelle souligne qu’au-delà des fécondes avancées permises par les techniques actuelles, la psychologie doit rester un humanisme.
Jacques de Lacretelle, prince des Lettres et des Années folles
Prix Femina en 1922 avec Silbermann, Grand Prix du roman de l’Académie française avec Amour nuptial, Jacques de Lacretelle a été élu en 1936 à l’Académie française. Il est l’une des figures les plus caractéristiques du Tout-Paris littéraire des années 20. En brossant, dans un livre distingué en 2019 par le Prix de l’essai de l’Académie française (Tout un monde, Editions de Fallois, 2019), le portrait de ce père admiré, ce sont ces Années folles - de créativité débridée - qu’Anne de Lacretelle fait revivre avec élégance, vivacité et un brin de nostalgie dans un récit au fil duquel on croise nombre d’écrivains célèbres tels l’ami Paul Morand et le maître Marcel Proust.
Romulus, jumeau et roi : un récit mythologique indo-européen ?
Et si la légende de Romulus représentait la version romaine d’une antique tradition indo-européenne relatant l’émergence de l’humanité civilisée sous la forme d’une société tripartite dans laquelle les fonctions spirituelle, guerrière et productive coopèrent pour rompre avec le chaos originel ? C’est l’hypothèse stimulante formulée par Dominique Briquel à l’issue d’une vaste étude de mythologie comparée mettant en lumière les similitudes existant entre l’histoire de la fondation de Rome et d’autres récits, essentiellement issus des mythologies iraniennes, arméniennes et scandinaves.
Un collectionneur de génie au siècle des Lumières
« Jusqu’au 27 septembre 2019, le Louvre propose une exposition consacrée aux dessins italiens de la collection Mariette. Commissaire de cette exposition, Pierre Rosenberg, de l’Académie française, brosse le portrait de Pierre-Jean Mariette, en qui il voit un contributeur majeur de l’histoire de l’art ayant notamment perçu avant nombre de ses contemporains l’importance du dessin et de la gravure. Mais cette émission, menée avec la participation de l’experte en dessins et tableaux ancien Alix Laurent-Bellue, est aussi l’occasion, pour le président-directeur honoraire du Louvre, de se livrer à de belles digressions les mérites comparés des écoles française, italienne et hollandaise de dessin ainsi que sur le goût de l’art et des collections. »
Le nœud gordien : Pompidou moraliste et visionnaire
À l’occasion du cinquantième anniversaire de l’accession de Georges Pompidou à la Présidence de la République, les éditions Perrin ont réédité son livre Le Nœud gordien, rédigé à l’été 1968. Comme le souligne l’historien Éric Roussel, préfacier de cette réédition, bien que fortement marqué par les « événements de mai », ce livre constitue bien davantage qu’une œuvre de circonstance. Analysant les mutations de la société et la montée d’aspirations nouvelles, le futur Président s’y révèle moraliste et même visionnaire tant le « nœud gordien » qu’il décrit apparaît toujours présent au cœur de la société française. Au fil des pages, on découvrira ainsi les réflexions avisées du futur Président sur les tensions entre politiques et technocrates, individualisme triomphant et aspirations à un dessin commun, déclin des religions et sentiment croissant de la vacuité d’une vie vouée à la seule consommation…
Un autre regard sur la prédication au Moyen Âge
Comment être écouté et se faire entendre des simples gens ? Comment les entretenir efficacement de Dieu, des anges et des saints ? Comment les inciter à une authentique conversion ? Ces questions sont celles que se posaient les prédicateurs du Moyen Âge, dont la médiéviste Nicole Bériou souligne, dans un récent ouvrage (Religion et Communication, Éditions Droz, 2018), la volonté de parvenir à l’excellence dans l’art oratoire. En révélant notamment leur constant souci d’innovation, elle nous invite à porter « un autre regard sur la prédication Moyen Âge », mais aussi sur l’ensemble de cette période, décidément plus inventive qu’on a longtemps voulu le dire.
Dernières nouvelles du Big Bang
Bien qu’il se soit produit il y a près de 14 milliards d’années, le Big Bang fait, aujourd’hui encore, l’objet d’une intense actualité. En effet, au fil des découvertes et des travaux de recherche, de nouvelles hypothèses viennent enrichir la théorie initiale suscitant de nouvelles questions dans un processus d’expansion des connaissances qui n’a rien à envier à celui de l’univers. Dans un récent « Que sais-je ? » consacré au Big Bang, François Combes en fait le bilan, sans oublier de présenter des perspectives vertigineuses qu’ouvrent ces travaux comme, par exemple, la possible existence non d’un univers mais d’une infinité de « multivers ».
D’Annunzio le Magnifique
"Trop souvent célébré de son vivant pour de mauvaises raisons, D’Annunzio est honni depuis sa disparition, il y a exactement quatre-vingts ans, et jusqu’à nos jours, pour des raisons encore plus mauvaises », écrit Maurizio Serra en épilogue de la biographie qu’il consacre à l’écrivain italien le plus célèbre de la Belle Époque. Cet ouvrage, récompensé par le Prix Chateaubriand 2019, se propose de présenter D’Annunzio tel qu’il fut vraiment, au-delà des clichés faciles et des anecdotes de troisième main. Plus qu’une biographie, Maurizio Serra signe une invitation à relire sans préjugés un immense écrivain, amoureux de la vie et hanté par la volonté grandiose de poétiser l’existence humaine par la plume et par l’action.
Kamel Daoud, l’insoumis
Bien connu en France pour la chronique qu’il tient dans Le Point et surtout pour son roman Meursault, contre-enquête, traduit dans plus de trente langues et couronné en 2015 par le Prix Goncourt du premier roman, l’écrivain algérien de langue française Kamel Daoud était le 5 juin 2019 sous la coupole de l’Institut de France pour recevoir le Prix mondial Simone et Cino Del Duca. Nous l’avons accueilli à cette occasion pour évoquer son œuvre et aussi ses combats. Absolument rétive à toute forme de soumission, l’écriture volontiers sensuelle de Kamel Daoud est en effet un vigoureux appel à l’émancipation des cœurs et des corps contre les abstractions totalitaires d’hier et d’aujourd’hui.
Singe toi-même ! Une défense de la singularité humaine.
En mettant en avant que l’homme et ses plus proches cousins - chimpanzés et bonobos - partagent plus de 98 % de génomes, certains de nos contemporains tendent à relativiser, voire nier, la singularité de Sapiens dans le règne animal. C’est à ces théories, parfois sous-tendues par une idéologie anti-humaniste, que répond, dans un ouvrage aussi vif que précis (Singe toi-même !, Éditions Odile Jacob, 2019), le neurobiologiste Alain Prochiantz en soulignant que si l’homme est bien un singe, il n’est décidément pas du tout un singe comme les autres.
L’enfant, l’adolescent, la famille et les écrans : appel à une vigilance raisonnée sur les technologies numériques
Ordinateurs, tablettes, téléphones, consoles de jeux vidéo… Dans le sillage de la « révolution numérique », les écrans ont littéralement envahi notre quotidien et davantage encore celui des enfants et des adolescents. Face à ce phénomène sans précédent, de nombreux éducateurs, qu’il s’agisse d’enseignants ou de parents, s’interrogent : faut-il s’inquiéter de l’usage, parfois immodéré, que font les jeunes générations de ces outils ? C’est à cette question que répond « l’appel à une vigilance raisonnée sur les technologies numériques » lancé conjointement en avril dernier par l’Académie des sciences, l’Académie nationale de médecine et l’Académie des technologies.
Conjurer le naufrage des civilisations
« C’est à partir de ma terre natale que les ténèbres ont commencé à se répandre sur le monde », estime Amin Maalouf dans son dernier ouvrage (Le naufrage des civilisations, Editions Grasset, 2019). Il y évoque les dérives successives nées de l’échec sanglant du modèle pluriel, cosmopolite et tolérant représenté par l’ancien Levant. Brossant en spectateur engagé une vaste fresque des événements qui, depuis un demi-siècle, façonnent notre monde, l’auteur exprime sans faux détour la crainte d’un naufrage provoqué par l’essor simultané du tribalisme identitaire et de l’égoïsme individualiste. Avec un souhait non dissimulé : contribuer à un nécessaire sursaut collectif.
L’humanisme juridique : une boussole pour naviguer dans la mondialisation
« La mondialisation perturbe les États sans les remplacer, car elle n’est pas une totalité agrégée une fois pour toutes, mais seulement un ensemble hétérogène de processus qui révèlent et parfois accroissent les interdépendances », souligne Mireille Delmas-Marty, membre de l’Académie des sciences morales et politiques dans un récent ouvrage (Sortir du pot au noir, Éditions Buchet-Chastel, 2019) Dès lors comment faire face aux nombreux défis dont ce phénomène tumultueux est porteur ? Pour l’auteur, professeur émérite au Collège de France, où elle a été titulaire de la chaire « Études juridiques comparatives et internationalisation du droit », la solution consiste à inventer un « humanisme juridique » permettant à l’humanité de se donner un destin commun tout en préservant sa belle diversité.
Jean d’Ormesson de A à Z
« Rien n’a jamais mieux résumé pour moi Jean d’Ormesson que la formule qu’emploie Shakespeare pour définir l’amour : ‘l’éternité plus un jour’. Personne n’a éprouvé comme lui une curiosité plus avide sur l’homme, son origine, son avenir, tout en ayant une aussi grande conscience de l’impermanence des choses et du caractère éphémère de la vie » , écrit Jean-Marie Rouart dans le Dictionnaire amoureux qu’il consacre à son ami et confrère. De A comme Académie à Z comme Zénon d’Élée, il y poursuit la conversation quasi journalière qui l’unissait à l’écrivain. Et de la sorte il partage bien davantage que ses souvenirs : un art, très français, de vivre et bien sûr de lire !
Le Musée du Crime : la mémoire du 36 quai des Orfèvres
Adresse mythique de la PJ, le 36, quai des Orfèvres a aussi été le siège du Musée et des archives de la préfecture de police de Paris que dirigea, de 1944 à 1970, Hélène Tulard, mère de l’historien Jean Tulard, membre de l’Académie des sciences morales et politiques. En présentant, dans son dernier ouvrage (Le Musée du Crime, Éditions Hémisphères, 2019), une série de chroniques rédigées par celle-ci, Jean Tulard brosse une fresque pittoresque de l’histoire du crime et de ceux qui le combattent dans la capitale. Bienvenue dans le « Musée du crime » !
Condamner à mort au Moyen Âge
« Entre la rémission qui crée une mort fictive et le petit nombre d’individus jugés irrécupérables dans le royaume, sans compter la place importante des résolutions négociées, il est probable que les exécutions ont été moins fréquentes que ne le laisse supposer l’image d’un Moyen Âge violent et sanguinaire », écrit Claude Gauvard, lauréate du Prix du Budget décerné par l’Académie des inscriptions et belles-lettres pour son ouvrage Condamner à mort au Moyen Âge (PUF, 2018). En explorant la façon dont étaient prononcées les peines capitales en France du XIIIe au XVe siècle, elle souligne que cette pratique n’a jamais été anodine. Elle met aussi en lumière combien la condamnation à mort comme peine publique découle de l’idée, empruntée au droit romain, qu’aucun crime ne doit rester impuni parce qu’il lèse la chose publique avant de léser la partie adverse. Si bien que la condamnation à mort aurait été, conjointement avec la grâce, un instrument au service du pouvoir royal et étatique alors en cours d’affirmation.
Une vie au service de la protohistoire
« Je mesure le privilège que j’ai eu de disposer de tout mon temps pour prospecter, fouiller, voyager, rapporter, écrire, enseigner et, bien sûr, appréhender ce basculement fondamental qu’assumèrent nos semblables en devenant agriculteurs », confie l’archéologue Jean Guilaine dans ses Mémoires d’un protohistorien (Éditions Odile Jacob, mars 2019). Riches en péripéties, ses mémoires professionnels sont aussi un plaidoyer en faveur de l’archéologie et le récit d’un combat pour faire connaître et reconnaître l’importance des dix millénaires qui ont conduit des ultimes sociétés de chasseurs-cueilleurs jusqu’au monde urbanisé antique.
Le cerveau fin stratège
Les théories de l’intelligence ont longtemps été structurées par l’opposition entre deux visions antagonistes : l’une met l'accent sur la rationalité, l’autre sur l’intuition. Les recherches menées par Olivier Houdé à la tête du Laboratoire de psychologie du développement et de l’éducation de l’enfant (LaPsyDé) de la Sorbonne l’ont conduit à une nouvelle hypothèse, présentée dans son dernier livre : l’intelligence humaine reposerait sur la capacité à solliciter l’une et l’autre de ces facultés au gré des circonstances et des besoins, autrement dit à agir en « fin stratège ».
Chemins : mémoires d’un « homme qui marche »
« Consacrant à la marche l’essentiel de mon temps libre, le libérant pour marcher, j’ai progressivement cherché à expliciter la place qu’elle a prise pour moi, la quête qu’elle recouvre. À lui donner sens, en somme. Les réponses s’articulent autour de trois mots : liberté, beauté et pensée », écrit Axel Kahn dans un livre de souvenirs dont la randonnée est le fil rouge (Chemins, Éditions Stock, 2018). De son enfance à aujourd’hui, le célèbre généticien, membre de l’Académie des sciences, n’a en effet cessé de marcher. Le récit de ces escapades se confond avec celui de son existence. Il forme aussi une leçon de vie apprise chemin faisant sur les sentiers d’une France qu’il connaît mieux que quiconque et dont il dresse un portrait émerveillé et lucide.
Au-delà des frontières : surmonter la crise identitaire
Comment expliquer qu’un jeune français d’aujourd’hui puisse imaginer avec jubilation l’exil forcé des millions de personnes qu’il juge responsables de la décadence de la France ? C’est la question qui taraude le narrateur du dernier roman d’Andreï Makine (Au-delà des frontières, Grasset, 2019) destinataire du manuscrit du Grand Déplacement, rédigé de la main d’un jeune auteur en roie au trouble identitaire qui saisit nombre de nos contemporains. Mais son enquête le conduira à un questionnement plus fondamental. Et si la crise identitaire contemporaine recouvrait une crise existentielle, liée à la vacuité de l’époque et à la fugacité des vies humaines ? Et si, pour surmonter notre trouble et accéder enfin à la sérénité et au bonheur, il fallait renoncer à la vanité narcissique des jeux sociaux pour retrouver l’essentiel ?
Garantir l’intégrité scientifique : la science face à la défiance
Conscientes des effets dévastateurs que peut avoir tout cas de méconduite scientifique, les institutions de recherche et les autorités publiques ont pris, depuis une vingtaine d’années, une série d’initiatives visant à mieux prévenir, identifier et punir les manquements que représentent, par exemple, la falsification de résultat, le plagiat ou encore les conflits d’intérêts. Auteur d’un rapport visant à faire le bilan de ces dispositifs et à formuler de nouvelles propositions pour les améliorer, le professeur Pierre Corvol, président de l’Académie des sciences, expose les enjeux de l’intégrité scientifique. Comme il l’explique fort bien, dans une époque marquée par une défiance croissante, ces enjeux dépassent la seule communauté scientifique pour concerner la société tout entière.
Savant cherche refuge : des physiciens dans la tourmente de la Seconde Guerre mondiale
Paris, 1937. Laszlo Tisza, jeune savant hongrois, se réfugie à Paris et y rencontre un autre réfugié, Fritz London qui, lui, fuyait l’Allemagne. Ensemble, ils découvrent que la toute nouvelle physique quantique explique l’étrange comportement d’un liquide très froid, l’hélium « superfluide ». À travers leur destin et celui de ceux qui les ont secourus, en France puis aux États-Unis, Sébastien Balibar relate, dans son dernier livre (Savant cherche refuge, Éditions Odile Jacob) un épisode méconnu de l’histoire de la physique. Il rappelle surtout combien le véritable esprit scientifique a partie liée avec l’humanisme.
Mes vies secrètes : autobiographie d’une biographe
« Pourquoi s’intéresser à la vie des autres plutôt qu’à la sienne ? Pourquoi vivre par procuration des vies qui, pour être multiples, fascinantes, passionnées et passionnantes, ne sont pourtant pas la mienne ? » C’est à cette question que Dominique Bona répond dans un ouvrage explorant sa passion pour le genre littéraire singulier qu’est la biographie : Mes vies secrètes (Éditions Gallimard, 2018). Au fil des pages et de l’entretien qu’elle nous a accordé, on croise bien sûr les artistes et écrivains dont elle a raconté la vie : Romain Gary, Stephan Zweig, Gala Dali, Camille Claudel, sans oublier sa chère Colette. Mais de la sorte, en nous présentant les membres de cette « famille imaginaire », c’est aussi sa propre vie qu’elle nous confie.
Histoire et légendes de Bouvines
La bataille de Bouvines, remportée le 27 juillet 1214 par le roi Philippe Auguste sur un empereur allemand, un comte de Flandre et d’autres coalisés financés par l’Angleterre, est sans conteste l’un des actes fondateurs de la dynastie capétienne et l’un des épisodes les plus célèbres du « roman national » français. Du XIIIᵉ siècle jusqu’à nos jours, elle a été l’objet de multiples légendes que l’historien médiéviste Dominique Barthélemy confronte à la réalité des faits. À l’issue d’une enquête fouillée (La bataille de Bouvines. Histoire et légendes, Éditions Perrin, 2018), il décrit un affrontement certainement plus modeste et moins épique que celui construit et enrichi au gré des nécessités politiques. Mais de la sorte, il clôt moins un dossier qu’il ne nous invite à poursuivre la réflexion sur l’idée que les Français se font d’eux-mêmes.
Laissez-moi vous aimer : un joyau d’esprit français
En 1938, dans un château de Touraine, une vieille comtesse s’entretient de l’amour et de la vie avec sa domestique tandis qu’à Munich on négocie… Entre conversation et confession, tableau de mœurs et peinture de la condition humaine, Laissez-moi vous aimer (Éditions Pierre-Guillaume de Roux, 2018), la première pièce de théâtre d’Angelo Rinaldi, dépeint avec un humour corrosif un monde au bord de l’abîme, d’ultimes minutes de légèreté française au seuil d’une catastrophe mondiale.
« L’art de la tapisserie »
Yves Millecamps, membre de l’Académie des beaux-arts, est peintre, mais il a déployé, sans tabou, son activité dans bien des domaines : sculpture, sérigraphie, dessins de montres, de logos… Sylvie Patin s’entretient avec lui de la tapisserie, un genre qu’il connaît bien, délicat, voire discret, comme l’est cet artiste, qui retrace le lent cheminement du processus créatif qui a donné naissance aux œuvres aujourd’hui exposées au Musée Jean-Lurcat et de la tapisserie contemporaine à Angers.
« Les 10 préjugés qui nous mènent au désastre économique et financier »
« Plus on émet de monnaie, plus cela favorise la croissance », « L’abondance de la liquidité internationale est toujours une bonne chose », « Des taux d’intérêts nuls, voire négatifs facilitent le financement de l’économie », « L’endettement public ne constitue pas un problème majeur »… Dans son dernier ouvrage, Jacques de Larosière, ancien gouverneur de la Banque de France et membre de l’Académie des sciences morales et politiques examine « les dix préjugés qui nous mènent au désastre économique et financier » (Éditions Odile Jacob, novembre 2018). Convaincu que la crise de 2007 trouve son origine dans des raisonnements biaisés, il s’attache à les réfuter, faute de quoi les mêmes causes risquent de produire demain les mêmes effets…
Le loup dans l’imaginaire européen
« Entre chien et loup », « avoir une faim de loup », « marcher à pas de loup », « se jeter dans la gueule du loup »… Notre langage courant a conservé la trace de l’importance qu’a eue le loup dans l’imaginaire européen. Comme l’explique Michel Pastoureau, auteur d’une récente histoire culturelle du loup (Le Seuil, 2018), durant des siècles ce fauve nocturne n’a pas seulement peuplé nos campagnes : il a aussi hanté nos pensées suscitant la peur et l’exécration. Du loup Fenrir, destructeur du panthéon no rdique aux loups lubriques des dessins animés de Tex Avery, sans oublier les innombrables contes, légendes et récits de loups-garous, cette histoire du loup est aussi la nôtre.
Faisons le pari de l’intelligence collective !
L’essor des technologies de l’information représente une véritable révolution qui, en transformant radicalement notre façon « d’être au monde », suscite bien des interrogations. Tandis que certains redoutent un asservissement des individus, d’autres espèrent leur émancipation radicale. Dans son dernier ouvrage (Réseaux ! Le pari de l’intelligence collective, Paris, CNRS Éditions, 2018), Jacques Blamont, ancien directeur scientifique et technique du Centre national d’études spatiales (CNES), y voit plutôt une occasion inédite de fédérer la créativité de la multitude et la maturité des institutions au service du bien commun. Tel est le pari de l’intelligence collective qu’il nous propose avec la forte conviction que « les réseaux seront ce que nous en ferons ».
Érik Desmazières : son parcours, ses maîtres et ses sources d’inspiration
À l’occasion de la prochaine publication d’un ouvrage consacré à la collaboration artistique qui, de 1978 à 2018, a réuni le graveur Erik Demazières et l’imprimeur René Tazé (parution annoncée en février chez 5 Continents Editions), Lydia Harambourg, correspondante de l’Académie des beaux-arts a reçu l’artiste pour une évocation de son parcours, de ses maîtres et de ses sources d’inspiration. Président de la Société des Peintres Graveurs Français, Erik Desmazières, né à Rabat en 1948, vit et travaille à Paris. Son œuvre compte à ce jour plus de 250 estampes et des centaines de dessins répartis dans de nombreuses collections privées et publiques tant en Europe qu’aux États-Unis. Sa pratique de l’eau-forte en fait aujourd’hui l’un des représentants les plus accomplis. Ses thèmes récurrents des passages, de la galerie Véro-Dodat, des ateliers (celui de René Tazé) des cabinets de curiosités des magasins de la Bibliothèque nationale de la rue de Richelieu, sont abordés avec une précision stupéfiante. Entre réalité et utopie, l’imaginaire instruit un récit introspectif traversé d’un souffle épique et grandiose.
Adolphe Godin de Lepinay, « l’homme oublié du Canal de Panama »
Dans la mémoire française, le canal de Panama reste associé à un gigantesque ratage et surtout à un scandale politico-financier qui ruina les épargnants français et faillit même emporter la IIIe République. Or, comme le révèle Bernard Meunier, membre de l’Académie des sciences, cet immense gâchis aurait pu être évité si, dès le démarrage du chantier, les promoteurs du projet avaient retenu la solution technique du barrage à écluses qu’adopteront finalement les Américains et qui avait été proposée dès le début par un ingénieur français aussi discret que brillant : Adolphe Godin de Lepinay. En retraçant le parcours professionnel de celui-ci, l’auteur ne rend pas seulement justice à « l’homme oublié du Canal de Panama » (CNRS Éditions, 2018), il ressuscite tout une époque, portant son regard sur « la France de la seconde moitié du XIXe siècle, celle du développement des chemins de fer, des infrastructures, de l’industrie, de la période encore heureuse de l’expansion européenne, avant que ce continent ne sombre dans la folie des deux guerres mondiales ».
Rome des origines à la mort d’Auguste
Professeur de littérature latine et civilisation romaine à l’université Paris-Sorbonne, Alexandre Grandazzi est l’auteur de Urbs (Perrin), une somme magistrale sur l’histoire de Rome, des origines à la mort de l’empereur Auguste. Évacuant implacablement les origines mythologiques, il explique, de manière bien plus passionnante, comment le site de Rome, mal placé, parsemé de simples cabanes en bois, a pu devenir la Ville par excellence, centre du monde connu durant l’Antiquité. À travers l’épopée d’un peuple entièrement tourné vers la guerre et la conquête, Alexandre Grandazzi retrace, siècle après siècle, victoire après victoire, la construction d’une cité devenue un mémorial de pierre et de marbre, célébrant l’identité romaine, conquérante et assimilatrice. Dans Urbs, nouveau monument à la gloire de Rome, l’auteur réunit la quasi totalité du savoir actuellement disponible sur la Ville éternelle et le met à la portée de l’honnête homme.
L’art du sous-entendu
Notre époque prétend apprécier particulièrement le franc-parler, le langage direct, voire le « parler cash »… Il n’en reste pas moins que, comme le remarque Laurent Pernot, professeur à l’université de Strasbourg et spécialiste du discours antique, dans un récent ouvrage (L’Art du sous-entendu, Fayard 2018) « nous vivons environnés de sous-entendus et nous ne nous en rendons pas compte. À l’instar du Monsieur Jourdain de Molière, qui disait de la prose sans le savoir, nous émettons des messages à double sens et décryptons ceux qu’autrui nous adresse sans même y prendre garde ». On aurait probablement tort de le déplorer car, de l’Antiquité à nos jours, le sous-entendu enrichit considérablement le langage en même temps qu’il permet de se jouer des interdits posés par la bienséance, le politiquement correct et la censure.
Michael Jackson : autopsie d’un mythe contemporain
Près de dix ans après sa mort, le « roi de la pop » continue à exercer une profonde fascination. A l’occasion de l’exposition qui lui est consacrée au Grand Palais, l’écrivain Marc Lambron, de l’Aca démie française, s’est attaché, à autopsier les multiples dimensions du mythe Michael Jackson. Explorant les contradictions d’un artiste de génie se jouant sciemment des contraires pour se vouer tout entier à une éternelle transformation, il souligne notamment combien le destin tragique de Michael Jackson révèle les fantasmes d’une société travaillée par le désir chimérique de s’extraire de toutes les déterminations, fussent-elles celles du temps et de la nature.
L’invention de l’alphabet arménien : une épopée spirituelle
En 405, le moine Mesrop Machtots inventait l’alphabet arménien. Comme le rappelle Jean-Pierre Mahé, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, dans un récent ouvrage consacré à cette aventure intellectuelle, politique et surtout spirituelle (L’alphabet arménien dans l’histoire et la mémoire, Les Belles Lettres, 2018), il s’agit « de l’événement historique qui a le plus marqué le destin du peuple arménien et qui a déterminé sa survie, en dépit des nombreuses catastrophes qui se sont abattues sur lui ». Réflexion sur la place de l’écrit dans l’essor et la pérennité des nations et des civilisations, cet ouvrage présente aussi une épopée humaine, contée ici avec verve et passion par Jean-Pierre Mahé qui a choisi de clore son entretien avec un extrait de chants religieux arméniens. Grigor Narekatsi, Tagher, Erévan 2018 copyright : "Narekatsi" arvesti miutyun ténor : Gevorg Hunanyan soprano : Anna Mayilyan
Les secrets du vin
Le vin fait tellement partie de notre culture que nous croyons tous le connaître. Mais est-ce si vrai ? Dans son dernier ouvrage, Yves Marie Bercé parvient à nous révéler quelques secrets que nous ignorions encore. En trente chapitres aussi variés, surprenants et plaisants que les vins de France et d’ailleurs, il illustre combien ce breuvage familier est certes le résultat d’un savoir-faire mais aussi d’une étonnante alchimie dans laquelle l’histoire, la géographie, la culture, et même le sacré, occupent une place prépondérante.
Journal d’un observateur
Durant soixante ans, de l’arrivée au pouvoir du général de Gaulle à l’élection d’Emmanuel Macron, le journaliste Alain Duhamel, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, a analysé et commenté la politique française. Réunis dans son Journal d’un observateur (Éditions de l’Observatoire, septembre 2018), ses souvenirs professionnels représentent ainsi une inégalable chronique de la Ve République et un témoignage de premier plan sur les profondes transformations de notre vie publique.
La révolution abolitionniste
En France, l’histoire de l’abolition de l’esclavage se focalise le plus souvent sur l’action de Victor Schœlcher, grand artisan de la loi de 1848 Or, le sujet ne saurait se réduire à cet épisode, si remarquable soit-il. Il méritait une histoire globale faisant la part des nombreux facteurs philosophiques, spirituels, économiques, politiques, géopolitiques qui ont abouti à l’authentique révolution que représenta, aux XVIIIe et XIXe siècles, l’abolition d’une pratique se confondant jusque-là avec l’histoire de l’humanité. C’est à cette tâche immense que s’est consacré Olivier Grenouilleau, lauréat 2018 du Prix Guizot-Institut de France pour son livre La révolution abolitionniste (Gallimard 2017). Parmi d’autres éclairages remarquables, cet ouvrage permet de comprendre combien ce projet révolutionnaire se conjuguait, chez ses promoteurs, avec un réformisme de l’action.
Celui qui disait non
Tout commence par une photographie. À Hambourg, le 13 juin 1936, dans la foule assistant au baptême d’un navire-école militaire, un homme debout reste délibérément les bras croisé, refusant seul de saluer le chancelier du Reich. Dans un récit tenant tout à la fois de l’enquête et du roman, Adeline Baldacchino redonne vie à cet homme devenu une icône mondiale de l’insoumission au totalitarisme nazi. Elle révèle la trajectoire d’un homme que tout menait à se ranger, par conformisme du côté des bourreaux s’il n’avait été profondément amoureux d’une jeune femme juive. Une destinée singulière à la portée universelle.
Les Chiffonniers de Paris
« Je me suis aperçu que si je tirais le fil du chiffonnier, tout le XIXe siècle venait », confie Antoine Compagnon. De fait, son récent ouvrage consacré aux chiffonniers de Paris (Gallimard, 2017) tient de l’histoire totale. Vagabond des rues et des faubourgs qu’il sillonne inlassablement avec sa hotte, sa lanterne et son crochet, le chiffonnier se tient aussi au carrefour des mutations politiques, économiques et culturelles du XIXe siècle. Acteur crucial d’une économie du recyclage où, conformément à la formule prêtée à Lavoisier, « rien ne se perd, tout se transforme », le chiffonnier n’est pas seulement une personne. C’est un personnage littéraire qui, dans un siècle riche de bouleversements, témoigne des aléas de la fortune mais aussi de la magnifique capacité de la littérature et de la poésie à transformer la fange en or.
Économiquement vôtre : les vérités d’Yvon Gattaz
« De bons esprits nous ont dit cent fois que le sérieux, le profond, le complexe, le vrai, n’a nul besoin d’humour pour être correctement expliqué. Ils sont pour le sérieux triste », regrette Yvon Gattaz en introduction d’Économiquement vôtre (Le Cherche Midi, 2018). Dans cet ouvrage, le fondateur de Radiall et ancien président du CNPF prend bien sûr le parti inverse pour livrer avec humour, sincérité et combativité ses vérités d’entrepreneurs sur l’économie. Le résultat est décapant. À coups de formules chocs - « l’entreprise n’a pas besoin d’aide, elle a besoin d’air », « le malheur est dans le prêt », « économie d’échelle et économie d’échec » - l’auteur fait sourire mais aussi réfléchir, notamment la regrettable incapacité de notre pays à résoudre le scandale que représente, à ses yeux, le chômage des jeunes. Mais au-delà de son expérience et de ses connaissances, il transmet un trésor plus précieux encore : le plaisir très communicatif de créer, d’innover et d’entreprendre.
Transition énergétique : relever le défi de l’approvisionnement en matière première
« Porteur de grands espoirs, le remplacement progressif des énergies fossiles par des énergies n’émettant pas de gaz à effet de serre ne sera toutefois pas sans conséquence sur l’usage qui sera fait d’autres ressources naturelles de la planète, en particulier des ressources minières ». C’est l’une des conclusions d’un rapport conjoint des Académies des sciences et des technologies. Comme l’expliquent MM. Ghislain de Marsily, et Bernard Tardieu, coordinateurs de ce travail, la transition énergétique va en effet entraîner une consommation accrue de nombreuses matières premières jusqu’ici peu exploitées comme les fameux métaux rares. Elle nécessite donc la mise en place d’une stratégie visant à conjurer les risques que représenteraient l’instabilité des cours de matière première, l’émergence de monopoles ou encore le lancement d’exploitations minières insuffisamment maîtrisées avec des conséquences inacceptables pour la santé. Réalisé pour éclairer les pouvoirs publics et souligner les atouts dont dispose la France grâce aux ressources présente dans son sous-sol, ce rapport mérite d’être consulté aussi par les citoyens car, comme le soulignent les auteurs, les défis de la transition énergétique ne pourront être relevés sans une adhésion collective aux décisions retenues.
Bertin l’Aîné, combattant de la liberté de la presse
Immortalisé par le célèbre portrait d’Ingres que l’on peut admirer au Louvre, Bertin l’Aîné est aujourd’hui mal connu après avoir pourtant été l’une des personnalités les plus influentes de la Restauration. Dans la biographie qu’il lui a consacrée, l’historien Jean-Paul Clément rappelle le rôle éminent joué par le fondateur du Journal des débats littéraires et politiques dans l’émergence, en France, d’un quatrième pouvoir. En contant la vie aventureuse de ce patron de presse courageux et opiniâtre qui, entre autres mésaventures, connut la prison sous le Consulat et l’exil sous l’Empire, l’auteur nous invite aussi à redécouvrir l’effervescence politique, intellectuelle et artistique de la première moitié du XIXe siècle français. On y croisera nombre de personnalités de premier plan telles Berlioz et Hugo, sans oublier bien sûr l’ami fidèle que fut, pour Bertin, Chateaubriand.
Comment notre monde a cessé d’être chrétien
« Au milieu des années 1960, 94 % de la génération en France étaient baptisés et 25 % allaient à la messe tous les dimanches ; de nos jours, la pratique dominicale tourne autour de 2 % et les baptisés avant l’âge de 7 ans ne sont plus que 30 %. » Pour expliquer cet effondrement soudain, Guillaume Cuchet, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris-Est Créteil et auteur de Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement (Le Seuil 2018), ne s’est pas contenté des explications sociologiques habituellement avancées. En se plongeant dans les statistiques rassemblées par le chanoine Boulard, auteur de la célèbre Carte religieuse de la France rurale, il a en effet mis en évidence que « les phénomènes religieux ont aussi des causes religieuses » et qu’en l’espèce - sans préjugé de sa nécessité - la réforme de Vatican II aurait joué un rôle de déclencheur et d’accélérateur de la crise en raison de ses effets très déstabilisant sur le clergé et les fidèles. De la sorte, il renouvelle et relance le débat sur l’un des phénomènes les plus marquants de notre histoire contemporaine.
Saint Homebon, « père des pauvres et patron des tailleurs »
« Au XIIe siècle, alors qu’il avait reçu et manipulé une grande quantité d’argent, un marchand de la ville de Crémone vit ses mains devenir noires et rester telles après avoir été lavées. Inquiet, il alla voir son directeur de conscience, qui lui rappela alors la parole du Christ au jeune homme riche : « Va, vends tout ce qui tu possèdes et donne-le aux pauvres. » » C’est à la suite de ce prodige que, selon son hagiographie, le riche négociant Homebon de Crémone changea de vie en devenant pieux et généreux envers les pauvres, au point d’être canonisé par Innocent III en 1199, deux ans seulement après sa mort. Dans un récent ouvrage, l’historien médiéviste Andrez Vauchez tire de l’oubli où elle était tombée la vie de ce saint, choisi comme protecteur par la corporation des tailleurs. Il souligne aussi combien le culte qui lui est rendu illustre les inflexions du regard porté par l’Église sur l’argent, le commerce et le travail au fil du Moyen Âge.