
L'envie de savoir
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La révolution abolitionniste
En France, l’histoire de l’abolition de l’esclavage se focalise le plus souvent sur l’action de Victor Schœlcher, grand artisan de la loi de 1848 Or, le sujet ne saurait se réduire à cet épisode, si remarquable soit-il. Il méritait une histoire globale faisant la part des nombreux facteurs philosophiques, spirituels, économiques, politiques, géopolitiques qui ont abouti à l’authentique révolution que représenta, aux XVIIIe et XIXe siècles, l’abolition d’une pratique se confondant jusque-là avec l’histoire de l’humanité. C’est à cette tâche immense que s’est consacré Olivier Grenouilleau, lauréat 2018 du Prix Guizot-Institut de France pour son livre La révolution abolitionniste (Gallimard 2017). Parmi d’autres éclairages remarquables, cet ouvrage permet de comprendre combien ce projet révolutionnaire se conjuguait, chez ses promoteurs, avec un réformisme de l’action.
Celui qui disait non
Tout commence par une photographie. À Hambourg, le 13 juin 1936, dans la foule assistant au baptême d’un navire-école militaire, un homme debout reste délibérément les bras croisé, refusant seul de saluer le chancelier du Reich. Dans un récit tenant tout à la fois de l’enquête et du roman, Adeline Baldacchino redonne vie à cet homme devenu une icône mondiale de l’insoumission au totalitarisme nazi. Elle révèle la trajectoire d’un homme que tout menait à se ranger, par conformisme du côté des bourreaux s’il n’avait été profondément amoureux d’une jeune femme juive. Une destinée singulière à la portée universelle.
Les Chiffonniers de Paris
« Je me suis aperçu que si je tirais le fil du chiffonnier, tout le XIXe siècle venait », confie Antoine Compagnon. De fait, son récent ouvrage consacré aux chiffonniers de Paris (Gallimard, 2017) tient de l’histoire totale. Vagabond des rues et des faubourgs qu’il sillonne inlassablement avec sa hotte, sa lanterne et son crochet, le chiffonnier se tient aussi au carrefour des mutations politiques, économiques et culturelles du XIXe siècle. Acteur crucial d’une économie du recyclage où, conformément à la formule prêtée à Lavoisier, « rien ne se perd, tout se transforme », le chiffonnier n’est pas seulement une personne. C’est un personnage littéraire qui, dans un siècle riche de bouleversements, témoigne des aléas de la fortune mais aussi de la magnifique capacité de la littérature et de la poésie à transformer la fange en or.
Économiquement vôtre : les vérités d’Yvon Gattaz
« De bons esprits nous ont dit cent fois que le sérieux, le profond, le complexe, le vrai, n’a nul besoin d’humour pour être correctement expliqué. Ils sont pour le sérieux triste », regrette Yvon Gattaz en introduction d’Économiquement vôtre (Le Cherche Midi, 2018). Dans cet ouvrage, le fondateur de Radiall et ancien président du CNPF prend bien sûr le parti inverse pour livrer avec humour, sincérité et combativité ses vérités d’entrepreneurs sur l’économie. Le résultat est décapant. À coups de formules chocs - « l’entreprise n’a pas besoin d’aide, elle a besoin d’air », « le malheur est dans le prêt », « économie d’échelle et économie d’échec » - l’auteur fait sourire mais aussi réfléchir, notamment la regrettable incapacité de notre pays à résoudre le scandale que représente, à ses yeux, le chômage des jeunes. Mais au-delà de son expérience et de ses connaissances, il transmet un trésor plus précieux encore : le plaisir très communicatif de créer, d’innover et d’entreprendre.
Transition énergétique : relever le défi de l’approvisionnement en matière première
« Porteur de grands espoirs, le remplacement progressif des énergies fossiles par des énergies n’émettant pas de gaz à effet de serre ne sera toutefois pas sans conséquence sur l’usage qui sera fait d’autres ressources naturelles de la planète, en particulier des ressources minières ». C’est l’une des conclusions d’un rapport conjoint des Académies des sciences et des technologies. Comme l’expliquent MM. Ghislain de Marsily, et Bernard Tardieu, coordinateurs de ce travail, la transition énergétique va en effet entraîner une consommation accrue de nombreuses matières premières jusqu’ici peu exploitées comme les fameux métaux rares. Elle nécessite donc la mise en place d’une stratégie visant à conjurer les risques que représenteraient l’instabilité des cours de matière première, l’émergence de monopoles ou encore le lancement d’exploitations minières insuffisamment maîtrisées avec des conséquences inacceptables pour la santé. Réalisé pour éclairer les pouvoirs publics et souligner les atouts dont dispose la France grâce aux ressources présente dans son sous-sol, ce rapport mérite d’être consulté aussi par les citoyens car, comme le soulignent les auteurs, les défis de la transition énergétique ne pourront être relevés sans une adhésion collective aux décisions retenues.
Bertin l’Aîné, combattant de la liberté de la presse
Immortalisé par le célèbre portrait d’Ingres que l’on peut admirer au Louvre, Bertin l’Aîné est aujourd’hui mal connu après avoir pourtant été l’une des personnalités les plus influentes de la Restauration. Dans la biographie qu’il lui a consacrée, l’historien Jean-Paul Clément rappelle le rôle éminent joué par le fondateur du Journal des débats littéraires et politiques dans l’émergence, en France, d’un quatrième pouvoir. En contant la vie aventureuse de ce patron de presse courageux et opiniâtre qui, entre autres mésaventures, connut la prison sous le Consulat et l’exil sous l’Empire, l’auteur nous invite aussi à redécouvrir l’effervescence politique, intellectuelle et artistique de la première moitié du XIXe siècle français. On y croisera nombre de personnalités de premier plan telles Berlioz et Hugo, sans oublier bien sûr l’ami fidèle que fut, pour Bertin, Chateaubriand.
Comment notre monde a cessé d’être chrétien
« Au milieu des années 1960, 94 % de la génération en France étaient baptisés et 25 % allaient à la messe tous les dimanches ; de nos jours, la pratique dominicale tourne autour de 2 % et les baptisés avant l’âge de 7 ans ne sont plus que 30 %. » Pour expliquer cet effondrement soudain, Guillaume Cuchet, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris-Est Créteil et auteur de Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement (Le Seuil 2018), ne s’est pas contenté des explications sociologiques habituellement avancées. En se plongeant dans les statistiques rassemblées par le chanoine Boulard, auteur de la célèbre Carte religieuse de la France rurale, il a en effet mis en évidence que « les phénomènes religieux ont aussi des causes religieuses » et qu’en l’espèce - sans préjugé de sa nécessité - la réforme de Vatican II aurait joué un rôle de déclencheur et d’accélérateur de la crise en raison de ses effets très déstabilisant sur le clergé et les fidèles. De la sorte, il renouvelle et relance le débat sur l’un des phénomènes les plus marquants de notre histoire contemporaine.
Saint Homebon, « père des pauvres et patron des tailleurs »
« Au XIIe siècle, alors qu’il avait reçu et manipulé une grande quantité d’argent, un marchand de la ville de Crémone vit ses mains devenir noires et rester telles après avoir été lavées. Inquiet, il alla voir son directeur de conscience, qui lui rappela alors la parole du Christ au jeune homme riche : « Va, vends tout ce qui tu possèdes et donne-le aux pauvres. » » C’est à la suite de ce prodige que, selon son hagiographie, le riche négociant Homebon de Crémone changea de vie en devenant pieux et généreux envers les pauvres, au point d’être canonisé par Innocent III en 1199, deux ans seulement après sa mort. Dans un récent ouvrage, l’historien médiéviste Andrez Vauchez tire de l’oubli où elle était tombée la vie de ce saint, choisi comme protecteur par la corporation des tailleurs. Il souligne aussi combien le culte qui lui est rendu illustre les inflexions du regard porté par l’Église sur l’argent, le commerce et le travail au fil du Moyen Âge.
La guerre froide de la France
Dans l’imaginaire collectif, la guerre froide représente une période relativement simple des relations internationales, dans lequel le jeu diplomatique des États était entièrement déterminé par l’appartenance à l’un ou l’autre des deux blocs se faisant face. L’ouvrage que Georges-Henri Soutou a récemment consacré à la guerre froide de la France démontre qu’il n’en est rien. Après avoir dépouillé méthodiquement les archives du Quai d’Orsay et des autres grandes chancelleries, l’historien démontre que, dans ce gigantesque affrontement idéologique et politique, la France - comme les autres acteurs - n’a cessé de faire valoir une vision spécifique au service de ses intérêts propres tant ceux-ci pouvaient diverger de ceux des États-Unis ou de la Grande-Bretagne. En analysant ainsi les subtilités du positionnement français, l’auteur révèle ainsi combien le monde bipolaire de jadis comportait déjà une part de multipolarité dont notre pays a su habilement tirer parti, au point d’être, estime-t-il, l’un des bénéficiaires de la guerre froide.
Fatima Mechta-Grigoriou, une chercheuse contre le cancer
Directrice de recherche du laboratoire Stress et Cancer, Fatima Mechta-Grigoriou travaille depuis dix ans sur l’impact du stress oxydant provoqué par l’oxygène dans le développement du cancer. Prometteurs pour le traitement de certains cancers du sein, ses travaux lui ont valu de recevoir, le 30 mai 2018, le Prix Scientifique de la Fondation Simone et Cino de Duca. Outre ses recherches, elle évoque, dans cet entretien inédit, sa carrière, la naissance de sa vocation, les liens entre recherches fondamentale et appliquée, ainsi que le quotidien des chercheurs.
Jean Anguera à l’honneur au Carmel de Tarbes
Jean Anguera, membre de la section sculpture l’Académie des beaux-arts s’entretient avec Lydia Harambourg, correspondant de l’Académie des beaux-arts, à propos de son exposition à Tarbes au lieu-dit Le Carmel (jusqu’au 1er septembre 2018). C’est l’occasion de retracer le parcours de ce sculpteur qui a choisi le modelage comme technique avec la résine polyester qu’il travaille depuis 1981 à partir de l’argile. Installé entre la Beauce et le Gâtinais, ce pays lui inspire le thème de l’homme de la plaine au cœur d’une œuvre qu’il développe autour de paysages anthropomorphes : collines et plaines se métamorphosent, simulant le corps féminin. Le sculpteur se double d’un dessinateur qui dialogue avec les poètes et les écrivains dans des ouvrages dont il nous lit quelques extraits.