
Fréquence Terre
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Des « excuses » de la natalité en baisse
Au JT de 20 heures de France 2, en ce dimanche 5 décembre 2022, a été programmé un reportage sur, je cite, « Comment expliquer la baisse drastique de naissances en un an ? » À savoir, 10% d’octobre 2021 à octobre 2022. Un démographe y alla de son expertise : « Si dans cinq ou six ans, la baisse des natalités persiste, il y aura bien un mouvement de fond et non passager. » Cinq très courts témoignages, appelés micros-trottoirs dans le jargon journalistique, illustrèrent cette séquence : Une jeune femme : « Avec le réchauffement climatique, cela sert-il vraiment à quelque chose de faire des enfants ? Qu’est-ce qu’on va leur laisser ? » Une autre jeune femme : « Faire un enfant est quelque chose d’égoïste quand on voit qu’il va vivre dans un monde voué à l’échec… » Un jeune adulte : « Le monde est trop peuplé, de plus, on ne va pas dans la bonne direction avec les conflits qu’il y a… Je ne veux donc pas d’enfant ! » Un autre jeune homme : « Un seul enfant, car avec les conditions climatiques actuelles, cela va être un peu compliqué… » Il y a aussi l’aspect financier, comme l’expliqua une jeune adulte : « Pouvoir d’achat, inflation, hausse des prix, les gens ont moins d’argent… », dit-elle. Qui dit moins d’argent, dit donc moins d’enfants dans la société contemporaine. Personnellement, si j’avais été l’intervieweur, je leur aurais posé la question suivante : « Et que faites-vous concrètement, je dis bien concrètement, pour qu’il y ait d’autres conditions climatiques ? Pour qu’il y ait moins d’injustice sociale ? » J’ai déjà posé ce genre de questions qui fâchent dans des reportages et la vie courante et, grosso modo, ce furent les mêmes réponses, disons « fuyantes » : « Ce n’est pas moi qui vais changer quoi que ce soit. » Point barre. Toujours, ou, du moins, très souvent, le même argument, donc. Que je prenne l’avion ou non, cela ne changera rien aux émissions de gaz à effet de serre, que je dise non à la 5G, cela n’empêche pas les industriels de plancher sur la 6G, que je boycotte le Mondial de foot, cela ne touche guère les milliardaires du foot, que je fasse ou non grève, un de plus ou un de moins ne changera pas la situation, idem pour interpeller les politiciens… J’y ajoute, les justifications prêtes à l’emploi pour ne pas s’engager malgré des promesses ou déclarations péremptoires : passer un week-end aux Baléares, conduire l’enfant-roi en SUV à l’école, etc. J’ai aussi déjà longuement évoqué dans cette rubrique tous ceux qui lancent des « Y a qu’à… », « Il faut que… » et je leur ai suggéré de méditer ce proverbe arabe : « Qui veut faire quelque chose trouve un moyen, qui ne veut rien faire trouve une excuse. » L’hebdomadaire Marianne[1] vient également de se pencher sur la responsabilité individuelle dans sa rubrique « L’idée de la semaine » : « Ce qui pose question, c’est l’idée sous-jacente au refus de s’impliquer à titre personnel en prétextant son inutilité. C’est la négation du principe démocratique, pour lequel chaque voix compte. » Bertolt Brecht (1898-1956) déclara : « Nous sommes trop peu contre l’infamie et, de tous ceux qui nous regardent en spectateurs, nous attendons au moins qu’ils aient honte. Ceux qui luttent ne sont pas sûrs de gagner, mais ceux qui ne luttent pas ont déjà tout perdu. » [1] Du 1er au 7 décembre 2022. Photo : Pixabay.
Procès Attentats de Bruxelles : poignants témoignages (reportage)
Un double massacre le même jour, c’est-à-dire le 22 mars 2016 dans la matinée : plusieurs explosions à l’aéroport de Bruxelles National, ensuite dans le Métro, à la station Maelbeek, non loin des communautés européennes. Au total, trente-deux morts hors les trois kamikazes et entre 300 et 400 blessés, soit des tueries de masse revendiquées par l’État islamique. Le procès des deux accusés dont neuf seront présents, car certains ont déjà été jugés à Paris pour les attentats du 13 novembre 2015, et un absent en la personne de l’émir qui dirigea la manœuvre et dont on présume la mort en 2017, ce procès-fleuve, donc, débute ce lundi 5 décembre 2022 et devrait se terminer en juin 2023. Contrairement à la France, le jury de la Cour d’assises en Belgique est composé de citoyens, trente-six douze effectifs et vingt-quatre suppléants choisi parmi un millier de personnes convoquées. Durant des mois, les noms de Zaventem, c’est-à-dire de l’aéroport de Bruxelles et de Maelbeek, la station de métro, vont revenir sur le devant de la scène et, surtout, à la mémoire comme ceux d’images atroces, inhumaines, incompréhensibles. À la station Maelbeek, reconstruite à l’identique, un espace est réservé pour que l’on se souvienne de cette tragédie. L’occasion, aussi, d’y laisser quelques témoignages écrits ou dessinés, certains émanant de proches de victimes, voire de rescapés. Au-delà du procès d’assises, afin de ne jamais oublier ce genre de tuerie, il est apparu nécessaire de vous faire part de quelques-uns d’entre eux qui, par leur contenu, valent toutes les plaidoiries du monde. Je vous les lis : « Mélanie, la culture et la beauté du monde resteront » a été écrit sous une photo de la jeune victime. « La terreur n’est pas une confession, elle n’est que l’arme (dans le sens d’instrument de combat) des lâches et larmes (dans le sens de pleurs) des peuples. », « Vous êtes morts dans l’honneur. », « L’Amour est plus fort que tout. », « La vie est une longue histoire. Un horrible chapitre ne désigne pas nécessairement la fin du livre. Un jour à la fois. », « La terreur était forte ce jour-là, mais l’amour est et restera toujours plus fort ! Chaque jour il grandit. », « Merci à tous les secouristes. », « L’espoir est plus fort que la peur. », « Ma Sabine, ma nièce, ma fille, je t’ai vu naître… je t’aime. »
Reportage : Albert Londres et la « grande honte pour la France »
Aux Assises européennes du Journalisme qui se sont déroulées dans la Capitale de l’Europe, un hommage fut rendu à Albert Londres, modèle de journaliste engagé. Albert Londres Dans l’exposition qui lui fut consacrée, j’ai pris un exemple de cet engagement, lorsque en 1923, dans « Le Petit Parisien » qui sous-titrait « Le plus fort tirage des journaux du monde entier », Albert Londres s’écriait : « J’ai pensé qu’il était louable de prêter une voix, si faible soit-elle, à ceux qui n’avaient plus le droit de parler… » Le podcast ci-contre vous emmène aussi au cœur de bagnes, comme des photos ci-contre… (Photos : Pierre Guelff) Albert Londres en blanc parmi les bagnards…
Dmitry Mouratov, Prix Nobel de la Paix, sur Fréquence Terre : propagande et cannibalisme (Partenariat POUR)
Aux Assises européennes du Journalisme qui se sont déroulées dans la capitale de l’Europe, j’ai entendu et enregistré Dmitry Mouratov, co-fondateur et rédacteur en chef du quotidien Novaïa Gazeta en Russie, co-lauréat du Prix Nobel de la Paix 2021 aux côtés de la journaliste philippine Maria Ressa. Un homme au travail journalistique courageux pour une information indépendante et crédible, que je vous invite à écouter[1] : «(…) Puisque ces assises du journalisme sont un forum de réflexion, dites-moi comment, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le sort de la planète dépend de la volonté et des décisions d’un seul homme : le président russe Vladimir Poutine. Mikhaïl Gorbatchev a offert à un moment donné un cadeau inestimable avec trente ans de vie sans menace nucléaire. Ce temps est révolu. La menace est à nouveau réelle. L’enfer de la guerre en Ukraine a fait des dizaines de milliers de morts et de blessés et il y a déjà près de quatorze millions de réfugiés. Vous savez, il n’y a jamais eu autant de réfugiés, même lors de la première année de la Seconde guerre mondiale. Des gens sont privés d’abris, de leurs maisons, près de six millions d’enfants se sont retrouvés sans leurs jouets, sans les jardins de leurs grands-mères, sans écoles, après tout. Les pires prédictions sont devenues réalité sous nos yeux, mais la réalpolitique nous disait tout le temps que l’autocratie était normale. Bien sûr, les droits des êtres humains sont violés, mais les prix du gaz et du pétrole restent assez stables… Combien de fois, j’ai entendu des politiciens russes et européens reprocher à Anna Politkosvskaïa[2] de trop exagérer et de noircir quand elle écrivait sur la guerre en Tchétchénie. Et alors ? Nous en sommes arrivés là lorsque nous avons permis à la propagande de cannibaliser le journalisme. Quand nous avons permis à la propagande, et en Russie en premier lieu, d’utiliser la confiance des gens pour infecter leurs cerveaux. (…) La majorité des jeunes ne soutiennent pas les actions militaires de la Russie contre l’Ukraine, mais la majorité des personnes sont habituées à croire la télévision, elles sont habituées à faire confiance à la parole de l’État. La télévision appartient à l’État et la propagande est devenue leur nouvelle religion. Elles ont maintenant un écran accroché à la place de l’icône. Mais, je garde espoir pour le sens de notre profession. L’espoir que les hauts standards du journalisme seront en mesure d’arrêter la source de la propagande. Merci d’être ici aujourd’hui, notamment à cette fin. Un procès se déroule actuellement à la Haye, non loin d’ici, celui d’un propagateur du génocide au Rwanda, le propriétaire de la soi-disant Radio des Mille Collines, son nom est Félicien Kabuga. Il s’est caché près de Paris depuis un quart de siècle, voire plus. En 1994, sa radio a orchestré le génocide des Tutsis. C’est prouvé scientifiquement : là où la radio avait une meilleure réception, elle incitait les gens à tuer et ils allaient tuer leurs voisins. Là où les ondes radio étaient plus faibles, les habitants ne sont pas allés exterminer leurs voisins, ou ils les ont massacrés beaucoup moins fréquemment. Nous devons tirer les leçons de ce procès à La Haye, nous devons le couvrir de toute notre attention. Ce procès est peut-être le plus important pour l’humanité après celui de Nuremberg. La propagande a toujours eu besoin d’avoir un monopole, elle ne peut gagner dans un environnement concurrentiel, c’est pour cela que, par exemple, dans mon pays près de trois cents médias indépendants ont été fermés par l’État. De nombreux journalistes sont contraints de quitter la Russie et travaillent en exil. Je vous suis reconnaissant pour votre prix[3] décerné cette année à Novaïa Gazeta, c’est un signe de soutien et de solidarité envers tous les journalistes qui vivent des temps difficiles. Votre prix a été décerné à un journal fermé, permettez-moi de vous le rappeler. On dit que la première victime de la guerre est la vérité, réfutons ce dicton ! » Pour ma part, je suis reconnaissant à tous les citoyens, journalistes ou non, qui, par leur engagement, parfois au péril de leur vie, me permettent encore d’écrire en toute liberté et de clamer avec Périclès (-495 -429) : « Il n’est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage. » Pierre Guelff pour Fréquence Terre depuis les Assises européennes du Journalisme à Bruxelles. [1] Traduction Institut des Hautes Études des Communications Sociales, Bruxelles. [2] Journaliste russe d’investigation assassinée à Moscou. [3] Grand Prix du Journalisme Michèle Léridon, Tours en 2022.
La femme qui murmurait à l’oreille des éléphants
Dans la culture thaïlandaise, la femme est la patte arrière de l’éléphant, elle doit obéir à son homme comme l’éléphant à son cornac. Mais le rêve de Lek Chailert est tout autre, elle veut libérer tous les éléphants que l’on fait travailler et que l’on maltraite. Auparavant en Thaïlande, l’animal était sacré et respecté. Aujourd’hui, Lek veut leur rendre leur dignité en les soulageant de toutes les souffrances que leur inflige l’industrie du tourisme. Prise d’écran ARTE. Lek Chailert, recueille et soigne des éléphants maltraités dans son sanctuaire nommé L’Éléphant Nature Park. Son centre est d’ailleurs connu à travers toute la Thaïlande pour offrir une belle retraite à ces animaux martyrisés par des propriétaires peu sensibles à la cause animale. Cette activiste, consacre sa vie à soigner et sortir ces éléphants de ces conditions désastreuses. C’est en 1992, qu’elle recueille un premier éléphant. Sa mère disparue, il est trop jeune pour être exploité et ses propriétaires ne peuvent le garder. Après d’âpres négociations, elle achète cet éléphant pour le sortir d’une maltraitance annoncée s’il retourne chez ses propriétaires. Ce sera le premier d’une longue série de combats. Au départ elle a simplement construit une hutte et a proposé aux touristes une sorte d’écotourisme avant l’heure et de venir juste regarder ses éléphants libres et heureux. C’est ainsi que certains touristes ont pris conscience de la nécessité de protéger ces animaux. En 1995, elle développe un centre où les éléphants vivent en semi-liberté dans un immense parc. Leur vie est structurée et ils sont aimés et respectés. Chacun est accompagné d’un ou deux cornacs, selon son caractère. Les cornacs les accompagnent dans tous leurs faits et gestes : leur donnent à manger, les baignent, les suivent dans leurs promenades… De vrais parents ! Prise d’écran ARTE. Il y a environ une soixantaine d’éléphants dans son sanctuaire et à l’accueil une majorité d’entre eux ont des troubles psychiques en plus de leurs blessures causées par les coups de crochet. Le tourisme est très important pour la Thaïlande mais l’éléphant est traité comme une machine à sous. Alors Lek Chailert est régulièrement menacée, harcelée, intimidée car malheureusement l’argent fait la loi. Toutes ces menaces ne l’empêchent pas d’y croire et elle ne veut pas baisser les bras. D’ailleurs pendant le confinement elle est allée aider d’autres parcs afin de nourrir les éléphants laissés à l’abandon puisque le pays était privé de tourisme. Bien qu’elle se dit ne jamais être en paix, elle veut ouvrir les yeux d’un maximum de gens. Elle est convaincue que l’amour peut guérir beaucoup de choses. Et sa promesse de venir en aide aux éléphants est toujours aussi forte. Source : ARTE TV +Internet Photos : captures d’écran ARTE !
Patti Smith et la démocratie en péril
Un sondage de l’Institut Kantar effectué en octobre 2022[2], révéla que près de 20% des Belges étaient prêts à renoncer à la démocratie : 4% favorables à une dictature et 16% à un parti unique pour diriger le pays. De plus, quelque 18,9% estimaient que la Belgique était déjà une dictature ou évoluait vers elle. Ensuite, près de la moitié des personnes sondées, se dit non protégée par la police et le système judiciaire. En France, selon la Fondation Jaurès, 30% des Français sondés par Ipsos en septembre 2022, placent leur confiance dans d’autres systèmes que la démocratie, alors que 57% affirment que « la plupart des hommes et des femmes politiques sont corrompus », 71% estimant que le personnel politique agit principalement pour ses intérêts propres au détriment de l’intérêt des Français. Autre inquiétude avec la liberté de la presse. Le 3 mai 2022, à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, il fut publié le 20e Classement mondial en ce domaine[3] établi pour 180 pays : la Belgique y dégringola de la 11e à la 23e place ![4] La France occupe la 26e place, les agressions envers les journalistes étant également soulignées. Parallèlement, l’Association des Journalistes Professionnels de Belgique[5] déclarait : « On constate une augmentation de la violence verbale, des intimidations, des menaces, des agressions physiques contre les journalistes. » Dès lors, il est bon de rappeler que : « Préserver la liberté d’expression, c’est d’abord empêcher la censure, mais aussi lutter contre les intimidations qui suscitent l’autocensure. »[6] Autre sujet à méditer : la liberté d’expression. Faut-il, comme Patti Smith, chanteuse et musicienne, militante pour les droits de la personne humaine, s’inquiéter de la situation développée principalement sur les réseaux sociaux : « Sur ma page Instagram, la liberté d’expression s’arrête là où commence la haine. » ?[7] Poser la question est y répondre, certes, mais, ici aussi, un rappel n’est pas inutile : vivre en société, c’est effectuer des choix. Sans la liberté de choisir, ce n’est plus vivre, c’est subir. En ce sens, qui dit liberté de choisir dit liberté d’opinion, liberté de conscience et liberté d’expression. Photo : capture écran Le Soir diffusant un article de Die Welt dans le cadre du supplément Léna (19 novembre 2023). [1] Extrait d’un futur reportage/ouvrage publié par la FAML en 2023. [2] La Libre Belgique, RTBF, chiffres repris et commentés par Le Soir. [3] Reporter sans Frontières, RSF. [4] Extrait de ce classement : 1. Norvège, 2. Finlande, 3. Suède, 4. Estonie, 7. Portugal, 8. Costa Rica, 16. Allemagne, 23. Belgique, 24. Royaume-Uni, 26. France, 28. Pays-Bas, 42. États-Unis, 58. Italie, 71. Japon, 106. Ukraine, 108. Grèce, 125. Congo, 134. Algérie, 135. Maroc, 149. Turquie, 155. Russie, 168. Égypte, 173. Cuba, 175. Chine, 178. Iran, 180. Corée du Nord. [5] RTBF, 3 mai 2022. [6] Sauver la liberté d’expression, Monique Canto-Sperber Collection Espaces Libres, Albin Michel, 2022. [7] Le Soir, 19 et 20 novembre 2022.
Qatar : « Belle » audience pour le Mondial de foot : quelle conscience ?
Je vous livre le commentaire du site maxifoot.fr consacré à l’audimat du 1er match du mondial sur TF1 : « Malgré les nombreuses polémiques autour de la Coupe du monde 2022 au Qatar et une affiche entre deux pays mineurs dans le monde du football, le match d’ouverture entre le Qatar et l’Equateur (0-2) a réalisé une belle audience dimanche en France avec 5,13 millions de téléspectateurs devant TF1, soit 31,3% de part d’audience. Pour comparer, en 2018, la première rencontre du Mondial entre la Russie et l’Arabie saoudite (5-0) avait seulement réuni 3,98 millions de téléspectateurs (36,3% de PdA). Cependant, cette différence peut aussi s’expliquer par le jour de programmation de cette partie à l’époque : un jeudi. En tout cas, l’impact d’un éventuel boycott de cette édition 2022 dans l’Hexagone semble très faible, pour le moment, au niveau des audiences. » Décidément, le business et l’indifférence supplantent de plus en plus la conscience.
Assises du Journalisme : Journalisme d’investigation vs fake news (Partenariat POUR)
Les fake news ou infox, fausses nouvelles, fausses informations et informations fallacieuses sont des nouvelles mensongères diffusées dans le but de manipuler ou de tromper le public.[1] Le journalisme d’investigation est à l’opposé de ces manipulations de la vérité, comme le prouvèrent quelques affaires retentissantes révélées par des reporters, affaires qui furent corroborées par la Justice : le « Watergate », scandale qui poussa le président américain Richard Nixon à démissionner en 1974, est probablement le plus célèbre exemple du travail de deux journalistes d’investigation, Bob Woodward et Carl Bernstein du Washington Post, à l’origine des révélations. Plus près de nous, ce sont Jodi Kantor et Megan Twohey, leurs consœurs du New York Times, qui, le 5 octobre 2017, publièrent une enquête dénonçant le harcèlement et les abus sexuels de Harvey Weinstein, le tout puissant magnat d’Hollywood. J’ajoute à cette présentation, le consortium international de journalistes d’investigation qui joue un rôle indéniable dans la divulgation, entre autres, de scandales financiers, de paradis fiscaux, de fraudes fiscales, du blanchiment d’argent, de systèmes basés sur la corruption dans divers milieux professionnels : Paradise Papers, Implant Files, Offshore Leaks, Luxembourg Leaks, Football Leaks… Ce travail journalistique se doit d’être d’une grande rigueur déontologique et pas exempte de pressions diverses. Des statistiques avancent que 56,8% de la population mondiale, en 2021, sont sur les réseaux sociaux, que 75% des 18-24 ans s’informent sur Internet et que 46% des jeunes de la même tranche d’âges s’informent sur les réseaux sociaux. Le principal écueil est l’abondance de fake news et les théories du complot, sans omettre les algorithmes qui dictent leurs lois aux utilisateurs. Une question essentielle se pose donc en ces temps où les réseaux sociaux sont devenus majoritaires au niveau de la communication et de l’information, parfois sous le couvert de l’anonymat ou de pseudonyme : la liberté d’expression est-elle devenue un leitmotiv d’être raciste, antisémite, homophobe, grossophobe ou autre discrimination ? Pour y répondre, les Assises du Journalisme qui se tiendront dans la capitale de l’Europe du 23 au 25 novembre 2022 auront, bien entendu, ce sujet sur la table sous le titre : Information, propagande, fake news : en quoi la déontologie et les conseils de presse peuvent-ils faire la différence pour mieux informer les citoyennes et les citoyens ? J’allais dire en prenant exemple sur Fréquence Terre et POUR, mais d’aborder le concept de la liberté d’expression en se rappelant la possibilité pour chaque individu d’exprimer son opinion par rapport à la gestion des affaires dans la cité et surtout d’en assumer les éventuelles conséquences, car la liberté d’expression est la condition sine qua non pour corriger les erreurs et les abus du pouvoir et des décideurs et de tenter de les ramener à la raison. En d’autres termes, « assumer de ne pas censurer l’information, laisser les protestations s’exprimer et en faire dans la mesure du possible l’occasion d’un débat argumenté est la seule option respectueuse de la liberté qu’ont les citoyens d’être informés. »[2] [1] Wikipedia, 16 novembre 2022. [2] Source : Sauver la liberté d’expression, Monique Canto-Sperber, Espaces libres, Albin Michel, 2022.
COP 27 : La dernière : tout est dit !
Une caricature de Gobi sous le titre de « La COP 27 s’achève. Un franc succès » résume la situation finale. On y voit un personnage prototype de l’homme d’affaires ou du politicien condescendant, qui déclare : « On a bien rigolé ». À la question : « Et le climat ? », il répond : « Ça a été, on a eu du beau temps ». Tout est dit. Effectivement, ce dimanche à l’aube, la COP 27 accoucha d’un texte final pour lequel l’Union européenne et l’ONU sont déçues, c’est-à-dire sans nouvelles ambitions pour la baisse des gaz à effet de serre. Les ONG sont en colère et les lobbyistes ricanent, bien entendu.
COP 27 : De l’humour très noir
Donc, ils prolongent de quelques heures la COP27 car, visiblement, c’est la chienlit à tous les niveaux et le travail de sape des lobbyistes des énergies fossiles contrecarre, comme d’habitude, le déroulement de cette semaine de pourparlers où les pays riches devaient au moins avoir la conscience de réparer tout le mal fait à ceux qu’ils ont pillés depuis des décennies. Le Soir: « Désorganisé et tendu, le sommet climatique mondial fait des heures supplémentaires. Aucun des sujets brûlants n’est réglé. » Libération : « Après avoir prolongé les discussions de vingt-quatre heures, un accord à l’issue de la COP 27 semble de plus en plus difficile à obtenir. » L’Écho: citation d‘un dirigeant égyptien : « Je suis toujours préoccupé par le nombre de questions non résolues, notamment sur les finances, la réduction des émissions de gaz à effet de serre, les pertes, dommages et dégâts déjà causés par le changement climatique et leurs liens. » Le Monde: « Les grands équilibres géopolitiques vacillent à la COP 27. » L’Obs: « Plutôt pas d’accord qu’un mauvais accord » : à la COP 27, les négociations au bord du gouffre. » Charlie Hebdo, lui, publie déjà le discours de la dernière chance pour la COP 28 à Dubaï, oui à Dubaï : « Enfin libérés de la dictature du climat et de l’écologie punitive, nous pouvons regarder l’avenir avec optimisme. Notre mère planète regorge encore de gourmandises telles que pétrole, gaz de schiste, lithium, eau minérale qui n’attendent que nous. Camarades, il ne nous reste que dix ans pour tout finir. Nous ne laisserons rien derrière nous. Non au gaspillage ! » Merci Charlie de nous rappeler la réalité, même si c’est de l’humour noir, très noir. Photos : Pixabay
COP 27 : Cités disparues et changement climatique (2/5)
L’ouvrage Les Cités disparues d’Annalee Newitz paru chez Calmann-Lévy évoque un voyage insolite aux origines de nos civilisations et nous conte le destin de Çatal Höyük, Pompéi, Angkor et Cahokia. Voici ce qui en fut de la première. Çatal Höyük en Turquie centrale fut une cité édifiée avant que les villes n’existent. Sur treize hectares, on trouve les vestiges de cette cité neuf fois millénaire où chaque maison ressemblait à une alvéole d’un rayon de miel et où la vie s’articulait autour du climat. Les habitants entretenaient le sol de leur maison en le replâtrant en surface, ils faisaient aussi du neuf avec du vieux. Il s’agissait d’un groupe d’anciens nomades ayant décidé pour la toute première fois de se fixer définitivement à un endroit à la végétation luxuriante. Les dépôts d’argile devinrent des maisons en argile, puis des quartiers résidentiels et des ouvrages d’art s’y élevèrent, toujours en argile. Les premières traces d’une utilisation culinaire de produits laitiers, c’est-à-dire du lait de chèvre, voire du fromage, apparurent à un certain niveau, là où les archéologues découvrirent que les humains commençaient à modifier la nature à leur convenance. Assurément, un fameux tournant dans l’évolution de l’humanité que certains intitulèrent « révolution néolithique » En somme, il s’agissait du tout début de l’urbanisme. Alors, cette cité inversa les termes de l’équation sociale, puisque de nomades ils passèrent à une vie intime dans une ville où ils pouvaient être de parfaits inconnus. Et puis, petit à petit, entre les 6000 et 5000 avant notre ère, la population commença à quitter les lieux car des rivières voyaient leurs cours se modifier et se tarir, le climat devenait plus froid, une période de sécheresse fut observée par les chercheurs, le niveau des mers s’éleva d’une trentaine de centimètres, ce fut également une rapide fonte des glaciers, alors que certaines régions du globe voyaient leur température chuter de quinze degrés. Des tempêtes et ouragans s’intensifièrent, une famine se déclencha, des incendies de forêt et des inondations ravagèrent d’autres parties du globe. Ce changement climatique majeur ne fut pas une fiction, il fut même appelé « Événement 8,2kA », car survenu il y a huit mille deux cents ans et qu’il fait office de référence aux climatologues pour étudier les mécanismes du phénomène. Les habitants de Çatal Höyük vécurent lentement un clivage entre nantis et démunis et finirent par abandonner leur cité et par reprendre la route. Toute comparaison avec la situation mondiale actuelle n’est absolument pas fortuite.
COP 27 : Clap dernière vers l’échec…
Officiellement, ce 18 novembre 2022 est le dernier jour de la COP 27 qui se déroule en Égypte. J’en rappelle les buts essentiels émis le premier jour : « Nous cherchons à accélérer l’action climatique mondiale grâce à la réduction des émissions, à l’intensification des efforts d’adaptation et à l’amélioration des flux de financements appropriés. Nous reconnaissons que la « transition juste » reste une priorité pour les pays en développement du monde entier. » Point crucial : les finances. Au départ, il était question, je cite, « d’améliorer la transparence des flux financiers et de faciliter l’accès pour répondre aux besoins des pays en développement, en particulier de l’Afrique, des Pays Moins Avancés (PMA) et les petits États insulaires au développement (PIED). Les engagements et promesses existants, annoncés depuis Copenhague et Cancún, en passant par Paris et jusqu’à Glasgow, nécessitent un suivi afin de clarifier où nous en sommes et ce qu’il reste à faire. » Ce matin, on semble bien loin de ce pieux objectif quand on lit que la présidence de la COP a fait circuler un document de travail en vue d’une déclaration finale qui ne mentionne rien de concret sur les sujets contentieux des finances. En d’autres termes, la COP27 semble déboucher sur un échec. Un de plus. Photo : Pixabay.
COP 27 : Qu’est-ce qu’il s’y dit réellement ?
On évoque très peu la COP 27, mais il s’y dit quand même certaines choses. Face aux dirigeants de pays occidentaux et aux lobbyistes installés à leurs côtés, le GIEC et des activistes leur clament ce qui est absolument nécessaire pour éviter le chaos. À savoir : inventer un système économique qui assure le bien-être pour tous dans les limites de la planète, désactiver les politiques de croissance, réduire drastiquement ou supprimer les productions inutiles, c’est-à-dire les objets connectés, les SUV, les déplacements aériens non essentiels, décarboner l’énergie, recycler un maximum, supprimer les herbicides et insecticides chers à Monsanto-Bayer, etc. Ce serait déjà un petit pas vers une stabilisation de la situation. Pour espérer davantage, cela tient du miracle ou d’une révolution écologique planétaire. On peut rêver à Charm-el-Cheik comme partout dans le monde… Photo : Pixabay.
COP 27 : Terminé le temps du « yaka » et du « il faut que »…
Même si la COP27 qui se déroule en Égypte semble se dérouler dans une relative indifférence, l’ampleur du bilan du réchauffement climatique reste ce qu’il est : dramatiquement inquiétant. Pire, cette situation s’aggrave. Alors, sans relâche, à Fréquence Terre, on insiste sur la nécessité absolue de s’engager pour que la planète ne tombe pas dans un chaos irréversible. Pour ce faire, je rappelle un proverbe arabe qui sied bien à la situation : « Qui veut faire quelque chose trouve un moyen, qui veut ne rien faire trouve une excuse. » Et, dans le cas de l’état de la Terre, il n’y a aucune excuse à présenter, comme l’écrivit Fabienne Lemahieu dans un édito de La Croix : « Il n’est plus possible de détourner le regard. Ni de le porter systématiquement, et un brin dédaigneusement, sur les seuls pays en développement. Les effets du réchauffement climatique ont explosé cet été, sous les yeux d’Occidentaux impuissants. » Il est donc terminé le temps du « yaka » et du « il faut que » de ceux, trop nombreux, qui confortablement calfeutrés dans leur confort bourgeois ou leurs habitudes sont emplis de conseils aux autres sans se les appliquer eux-mêmes : mini-trip d’un week-end aux Canaries, consumérisme effréné d’objets parfaitement inutiles, course indécente au tout dernier iPhone, cabriolet ou écran tactile interactif ultra fonctionnel, vous savez, celui qui va révolutionner votre quotidien en présentiel, en visio ou en web conférence, selon la publicité. « Ceux qui s’inquiétaient le moins du réchauffement climatique avant ont changé d’avis depuis les événements de l’été », expliquait le quotidien. Merci à l’auditeur qui nous a fait parvenir son inspiration artistique suite à la chronique consacrée à la fonte des glaciers © Franck Noël. Vraiment ? Vous croyez vraiment à ces propos après avoir lu les statistiques de vols aériens en nette augmentation de ces derniers mois ? Avez-vous bien regardé les cartes des tours cyclistes prochains avec départs pour le Giro à Budapest, les Pays-Bas pour la Vuelta, l’Espagne pour la Grande Boucle, soit des milliers et des milliers de kilomètres de déplacements aériens ou routiers des coureurs, suiveurs, officiels, journalistes, soigneurs, directeurs sportifs, et des marchands de cacahouètes et saucissons des caravanes ? Tout cela quand la barre des 42° a déjà été atteinte dans des dizaines de communes françaises et que des dizaines de départements ont connu un déficit de pluviométrie s’élevant jusqu’à 80% par rapport à la normale saisonnière, alors que dans d’autres régions de la planète, les flots ravagent villages et champs dans des inondations jamais vécues jusque là. Les politiciens clament déjà qu’il y aura un avant et un après 2022. C’est le même discours creux et absolument indécent que celui qu’ils tinrent durant les confinements. Fréquence Terre est encore là pour le leur rappeler de manière concrète ! Photo : Pixabay. Photo :Pixabay.
COP 27-Reportage : Pleurent les glaciers…
C’est au cœur d’un parc de la capitale de l’Europe[1] construit sur un ancien cimetière que l’artiste Clara Thomine décida d’intervenir avec son nouveau projet « Pleure(nt) les glaciers ». Elle avait choisi ce parc pour ses chemins dallés constitués d’anciennes pierres tombales et qui allaient connaître un nouveau destin, celui de commémorer des glaciers disparus. Une œuvre engagée qui pointait de manière décalée l’urgence climatique par un glissement de paradigme ouvrant les possibles. L’œuvre éphémère ainsi constituée a vécu plusieurs semaines et s’effaça au fil du temps, avec le passage des promeneurs, des joggeurs, de la pluie … À l’heure de la COP 27, comme tant de glaciers, il ne reste plus rien de cette œuvre, il ne reste que les allées de pierres tombales et un panneau reprenant le texte que je vous lis et qui vous dirige vers le site internet ad hoc. Pour nourrir son projet, Clara Thomine s’était appuyée sur le monde scientifique. Des dizaines de spécialistes de la question lui avaient apporté un nombre important de données précieuses. Des climatologues du Mexique, des États-Unis, de Grande-Bretagne, du Kenya, de Colombie, d’Italie, de France, Suisse, Islande, Allemagne, Autriche, Équateur ou encore Antarctique avaient partagé leur expérience, apporté un éclairage sur la question et désigné les glaciers disparus significatifs pour eux. Pour ma part, j’ai relevé des traces des glaciers Josef dans la Vallée du Grand Riff au Kenya, disparu en 2004, celui de Calderc dans les Apennins en Italie, disparu en 2009, celui baptisé OK dans les Hautes Terres islandaises et disparu en 2019, également celui de la Sana dans les Alpes françaises et celui de Meren en Indonésie, rayés de la carte respectivement en 2006 et en 2002… Ces glaciers disparus touchent-ils la conscience des politiciens et des citoyens ? Un graffiti en doutait : « Et vous pensez vraiment arrêter la catastrophe climatique en roulant à vélo ou en trottinette électrique ? » Philippe Lançon, auteur et journaliste, constate qu’il n’y a pas la moindre émeute quand un glacier vieux de 18 000 ans a complètement fondu au Mont Chacaltaya en Bolivie, mais, dit-il, on se bat à l’entrée de magasins lorsqu’arrive le dernier iPhone : « Il arrive un moment où ; face aux conséquences de leurs actes, on n’a plus envie de faire la psychologie des gens de pouvoir », déclara-t-il encore, désabusé. Pour notre part, tant à Fréquence Terre que personnellement, pas question de baisser les bras : la lutte continue ! [1] Woluwe-Saint-Lambert
Fonds marins : Merci monsieur le président !
7 Novembre 2022. COP 27. Emmanuel Macron s’engage et engage la France pour une interdiction de l’exploitation des fonds marins. BRA-VO ! Écoutez cette chronique pour connaitre le contexte, les détails et l’explication de ce sujet crucial pour l’avenir de l’Océan et de sa biodiversité.
COP 27-Témoignages : Quand des scientifiques se rebellent
Faut-il que la situation soit extrêmement préoccupante pour que de très nombreux scientifiques à travers le monde, généralement tenus à un droit de réserve, voire à une neutralité institutionnalisée, brisent ces conventions au nom de la liberté d’expression et s’engagent, pour certains, de manière militante en présence du déni des décideurs et politiciens en matière de climat. Ainsi, des scientifiques belges ont mené une action à la mi-COP 27 non loin des Communautés européennes à Bruxelles et ont appelé leurs collègues à, je cite, « s’engager dans la désobéissance civile non violente pour provoquer la transformation radicale de notre société nécessaire pour minimiser les dommages de la crise climatique et écologique. » Série « Colibri » ©Thomas Burion. Ils rejoignaient en cela le mouvement international « Scientist Rebellion » qui attirait aussi l’attention sur la présence de 636 lobbyistes du pétrole, du gaz et du charbon à la COP 27 alors qu’était annoncé le chiffre époustouflant de trois milliards de personnes qui vivront sous peu dans des régions touchées de plein fouet par le réchauffement climatique avec un taux de mortalité quinze fois supérieur à celui de régions moins touchées. Ce cataclysme mondial entraînera également le déplacement de plusieurs millions de personnes. Alors, en présence de ce constat global dramatique, certains scientifiques sont sortis du silence[1] François Gemenne, politologue à l’Université de Liège, coauteur du rapport du GIEC, spécialiste des migrations climatiques : « Nous ne pouvons pas sonner l’alerte et puis, quand la population doit décider, refuser à donner un avis et rester dans une posture de stricte neutralité. Pour moi, la neutralité des scientifiques n’existe pas : ce qui compte, c’est l’honnêteté. » Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue française, coprésidente d’un groupe de travail du GIEC : « Je suis toujours interloquée que l’on soit choqué par le fait qu’on verse de la soupe sur des œuvres d’art – que j’aime beaucoup – protégées par une vitre, mais pas les pertes et dommages provoqués par le changement climatique ou les investissements dans les énergies fossiles qui verrouillent les émissions. Et donc je pense que ces actions mettent le doigt sur le déni et ce qu’on ne veut pas voir dans nos sociétés. » Michael E. Mann, climatologue américain, directeur d’un centre universitaire de Pennsylvanie : « Les scientifiques devraient sortir de leur laboratoire, en faisant tout ce qui est en leur pouvoir pour informer le public sur la crise climatique. Ne pas s’engager dans le débat public reviendrait à laisser un vide. Ce serait manquer à notre responsabilité envers la société que de rester silencieux face à une menace aussi grave. » Illustration : © Série « Colibri » de Thomas Burion. [1] Source : La Libre Belgique, 12 et 13 novembre 2022.
Le kolam, un labyrinthe de formes géométriques
Le kolam est un dessin réalisé avec de la poudre de riz, il signifie à la fois le contour et la beauté. Avec ses droites, ses courbes et ses arabesques, le kolam évoque la vision hindoue du cosmos. Et en pays tamul la beauté naît de l’ordre et de l’harmonie. Capture d’écran émission « Invitation au voyage » (France5) C’est un savoir-faire qui se transmet de mères en filles. C’est un don attribué uniquement aux femmes pour intercéder auprès des dieux afin de demander la prospérité du foyer. Depuis plus de 2000 ans, chaque jour à l’aube ou au crépuscule, les femmes reproduisent un geste ancestral transmis par voie orale ou par des dessins soigneusement préservés. Une véritable œuvre d’art éphémère qui sera emportée par le pas des passants, effacée par le vent, picorée par les insectes. Il faut d’abord nettoyer le sol à grandes eaux, puis pratiquer le dessin. Cet acte de dévotion qui se pratique le dos courbé est une gestuelle apaisante. C’est comme un temps de méditation car il faut se concentrer pour le réaliser et cela aide pour bien commencer la journée. Le kolam signifie aussi que l’on est heureux dans ce foyer et que l’on en prend grand soin. Capture d’écran d' »Invitation » au voyage » animée par Linda Lorin. Dans une société ultra patriarcale où les femmes sont pour la plupart soumises à des mariages arrangés, elles doivent endosser très jeunes la charge du foyer plus le travail aux champs. Et quand elles se marient elles sont notamment jugées sur l’art de pratiquer le kolam. Mais à l’heure actuelle de nombreuses paysannes rejoignent les villes et sur les sols bitumés elles perpétuent l’art du kolam. Ainsi le profane vient se coller au spirituel à l’occasion de concours organisés par des ateliers culturels. Aujourd’hui, cette tâche domestique devient une véritable source d’épanouissement. Car le kolam est sorti de l’espace privé et la femme qui le réalise gagne une certaine reconnaissance. C’est désormais un art à part entière. Les femmes aiment expliquer qu’elles tracent des kolams pour nourrir des milliers d’âmes. Et désormais, cet acte de célébration des dieux offre l’opportunité inespérée de se redresser. Source : Emission TV France 5 « Invitation au voyage » 28 octobre 2022
COP 27-Analyse : Du caviar et des jeux
À Charm-el-Cheikh, la décevante COP 27 fermera ses portes le 20 novembre. Peut-être que le concept de ce grand rassemblement qui se doit de trouver des solutions au dérèglement climatique, ne survivra pas quand on connait la mainmise des 600 lobbyistes des énergies fossiles qui y sont présents. Parallèlement à la clôture de la COP 27, débutera au Qatar le Mondial de football. Ici, en plus du scandale d’avoir attribué à ce pays totalitaire une telle organisation, tous les participants se sont courbés comme des carpettes sur l’ordre de l’omnipotente Fédération internationale de football, la FIFA, à ne pas faire de vague. Les supporters boycotteront-ils l’événement ? Pas certain du tout, tant la perte de conscience est omniprésente dans ce milieu. L’anthropologue Philippe Descola, auteur de l’essai Le sport est-il un jeu ? paru aux Éditions Robert Laffont, évoque à son sujet la marchandisation, le mercantilisme, le dévoiement du jeu, une compétition aux relents identitaires, au point qu’il évoque une « guerre du football ». Mais, tant qu’il y a du caviar et des jeux, tout va bien dans ce milieu… Source Philippe Descola : Le Figaro
COP27-Débat : Les écolos radicaux : violence et non-violence
Le magazine Marianne vient de publier une très intéressante enquête sur les « écolos radicaux », c’est-à-dire ceux de Jeunes pour le Climat, les héritiers de Greta Thunberg, d’Extinction Rebellion, de Dernière Rénovation, des Soulèvements de la Terre, de Terres de luttes. Un militant plus radical que les autres déclara qu’ « être pacifiste, c’est être passif, l’État l’a bien compris et en profite. Il faut qu’on se fasse respecter. » À ce militant prônant implicitement la violence pour riposte à celle des pouvoirs et des décideurs capitalistes, je rétorque que l’Histoire prouve que le pacifisme fit échouer, reculer, capituler, des dictatures, autocraties, tyrannies et pouvoirs militaro-industriels : enseignants norvégiens s’opposant avec succès aux nazis, chutes de Jaruzelski par Solidarność, de Milosevic par Otpor !, de Bouteflika par le Hirak, sans oublier le pacifisme des Rosa Luxemburg, Gandhi, Martin Luther King, Mandela, Angela Davis, Jane Fonda, de certains Printemps arabes, des paysans du Larzac, des Grands-Mères de la Place de Mai, voire des courageux pacifistes russes osant défier avec détermination et espoir la politique de Vladimir Poutine… Alors ? Et si notre Société déployait un arsenal de pacifisme plutôt qu’entretenir la solution violente et, surtout, le mythe de la « Grande Muette », celle qui apprend à tuer ? Et qui tue. À savoir, un pacifisme militant doublé d’un activisme citoyen développé dans un esprit de solidarité sans frontières : désobéissance civile, actions non-violentes, objection de conscience, insoumission, résistance collective contre les armes chimiques, ruines, viols, drones exterminateurs…, est-ce utopique ? « L’utopie n’est pas ce qui est irréalisable, mais ce qui est irréalisé », clama Cabu, caricaturiste et… pacifiste. Et, je conclus par cette demande lue sur les réseaux sociaux : « Ceux qui pensent que c’est impossible sont priés de ne pas déranger ceux qui essaient ! »
COP 27 : Stop !
À Charm-el-Cheik où se déroule la COP 27 et face à la Communauté européenne dans la capitale de l’Europe, là où se déroulent parallèlement des débats et manifestations diverses sur le thème du climat, les activistes répandent un document STOP CO2, STOP effet de serre et Arrêtons de gazer la planète. En voici son contenu :
COP 27 : L’indécente mainmise lobbyiste
Alors qu’à la tribune de la COP 27, le Premier ministre libéral belge, Alexander De Croo, s’en est pris aux jeunes qui dénonçaient les méfaits de la politique ultralibérale et consumériste, et, le comble, qu’il y prôna les technologies nouvelles comme remèdes à un problème climatique qu’il minimisait, on vient d’apprendre que plus de 600 lobbyistes des énergies fossiles tels Shell, Chevron, BP et Cie, se trouvent à Charm-el-Cheikh, non pas en villégiature, mais à la table des négociations. Soit, 25% de plus qu’à Glasgow l’an dernier. Décidément, l’indécence n’a plus de limites chez les fossoyeurs de la planète. Photo : MPP
COP 27-Reportage : Adélaïde Charlier, activiste : « Je vais m’assurer que certains ne s’endorment jamais face à la réalité. »
Adélaïde Charlier, 22 ans, est une activiste wallonne pour le climat, coordinatrice francophone du mouvement « Jeunes pour le Climat » initié par Greta Thunberg. Fréquence Terre ne pouvait que diffuser ses propos que nous avons enregistrés lors de la manifestation devant la Commission européenne quelques heures avant l’ouverture de la COP 27. « On connait depuis trente années avant ma naissance grâce à un premier rapport l’état désastreux de la planète, mais il n’y a pas eu d’impact. Doit-on déprimer ? Espérer ? Qu’est-ce qu’on fait ? Nous n’avons pas d’autre choix que de nous lever. Je me suis donné pour mission, celle du moustique qui tourne autour des oreilles de tous ceux qui s’endorment face à la réalité. Et on sait tous à quel point un moustique est chiant ! Et qu’il nous empêche de nous endormir. Pourtant, un moustique est seul et tout petit… Pour ma part, je sais que je suis seule et je sais que je ne vais pas changer le monde entier, néanmoins, je vais m’assurer que certains ne s’endorment jamais face à la réalité. La jeune génération s’est en partie levée, mais elle ne veut pas donner de l’espoir, ce serait trop facile car c’est espérer que quelqu’un d’autre va résoudre le problème. L’espoir, ce n’est pas ça et les jeunes ne peuvent pas résister seuls. C’est ici qu’entre en jeu l’intergénérationalité. On doit pouvoir travailler ensemble, toutes générations confondues. Les conséquences climatiques ne sont pas seulement dramatiques pour les futures générations, car il ne faut pas oublier toutes les personnes qui sont touchées aujourd’hui, plus le non-respect des droits humains. Si je me lève et que je résiste, c’est pour toutes ces personnes et pouvoir mettre un financement afin qu’elles survivent aux conséquences que nous (l’Occident industrialisé et politicien) avons engendrées. Entre le désespoir et l’espoir, il va falloir trouver au milieu l’action. Et, donc on se retrouvera dans les rues… »
COP 27 : Jeunes malades et sauvegarde de la planète
Outre les jeunes sérieusement touchés par le covid, ceux qui sont frappés par des maladies graves, parfois incurables, ou handicapés profonds, il y a de plus en plus d’enfants et d‘adolescents qui souffrent de problèmes de santé mentale, dont l’éco-anxiété est la cause première. Le stress lié au réchauffement climatique et à la destruction de la biodiversité impacte dangereusement la jeune population, sans oublier, bien entendu, tous ceux qui pâtissent de catastrophes (inondations, sécheresses…), qui frappent de nombreuses parties du monde. Depuis une clinique universitaire de la capitale de l’Europe[1], des jeunes hospitalisés se sont mobilisés pour lancer un cri d’alarme et d’espoir : « Nous t’ Madame la Terre » Une sympathique exposition dans le hall d’entrée desdites cliniques qui comptent quelque 5 000 membres du personnel, des milliers de personnes hospitalisées ou qui consultent quotidiennement, propose diverses réalisations picturales effectuées par ces jeunes, ainsi que des slogans qui ne peuvent que nous interpeller : « La question n’est plus ‘‘Peut-on arrêter le dérèglement climatique ?’’ mais bien ‘‘Comment allons-nous nous y adapter et le limiter au maximum ?’’. Une réponse y est donnée, preuve qu’il ne suffit pas de poser des questions, même bonnes, mais qu’il faut aussi participer à la sauvegarde de notre planète. Ainsi, un exemple concret est proposé par ces jeunes et leurs accompagnateurs : « L’hôtel à insectes permet de remercier et d‘offrir à différentes espèces la possibilité de se reposer et notamment de passer l’hiver. Les habitats naturels de nombreux insectes sont menacés par les changements environnementaux et l’hôtel est un moyen de les aider. » Leur message a été capté puisque, à quelques centaines de mètres de là, au « Chien Vert », des militants qui luttent depuis trois ans contre la bétonnisation forcenée de leur quartier par des promoteurs immobiliers de mèche avec les autorités, ont l’idée d’élever un hôtel à insectes dans un coin de verdure public qui subsiste encore et qui devrait être sacrifié par cette rage bétonnière qui sévit dans la capitale de l’Europe, alors qu’il y a quelque 30.000 logements potentiels à restaurer. Merci les jeunes pour votre leçon donnée aux adultes ! [1] UCL-1200 Bruxelles.
COP 27-Analyse : récupération politicienne ou prise de conscience ?
Souvenez-vous, au moment des dernières élections présidentielles françaises, j’avais attiré l’attention sur l’engagement plus que modéré de Yannick Jadot, candidat écolo ayant supplanté Sandrine Rousseau pour représenter les Verts dans la course à l’Élysée. Il paraissait même tétanisé dès qu’on lui parlait d’engagement radical et il ne cessait de prôner un militantisme d’un autre temps, certainement obsolète aux yeux de la jeune génération. Il n’y a que les imbéciles qui ne changement pas d’avis, nous répète le dicton, et Libération nous apprend que la capitaine des « réalos » change de cap et qu’il justifie à présent les actions militantes radicales, dont celle de la désobéissance civile non-violente. Mieux, il a dit qu’il ne s’agissait pas d’extrémisme mais de cris de désespoir. Bref, terminée la politique mollassonne et place à l’écologie de combat. Il était grand temps. Je désire ajouter ceci, certains politiciens hurlent au scandale face aux actions de jeunes qui, selon eux, commettent un sacrilège en s’en prenant à des œuvres d’art. Je suis le premier à défendre le Patrimoine et à le respecter, cependant, contrairement à leurs hurlements, il faut savoir que ces politiciens travestissent la vérité : jusqu’à présent, ces activistes s’en prennent aux cadres et aux vitres qui entourent les œuvres, non à celles-ci. La manœuvre politicienne est donc bien un leurre pour cacher leur inertie à défendre ce qui doit l’être : l’environnement attaqué et maltraité par le capitalisme.
COP 27-Analyse – Cités disparues : quelles leçons pour le présent ? (1/5)
J’ai particulièrement apprécié Les cités disparues, un ouvrage d’Annalee Newitz paru chez Calmann-Levy, avec en sous-titre « Voyage insolite aux origines de nos civilisations ». Ici, il n’est pas question d’une immersion parmi les rares peuples racines qui survivent sur la planète, tel celui d’Amazonie dont le président Lula a promis de s’occuper de manière enfin positive, mais d’une autre approche qui consiste à plonger le lecteur dans une passionnante découverte de quatre brillantes cités d’autrefois. À savoir, Çatal Höyük en Turquie considérée comme l’une des premières villes de l’histoire de l’humanité, ensuite Pompéi, puis Angkor et Cahokia aux États-Unis. Avec Annalee Newitz, on sort de l’imaginaire, de récits d’aventures en vogue à une certaine époque. La mise au point est explicite en ce sens : « Le mythe des cités perdues occulte la réalité des voies empruntées par les populations pour détruire leur civilisation. » La cité d’Angkor n’a-t-elle pas disparu à cause d’une crise climatique ? Cet essai propose une réalité non romancée de « quatre exemples de désertion urbaine, spectaculaires entre tous, de l’histoire humaine. » Cette réflexion met en relief des problématiques actuelles et, du coup, éclaire la situation de différentes villes tout en évoquant l’avenir. Comme le souligne cet ouvrage : « Nous fonçons vers un futur dans lequel les métropoles seront devenues invivables, mais où les solutions de remplacement se révéleront pires encore. » Les quatre cités, Çatal Höyük, Pompéi, Angkor et Cahokia accueillirent pourtant des civilisations brillantes « dont le sombre avenir n’était nullement fixé par le destin. » Quatre cités qui feront, chacune, l’objet d’une chronique spécifique, car, après tout, c’est de leurs erreurs que nous pouvons éventuellement tirer les meilleurs enseignements… ceci à l’heure de la COP 27 !
COP 27-Interview : Bernard Tirtiaux : L’espérance en un « renouveau »
En 1993, j’avais été particulièrement ravi par la lecture d’une belle quête initiatique racontée par Bernard Tirtiaux dans son roman Le Passeur de Lumière, un écrivain que les auditeurs de Fréquence Terre connaissent bien puisque je leur ai aussi partagé mon enthousiasme pour ses autres ouvrages, tels Les Sept Couleurs du vent, Le Puisatier des abîmes, Aubertin d’Avalon… La Cathédrale de Lumière (Photo FT) Bernard Tirtiaux est, outre cet auteur humaniste, un maître verrier dont j’avais également présenté l’œuvre monumentale intitulée La Cathédrale de Lumière dressée dans la forêt d’Oignies-en-Thiérarche, non loin de la cité ardennaise de Fumay. Il est encore acteur et chanteur, et, à l’occasion de l’inauguration de la stèle Pierre de Rosette du Climat ou 50 ans de déni climatique par les politiciens, manifestation qui s’est déroulée sous les fenêtres des Communautés européennes à Bruxelles, nous avons quelque peu devisé de l’état actuel de la mobilisation citoyenne pour la sauvegarde du climat, de l’engagement plein d’espoir de la jeunesse et de son prochain ouvrage dans lequel ce thème vital ne sera pas exempt. (écoutez le podcast ci-contre).
COP 27-Analyse : sans Greta, mais avec une kyrielle de Belges…
Greta Thunberg a décidé de ne pas se rendre à la COP 27 organisée à Charm-El-Cheikh en Égypte, car elle ne veut pas cautionner ce qui s’apparente à ses yeux comme une grande opération de communication et de greenwashing. En revanche, la Belgique y a envoyé plus de 125 personnes dont une pléthore de ministres fédéraux et régionaux accompagnés d’une cinquantaine de membres de leurs cabinets, alors que ce pays n’est même pas directement impliqué puisque c’est l’Union européenne qui négocie en son nom. La presse alternative, comme Fréquence Terre, clame que Charm-El-Cheikh est situé à 3.600 kilomètres de Bruxelles et que cette délégation pléthorique belge est un véritable désastreux message pour le climat. Tout est dit de la part du monde politicien par cet exemple concret. Il reste aux citoyens à leur faire comprendre, une fois de plus, leur gabegie. Photo : Fréquence Terre.
COP 27-Reportage manifestation : Colère, espoir et combat
L’égyptologue Jean-François Champollion qui au début du XIXe siècle déchiffra les hiéroglyphes à partir de la célèbre Pierre de Rosette, inspira des écoloactivistes qui, sous les fenêtres des Communautés européennes à Bruxelles, élevèrent une stèle de pierre bleue de 1 500 kilos baptisée Pierre de Rosette du Climat ou 50 ans de déni climatique de la part des politiciens. Détail de La Pierre de Rosette pour le Climat élevée face aux bureaux des Communautés européennes : 50 ans de déni climatique de la part des politiciens (Photo FT). Le collectif citoyen Pakaman, du nom d’un peuple de l’île de Pâques dont la civilisation s’est écroulée à partir de sa colonisation en 1722, anime jusqu’au dimanche 20 novembre au pied des Communautés européennes à Bruxelles, des débats, Nuits Climatiques, assemblées citoyennes… (Photo FT). Cette stèle est inaugurée au premier jour de la COP 27 qui se tient en Égypte, plus précisément dans la station balnéaire huppée de Charm-el-Cheik, non loin du lieu où Champollion découvrit le trésor archéologique qui permit à la société de saisir le langage en application dans l’Égypte ancienne. Un membre du collectif citoyen organisateur « Pakman » : un mot de colère, celle dont naissent les plus grands combats, un mot d’espoir, celui qui sème des graines qui permettent d’avancer, un mot de combat, celui qui dit qu’il faut se mettre debout et se battre, sortir du déni c’est sortir du discours « on va faire, on va faire ». À la COP 27, l’Afrique, l’Asie et l’Amérique latine vont pouvoir demander des comptes à nos pays industrialisés… (résumé du podcast en annexe).
COP 27-Analyse : une revue de presse décapante
Le 27e Sommet des Nations Unies sur le climat, appelé COP 27, se déroule en Égypte dans un climat aussi lourd qu’est la situation de l’environnement. Déjà que l’endroit prête à discussion, puisque Charm-el-Cheik est une station balnéaire huppée aux nombreux hôtels étoilés, la police locale vient d’arrêter des centaines de manifestants, car ils n’étaient pas parqués, je dis bien parqués comme du bétail, dans l’endroit prévu par les autorités pour les manifs, c’est-à-dire hors de vue des présidents d’États, des Premiers ministres, de la pléthore de ministres de l’Environnement, de lobbyistes, mais oui, des lobbyistes. La presse internationale, qui n’est pas dupe, se déchaîne face à ce nouveau prétendu rendez-vous majeur pour la planète. Voici une revue de la presse internationale francophone à ce sujet : La Libre Belgique: « Avis de tempête sur le sommet de Charm-el-Cheik, alors que le continent africain représente à peine 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, les pays du Sud demandent des comptes aux pays industrialisés et en appellent à la justice climatique. » Jeune Afrique donne la parole au négociateur du Congo à la COP 27, Tosi Mpanu Mpanu, qui déclare : « Nous ne pouvons pas privilégier l’action climatique si la pauvreté tue nos populations. » Le Soir: « C’est avec le défilé national, la grippe saisonnière et la Noël, un rendez-vous annuel incontournable. La COP de fin d’année est de retour ce dimanche. Faut-il brûler les conférences sur le climat ? Ces grandes réunions sont-elles efficaces ? Quel est l’intérêt de les maintenir en l’état ? » « À Charm-el-Cheik, COP ou pas Cap ? » se demande Libération, alors qu’un long reportage évoque « la nouvelle galaxie des mouvements écolos radicaux : Dernière Rénovation, Just Stop Oil, Scientist Rebellion…, soit des collectifs très actifs. » Une chronique du Monde, elle, titre « La lutte contre le réchauffement climatique passe par une réduction drastique du niveau de revenu des plus riches », une information spécifie que « un tiers des glaciers classés au Patrimoine mondial de l’humanité n’existeront plus en 2050 », sans oublier l’appel de seize Prix Nobel : « Nous vous exhortons à ne pas oublier Alaa Abd El Fattah et les milliers de prisonniers politiques détenus en Égypte ». Notre partenaire, Radio France Internationale pose une bonne série de question : « Tous les pays industrialisés craignent surtout d’ouvrir la boîte de Pandore : en étiquetant une aide « pertes et dommages », cela pourrait créer un précédent juridique. Et si leur responsabilité historique dans le changement climatique était reconnue légalement, les demandes de réparations de la part des pays touchés pourraient s’accumuler et les factures s’annoncer salées. Ces derniers parlent d’ailleurs parfois de « dette » historique. À cela s’ajoute des débats éthiques : comment évaluer le prix des vies perdues ? Comment apprécier la valeur d’un patrimoine détruit ?» L’Obs est un tantinet plus optimiste ou, alors, c’est de l’humour noir : « Difficile de ne pas désespérer quand on se plonge dans la litanie des chiffres sur l’état du climat. Alors que la COP 27 s’ouvre en Égypte, les impacts du changement climatique se sont amplifiés ces derniers mois. Mais il ne faut pas baisser les bras : la bataille n’est pas perdue, affirment les spécialistes. »
COP 27-Programme : « Au service des personnes et de la planète »
« La 27e conférence des parties à la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques qui se tiendra en Égypte du 6 au 18 novembre 2022, vise à renouveler la solidarité entre les pays afin de concrétiser l’accord historique de Paris au service des personnes et de la planète », tel est le message des Nations Unies. Un vœu pieux pour certains, un barnum inutile pour d’autres, Fréquence Terre suivra de très près le déroulement de ce rassemblement afin que chacun puisse juger. Sachez que le programme de cette COP 27 est le suivant : Le mercredi 9 novembre, journée de la finance, pierre angulaire de la mise en œuvre des actions climatiques. Le jeudi 10 novembre : Journée de la science avec, entre autres, des rapports scientifiques du GIEC, également journée des jeunes et des générations. Le vendredi 11 novembre, journée de la décarbonisation. Le dimanche 13 novembre : journée du genre et journée de l’eau, source de vie et des moyens de subsistance. Le lundi 14 novembre : journée de la société civile et de l’énergie. Le mardi 15 novembre : journée de la biodiversité. Enfin, tant attendue, voici la journée des solutions officiellement prévue le mercredi 16 novembre.
L’énigme Banksy : militantisme ou business ?
J’apprécie beaucoup les œuvres de Banksy, artiste d’art urbain, antimilitariste, anticapitaliste notoire. La Trois, troisième chaîne de la RTBF, vient de diffuser un documentaire « Banksy wanted » particulièrement évocateur de la chasse qui lui est menée pour découvrir son identité. Il y eut trois pistes, disons crédibles, mais rien de concluant et Banksy poursuit son travail de conscientisation allégrement. Je retiens plusieurs déclarations de ce documentaire. Elles complètent le reportage que je lui avais consacré il y a un peu d’une année sur Fréquence Terre[1], ayant le privilège d’avoir sous les yeux quelques authentiques de ces œuvres, dont celle que je préfère parmi toutes : Le lanceur de fleurs (The Flower Thrower). J’ai donc retenu ceci : Banksy a alerté notre génération sur les dérives de la société, personne n’a jamais été aussi célèbre et invisible à la fois. Œuvre de Banksy (Photo MPP). Dans cette société de selfies, il doit être le dernier à refuser la célébrité. Est-ce un coup de génie d’un homme d’affaires ou un moyen récurrent d’échapper à la police, ce qui semble fondamental pour lui. C’est l’un des nôtres, il parle aux 100% des gens et pas au 1% des amateurs d’art contemporain, ce monde de l’art tellement snob. Son œuvre relève du sarcasme, de l’humour anglais, du message facile qui dénonce le traçage de nos téléphones, les fouilles policières, l’ordre établi, le dérèglement climatique, le portable qui devient plus important que l’être humain… Il mène des combats et appuie où cela fait mal, c’est un génie situationniste car il vient dire la bonne chose au bon endroit. On perdrait de toute cette magie si on devait révéler son identité. Moi, personnellement, je ne vais rien vous révéler car je n’en sais rien du tout et je suis déjà très heureux de contempler ces œuvres. [1] Le 17 avril 2021.
Sauver la liberté d’expression (2)
Avez-vous constaté la détermination avec laquelle les pouvoirs politiques, socio-économiques, religieux…, discréditent et tentent d’annihiler les initiatives citoyennes qui les contrecarrent légitimement dans leurs funestes desseins ou entreprises destructrices et égocentriques ? C’est qu’ils dérangent ces activistes, lanceurs d’alertes et autres militants qui luttent, entre autres, pour le respect des droits fondamentaux et la sauvegarde de la planète, contre la militarisation de la société civile et l’omnipotence des lobbys politico-industriels ! Ils sont prêts à tout, ces pouvoirs, pour faire taire ceux qui dénoncent et s’opposent à leurs juteuses affaires qui mettent à mal les libertés et l’écosystème et qui érigent les armes et les violences qui en découlent en véritables dogmes, le business de l’armement et la propagande militariste n’ont jamais été aussi « florissants », semble-t-il ! Ceux, également, qui brandissent un ethno-nationalisme exacerbé attisant la haine et le rejet de l’« autre », qui actionnent tous les leviers possibles pour produire et encourager une consommation addictive – souvent inutile – et qui, en plus, creusent sans vergogne le gouffre entre les classes sociales. Cependant, les pouvoirs ne s’en laissent pas conter. Pour d’aucuns, qui dit museler la contestation et l’engagement citoyens, dit souvent piétiner allégrement les principes de la liberté d’expression et de la liberté de conscience. Celles-ci sont d’ailleurs régulièrement les premières à être ciblées par un gouvernement autoritaire ou un régime non démocratique. Pour Monique Canto-Sperber, philosophe et directrice de recherche au CNRS[1], dans son essai Sauver la liberté d’expression, Collection Espaces Libres, Albin Michel, dont il a déjà été question dans cette chronique, il y a lieu de « délégitimer » les discours haineux, les théories complotistes et autres fake news transformés en opinions, et cela consiste à neutraliser ces propos et les désarmer de leurs nuisances en les ramenant par des arguments crédibles à ce qu’ils sont : l’expression de préjugés, d’humiliation, de nocivité, de dogmes… C’est, encore, dénoncer une prétendue liberté d’expression qui n’est que l’expression d’une conviction basée sur des concepts étrangers au dialogue, c’est-à-dire à un réel débat d’idées. Néanmoins, ce dernier est-il transposable dans notre société hyperconnectée et hyper-consommatrice de réseaux sociaux où déferlent, souvent sans la moindre nuance, des messages qui s’érigent en vérité absolue ? Et, lorsqu’on sait qu’il existe des algorithmes qui relaient et amplifient les propos particulièrement favorables à ceux qui font réagir le plus vivement, voire violemment, les internautes, on ne peut certainement pas considérer ces réseaux sociaux comme l’éden de la liberté d’expression. Régulièrement, Facebook, surtout, est le théâtre d’échanges virulents, haineux, irrationnels, provocateurs, entre « amis », chacun voulant dicter son opinion ou, à défaut, réduire son interlocuteur au silence. Il y a aussi ceux qui, à longueur de journée, partent en croisade contre, au choix, le vaccin anti-covid, les Arabes ou les Occidentaux, Greta Thunberg, le PSG, l’heure d’été/d’hiver, l’énergie éolienne…, sans le moindre espoir de glisser un argument qui contredirait leur logorrhée. En présence de pareille situation, et malgré les tentatives d’un réel échange d’idées, on pourrait avoir tendance à conclure par cette phrase de Romain Roland (1866-1944), auteur, Prix Nobel de littérature et pacifiste : « Une discussion est impossible avec quelqu’un qui prétend ne pas chercher la vérité, mais déjà la posséder », mais, n’est-ce pas une sorte de fuite ? Alors, rappelons-nous la déclaration d’Elie Wiesel (1928-2016), journaliste, auteur et philosophe, « grande voix morale de notre temps et conscience du monde »[2], Prix Nobel de la Paix, inlassable militant pour dénoncer les atteintes à la liberté et que l’on n’oublie jamais, entre autres, la Shoah : « Je jure de ne jamais rester silencieux lorsqu’un autre être subira tourments et humiliations. On doit toujours prendre parti. La neutralité aide l’oppresseur, jamais la victime. Le silence encourage celui qui tourmente, jamais celui qui est tourmenté. » [1] Sauver la liberté d’expression, Collection Espaces Libres, Albin Michel, 2022. [2] Barak Obama, juillet 2016.
Reportage/Manif : « Le climat est plus important que votre mandat ! » (Partenariat avec POUR)
Je ne compte plus les manifestations qui ont été organisées dans la Capitale de l’Europe afin de sauver ce qui peut encore l’être de notre planète bien mal en point sur le plan environnemental, entre autres. Les dizaines de milliers de manifestants, la plupart des citoyens qui rejettent la récupération politicienne, ont à nouveau réclamé des mesures concrètes de la part des élus et, surtout, que ceux-ci se détachent des lobbyistes qui pullulent dans les environs de la Communauté européenne. 30.000 manifestants devant les Communautés européennes à Bruxelles. La « Coalition Climat », organisatrice de cette nouvelle manifestation de masse, attira aussi l’attention sur la situation financière catastrophique vécue par les citoyens, le dérèglement climatique en étant un corollaire. Je cite : « Nous n’avons plus le luxe d’attendre. Le dérèglement climatique est partout et tous les jours. Et pourtant, nous restons dépendants des énergies fossiles. Cette dépendance et le contexte international nous le font payer cash avec des factures d’énergie totalement impayables ». Interviews d’un agriculteur et d’une manifestante : écoutez-le sur notre podcast. Au cœur de la manif, alors qu’un tracteur ouvre le cortège en hommage aux agriculteurs frappés de plein fouet par la destruction de l’environnement, on y lit « La Terre, c’est notre affaira à tous » et qu’un agriculteur brandit une pancarte « Des fermes à taille humaine, pas des usines », voici quelques slogans pris au vol : « L’appauvrissement des peuples, c’est le capitalisme », « Sauvons la planète, pollueurs payeurs », « Bientôt tous réfugiés climatiques, vers quel exil ? », « Le climat est plus important que votre mandat », « Sauvez un ours polaire, mangez un actionnaire »… La Coalition Climat insiste également sur les menaces qui pèsent sur le système alimentaire mondial dues à la sécheresse, aux inondations et au déclin de la biodiversité. Cette même Coalition Climat réclame la fin de la bétonisation des cités et sites naturels, d’accélérer la vitesse de rénovation des logements, de diminuer les émissions de CO2, en particulier celles des voitures avec de meilleurs transports publics, et de taxer les surprofits exceptionnels du secteur énergétique. Tout ceci avant la COP 27 qui se déroulera dans deux semaines en Égypte où il sera encore clamé que chaque dixième de degré en moins compte, mais que cela passe par des actions politiques concrètes, fortes et urgentes. Photos : Marie-Paule Peuteman.
Reportage Fréquence Terre : Changer le monde avec Laurent Voulzy
« Changer le monde » nous déclara Laurent Voulzy accompagné de Suzanne Grimm et de Michel Amsellem, lors de son concert de ce 20 octobre 2022 à la cathédrale de Bruxelles. C’était la grande foule pour ce « chanteur populaire et durable » comme le désigne Wikipedia, avec des spectateurs qui ont littéralement fait la fête à la bande à Voulzy et qui, pour la majorité, ne devinaient pas que parallèlement à cet interprète-compositeur se double un homme qui milite de manière concrète pour aider les plus précarisés de notre société de consommation et qu’il lutte aux côtés de ceux qui tentent de sauver la planète du réchauffement climatique. Laurent Voulzy est un pacifiste, un humaniste, un poète : « Changer le monde, changer les choses avec des bouquets de roses. Changer les femmes, changer les hommes avec des géraniums. Changer les âmes, changer les cœurs avec des bouquets de fleurs » Durant deux heures, Laurent Voulzy chanta, certes, mais il expliqua aussi dans le détail quelques pans de sa carrière, quelques états d’âme également, même ceux remontant à son adolescence : « Je me passionne pour les cathédrales. J’aime aussi arpenter leurs allées, surtout quand il y a peu de monde, m’y recueillir, dans ce silence habité, où les bruits de l’extérieur semblent irréels. On franchit le porche, dit-il, on entrevoit l’éternité et c’est rassurant. » Pourquoi se produit-il dans des lieux sacrés ? « Y jouer de la musique, et y chanter est exaltant, car le lieu n’est pas neutre. Ses murs, ses voûtes, vitraux, ses piliers qui nous imposent leurs résonances, ses statues, ses pierres sculptées parfois énigmatiques, qui nous poussent à l’introspection et au mystère, sont des partenaires avec qui il faut compter. » En ce lieu, la musique prend-elle une autre dimension pour lui ? « J’essaie de me soulever, de me faire décoller, à l’instar de Bach et Brian Wilson qui me font cet effet-là avec une dimension spirituelle. Le rythme me transporte également et je tente d’oublier l’espace et le temps… Ma présence en ces lieux où tant de gens sont déjà venus pour des moments importants de leur vie, pour chercher l’espoir, pour célébrer des naissances, mariages, décès, se recueillir, moi, y aller me permet d’avancer sur mes questions existentielles. » Photos Marie-Paule Peuteman, extraits du programme et enregistrement de Fréquence Terre.
Le Souffle d’Ange de Gilles Laporte
Dans son dernier roman Le Souffle d’Ange paru aux Presses de la Cité, Gilles Laporte évoque une passion. Et, quoi de plus enthousiasmant qu’un tel sentiment soit conté par un auteur passionné et passionnant ? Un auteur qui se revendique « ouvrier de la plume » et qui sans relâche depuis des décennies, distille des histoires où le monde manuel tient la place de choix qu’il mérite. La main n’est-elle pas la prolongation de l’esprit, comme aiment à le souligner les ouvriers et artisans du Compagnonnage ? Ange, c’est le doux prénom d’une jeune fille qui, lors d’une visite familiale au Pays de Caux, tomba littéralement amoureuse d’un instrument de musique : un orgue. Ce fut déjà une chose peu banale en ce mois de juillet 1898, et cela le devint davantage quand, au lieu de devenir institutrice comme le rêvaient ses parents, elle entama une solide formation de facteur d’orgues. C’est que, lors de cette visite, elle avait entendu jouer de cet instrument dans une abbaye. Le visage inondé de larmes, elle avait déclaré que c’était beau en désignant l’endroit qui déversait du Jean-Sébastien Bach. Alors, tout s’accéléra dans la vie de la jeune Ange : une agression de la part d’un gars jaloux qu’elle puisse aimer Fortunato, qu’elle épousa, et continua à la harceler dangereusement des années plus tard, une plongée corps et âme dans l’Art du Facteur d’Orgues avec un long apprentissage à la clef, loin des siens, mais tout cela ne la détourna pas de sa passion. Mieux, elle y ajouta un concept : « Je serai ce que je dois être, facteur d’orgues, et j’aiderai à faire entendre ce qui libère plutôt que ce qui soumet ! » Les dés étaient-ils pour autant jetés ? C’était sans compter avec la prétendue « Der des Ders », soit la Première Guerre mondiale, ce massacre perpétré au nom de nationalismes exacerbés, de la volonté de militaires assoiffés de gloriole et de marchands de canons qui se repaissent du sang versé par les autres. Et, dans cette tourmente, Fortunato était probablement une cible des tirs d’artillerie allemands…, loin, très loin, de l’état de grâce déversé par la musique de Bach dans la nef d’une église…
Une BD d’utilité publique
À la page 50 de la bande dessinée La nuit des blaireaux de Serge Monfort parue aux Éditions du Crayon vert, j’ai lu quelques lignes édifiantes qui, du coup, me motivèrent davantage à évoquer cet ouvrage. Il s’agit de Valaire, toute petite commune du Loir-et-Cher, où l’on aime les blaireaux. On y trouve d’ailleurs de très anciennes blaireautières qui abritèrent des générations de ces petits ours de nos campagnes. La maire a tenté d’interdire la pratique cruelle de leur chasse, la vénerie sous terre, mais le préfet décréta qu’elle n’avait pas le pouvoir en ce domaine, il fut servilement suivi par un juge. Pourtant, le blaireau est protégé dans la plupart des pays européens et une écrasante majorité de Français souhaite que cette barbarie cesse. À Fréquence Terre, nous ne pouvons qu’être d’accord avec cela et la BD prit, donc, une autre envergure que celle du simple divertissement, car nous la considérons même comme d’utilité publique. Toutpoil est le nom générique d’une série BD animalière jeunesse qui spécifie qu’elle est « semi-réaliste ». À vrai dire, Serge Monfort est un véritable documentaliste doublé d’un pédagogue et de l’art de faire sourire malgré la gravité du sujet. C’est un exploit car le sort des blaireaux n’est guère enviable avec l’existence tumultueuse que l’auteur fait vivre à travers une famille de ces petits mammifères. Une existence dont les dangers sont multiples : chasse, circulation routière, pollution… Cependant, il y a des solutions qui les préservent, à condition que les politiciens et magistrats lisent cet ouvrage pour être convaincus de l’urgente nécessité de protéger la faune sauvage.
Reportage Fréquence Terre : Bob Dylan sur le chemin « rude et tapageur »
Bob Dylan semble se foutre complètement de sa médiatisation : pas d’interviews, pas de déclarations publiques, une rigoureuse interdiction des smartphones dans la salle de concert où il n’est pas question de prendre une photo, et si vous arrivez en retard, impossibilité d’y accéder dès la première note du band interprétée, disait-on, l’heure de démarrage étant respectée quasiment à la minute. Dans le fond, a-t-il tort ? S’agit d’une « manière rude et tapageuse » comme le titre générique de sa tournée (« Rough and Rowdy ways ») ? Qu’est-ce qui compte le plus : s’acharner à réaliser des selfies ou déguster l’heure trois quarts de nouveaux textes, ou, plus rarement, de ceux qui l’ont fait entrer dans la légende, morceaux à l’écriture engagée chantés de sa voix rauque, quelque fois « accidentée », comme disait une admiratrice ? Bob Dylan « vit » ce qu’il interprète, pas besoin, à ses yeux, d’artifices pour faire le show avec une entrée fracassante sur scène, pas de rappel et de fausses sorties de scène, pas de tralala de spots, d’écran géant, de passerelle. Non, il est là, assis ou debout à son piano, tout habillé de noir, comme ces cinq fabuleux musiciens. Il se met d’ailleurs physiquement et très symboliquement à leur niveau, et, de temps en temps, les six se placent, côte à côte, sans bouger, pour saluer à leur manière la salle qui tangue de bonheur et de partage. Bon Dylan, c’est mon Mai 68 à moi, c’est ma kyrielle de manifs contre la Guerre du Vietnam, contre le nucléaire, contre les armées, c’est mon passage devant le tribunal militaire belge pour objection de conscience… Bob Dylan, c’est lui qui balança « Nous vivons dans un monde politique où la sagesse est jetée en prison, nous vivons dans un monde politique où la paix n’est pas la bienvenue du tout », « Combien de fois doivent tonner les canons avant d’être interdits pour toujours ? », « Vous, maîtres de la guerre qui n’avez jamais fait que construire pour démolir, vous jouez avec le monde comme si c’était votre petit jouet »… Ce samedi 15 octobre 2022, là, dans cette salle de la Capitale de l’Europe, Bob Dylan rappela implicitement qu’à quelques centaines de kilomètres de nous, des civils, enfants y compris, sont les victimes innocentes de ces maîtres de la guerre qui ont amassé plein de fric mais qu’ils ne pourront jamais racheter leur âme, comme le souffle le vent, « Blowin’ In The Wind ». Le sublime final avec un Bob Dylan à la fois chanteur et pianiste, puis, enfin, à l’harmonica, qui me rappelle l’une de ses mélodies qui se termine par « Tant de routes, tant d’enjeux, tant d’impasses, je suis au bord de l’abîme, parfois je me demande ce qu’il faudra pour trouver la dignité » Photos Nola, Marie-Paule Peuteman, A.S. (que nous remercions), Pixabay.
Rafle du Vel d’Hiv : policiers, Mitterrand et Cie
Laurent Joly, historien et directeur de recherche au CNRS, spécialiste de l’histoire de Vichy et de la Shoah a commenté les dessins de Cabu pour l’ouvrage La rafle du Vel d’Hiver – La honte et les larmes, récemment paru aux Editions Taillandier. Cet ouvrage fait encore, jusqu’au 7 novembre, l’objet d’une exposition au Mémorial de la Shoah à Paris. L’entrée y est gratuite. Je vous lis ces extraits significatifs qui expliquent l’omerta qui prévalu dans l’ascension politique de François Mitterrand au sommet de l’État français et qui reste pour maintes personnes, une sorte d’icône : « La rafle du Vel d’Hiv à Paris, soit l’arrestation de près de 13.000 Juifs dont 4.000 enfants, les 16 et 17 juillet 1942, est l’un des épisodes les plus terribles de la collaboration de Vichy sous l’occupation nazie. (…) Le maréchal Pétain lui-même, que le jeune Mitterrand admirait, en approuva le principe. Les décideurs côté français furent Pierre Laval (que François Mitterrand respectait comme l’un des rares hommes d’État de la IIIe République) et René Bousquet, qui comptait parmi les amis personnels du futur président socialiste. La rafle fut exécutée par la police parisienne et ses gardiens de la paix. » Sous le titre : « La période noire de Mitterrand », il y a quelques années, Le Monde avait publié un véritable brûlot. Jugez-en : « L’ombre du maréchal Pétain a toujours plané sur François Mitterrand. Malgré les témoignages de son soutien au gouvernement de Vichy et sa décoration de l’ordre de la Francisque au printemps 1943, l' »omerta » sur le passé de l’ancien président de la République a toujours été la règle dans la classe politique française. Pendant des années, il y eut une « vérité officielle », celle du blessé à Verdun, puis du prisonnier envoyé au Stalag (camp pour prisonniers de guerre en Allemagne), d’où il s’évada pour rejoindre Jarnac, sa ville natale de Charente, son entrée dans la Résistance et la rencontre avec le général de Gaulle à Alger en décembre 1943. Mais, après le stalag et avant les maquis, un grand trou noir. Un non-dit jalousement gardé, un silence lourd, une mémoire occultée, un grand flou entretenu par Mitterrand lui-même malgré ses fréquentations affichées après-guerre avec René Bousquet. » Serge Moati qui tira un documentaire de cette affaire, déclara aussi au Monde : « Comment expliquer ce silence ? C’est une énigme ». Un Serge Moati, qui ajouta que l’ancien président de la République n’avait jamais été antisémite. Quant au général de Gaulle, des archives signifient qu’il aurait dit à Mitterrand : « Votre sympathie pour Vichy sera mise sur le compte d’une erreur de jeunesse ». Voici, donc, une occasion de se rendre au Mémorial de la Shoah pour en savoir davantage sur cette odieuse et dramatique rafle parisienne, ou de lire le livre de Cabu. Sources : Magazine Union Pacifiste de France, octobre 2022 et Le Monde, 22 avril 2008.
L’esprit post-colonial reste d’actualité
Yasmina Zian est une chercheuse qui étudie abondamment les principes éthiques sur la restitution des collections et des patrimoines culturels aux anciennes colonies. Elle présenta récemment une conférence pour aborder ce délicat sujet, et, surtout, établir un constat : l’existence de l’esprit post-colonial est bien d’actualité. C’est Emmanuel Macron qui, au Burkina Faso, débuta sa conférence le 28 novembre 2017 en lançant : « Le patrimoine africain doit retourner en Afrique ! » Le débat était relancé car, depuis le XIXe siècle, maintes demandes avaient marqué les esprits en ce sens et le traitement de cette problématique avait été financé par des professionnels de musées, par les politiques en Allemagne, Belgique, France, Suisse, aux Pays-Bas. Tout cela dans un état d’esprit assez tendu, selon Jürgen Osterhammel, historien allemand, qui expliqua que « le colonialisme était une relation de domination entre des collectivités. » Ce qui n’eut pas l’heur de plaire aux nostalgiques du temps des colonies. Il y eut aussi des contextes impérialistes cependant, petit à petit, il fut question de restitution sous forme de suggestion et des questions se posaient pour tenter de résoudre la situation. L’objet avait-il été volé ? Mal ou bien acquis ? Normalement acheté ? S’il était restitué, serait-il bien pris en charge ? Ici est venu l’exemple de l’Afghanistan par rapport aux Talibans dont on sait qu’ils ne sont guère respectueux des œuvres d’art. Alors ? Faut-il leur restituer ce que l’on avait pillé dans ce pays ? En France, on se dirige vers une nouvelle éthique relationnelle, en Belgique, les débats sont importants et mènent aux premières restituions temporaires, puis permanentes. Aux Pays-Bas, après une reconnaissance d’une injustice, ce fut le départ d’un retour des objets, nuance avec le concept de restitution. Attention, cependant ! Il ne faut pas faire de la restitution une contrepartie à la signature d’un contrat de ventes d’armes, comme cela se fit avec le Premier ministre Édouard Philippe. Bref, selon les pays, on assiste ou non à une attitude transparente, mais cela bouge. Cela bouge quand même dans un esprit post-colonial, comme me le confirma la chercheuse… Photos : œuvres de Rhodebath-Schéba Mokoumbou (Brazzaville) : La porteuse d’eau, La berceuse et la Porteuse de bois (Photos P.Gf)
Le baromètre de l’équilibre
Quels sont les compromis que vous faites au quotidien ? Est-ce que vous allez travailler par obligation ? Est-ce que vous acceptez une invitation par politesse ? Vous êtes-vous déjà interrogé sur tous ces petits ou grands « arrangements » entre soi et tous les évènements de la vie ? Pourquoi nous cherchons à camoufler un certain mal-être par toutes sortes de compensations ? Dans le dernier ouvrage d’Arnaud Riou Se révéler paru aux Éditions Albin Michel, l’auteur nous invite et nous encourage à établir un diagnostic objectif sur notre propre situation à l’aide de cinq critères. Je vous les nomme ici. Le premier critère est : êtes-vous en bonne santé ? Arnaud Riou nous rappelle que notre corps est programmé pour l’être. Le deuxième critère est : avez-vous une grande énergie vitale ? Le troisième critère s’appuie sur vos émotions positives. Le quatrième critère explore la dimension des relations fluides. Bien sûr via votre lecture de l’essai « Se révéler » vous pourrez être guidé par Arnaud Riou et je vous laisse découvrir le cinquième et dernier indice. L’ouvrage Se révéler est une magnifique invitation à relier notre corps, notre cœur et notre esprit en rapport avec nos valeurs, pour incarner notre plus belle part d’humanité. L’auteur Arnaud Riou, autodidacte explore les différentes dimensions de l’être humain à travers le théâtre, la méditation, le bouddhisme, le chamanisme et les arts martiaux. En 2006, il élabore la Voie de l’ACTE ©, Approche Consciente de la Totalité de l’Être, une voie de transformation qui s’appuie sur la sagesse orientale et les outils occidentaux. Il accompagne des groupes depuis trente ans. Il dirige un centre de retraite en Bourgogne et est réalisateur, auteur de quinze livres, dont le best-seller Réveillez le chaman qui est en vous. Il est suivi sur les réseaux sociaux par une communauté de plus de 300 000 personnes.
Bioacoustique en mer : pour quoi faire ?
La bioacoustique apporte des informations essentielles, particulièrement en mer . Pourquoi ? comment ? Quelle aide dans la protection de la biodiversité? Vous allez tout savoir grâce à Marion POUPARD, scientifique , qui nous dévoile sa passion pour la bioacoustique. www.longitude181.org
PPDA : « Trente-cinq ans de prédation sexuelle »
La voix que vous venez d’entendre est celle d’Hélène Devynck, autrice de l’essai Impunité paru au Seuil et invitée de l’émission « La Grande Librairie » diffusée hier, le 21 septembre 2022, sur France 5. Dans cet ouvrage, elle fait part de son viol qu’elle attribue à Patrick Poivre d’Arvor, ancien présentateur du JT de TF1 et omniprésent dans le monde littéraire, elle apporte aussi une vingtaine de témoignages de femmes ayant subi le même sort qu’elle avec une constante dans le modus operandi, elle attire également l’attention sur l’omerta inhérente à pareille situation, les complicités cachées sous les termes «Vous inventez », « Vous étiez semi-consentante », « Vous n’êtes pas une oie blanche », « Vous êtes une écervelée », « Vous cherchez la lumière », « Vous êtes beaucoup dans la séduction », « C’est de la vie privée », Cela ne nous regarde pas », « C’est de la vieille histoire », « On passe à autre chose »… « Trente-cinq ans de prédation sexuelle », selon Hélène Devynck. J’ai particulièrement bien connu cette douloureuse problématique pour, en 1994, avoir publié le livre Moi, Nathalie, violée par mon père paru aux Presses du Lion et qui donna la parole à une jeune mère de famille qui avait subi l’inceste paternel quasiment toute son adolescence. Ici, aussi, il y avait la fameuse disposition juridique stipulant que dix ans après les faits, eh bien, la Justice s’en lave les mains car il y a prescription. De plus, autant la victime, que l’éditrice et moi-même, avons subi des pressions, voire des menaces pour nous obliger au silence. Cela décupla nos forces et le livre rencontra une énorme attention du public et des médias. L’auteur, lui, est décédé de sa belle mort dans son lit sans avoir été inquiété par la Justice. Hélène Devynck, et toutes les autres femmes, quelque soixante-dix, paraît-il, vivent ce même genre de déni, de climat de complaisance à l’égard de celui qu’elles accusent, de banalisation et, pour finir, d’impunité. Voici un extrait significatif du témoignage de cette ancienne journaliste au courage et à la solidarité exemplaires : « Raconter un viol est une réalité dangereuse. J’ai témoigné pour que ça cesse. On a parlé et il ne se passe toujours rien. Le classement sans suite a été une claque. Comment font celles qui restent seules ? » Oui, comment font-elles toutes ces victimes dans ce qui s’apparente trop souvent comme de la « lâcheté d’un groupe social », spécifie l’autrice, la tendance à confondre l’autorité avec la vérité, l’indifférence ? « Il faut mettre en adéquation les paroles et les actes », ne pas tourner la page après avoir lu ce témoignage, à avoir écouté cette chronique : il faut agir. Agir de manière concrète auprès de vos élus – ils sont payés pour cela – pour que cesse cette loi de la prescription élevée comme un dogme, il s’agit quand même de viols, pas d’un vol de pomme à l’étalage. Photos : captures d’écran et P.Gf.
Sauver la liberté d’expression (1/5)
L’essai Sauver la liberté d’expression de Monique Canto-Sperber, philosophe et directrice de recherche au CNRS, publié dans la collection Espaces Libres chez Albin Michel, pose quatre questions fondamentales dans notre société contemporaine : Comment éviter que l’expression libre ait pour effet d’empêcher les autres de parler ? Comment laisser s’exprimer tous les points de vue sans pratiquer de censure préalable des propos ? Comment éviter que la parole publique expose à son auteur une stigmatisation sans appel ? Comment résister ? L’autrice répond à ces questions en quatre cents pages et je vais tenter de vous livrer quelques extraits qui peuvent éclairer notre lanterne. « Toutes les opinions, même les plus discutables, même les plus choquantes, doivent être tolérées sur els campus comme en société – du moins tant qu’elles sont des opinions, et non des propos de haine travestis en opinions… » « Même les plus ardents défenseurs de la liberté d’expression admettent qu’il y a des choses à ne pas dire : les fausses nouvelles, la pornographie infantile, la diffamation, les injures, en particulier les injures raciales… Tous considèrent que bannir de l’espace public les propos nocifs libère la vie sociale de la violence des mots sans nuire pour autant à la diversité des opinions ni obliger au conformisme : la conversation continue, et il reste toujours possible de dire et d’entendre quelque chose de différent. » Autre considération émise par l’autrice est que « l’une des premières vertus de la liberté d’expression est de permettre que l’on rencontre un jour son contradicteur. » D’autres réflexions à ce sensible aspect de la vie en société seront diffusées dans de prochaines chroniques.
L’énigme des tableaux fantômes
L’autrice Marguerite Yourcenar a été la première femme élue à l’Académie française, c’était en 1980. Trois ans plus tôt, elle avait fait état de Bailleul dans son ouvrage Archives du Nord, livre de mémoires autobiographiques. Marguerite Yourcenar statufiée à Bailleul. Elle y évoquait la vie de ses aïeux paternels, les Cleenewerck de Crayencour, l’histoire de Bailleul et de la Flandre française. Par cet écrit, “elle donna une portée universelle à cette famille de la haute bourgeoisie du Nord”, selon Fabienne Viala dans son essai Le Labyrinthe du monde de Marguerite Yourcenar. Cette dynastie des Crayencour “s’offre comme miroir où se reflètent les vices et les vertus de la nature humaine”, precise-t-elle. Un monument est dédié à Marguerite Yourcenar à Bailleul, il est situé en face du Musée Benoît-de-Puydt, du nom d’un mécène natif de la cité. Un musée qui a une « âme ». Mme Justine Thorez, community manager, assistante du régisseur des œuvres au Musée Benoît-de-Puydt, au micro de Fréquence Terre. Une belle occasion de se rendre dans ce lieu où des « Tableaux fantômes » attendent les visiteurs, œuvres qui, effectivement, méritent une attention particulière. D’ailleurs, Bailleul fut décrite par des Anglais comme le « Petit Cluny du Nord » grâce audit musée, que j’ai visité sous l’aimable conduite de Justine Thorez, assistante du régisseur des œuvres : « Louis-Henri Hans, un ami de Benoît De Puydt a légué quelque quatre-vingts objets dont une soixantaine de peintures. Malheureusement, elles furent pratiquement toutes détruites durant la Première guerre mondiale, alors que la collection du musée l’était à plus de 80%. De ces quatre-vingts objets, il reste cinq peintures et un bénitier en ivoire. Tableaux fantômes. Le deuxième conservateur du musée avait réalisé une description très détaillée de cette collection de peintures de Louis-Henri Hans. Elle fut retrouvée et le troisième conservateur eut l’idée de mettre les textes au format des tableaux. Ils sont exposés sur le mur comme des peintures. En lisant ces textes on peut imaginer la collection de peintures que pouvait posséder le musée. C’est un concept original en France, que l’on ne retrouve pas dans d’autres musées. » Mme Justine Thorez pour un chaleureux et très documenté accueil. Néanmoins, dans la foulée de ces textes exposés, un projet a été lancé il y a une dizaine d’années : « Luc Hossepied, directeur de la plus petite galerie du monde -ou presque – à Roubaix, a proposé à des artistes contemporains de réaliser des œuvres en s’inspirant des descriptions écrites, comme ‘‘Sur une pelouse devant un épais massif de verdure…’’ Ces artistes ont repris des textes, ont effectué des recherches et trouvé de la documentation sur les peintres de l’époque et ont donc réalisé des œuvres contemporaines : peintures, photographies, dessins, céramiques… Et ces œuvres sont visibles au deuxième étage du musée ! » Trappiste jardinier au Mont des Cats. Les dauphins de la fontaine. Assurément, outre les lieux décrits dans une précédente chronique, tels le beffroi qui repose sur une salle gothique sauvée des bombardements, la fontaine de la place Liénart et ses dauphins qui supportent la vasque de bronze, le tympan des Corporations de l’église Saint-Vaast, le Présidial, l’École dentellière…, le Musée Benoît-de-Puydt propose un superbe cabinet en écaille « que l’on achetait comme on aurait acheté un tableau », et, justement, voici trois tableaux, parmi des dizaines, qui m’ont plu : Scène dans un café lillois d’Albert Dequène (1924) ou c’est extraordinaire Trappiste jardinier au Mont des Cats d’Émile Salomé (1877), voire La mort de Dom Lacaes par Pierre-Louis-Joseph De Coninck en 1893. La mort de Dom Lacaes. Quelques trésors européens enrichissent ce sympathique musée, dont l’Adoration des Rois Mages attribuée à Pierre Breughel II, une Vierge à l’enfant sculptée au XIVe siècle, des céramiques hollandaises, flamandes, orientales… Reportage photographique : Marie-Paule Peuteman
Élizabeth II : indécente idolâtrie (en partenariat avec POUR)
Si vous ne le savez pas encore, quel que soit le recoin que vous habitez sur la planète, à moins de sortir du coma ou d’une cure de sommeil, la reine Élizabeth II est décédée. Partout, dans le monde, il ne s’agit que de cette mort au point d’éclipser la Guerre en Ukraine, les crises climatiques, énergétiques et financières qui plongent davantage dans la détresse des millions de personnes, jusqu’à l’anniversaire des attentats du 11 septembre 2001. Même Libé, quotidien prétendument de gauche, donc pas forcément monarchique, lui consacra dix-neuf pages dans une édition spéciale le 9 septembre, alors que la très républicaine France fait mettre en berne tous les drapeaux, de quoi se faire retourner dans leurs tombes tous les humanistes, car, Élizabeth II ne fut certainement pas un modèle de fraternité universelle. Que du contraire ! Rares, très rares, sont mes confrères qui osent émettre un commentaire ne glorifiant pas le règne de la défunte âgée de 96 ans. Alors, il me faut quand même rappeler que cette ultra-nantie parmi les nantis, privilégia les affaires à ses enfants, avait une très haute estime d’elle-même et se plaisait à manier la subordination, ferma délibérément les yeux sur les atrocités commises par l’impérialisme qu’elle chérissait, était étroitement liée au racisme déployé par le colonialisme… Dès lors, cette personne mérite-t-elle pareille idolâtrie ? Pour ma part, je la trouve indécente et je me pose aussi la question fondamentale : pourquoi en est-on arrivé à pareil matraquage dans la majorité des médias et, bien entendu, sur les réseaux sociaux ? Parce que l’esprit critique tend de plus en plus à s’estomper, occulté qu’il est par la facilité à se reposer sur des algorithmes qui caressent dans le sens du poil et, a fortiori, conditionnent les utilisateurs dans ce qui est le plus « bankable », comme on dit, justement, à Londres, et que l’on traduit en français par « qui rapporte de l’argent ». Beaucoup d’argent ! Élizabeth II sous toutes coutures, du mug au parapluie à son effigie, des millions d’euros dépensés pour ses funérailles provenant des taxes et impôts des citoyens, non de la colossale fortune royale, de retransmissions en direct, des documentaires, des éditions spéciales en télévision et à la radio, j’en passe et pas des moindres, pour, dans le fond, taire volontairement ce qui n’est pas « bankable », telle la présente chronique. Le magazine POUR et votre radio Fréquence Terre cassent délibérément cette indécente idolâtrie car ils restent en conformité avec leur philosophie : celle de la fraternité universelle, un concept particulièrement absent de l’ancienne reine britannique.
Voil’Ocean : un projet pour découvrir la mer autrement !
La voile comme outil de découverte de l’Océan !pour tous ! Même les dirigeants d’entreprise! c’est ce que propose l’association LONGITUDE 181 avec son nouveau programme Voil’OCéan à Découvrir dans cette chronique avec sa responsable , Pascale SOUSSAN, qui nous en explique les détails.
L’immobilité est un voyage sans limites
Philippe Pozzo di Borgo qui inspira le film culte Intouchables n’est pas resté inerte comme pourrait le laisser croire son corps paralysé. Il a voyagé dans l’immobile, et son dernier livre Le promeneur immobile paru aux éditions Albin Michel est d’une force incroyable. L’auteur qui a vécu deux vies pour le prix d’une, se demande comment il ferait s’il devait revenir dans sa vie d’avant, après avoir exploré pendant trente ans l’univers de la paralysie et avoir incarné depuis le film Intouchables le prototype du grand handicapé ? Il nous parle de lui avec une sincérité agrémentée d’une touche d’humour qui lui ressemble. « Mes quarante années d’homme valide et mes trente années de tétraplégie ne s’additionnent pas comme on l’apprend à l’école : une année de tétraplégie vaut au minimum sept années d’une vie normale. J’ai donc deux cent cinquante ans et cela me donne le droit de parler comme le sage que je ne suis pas ». Il ajoute Immobile, j’ai bien dû me demander pourquoi vivre et quel était désormais le sens de mon existence loin de l’agitation que j’avais connue. Dans le silence infini, j’apprends à discerner le bien du mal, l’essentiel du futile. Je découvre l’instant présent qui me devient précieux. J’apprivoise le silence. Je sais que mon salut est dans mes semblables. » Pour lui, le succès du film c’est le triomphe de ce que nous partageons tous, la vulnérabilité. Il nous parle avec générosité de la nécessaire reconnaissance des plus fragiles, car la fragilité est constitutive de notre condition humaine. Il déclare que la fragilité stimule l’intelligence. Et mieux que la curiosité ou que l’ambition, la fragilité « aiguillonne » la recherche de solutions. Puisque nous dépendons tous les uns des autres, faisons en sorte que notre dépendance soit aimable et non humiliante. Philippe Pozzo di Borgo nous parle le cœur ouvert et avec franchise. Il estime que vivre ensemble, cela veut dire entendre la liberté comme une responsabilité, c’est-à-dire avoir de la considération les uns pour les autres, se montrer fraternel envers les plus faibles et solidaires dans l’épreuve et donc on ne touche pas à l’intouchable.
Avez-vous lu Marx ? Et Engels ?
Guerre en Ukraine, Poutine, Kremlin, Gorbatchev, perestroïka…, la Russie, ex-URSS, est plus que jamais sous les feux de l’actualité et d’aucuns entendent évoquer le « temps du communisme ». À ce propos, il me revient que peu de gens ont lu le pourtant très célèbre Manifeste du Parti communiste écrit par Karl Marx (1818-1883) et Friedrich Engels (1820-1895), soit l’amorce d’un mouvement révolutionnaire dont les soubresauts sont encore perceptibles en 2022. Philosophie Magazine a récemment eu l’idée de présenter un cahier central en deux parties le synthétisant : « Bourgeois et prolétaires » et « Prolétaires et communistes ». Il est très intéressant de découvrir ce que pensaient ces deux philosophes en 1848, date de la publication de leur essai, et de comparer avec notre époque. « Nous assistons aujourd’hui à un processus qui veut que les rapports bourgeois de production et d’échange, de propriété, la société bourgeoise moderne, qui a fait surgir de si puissants moyens de production et d’échange, ressemble au sorcier qui ne sait plus dominer les puissances infernales qu’il a évoquées », écrivirent-ils il y a près de cent soixante quinze ans. Remplacez la société bourgeoise d’alors par le patronat des multinationales actuel, et vous avez le même processus où la machine capitaliste est tellement lancée dans ses délires, qu’elle ne peut même plus s’arrêter et écrase tout sur son passage, y compris la Nature. Poursuivons la lecture du Manifeste : « L’industrie moderne a fait du petit atelier du maître artisan patriarcal la grande fabrique du capitaliste industriel. Les ouvriers ne sont pas seulement les esclaves de la classe bourgeoise, de l’État bourgeois, mais encore, chaque jour, à chaque heure, les esclaves de la machine, du contremaître et surtout du bourgeois fabricant lui-même. Ce despotisme est d’autant plus mesquin, odieux, exaspérant qu’il proclame plus ouvertement le profit comme étant son but suprême. » Ici, aussi, ces phrases peuvent être aisément transposées dans notre système ultralibéral qui, récemment, fit dire à l’auteur Philippe Pozzo di Borgo, inspirateur du film Intouchables, que « la finance a envahi toutes les sphères de l’activité humaine, y compris éthique, culturelle, spirituelle. Non seulement elle est impuissante à créer du bien entre les êtres humains, mais elle l’interdit. » Quant à Marx et Engels, ils disaient que « le pouvoir étatique n’est qu’un comité chargé de gérer les affaires communes de la classe bourgeoise tout entière. La bourgeoisie a supprimé la dignité de l’individu devenu simple valeur d’échange ; aux innombrables libertés dûment garanties et si chèrement conquises, elle a substitué l’unique et impitoyable liberté de commerce. » Assurément, il y a des écrits historiques qui sont véritablement prémonitoires. Une philosophie basée sur la solidarité et que certains despotes n’hésitèrent pas bafouer, comme l’Histoire nous l’a également appris.
Vers un décolonialisme mental
Depuis moins d’une décennie, le mouvement décolonial prend de plus en plus d’ampleur. En France, les avancées sont timides pour reconnaître les affres de la Guerre d’Algérie, guerre coloniale par excellence, si j’ose dire. En Belgique, où la frilosité politicienne existe dès que la monarchie est sur la sellette, la politique menée par le roi Léopold II au Congo fut tout aussi dramatique pour le peuple autochtone et l’admettre relève encore d’un combat sans relâche dans les mentalités. À ce propos, il n’est pas toujours aisé aux populations françaises et belges, mais aussi allemandes, espagnoles, britanniques, portugaises, hollandaises, bref, aux occidentales, d’admettre cette évidence : le colonialisme fut un système de gouvernance basé sur une occupation militaire, sur le racisme et l’exploitation éhontée des ressources humaines et naturelles locales. La propagande des, je cite, « bienfaits du colonialisme » fit le reste : enfumer les populations des pays colonisateurs et leur fournir des stéréotypes d’une prétendue supériorité de la race blanche sur l’africaine, ou sud-américaine, ou asiatique…[1] Si la priorité des priorités actuelle est la lutte contre le racisme, rejeter toute forme de néo-colonialisme et la reconnaissance officielle de ce qui s’apparente parfois à un génocide, la restitution des pièces de collections africaines, par exemple, doit aussi s’opérer en coordination avec les pays qui furent colonisés. Une coordination et non pas une attitude patriarcale ou, encore, développée avec un esprit de suffisance et d’arrogance, voire avec des desseins de business. Ce sera le sujet, ô combien sensible, d’une prochaine chronique sur nos antennes. Photos explicites Le Musée de Tervuren, dans les environs de Bruxelles, est encore appelé « musée colonial » par les nostalgiques de la présence belge au Congo. Les photos du présent reportage situent le pillage des richesses locales, même animales, avec des éléphants aux défenses coupées pour en faire des boules de billard pour amuser les bourgeois et les nantis, aux autochtones aux mains coupées parce qu’ils n’étaient pas assez rentables pour enrichir le monarque Léopold II, aux statues présentant les Congolais comme de « braves sauvages »… Photos : Pierre Guelff. [1] Le Soir, 3 et 4 septembre 2022.