
L'envie de savoir
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Les enfants prodiges du passé : comment ont-ils marqué leur époque ?
Si l’on évoque Mozart ou Pascal, des images naissent immédiatement : celle d’un enfant laissant ses doigts glisser sur un clavier avec une aisance surnaturelle, celle d’un adolescent dont la plume se déchaîne sur des équations, comme une fulgurance d’intelligence. Ces deux génies, venus de mondes différents, partagent pourtant un lien indiscutable : leur précocité. Avant même de toucher l’âge adulte, ils ont embrassé des univers d’une complexité rare. C’est ce phénomène du génie enfantin qu’Yves-Marie Bercé a exploré dans son dernier ouvrage. Éminent historien, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres et spécialiste de l’Époque moderne, il présente l’étonnant parcours de ces prodiges, connus ou oubliés : Pic de la Mirandole, Nicolas Poussin, l’enfant de Lübeck, Élisabeth Jacquet...
Pourquoi fêtons-nous Noël ?
À quel moment la date du 25 décembre a-t-elle été choisie pour célébrer Noël ? Pourquoi Jésus est-il au cœur de cette fête ? D’où vient la tradition des cadeaux ? Autant de questions qui trouvent leurs réponses dans l’histoire fascinante d'un jour et d'une nuit à part. À l’approche du réveillon, L’Envie de savoir vous propose une émission spéciale avec Olivier Grenouilleau, membre de l’Académie des sciences morales et politiques. Dans son dernier livre, fresque éblouissante richement illustrée, l’historien parcours près de vingt-cinq siècles, dévoilant les origines et les mutations de la « Fête des fêtes ».
Ulysse, le héros qui choisit d’être mortel : l’épopée d’une identité
Cette semaine, L'Envie de savoir vous propose de marcher sur les traces d’Ulysse, héros mythique de L’Odyssée, œuvre fondatrice de la littérature occidentale. Ulysse, malgré ses qualités extraordinaires, reste un héros profondément humain : faillible, orgueilleux, nostalgique… Ces traits éclairent en creux le regard que le monde païen portait sur lui-même. Voilà le sujet que Barbara Cassin, de l’Académie française, explore dans son dernier ouvrage, L’Odyssée au Louvre, un roman graphique. Très original, cet ouvrage est né d’un cycle de conférences que l’académicienne a donné au Louvre. Elle y interroge l’identité d’Ulysse, la manière dont elle s’est construite, et ce qu’elle révèle de l’homme grec, et plus largement, de la condition humaine.
Qui est Robert Dautray, génie discret derrière la bombe H française ?
Inconnu du grand public, Robert Dautray a pourtant marqué l’histoire par un parcours hors norme. Rescapé de la rafle du Vel d’Hiv, il a connu l’exil comme berger avant de briller dans les plus prestigieuses institutions scientifiques françaises. Major de Polytechnique, artisan clé de la bombe H sous l’impulsion du général de Gaulle, ce génie discret s’est éteint en 2023, fidèle à son souhait de rester dans l’ombre. Un an après sa disparition, l’Académie des sciences et l’Académie des technologies lui ont rendu hommage. Au micro de Canal Académies, son confrère académicien Yves Bréchet, ainsi qu’Anne Rosencher, sa nièce et journaliste à L’Express, éclairent les multiples facettes de cette personnalité exceptionnelle.
Notre-Dame de Paris : au croisement du divin, du pouvoir et du savoir
Le week-end des 7 et 8 décembre prochain, après cinq années de travaux colossaux, la cathédrale Notre-Dame de Paris rouvrira enfin ses portes au grand public. Ravagée par un incendie en 2019, qui avait suscité une onde de choc mondiale, puis au cœur de débats passionnés sur sa restauration, elle s’apprête à retrouver sa splendeur universelle. Mais que savez-vous vraiment de ce monument emblématique ? Connaissez-vous l’histoire fascinante de ses premiers bâtisseurs ? Ses prouesses architecturales uniques ? Ou encore les passions, parfois enflammées, qu’elle a suscitées au fil des siècles ? Pour explorer ses neuf siècles d’histoire, l’essayiste et ancienne directrice du patrimoine au ministère de la Culture, Maryvonne de Saint-Pulgent, nous entraîne à la découverte de cet édifice monumental, à la fois sanctuaire chrétien, foyer intellectuel, et symbole de pouvoir.
Pourquoi redécouvrir François Guizot, inventeur de la « politique de l’esprit », aujourd’hui ?
Il a fait ses premiers pas dans le journalisme à 22 ans, salué par Chateaubriand. À 25 ans, il enseignait déjà un cours d’histoire à la faculté de lettres, mais il en voulait davantage. Figure tutélaire de la Monarchie de Juillet (1830-1848), François Guizot a contribué, à travers des réformes structurelles, à transformer profondément la France du XIXe siècle. En tant que ministre de l'Instruction publique, il a favorisé la généralisation de l'enseignement primaire en France. Il fut aussi parmi les premiers à se préoccuper de la préservation du patrimoine national. Cet homme, qui a marqué son siècle, figure en 2024 sur le calendrier de France Mémoire, la mission des commémorations nationales. Jean-Miguel Pire, chercheur à l’École Pratique des Hautes Études (EPHE), met en lumière l’héritage de ce « savant-politique », qui a fait preuve d’un volontarisme culturel exceptionnel pour son temps. Un engagement fort, qui devrait selon lui, nous inspirer aujourd’hui.
Comment les États-Unis perçoivent-ils le reste du monde en 2024 ?
Dans quelques jours, le peuple américain choisira son nouveau président ou sa nouvelle présidente, pour les quatre prochaines années. Cette campagne, minutieusement scrutée, est considérée comme l’une des plus serrées de la décennie. Si le résultat de ce vote demeure encore incertain aujourd’hui, ses répercussions sur la scène internationale seront inévitables. Quelle posture le pays adopte-t-il face au reste du monde ? Comment ces élections façonneront-elles le paysage mondial ? Thierry de Montbrial, président fondateur de l’Institut français des relations internationales (IFRI) et membre de l’Académie des sciences morales et politiques, nous éclaire sur les enjeux géopolitiques cruciaux qui se dessinent à l’horizon.
Les secrets du Berceau, chef-d'œuvre impressionniste de Berthe Morisot
Une scène ordinaire, mais empreinte de douceur : une jeune femme veille sur un enfant dans son berceau. L’intérieur de la chambre est bourgeois et paisible. Le voile du berceau isole la mère et l’enfant des spectateurs et du reste du monde. Derrière la délicatesse des coups de pinceau de Berthe Morisot, Le Berceau, peint en 1872, fige un instant de tendresse. Le tableau est aujourd’hui devenu l'œuvre la plus célèbre de l'artiste. Mais qui est la femme représentée dessus ? Était-elle liée à Berthe Morisot ? À quoi pense-t-elle vraiment ? Sylvie Patin, conservateur général honoraire au musée d’Orsay et correspondant de l’Académie des beaux-arts, nous dévoile les secrets de ce chef-d'œuvre impressionniste.
Les chatbots de demain pourront-ils nous apprendre à être plus libres ?
Dans la pièce de théâtre Qui a hacké Garoutzia ?, un chatbot repousse les limites de l’intelligence artificielle. Cet agent conversationnel sophistiqué se distingue par sa mémoire et sa maîtrise du langage des émotions, transcendant ainsi le rôle habituel des assistants virtuels. Garoutzia, « celle qui n’était qu’un chatbot » s’imprègne des expériences humaines les plus profondes à travers ses propriétaires successifs. Que révèle cette intelligence artificielle sur la construction de notre identité ? Serait-elle plus libre que les humains qui l’entourent ? Au micro de L'envie de savoir, Serge Abiteboul, membre de l'Académie des sciences, et Lisa Bretzner, metteuse en scène, explorent ces questions vertigineuses.
Qui est vraiment Renart, héros ambigu du Moyen Âge ?
Il y a tout juste 850 ans, débutait la rédaction du Roman de Renart. Ce recueil composé de textes disparates met en scène des animaux aux caractères humains : L’ambigu Renart, le naïf Ysengrin, le couard Noble, etc. Une œuvre animalière en langue romane, qu’il faut aussi lire comme une satire de la société médiévale. Si ses premiers auteurs sont des hommes religieux, anonymes pour la plupart, son succès n’en n’est pas moins retentissant lorsque sa rédaction débute aux alentours de 1174. Spécialiste de la littérature du Moyen Âge, Michel Zink, de l’Académie française et Secrétaire perpétuel honoraire de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, nous éclaire sur les origines et la postérité de ce texte, devenu un incontournable de la littérature jeunesse.
Dans le cerveau des athlètes paralympiques
Comment devient-on champion paralympique ? Avec beaucoup d'entraînement et un mental de fer à l'évidence. Moins connue, la plasticité cérébrale du cerveau joue aussi un rôle fondamental dans les performances des athlètes en situation de handicap. Elle permet de compenser les déficits perceptifs et de s’approprier des technologies de substitution comme les prothèses. Le neurophysiologiste Alain Berthoz, membre de l’Académie des sciences, présente au micro de l’Envie de savoir la formidable capacité d'adaptation du corps humain. Il organise avec Antoine Triller, Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, le colloque « Handicap, sport et sciences du mouvement », le 1er octobre prochain, à l'Institut de France.
Le secret de la régulation cellulaire : Plongée dans la voie TOR
Michael Hall est un scientifique mondialement connu pour ses découvertes qui sont à la croisée de la biologie et de la médecine. Lauréat du Prix Lasker, considéré comme l’antichambre du Nobel, il est l'auteur de découvertes qui ont transformé notre compréhension des mécanismes cellulaires. De passage à Paris pour recevoir la Grande Médaille de l'Académie des sciences, il nous partage l’histoire de sa découverte la plus célèbre : la voie TOR, un mécanisme fondamental qui régule la croissance cellulaire. Loin d’être un simple détail de biologie, la voie TOR (Target of Rapamycin) a bouleversé notre compréhension de nombreux processus physiologiques. L’exploration de ce mécanisme a ouvert de nouvelles pistes pour traiter des maladies comme le cancer, le diabète, et même pour ralentir les processus de vieillissement. TOR est devenu un élément central dans la recherche, prouvant qu’en contrôlant la croissance des cellules, nous pourrions maîtriser des aspects essentiels de notre santé et de notre longévité.
Comment apprendre autrement ? De Montessori, Freinet et Piaget aux sciences cognitives
Maria Montessori, l’une des premières femmes médecins d’Italie, fut affectée au début de sa carrière dans un service psychiatrique pour enfants. Cette expérience déterminante lui permit de poser les bases de ce qui deviendra la célèbre « pédagogie Montessori », une méthode éducative innovante, loin des tableaux noirs et de l’apprentissage par cœur. Partout en Europe, de nouvelles méthodes d’apprentissage émergeaient à la même époque, conçues par des psychologues, médecins et pédagogues comme Célestin Freinet en France ou Ovide Decroly en Belgique. Les intuitions de ces pionniers de la « neuro-pédagogie » au XXème siècle, visant à apprendre autrement, ont aujourd’hui été confirmées ou actualisées par la science, notamment grâce aux techniques d’imagerie cérébrale, qui révèlent le fonctionnement du cerveau lors des processus d’apprentissage. Professeur de psychologie et membre de l’Académie des sciences morales et politiques, Olivier Houdé retrace, dans son dernier livre L’École du cerveau, les grandes étapes de l’histoire de l’éducation et de la psychologie de l’enfant jusqu’à aujourd’hui. Il propose également une véritable boîte à outils pour s’initier à la neuropédagogie et apprendre à apprendre !
Paris 2024 : À la découverte du Village olympique
Passage éphémère, héritage durableL'architecture pourrait-elle être considérée comme un sport de combat ? Dominique Perrault possède indéniablement les qualités d'un athlète : un esprit compétitif et une quête constante de dépassement. En 1989, à seulement 36 ans, il remporte un concours international qui marquera un tournant dans sa carrière d'architecte : la Bibliothèque François-Mitterrand à Paris. Ce succès fulgurant le propulse vers de nouveaux projets, parmi lesquels plusieurs complexes sportifs comme le vélodrome et la piscine olympique de Berlin, ainsi que le centre olympique de Tennis à Madrid. L'année 2024 s'annonce comme un apogée : avec Gaëlle Lauriot-Prévost, il a conçu la nouvelle toiture du court Suzanne Lenglen à Roland Garros. Surtout, il est l’urbaniste en chef du Village olympique et paralympique de Paris, inauguré le 29 février dernier. Ce village accueillera dans quelques jours plus de 200 délégations et près de 15 000 athlètes venus des quatre coins du globe, avant de débuter une seconde vie après les Jeux….
Aux origines des Jeux olympiques dans la Grèce antique
Organisés pour la première fois il y a 2800 ans dans la Grèce antique, les Jeux olympiques ont été établis pour renforcer l'unité du monde hellénique. À cette époque, il n’y avait ni femmes athlètes ni épreuve de marathon, mais des compétitions de pugilat et des sacrifices d’animaux en l’honneur de Zeus ! Bien que de nombreuses différences existent entre les Jeux antiques et modernes, l’esprit de compétition et de célébration sportive demeure inchangé. À quelques jours de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024, Canal Académies vous propose une émission spéciale en compagnie de Laurent Pernot, helléniste et membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, pour remonter aux origines de ce grand rassemblement sportif.
Quand le sport inspire les toiles impressionnistes
Pourrait-on aujourd’hui se passer des images retransmettant en direct les épreuves des Jeux Olympiques ? Probablement pas. Il n'y a pas si longtemps, au XIXe siècle, les peintres étaient les premiers témoins de la démocratisation du sport : Claude Monet, Gustave Caillebotte, Alfred Sisley et bien d’autres ont immortalisé cette grande mutation à travers des toiles, aujourd'hui rassemblées au musée Marmottan dans le cadre de l’exposition « En jeu ! Les artistes et le sport (1870-1930) ». Le parcours dévoile 160 œuvres qui illustrent comment le sport a été représenté durant les périodes impressionniste et post-impressionniste. Érik Desmazières, directeur du musée et commissaire de l’exposition, commente quelques-unes de ces pièces maîtresses.
Marc Lambron : L'écrivain qui fait parler les légendes
Côté pile, Marc Lambron est un énarque, conseiller d’État, et ancien chargé de cours à l’École normale supérieure. Côté face, cette âme de rocker follement romanesque, a consacré un livre à Michael Jackson. Et entre les deux ? C’est un secret bien gardé : Marc Lambron est un homme qui s’épanche peu. « Personne ne sait ce que nous sommes », telle est la devise qu’il a fait inscrire sur son épée d’académicien. Plutôt que de se raconter, l’écrivain excelle dans l’art de faire parler les autres. Dans son dernier livre, il donne voix à d’autres vies que la sienne : des entretiens réalisés au fil de l’eau, avec les plus grandes légendes : Juliette Gréco, Robert Redford, Isabelle Huppert, ou encore Johnny Hallyday. Des rencontres inoubliables rassemblées dans un ouvrage intitulé De vive voix.
Haïm Korsia : L’espérance à toute épreuve
La foi en l’avenir de Haïm Korsia, Grand Rabbin de France, est aussi profonde que contagieuse. Dans son précédent livre, Réinventer les aurores, il proposait un véritable plaidoyer pour le bonheur retrouvé et la jubilation. Cette aspiration n'a pas été ternie par l'actualité des derniers mois, particulièrement douloureuse et éprouvante. Son nouveau livre, Comme l’espérance est violente, est parsemé de réflexions rédigées sur le vif concernant des sujets tels que le mouvement des gilets jaunes, l'éco-anxiété, la Covid-19 et les conflits mondiaux. Là où certains verraient de sombres destinées, Haïm Korsia insuffle au contraire, une tornade d’espérance. Membre de l’Académie des sciences morales et politiques, il déchiffre notre présent à la lumière des leçons bibliques et talmudiques, convoquant également les plus grands poètes comme Apollinaire. Une lecture qui nous aide assurément à mieux vivre dans le monde que nous habitons.
Joël Bockaert : Quels effets thérapeutiques des drogues psychédéliques ?
Depuis quelques années, la recherche scientifique s’intéresse de près aux effets thérapeutiques des drogues psychédéliques. En réduisant l'activité du réseau du « mode par défaut » (MDP) de notre cerveau, celui qui s'active lorsque nous laissons libre cours à nos pensées, ces substances favorisent une dissolution de l'ego, ce qui peut aider à atténuer les symptômes d'anxiété, de dépression et de dépendance. Dans son dernier ouvrage, le pharmacologue Joël Bockaert explore le fonctionnement de ces drogues, du LSD aux champignons hallucinogènes en passant par la mescaline, tout en examinant les différentes voies thérapeutiques qu’elles peuvent offrir.
Chantal Thomas : des cactus et des livres en Arizona
Chantal Thomas est une femme aquatique. Enfant, c’est l'océan qui a forgé ses principes d’existence : sa liberté et son attention à l’impermanence. Si la romancière apprécie toujours autant les bains de mer aujourd’hui, le désert semble avoir aussi une place à part dans son parcours. Pour un séjour universitaire, elle s’est envolée au début des années 80 vers un monde de sable et de soleil brûlant : direction Tucson, en Arizona. Un État américain au cœur de la Sun belt, la ceinture du soleil. Là-bas, elle va savourer sa première Corona, s’émerveiller du vert pâle des cactus et du jaune léger des mesquites, et beaucoup de lectures aussi, Kerouac et Marivaux. Des souvenirs qu’elle a consignés dans un journal de bord qu’elle a publié en 2024, sous le titre de Journal d’Arizona. Elle y raconte six mois de vie intense, gorgés de mots, d’images et de sensations, de janvier à juin 1982.
Pierre Loti : les coulisses de son élection à l’Académie française
Le 7 avril 1892 à Paris, la foule se presse au 23 quai de Conti. Les voitures de maître s’alignent dans la cour de l’Institut, les journalistes trépignent, et les académiciens ont revêtu leur bel habit vert pour accueillir un nouveau confrère : Pierre Loti s’apprête à prononcer son discours de réception à l’Académie française, sous la Coupole ! Une élection retentissante dans le cénacle littéraire français, car l’écrivain-voyageur dénote. Pierre Loti ne ressemble à aucun de ses confrères. Comment l'officier de marine, l’aventurier romantique, est-il devenu immortel ? Cent ans après sa mort, l’historien Alain Quella-Villéger revient sur les coulisses de cette élection, qui fut un épisode savoureux de l’histoire des lettres françaises.
Maurizio Serra : Dans l’ombre des négociations de Munich en 1938
La photo en noir et blanc est datée du 29 septembre 1938. Au premier plan, quatre hommes fixent gravement la caméra : Hitler, Mussolini, le Premier ministre britannique Neville Chamberlain, et le président du Conseil français Édouard Daladier. Les dirigeants s’apprêtent à signer les accords de Munich qui entérinent le sort des Sudètes. La Tchécoslovaquie est sur le point d’être sacrifiée sur l'autel d’une paix illusoire. À l'arrière-plan de la même photo, quelques silhouettes se font discrètes : les diplomates, les hommes de l’ombre de la funeste négociation. Maurizio Serra, de l’Académie française, les met en lumière dans son dernier livre, Munich 1938. La paix impossible. Ancien diplomate et écrivain prolifique, il a enquêté sur les coulisses de la conférence qui précipita le monde dans la Seconde Guerre mondiale.
Nicole Bériou : les pouvoirs de l’éloquence au Moyen Âge
Comment trouver les mots qui font mouche pour captiver son auditoire ? Si la question passionne les foules aujourd’hui - les concours d’éloquence et de rhétorique rencontrent un succès phénoménal - elle n’est pas nouvelle : l’art oratoire faisait déjà des émules au Moyen Âge. La médiéviste Nicole Bériou, spécialiste de la communication dans la société médiévale et membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, publie un ouvrage qui rassemble ses précédentes recherches sur le sujet : Les pouvoirs de l’éloquence. Prédication et pastorale dans la chrétienté latine aux XIIᵉ et XIIIᵉ siècles. Une fenêtre ouverte sur l'art subtil de la parole médiévale, où elle étudie comment les prédicateurs utilisaient l’éloquence pour transmettre les enseignements de l'Église, toucher les cœurs des fidèles et promouvoir la foi.
Serge Abiteboul : Qu'est-ce qu'un commun numérique ?
« Rendre le monde meilleur » : telle était l’ambition des pionniers de l'internet des années 80. Une utopie numérique portée par quelques hippies héritiers du «summer of love » californien. Mais quarante ans plus tard, que reste-t-il vraiment de cet idéal ? La vague capitaliste de la nouvelle Silicon Valley aurait-elle tout emporté sur son passage ? Des poches de liberté se sont peu à peu constituées, résistant à la marchandisation et à la privatisation du numérique : le succès de Wikipédia, des logiciels libres, ou encore de la science ouverte, le prouve. Les communs numériques nous sont indispensables pour faire face aux défis écologique, sanitaires ou encore démographique de demain. C’est la thèse de Serge Abiteboul, membre de l’Académie des sciences, et François Bancilhon, auteurs de Vive les communs numériques ! , un plaidoyer qui nous invite à œuvrer ensemble pour un internet au service du bien commun.
Tania Mouraud : une pionnière du street-art à l'Académie des beaux-arts
« 40 ans est un âge terrible, car c’est l’âge où nous devenons ce que nous sommes » : si la vieillesse était une source d’angoisse pour Charles Péguy, elle semble au contraire un horizon joyeux pour Tania Mouraud. À plus de 80 ans, cette figure majeure de la scène artistique contemporaine continue d’explorer avec une curiosité insatiable toutes les formes d'expression artistique. Fille de résistants, Tania Mouraud s’est fait connaître dans les années 1960 pour ses campagnes d’affichage dans la rue. Son œuvre, porté par un profond désir de transmission, lui a valu d’être élue le 27 mars dernier à l’Académie des beaux-arts. Si l’artiste n’est pas encore officiellement installée dans son fauteuil d’académicienne, elle partage ses réflexions et ses actualités à notre micro : une partie de son travail est à l’affiche d’une exposition Fluctuart sur les quais de Seine à Paris jusqu’au 5 mai prochain.
Alain Prochiantz : scientifique « par accident »
Grand lecteur et féru d’histoire des sciences, le jeune Alain Prochiantz a décidé « d’aimer ce qu’il faisait plutôt que de faire ce qu’il aimait ». Aujourd'hui neurobiologiste, membre de l’Académie des sciences et professeur émérite au Collège de France, il s’intéresse à la manière dont se forment les tissus et les organes dans notre corps. Un parcours brillant et exigeant, qui fut marqué par des épreuves également : il raconte dans son dernier essai, intitulé Accident, comment une découverte importante faite par son laboratoire dans les années 80 a suscité une certaine perplexité au sein de la communauté scientifique…
Jean-Pierre Mahé : Comment la Géorgie est devenue l'un des premiers royaumes chrétiens
C’est l’histoire d’un roi païen du nom de Mirian. Un jour, il rencontre sur sa route Nino, une jeune femme aussi belle que charitable. De religion chrétienne, Nino convertit le jeune roi qui devient alors le premier souverain chrétien de son royaume : le royaume du Kartli. Ne vous méprenez pas, cette histoire n’est pas une fable : le Kartli est un territoire qui a réellement existé ! Situé dans la Géorgie actuelle en plein cœur du Caucase, il fut l’une des premières régions du monde à se convertir au christianisme au IVᵉ siècle. La chronique qui raconte l’histoire de cette conversion a intéressé durant des années l’orientaliste Jean-Pierre Mahé. Membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, cet éminent spécialiste du Caucase raconte au micro de Canal Académies l’histoire captivante de ce texte, qui brosse le tableau d’une chrétienté qui « revendique fièrement ses racines juives ».
Gare à la prolifération des satellites !
Depuis quelques années, les constellations de satellites se multiplient à grande vitesse à quelques milliers de kilomètres au-dessus de nos têtes. Cette progression fulgurante, qui s’explique par l’arrivée de nombreux acteurs privés tels que Starlink, n’est pas sans risque. Dans son dernier rapport, l'Académie des sciences met en garde contre les impacts négatifs de cette expansion. Entre la pollution lumineuse, les risques de collision entre débris spatiaux, et une perte de souveraineté pour les États, la nouvelle exploitation de l’espace pose question. Guy Perrin, astronome à l’Observatoire de Paris et François Baccelli, informaticien et mathématicien, directeur de recherche à l’INRIA, tous deux membres de l’Académie des sciences, présentent au micro de Canal Académies les conclusions d’un rapport qui vient de paraître. Ils suggèrent quelques pistes de réflexion pour mieux réguler le domaine spatial.
Dany Laferrière : Un cœur nomade
Après Montréal, Tunis ou encore New York, c’est au tour de Paris d’accueillir Un cœur nomade, une exposition inspirée des romans graphiques de Dany Laferrière. Du 5 avril au 12 mai 2024, les flâneurs parisiens pourront se plonger dans l’univers poétique de l’auteur sur le parvis de l'Institut de France et tout au long du pont des Arts. L’exposition retrace en images l’itinéraire singulier de l’écrivain : né à Port-au-Prince en Haïti, Dany Laferrière grandit aux côtés de sa grand-mère sous le ciel de Petit-Goâve, avant de s’exiler à Montréal, où ses mots trouvent un écho dans la neige et les ruelles animées. De là, il effectue une escale à Miami, avant de poser ses valises à Paris et revêtir l’habit vert d’académicien. Une vie marquée par l'exil, la puissance des mots et la magie des livres…
Jean Gaumy : la puissance du reportage photographique
À dix-neuf ans, Jean Gaumy éprouvait la rage des grands timides à se dépasser. Une volonté féroce qui le mènera loin, très vite : à peine dix ans plus tard, l'ancien étudiant en fac de lettres intègre la légendaire agence Magnum. Cette entrée dans le saint des saints du reportage photographique, fondé notamment par Robert Capa et Henri Cartier-Bresson, est un véritable tremplin pour le jeune homme qui se frotte alors au photojournalisme, et voyage partout à l’étranger. Son œil documente le réel, traque l’homme dans sa plus grande solitude, mais c’est sans doute dans la nature qu’il finit par trouver une forme d’apaisement. Deux fois lauréat du prix Nadar, Jean Gaumy est membre de l’Académie des beaux-arts depuis 2016. De passage à Paris, l’académicien retrace son parcours au micro de Canal Académies.
Éric Roussel : les carnets d’un biographe
Ne jamais parler de soi, telle fut la règle qui prévalait dans la famille d’Éric Roussel. Ce précepte familial conduira le jeune homme à raconter plutôt le destin des hommes d’État les plus marquants du XXᵉ siècle. Depuis sa première biographie de Georges Pompidou en 1984, qui rencontra un immense succès, l’écrivain a fait de l’histoire contemporaine son terrain d’étude préféré. Aujourd’hui membre de l’Académie des sciences morales et politiques, Éric Roussel est devenu celui que l'on surnomme le biographe des présidents. Dans son dernier livre C’était le monde d’avant, l’académicien nous fait entrer dans l’intimité de tous ces personnages qui ont fait la France d’hier, de Jacques Chirac, à Pierre Mendès France, en passant par Valéry Giscard d’Estaing.
Tatiana Giraud : Pourquoi préserver la biodiversité ?
« C’est l’histoire d’un homme qui tombe d’un immeuble de cinquante étages. Le mec, au fur et à mesure de sa chute, se répète sans cesse pour se rassurer : jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien, jusqu’ici tout va bien ». Pour la scientifique Tatiana Giraud, cette célèbre réplique tirée du film La Haine illustre parfaitement notre aveuglement face à l’effondrement de la biodiversité. Si 43% des Français se déclaraient très « préoccupés par les conséquences de l’effet de serre, seulement 16% se disaient inquiets de la dégradation de la faune et la flore en 2022 », selon une étude de l’ADEME. Ingénieure agronome et membre de l’Académie des sciences, Tatiana Giraud souligne le rôle pourtant crucial de cette biodiversité dans le maintien de l’équilibre écologique. Dans son dernier livre, L’attention au vivant, elle remonte le fil de l’évolution pour montrer comment les théories de Charles Darwin nous permettent de comprendre l’équilibre complexe de nos écosystèmes.
Philippe Sansonetti : Microbes sans frontières
Peut-on envisager, à l’horizon 2060, une guerre bactériologique décimer une partie de l’Europe ? Oui, d’après un scénario imaginé par la très sérieuse Red Team, créée à l’initiative du ministère des Armées. Ce collectif qui rassemble des auteurs de science-fiction imagine les pires scénarios du futur pour anticiper les défis de demain. Si 2060 est encore loin, des menaces sérieuses nous guettent déjà aujourd’hui… Dans Microbes sans frontières, le microbiologiste Philippe Sansonetti, membre de l’Académie des sciences, explique les raisons pour lesquelles les maladies infectieuses font un retour offensif aujourd’hui. Entre l’antibiorésistance, la défiance vaccinale et l’émergence de nouveaux pathogènes, nous devenons sensiblement plus exposés à des risques d'épidémies à répétition. Face à cette menace, Philippe Sansonetti défend la nécessité de nouvelles stratégies qui s’appuient sur l’approche « une seule santé », qu’il détaille à notre micro.
Jean-Marie Moeglin : Réécrire l’histoire de la guerre de Cent Ans
Faut-il lire la guerre de Cent Ans comme une crise de succession comme une autre ? Une addition de batailles sanglantes ? Ou bien, un avant-goût de l’affrontement des États-nations à l’heure médiévale ? Pour le médiéviste Jean-Marie Moeglin, membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, il était temps de réécrire l’histoire de cet événement si bien ancré dans l’imaginaire des Français. C’est chose faite, avec le Dictionnaire de la guerre de Cent Ans, un ouvrage monumental qui comporte plus de 1000 notices classées par ordre alphabétique. Quarante-six historiens, dont Philippe Contamine et Jacques Verger, ont collaboré à l’écriture de ce livre qui aborde tous les aspects de la guerre : ses acteurs, ses batailles, sa mémoire et son imaginaire. Au micro de Canal Académies, Jean-Marie Moeglin expose les moments-clés de ce conflit séculaire qui structura l’histoire de deux nations.
Jean-Robert Pitte : Brillat-Savarin, le gastronome transcendant
Vous laisseriez-vous tenter par un sauté de truffes noires, accompagné d’épinards à la graisse de caille, suivi d’un revigorant punch flambé au rhum ? Si tous ces plats ne vous font pas saliver, sachez qu’une personne les appréciait copieusement au XVIIIe siècle : Brillat-Savarin. Ce nom, qui évoque tantôt un fromage, tantôt une pâtisserie, désigne d’abord un génie culinaire de la gastronomie française. Jean-Robert Pitte, Secrétaire perpétuel honoraire de l’Académie des sciences morales et politiques, publie une biographie consacrée à cet homme fin gourmet et épicurien, qui fut aussi l’auteur de la célèbre Physiologie du goût, un texte fondateur de notre gastronomie.
Alain Fischer : les maladies du système immunitaire
Êtes-vous familier des cures de vitamine C, de spiruline, ou de gelée royale pendant l’hiver ? Les compléments alimentaires rencontrent un succès grandissant depuis quelques années, et les conseils pour renforcer ses défenses immunitaires abondent… Mais à côté de ces traitements bénins, que savez-vous réellement du fonctionnement de votre système immunitaire ? Sentinelle des envahisseurs et des corps étrangers, il protège notre organisme contre une variété impressionnante d’agents pathogènes. Parfois déficient, il peut laisser des maladies complexes s’installer dans notre organisme. Le professeur Alain Fischer, Président de l'Académie des sciences, a passé sa carrière à les traquer pour mieux les comprendre. Dans son dernier livre, Protéger les vivants, il raconte son parcours, de l’hôpital Necker à la crise de la Covid-19, durant laquelle il a dirigé le Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale.
Jean-Marie Rouart : La maîtresse italienne
L’amour rend-il aveugle, au point de changer le sort de l’histoire de France ? Oui, à en croire le dernier roman de Jean-Marie Rouart, de l’Académie française. L’écrivain nous entraîne avec son dernier livre, La maîtresse italienne, dans une histoire rocambolesque, tirée d’un fait bien réel : l’évasion de Napoléon de l’île d’Elbe en 1815. Si l’empereur a pu s’en échapper, c’est grâce ou à cause de la négligence du colonel anglais en charge de le surveiller, Neil Campbell, distrait par sa folle passion pour la comtesse Miniaci. Une relation tumultueuse, qui permit à Napoléon d’ouvrir la formidable épopée des Cent-Jours.
Catherine Bréchignac : sur les traces de ses ancêtres bretons
« Rien n’est plus complexe que le caractère breton, ce prodigieux mélange de ténacité et d’indécision, d’énergie et d’inertie, de rusticité et de délicatesse ». C’est ainsi que Yann Queffélec croque l’état d’esprit régional dans son Dictionnaire amoureux de la Bretagne. Une disposition mentale tout en dualité, que connaît bien Catherine Bréchignac. La grande physicienne française, Secrétaire perpétuel honoraire de l’Académie des sciences, tire ses origines des brumes du Finistère. Cette terre lointaine, d’un imaginaire inépuisable, a conduit la scientifique, ancienne présidente du CNRS, à retracer l’histoire de sa famille dans son dernier livre : La force de nos racines, Une épopée de gens ordinaires. L’académicienne brosse un tableau de la France d’hier à travers sa lignée, sur quatorze générations.
Édith Canat de Chizy : Comment vivre sans inconnu devant soi ?
Initiée à l’électroacoustique dans les années 1980, Édith Canat de Chizy a composé un grand titres d'œuvres multi-primées, qui entraînent l’auditeur dans un univers mystérieux et toujours aux confins de l’imaginaire : Yell, Moving, Visio… Voici quelques noms d’albums signatures de l’artiste qui fait parler la matière comme personne d’autre. Ses œuvres ont été commandées par de nombreux ensembles comme l’Orchestre Philharmonique de Radio-France ou l’Orchestre National de France. Des créations qui lui ont valu de figurer dans le palmarès des 100 femmes de culture 2023. Membre de l’Académie des beaux-arts depuis 2005, Édith Canat de Chizy se raconte à travers quelques-unes de ses compositions les plus emblématiques.
22 mois d'École ukrainienne avec l'Académie des sciences
Depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, près d’un cinquième de la population ukrainienne s'est exilée. Un chiffre colossal, dans lequel il faut compter plus de deux millions d’enfants déplacés et dispersés à travers toute l’Europe. Face à cette tragédie, des initiatives se créent de toutes parts, pour apporter un soutien à toutes les personnes impactées par cette guerre. La communauté scientifique est particulièrement active : parmi les initiatives prises en France, une alliance inédite s’est mise en place entre l’École ukrainienne de Paris et l’Académie des sciences, avec le soutien de l’Institut de France. Les deux institutions se sont donné la mission d’accueillir, tous les samedis, des enfants réfugiés ukrainiens pour essayer de leur faire oublier, durant quelques heures, les horreurs de la guerre. Au programme : des ateliers, des visites et des rencontres avec de nombreux académiciens. Étienne Ghys, Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, directeur de recherche à l’ENS Lyon, Pierre Léna, astrophysicien et membre de l’Académie des sciences, et Igor Dotsenko, physicien, enseignant chercheur au Collège de France, et très bientôt professeur à l’Université de Toulouse, dressent un premier bilan de ces activités pédagogiques.
Jean-Claude Weill : Éloge de l’imprévu
Les sujets de recherche les plus loufoques sont parfois les plus prometteurs… Jean-Claude Weill, membre de l’Académie des sciences, a trouvé son eldorado scientifique en étudiant le postérieur des poulets, et ce travail lui a valu une reconnaissance scientifique internationale. Chercheur biologiste, il a longuement travaillé sur le développement du système immunitaire : des années parfois semées d’embûches, de virages et souvent d’imprévus. Il raconte son parcours dans un dialogue philosophique drôle et rempli d’anecdotes scientifiques, Éloge de l’imprévu. Il y démontre que les plus grandes découvertes en biologie ont souvent été faites par des chercheurs atypiques qui se sont lancés dans cette aventure par goût du risque.
Dany Laferrière : Un certain art de vivre
Dany Laferrière aime se présenter comme un écrivain japonais. Un pied de nez à toutes les personnes qui voudraient l’enfermer dans une seule et unique identité. Ce grand admirateur de Bashô et de Mishima s’est inspiré de l’art du haïku pour son dernier livre, Un certain art de vivre, qui rassemble réflexions poétiques et maximes éclairées. Dans ce récit, le narrateur nous entraîne dans toutes les villes qu’il chérit, de Petit-Goâve à Port-au-Prince en passant par Montréal et Miami. Une rêverie rétrospective que commente Dany Laferrière, de l’Académie française, au micro de Canal Académies.
Daniel Rondeau : aller-retour Châlons-Beyrouth
Né au Mesnil-sur-Oger, un petit village en plein cœur de la Marne, Daniel Rondeau a découvert adolescent le charme absolu du Sud et de la Méditerranée, à travers les récits de Jean Giono et d'Albert Camus. Entre sa Champagne verdoyante et cet Orient enchanteur, l’écrivain s’est lancé dans un parcours aussi dense que varié : d’abord militant maoïste, il s’engage comme ouvrier dans une usine lorraine dans les années 1970. Ces années lui révèlent sa vocation : « J’ai décidé que si je ne pouvais pas changer le monde, j'allais passer ma vie à le raconter ». Daniel Rondeau se plonge alors dans l’écriture, comme journaliste, un peu, puis comme écrivain, beaucoup, jusqu'à rejoindre l’Académie française. Daniel Rondeau a toujours le cœur divisé entre sa terre natale et les pays d’Orient. Il leur rend hommage dans ses deux derniers livres : Ma Champagne, mon pays et Beyrouth sentimental.
Bernard Stirn : du Conseil d’État à l’Académie des sciences morales et politiques
Les serviteurs de l’État seraient-ils une espèce en voie de disparition ? Incontournables dans l’évolution de la France de l’après-guerre, les cadres de la haute fonction publique ont incarné pendant des années l’idéal méritocratique français. En 2023, la génération Z peut-elle encore avoir l'ambition de servir l'État ? Assurément, explique Bernard Stirn. Après l'ENA, il est entré au Conseil d’État - la plus haute juridiction administrative - en 1976 comme auditeur, avant de gravir tous les échelons de l’institution. Aujourd’hui Secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences morales et politiques, il présente à notre micro son parcours, sa passion pour l’enseignement, et les actualités de son Académie.
Barbara Cassin : La grande aventure du français
Si la langue française était une pâtisserie, elle prendrait la forme d’un savoureux millefeuille : des strates d’histoire superposées, un feuilletage grammatical unique, le tout saupoudré d’influences géographiques multiples. Comme la gastronomie française, le français est inscrit au cœur d’un patrimoine qui se vit au présent. Depuis le 01 novembre, le grand public est invité à découvrir et interroger l’histoire de cette langue, dans un lieu qui lui est entièrement dédié : la Cité internationale de la langue française. Un espace de 1600 m2, situé dans le château de Villers-Cotterêts, dans les Hauts-de-France. En 1539, François Ier y signa la célèbre ordonnance par laquelle le français devint la langue officielle du droit et de l’administration. Barbara Cassin, de l’Académie française, et Xavier North, ancien délégué général à la langue française et aux langues de France, sont les co-commissaires scientifiques du parcours de visite. Ils présentent à notre micro l’ambition du parcours de cette cité, qui rend hommage à la langue française sans jamais la glorifier.
Astrid de La Forest : Graver le vivant
Certaines personnes naissent avec un nom prédestiné. Leur patronyme correspond en tous points à leurs aspirations. C’est le cas de l’académicienne Astrid de La Forest qui met au cœur de sa création les figures du vivant : forêts, montagnes, jardins, et monde animal. Après une première vie de décoratrice de théâtre, puis de dessinatrice judiciaire, l’artiste intégra le prestigieux atelier Lacourière-Frélaut à Paris pour se former à la gravure. Elle y découvre les techniques de l’eau-forte, de la pointe sèche, et de l’aquatinte, avant d’avoir recours au carborundum, un médium qui offre « une vraie spontanéité au dessin ». Astrid de La Forest raconte à notre micro sa pratique et ses voyages à travers le monde, qui sont aujourd’hui sa première source d’inspiration.
Jean-Michel Wilmotte : l'architecte ubiquiste
Membre de l’Académie des beaux-arts, Jean-Michel Wilmotte est un architecte de renommée mondiale. Également designer, et urbaniste, il est derrière des projets monumentaux qui ont fait date : il a dessiné les appartements privés de François Mitterrand à l’Elysée, rénové l’aile Richelieu au Musée du Louvre, ou encore aménagé le Rijksmuseum à Amsterdam. À côté de ces projets somptueux, il dessine aussi la ville du quotidien : ses lampadaires, ses feux tricolores ou encore ses poubelles, que vous croisez peut-être tous les jours sans le savoir à Paris. Ses projets n’ont pas de frontières, tout comme ses agences, installées aux quatre coins du monde : Séoul, Venise, Milan, Londres, et bien sûr Paris. À l’occasion de la sortie de son livre, Design, il raconte à notre micro son parcours spectaculaire.
Michel Zink : Parler aux « simples gens »
Pour diffuser le message chrétien, l’Église médiévale s’est progressivement détachée du latin, la langue des clercs et des intellectuels, pour employer des langues nouvelles, qui commençaient alors à se diffuser sur le territoire. Cet effort d’évangélisation, mené auprès de toutes les strates de la population, aura pour conséquence d'accélérer le développement du français au Moyen Âge. C’est la thèse du dernier ouvrage de Michel Zink, paru aux éditions du Cerf. Spécialiste de la littérature médiévale, il est membre de l’Académie française et Secrétaire perpétuel honoraire de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.
Olivier Houdé : L'inhibition, la clé de l’intelligence
Votre cerveau détient-il les armes nécessaires pour survivre au tsunami numérique qui nous submerge ? Les sollicitations surviennent aujourd’hui de tous les côtés : fake news, ciblages publicitaires, surcharge informationnelle. Le cerveau est devenu une mine d’or pour les marques et les plateformes, qui investissent des sommes considérables dans le neuromarketing pour gagner la bataille de l’attention. Elles utilisent des techniques redoutables, qui ciblent des zones très précises de notre cerveau. Professeur de psychologie à l’Université Paris Cité, et membre de l’Académie des sciences morales et politiques, Olivier Houdé nous livre quelques clés pour survivre à notre société « devenue très cognitive ». Il publie aux éditions Que Sais-je ? une synthèse accessible à tous, de ses travaux consacrés aux mystères de notre encéphale : Comment raisonne notre cerveau ?
Yves-Marie Bercé : L'art du déguisement aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles
« La vie imite l’art, bien plus que l’art n’imite la vie » : le célèbre aphorisme d’Oscar Wilde constitue un parfait point de départ à la réflexion d’Yves-Marie Bercé. Membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, l’historien a étudié l'influence des héros de fiction sur le comportement des grands personnages de l’Époque moderne. Aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, la haute société, marquée par le théâtre, s’inspire des œuvres populaires du moment : les élites revêtent les habits du berger, du jardinier ou du charbonnier pour voyager incognito, faire la guerre ou séduire de jeunes princesses… Le livre d’Yves-Marie Bercé, Bons princes et ministres haïssables aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, fourmille d'anecdotes insolites. Il révèle le sens profond de ces faits divers.