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La déontologie à l’épreuve de la contention
Le droit français impose de ne soigner que dans le cadre d’un consentement acquis. Dès lors et hormis dans le cadre de soins sous contrainte, il est essentiel d’obtenir le consentement du patient. Une enquête de terrain a permis d’étudier la construction du consentement et de sa validité dans le champ psychiatrique, en particulier dans les situations de crise. Ce séminaire envisage, dans un premier temps, les différentes façons de définir le consentement puis, dans un second temps, les interprétations qui en sont empiriquement proposées. Il souligne les limites inhérentes à la détermination rationaliste du consentement éclairé aussi bien en médecine somatique que dans le champ psychiatrique. Il s’agit enfin d’aborder la question de savoir s’il est opportun et souhaitable de convoquer, en psychiatrie, une interprétation du consentement fondée sur la notion de capacité. avec Caroline Guibet Lafaye, chercheure en Philosophie et Sociologie. Directrice de recherche au CNRS (LISST, Toulouse).

Les causes du suicide – autour de la pensée de M. Halbwachs
Maurice Halbwachs (1877-1945) est le fondateur de la sociologie de la mémoire collective et introducteur du raisonnement probabiliste en science sociale. La reprise du travail de Durkheim sur le Suicide l’a conduit à entreprendre de nouvelles recherches, à poser de nouveaux problèmes, et à présenter les faits sous un autre aspect. Marie Jaisson est sociologue, Professeur des universités à l’USPN, IRIS (UMR 8156). Domaines de recherche : Sociologie générale. Espace social et mémoire. Sociologie et faits biologiques. Sociologie de la médecine. Sociologie des professions et des occupations.Histoire de la sociologie. Durkheimiens et post-durkheimiens. Sociologie américaine (XXe siècle).

Séminaire Design with care : Robotique humanoïde et soin
Les robots sont réputés être appropriés dans l’accompagnement thérapeutique des troubles du spectre autistique, particulièrement dans des applications impliquant des enfants ou adolescents. Le concept robot compagnon, introduit par K. Dautenhahn dans les années 1990 qui décrit le robot comme un acteur social, et dirige le projet Européen AURORA à partir des années 2000, a été accepté par l’ensemble de la communauté scientifique. L’approche consiste à programmer des logiciels d’exercices afin que le robot face faire au patient les exercices de la même façon que le thérapeute. Qu’est-ce-que le concept de robot compagnon ? Comment les robots sont-ils utilisés dans l’accompagnement thérapeutique des troubles du spectre autistique ? Quels liens entre robotique humanoïde et soin ? Sophie Sakka est enseignant-chercheur à Centrale Nantes, au Laboratoire des Sciences du Numérique de Nantes, spécialisée en cybernétique entre robot humanoïde et être humain. Elle est docteur en robotique de l’Université Pierre et Marie Curie, et a passé plusieurs années en expatriation : Angleterre, Japon et Italie. Elle a acquis des compétences en biomécanique humaine, robotique humanoïde, puis cybernétique, créant le lien entre ces deux entités : l’imitation des mouvements humains par un robot humanoïde, ou l’analyse d’impact d’une interaction “naturelle” entre un humain et un humanoïde. De par ses résultats à fort impact social en éthique et société, particulièrement sur la médiation robotique pour l’accompagnement thérapeutique des troubles du spectre autistique ou de la maladie d’Alzheimer, elle est élevée au grade de Chevalier à l’Ordre national du Mérite en 2016. Fondatrice de l’association Robots ! en 2014, elle en a été la présidente jusqu’en 2021.

De la contention involontaire au sujet se contenant. Retour sur idéation commune des POC
Séance animée par Cynthia Fleury, philosophe et psychanalyste, professeure titulaire de la Chaire de Philosophie à l’Hôpital. Cette séance ouvre le cycle de séminaire “Philosophie clinique et clinicienne” de Cynthia Fleury. “Le séminaire poursuit son exploration de la philosophie clinique avec deux premières séances consacrées aux expérimentations et projets de recherche menés à la Chaire, l’une consacrée à la question de la « contenance » jusqu’à poser le proof of concept (et proof of care) comme possible fonction phorique ; l’autre revenant sur les écritures individuelle ou collectives qui se sont démultipliées sur les plateformes ouvertes lors de la première expérience de confinement, en interrogeant les fonctions de l’écriture mobilisées.” A l’opposé de la contention involontaire, comment explorer les pistes de la contenance, des fonctions phoriques, des enveloppes corporelles, comment les relier au principe d’individuation, voire de la vie institutionnelle par la sollicitation de la notion d’ambiance ? Retour, dans la continuité de la séance introductive du séminaire de Prémontré, sur différentes fonctions de contenance (Kaës, 1976, 1979), ou celle de l’objet (Esther Bick), en passant par le moi-peau (Anzieu, 1986, 1990) ou la fonction alpha (Bion, 1962). Et comment s’édifie, au sein de ces milieux/nœuds phoriques, un principe d’individuation qui a tout du thiase dionysiaque.

Au sujet de Castoriadis, “Au-delà du pouvoir faut-il revenir à l’institution ?”
avec Alain Petit Concevoir une société d’individus de plein droit qui n’en serait pas moins une communauté auto-instituée, sans recourir à une fondation transcendante, tel était le le projet et le pari de Cornelius Castoriadis. Il s’agira d’élucider la radicalité, mais aussi l’énigme de ce projet, en le confrontant à ce que pourrait être par ailleurs une analytique du pouvoir. Au-delà du pouvoir, l’institution? Derrière le pouvoir médical, l’institution sanitaire? Alain Petit enseigné la philosophie au Département de philosophie de l’Université Clermont-Auvergne (UCA). Il est membre du Laboratoire de Philosophies et Rationalités (Phier) de l’UCA.

Être femme en chirurgie
Selon les termes de la sociologue Emmanuelle Zolesio, les chirurgiennes femmes ont longtemps été des « exceptions statistiques » au bloc opératoire. Alors que le devenir-chirurgien reste largement empreint du sceau de la brutalité et par l’intériorisation d’impératifs hiérarchiques, cette socialisation est de surcroît bien souvent marquée par une culture grivoise voire sexiste. Si la féminisation croissante du métier et les évolutions sociales rendent les rapports sociaux de sexe moins antagonistes et violents qu’auparavant au bloc, les chirurgiennes continuent pour certaines d’être confrontées au stigma. Leur présence au bloc augure toutefois parallèlement de nouveaux rapports avec le personnel paramédical, voire d’un ethos alternatif, que cette séance aura vocation à éclairer grâce aux regards croisés d’une sociologue et d’une chirurgienne hépatobiliaire La Pr Régine Bercot est professeure émérite en sociologie à l’Université Paris 8 depuis 2018, membre du Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris (équipe GTM). Elle collabore également avec la Chaire santé de Sciences Po Paris. Ses domaines de spécialité sont la sociologie du travail, des organisations, des professions, la santé au travail et le genre. Ses travaux récents portent sur les métiers de l’hôpital : médecins, chirurgiens, cadres de santé, ainsi que sur les organisations à l’hôpital. La Dre Oriana Ciacio est chirurgien à l’Hôpital Paul Brousse AP-HP, spécialisée dans la chirurgie et transplantation hépatique et pancréatique. Elle a été investigateur principal de l’étude PROPILS sur l’immunonutrition pré-hépatectomies et elle est responsable du Blok Human Factor de la chaire d’innovation BOpA.

La contention, une réalité dans le soin : vécus soignés et soignants
Le séminaire “ Contention, Soins, Libertés ” est organisé par l’antenne de la Chaire de Philosophie à l’Hopital de l’EPSMD de l’Aisne. Il se déroule à Prémontré (02) et en visioconférence d’octobre 2021 à juin 2022. La seconde session du séminaire réunit les Dr. Raphaël Carré, psychiatre au Centre Hospitalier Alpes Isère et Samuel Porteau, psychiatre à l'Hôpital Marchant de Toulouse. La conférence est introduite et modérée par le Dr. François Ayabaka, psychiatre à l'EPSMD de l'Aisne. La contention physique est une préoccupation majeure en psychiatrie. Ainsi le premier projet de recherche de la FERREPSY (fédération de recherche en santé mentale en Occitanie) s’est imposé sur ce sujet afin de documenter son utilisation en France, à travers notamment deux études qualitatives sur le vécu de patients et des soignants de la contention physique en psychiatrie. Les résultats révèlent un vécu essentiellement négatif chez les patients avec une prédominance de thématiques d’impuissance, de déshumanisation, de punition et d’humiliation ; un vécu de violence et de peur chez les soignants, avec le thème central du lien relationnel dans les facteurs de prise de décision dans la pose et le retrait de la contention. Cette approche permet de mettre en lumière des alternatives pour en limiter le recours et des améliorations afin d’accompagner au mieux les patients et soignants.

Jacques Lacan : L'inconscient c'est la politique
Séance animée par Frédéric Baitinger, philosophe et psychanalyste Dans son Séminaire XIV, La Logique du Fantasme (1966-1967), Lacan écrit “… si Freud a écrit quelque part que « l’anatomie, c’est le destin », il y a peut-être un moment où, quand on sera revenu à une saine perception de ce que Freud nous a découvert, on dira – je ne dis même pas que « la politique, c’est l’inconscient » – mais, tout simplement : l’inconscient c’est la politique ! Je veux dire que ce qui lie les hommes entre eux, ce qui les oppose, est précisément à motiver de ce dont nous essayons pour l’instant d’articuler la logique.” (166) Or — et c’est là la thèse que déploiera ce cinquième cours — une telle logique n’est pas réductible pour Lacan à la logique du signifiant, ni à la logique de la matrice hétérosexuelle comme le suggère Butler ; elle s’ouvre, au contraire, sur une clinique de la jouissance capable de se dresser contre les effets ségrégatifs des politiques identitaires au nom de la “banalité singulière” des modes de jouir et d’aimer de chacun.e.s ; « modes de jouir » qui ne sont autres que ce qui fonde véritablement ce que Lacan appelle dans la “Préface à l’Édition anglaise du Séminaire XI”, l’inconscient réel, soit l’inconscient en tant qu’expression du corps pulsionnel, et non l’inconscient en tant qu’articulé au désir de l’Autre. Jacques Lacan. Séminaire XIV, La logique du fantasme. Non publié. Laurent, Eric. L’envers de la biopolitique. Paris : Edition Navarin, 2018. Miller, Jacques-Alain. “Intuitions Milanaises”. La cause freudienne, #68, 2008. Schneider, Michel. Big Mother, Psychopathologie de la vie politique. Paris, Odile Jacob, 2005.

Maux à mots de Freud à Derrida
Nous partirons de la notion de construction telle qu’élaborée par Sigmund Freud dès l’aube de la psychanalyse et jusqu’à ses derniers écrits, construction qu’il n’aura eu de cesse de nouer à sa pratique clinique et à sa compréhension des tentatives de guérison opérées par ses patients. A sa suite, nous tenterons donc de parler de construction de guérison. Avec Jacques Lacan, nous comprendrons que ces constructions s’enroulent autour d’un passé qui ne passe pas, mais insiste au contraire obstinément. C’est justement cette force coercitive qui nous permettra de reconnaître dans une construction un noyau irréductible qui, résistant aux variations contingentes, fait retour – et fait donc histoire. Des maux aux mots, le régime d’historicité de la construction de guérison est celui du langage. Avec Alice Cherki, nous comprendrons le langage comme un lieu d’hébergement sans lequel le corps est soumis à l’éphémère du corps-à-corps, voire à la violence d’un réel du corps qui fait effraction sans médiation. Et avec Jacques Derrida, nous comprendrons par ailleurs le langage comme un registre d’inscription qui rend l’existence du corps irréductible à la contingence de sa factualité. Nous proposerons alors que si le corps survit, si le corps vit plus qu’entre sa naissance et sa mort, c’est par la grâce de son inscription au sein d’un registre symbolique. Nous tirerons les conséquences de ces propositions pour penser l’accueil et le soin. Dorothée Legrand est chercheur en philosophie (CNRS, Archives Husserl, Ecole Normale Supérieure, Paris Université Sciences et Lettres). Elle est aussi psychologue clinicienne et psychanalyste en libéral et pour l’association MigrENS (Association du Programme Etudiants Invités accueillant des étudiants exilés à l’ENS). Depuis 2014, elle anime le séminaire « Articulations philosophiques et psychanalytiques » à l’École Normale Supérieure de Paris. En 2019, elle a publié une monographie Ecrire l’absence – Au bord de la nuit chez Hermann.

Les effets physiques de l’idée de mort – autour de la pensée de M. Mauss
En 1924 Marcel Mauss, alors président de la Société de psychologie, prononce une conférence “Effets physiques chez l’individu de l’idée de mort suggérée par la collectivité (Australie, Nouvelle-Zélande)”. Il y soumet aux psychologues des cas tirés de la littérature médicale sur les sociétés coloniales, pour faire avancer la coopération interdisciplinaire entre médecine et sociologie sur le complexe biopsychosocial (ou “l’homme total”). Mauss critique sévèrement l’usage par les médecins des modèles animaux pour analyser le rapport entre sociétés humaines et individus physiologiques. Les médecins le jugèrent trop sociologue, Ignace Meyerson l’incita à abandonner la sociologie pour l’histoire. C’est en sciences sociales qu’il put fonder une anthropologie de la corporéité sociale et une histoire sociale de la notion de personne. Reprendre ce texte aujourd’hui permet d’avancer de nouvelles hypothèses sur les contextes historiques d’apparition de certains troubles psychiques, en termes de régulation sociale (socialisation morale) et en termes d’intégration structurelle (développement des infrastructures de communication). Florence Weber est professeur de sociologie et d’anthropologie sociale à l’Ecole normale supérieure. Praticienne, théoricienne et historienne de l’ethnographie, elle travaille aujourd’hui sur les conditions d’une interdisciplinarité où la confrontation entre des sciences dont les objets impliquent des épistémologies ou des méthodologies différentes débouche sur des outils conceptuels et pratiques efficaces. Elle a notamment publié “Le Travail à-côté. Une ethnographie des perceptions” (Editions de l’EHESS, 2009) et “Brève histoire de l’anthropologie” (Flammarion, 2015). Elle a dirigé aux PUF une édition critique des œuvres de Marcel Mauss en 9 volumes et dirige la collection “Sciences sociales” aux Editions Rue d’Ulm.

Séminaire Design with care : Architecture et Care avec Marie Tesson
S’il est une possibilité de care en architecture, quelle est-elle ? Comment définir le care en architecture ? Qui œuvre ou a œuvré à son existence… Bref : où le chercher, et où le trouver ? Cette séance est une tentative en ce sens, qui s’appuie sur un corpus architectural contemporain et postérieur à l’émergence de “l’éthique du care” chez les féministes américaines de la seconde vague. Marie Tesson est diplômée de l’école d’architecture de Nantes et doctorante au CNAM sous la direction de Cynthia Fleury et Antonella Tufano, en cifre dans l’agence d’architecture Scau. Elle travaille sur le care en architecture.

Conférence introductive “Contention, Libertés, Soins“
A l’occasion de l’inauguration de l’antenne axonaise de la Chaire de Philosophie à l’Hôpital, Cynthia Fleury a ouvert par sa conférence un séminaire mensuel intitulé “Contention, Libertés, Soins“. A l’opposé de la contention involontaire, comment explorer les pistes de la contenance, des fonctions phoriques, des enveloppes corporelles, comment les relier au principe d’individuation, voire de la vie institutionnelle par la sollicitation de la notion d’ambiance ?

Castoriadis : La pensée de la communauté
Castoriadis : La pensée de la communauté by hospiphilo

Séminaire Design with Care : Compagnonnage
Compagnonnage. Le design with care, une abbaye de Thélème. Séance animée par Cynthia Fleury et Antoine Fenoglio Le compagnonnage que nous proposons est un dispositif ancien qui a prouvé par le passé son opérationnalité. Il trouve ici, avec le design with care, des allures plus contemporaines, mais il raconte ses liens ancestraux avec le patrimoine culturel et naturel, non pour le figer, mais pour protéger et se nourrir de ce vivant-là. Car le design with care a la vocation d’être comme une abbaye de Thélème, un projet incarné, territorialisé ici et là où penser et créer est possible, souhaitable, reconnu, valorisable. Une création qui est substantiellement toujours en processus, qui permet de définir des nouveaux lieux, des méthodes, faire advenir de nouveaux paysages, de nouvelles géographies, de nouveaux modes d’expérimentation, de nouvelles esthétiques, de nouvelles réappropriations culturelles. Non pas un monde idyllique, car rien n’est simple, mais un lieu où l’apprentissage «capacitaire» des vulnérabilités est possible, que celles-ci soient celles des acteurs avec lesquels nous échangeons ou les nôtres.

Qui sont les chirurgiens ?
La construction de l’ethos chirurgical est au cœur de nombreux travaux en sociologie et anthropologie. Cette identité de « guerrier impavide », pour reprendre les termes de l’anthropologue Marie-Christine Pouchelle, empreinte de valeurs viriles et de penchants démiurgiques, a autant fasciné qu’intrigué celles et ceux qui se sont penchés dessus. Véritable noblesse hospitalière, au capital symbolique et social prégnant, la profession est toutefois en pleine reconfiguration face au triple effet de la féminisation de la profession, du tournant gestionnaire de l’hôpital et de l’avènement de la chirurgie mini-invasive. Cette séance aura ainsi pour vocation de décrypter les fondements du « tempérament chirurgical » et d’interroger les mécanismes à l’œuvre dans le façonnement des identités professionnelles au bloc. Avec Marie-Christine Pouchelle, anthropologue, directrice de recherche émérite à l’Institut Interdisciplinaire d’anthropologie du contemporain (CNRS), auteure d’Essais en anthropologie hospitalière (Arslan, 2003, 2018, 2019). Et le Dr Emmanuel Lansac, chirurgien cardiaque, Hôpital Universitaire Pitié-Salpétrière.

Architecture et care, séance 5 : intervention de Donato Severo
À la suite des quatre premiers cours présentant les premières hypothèses d’une mise en relation entre architecture et care, et au cours desquels on a abordé naturellement la figure de l’hôpital, première des architectures du soin, la séance du 21 octobre sera consacrée à la figure de l’architecte français Paul Nelson, célèbre en particulier pour L’Hôpital mémorial France-Etats Unis de Saint-Lô. Avec Donato Severo, nous verrons en quoi il peut y avoir chez cet architecte les prémisses d’une « architecture du care ». Donato Severo est architecte, historien de l’architecture, membre du Conseil scientifique de l’ENSA – Paris Val de Seine, et enseignant - chercheur au laboratoire EVCAU. Ses activités de recherche portent sur la théorie et l’histoire du patrimoine architectural et sur la notion de bien-être et de santé dans l’architecture. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur les relations entre architecture et santé, dont « Architecture, art et santé. L’Hôpital mémorial France-Etats Unis de Saint-Lô » (Picard Editeur, 2015), « Paul Nelson », aux Éditions du patrimoine (Centre des Monuments historiques, Paris, 2013), « Architecture et Psychiatrie »(Editions Le Moniteur, Paris 2004).

Frantz Fanon - Achille Mbembe : Le devenir nègre du monde
Animé par Frédéric Baitinger, philosophe

Le suicide comme fait social – autour de la pensée d'Emile Durkheim
1897. Durkheim, âgé de 39 ans, vient d’accéder au poste de professeur de sociologie à l’université de Bordeaux. Dans les cours qu’il donne depuis une dizaine d’années et à travers ses deux livres précédents, De la division du travail social (1893) et les Règles de la méthode sociologique (1895), il a commencé à essayer de fonder la sociologie scientifique qu’il appelle de ses vœux, une sociologie dont le postulat fondamental est que le social est davantage que l’agrégation des comportements individuels. Ces ouvrages, cependant, ont essuyé de vives critiques et ont été l’objet de ce qu’il considère comme des malentendus. Le suicide sera une réponse à ces détracteurs. A travers une étude empirique à l’objet bien déterminé, Durkheim y démontrera, magistralement il l’espère, le pouvoir heuristique des principes méthodologiques qu’il a édictées dans les Règles et plus généralement, la pertinence de sa vision de ce que doit être la sociologie. Avoir choisi la question du suicide, dans cette perspective, est tout sauf anodin. C’est un défi : se saisir de l’expérience réputée la plus intime et la plus personnelle pour montrer ce qu’elle-aussi doit à la société. Quel objet pouvait a priori paraître moins favorable à l’approche holiste ? Quelle réussite on est en droit d’attendre, par conséquent, si ses secrets les mieux gardés sont vaincus par la méthode sociologique ! Après avoir donné du suicide une définition préalable, dont la prétention à la validité s’étend à toute société humaine (universalisme méthodologique), Durkheim fait l’effort de rendre son objet d’étude problématique. Il construit à cette fin l’énigme suivante : pourquoi si, comme on a coutume de le dire, le suicide est chose toute personnelle, les taux de suicide nationaux sont-ils à ce point prévisibles ? La réponse sera produite en trois temps. 1) Grâce à la méthode statistique des variations concomitantes, il s’agira, dans une première partie de l’ouvrage, d’éliminer une à une les explications du suicide qui, mobilisant des facteurs « extra-sociaux » (maladie mentale, alcoolisme, hérédité, température, imitation…), ne respectent pas le principe, édicté au chapitre 5 des Règles, selon lequel les faits sociaux (ici, le suicide) ne peuvent être expliqués que par d’autres faits sociaux . 2) Il s’agira, dans la seconde partie de l’ouvrage, en s’appuyant toujours sur des données statistiques, de déterminer les faits sociaux qui expliquent le suicide en tant que fait social et qui rendent prévisible les formes qu’il prend. Ces faits explicatifs et prédictifs sont d’une part, le degré atteint par la division du travail au sein de la société, dont dépend la prédominance des suicides dits « altruistes » ou celle, au contraire, de ceux dits « égoïstes » ; d’autre part, la gestion politico-juridique du progrès de la division du travail, dont dépend la prédominance des suicides dits « anomiques » ou celle, au contraire, de ceux dits « fatalistes ». 3) Il s’agira enfin, dans la dernière partie de l’ouvrage, de répondre à l’énigme de départ, en développant une théorie sociologique de l’intégration sociale, capable de lier le niveau du fait social sui generis (appréhendé via le taux de suicide) à celui des comportements individuels (appréhendé via ’attitude de tel ou tel individu à l’égard du suicide). Cette théorie a des implications politiques : elle permet à Durkheim d’une part, de nous dire pourquoi, en tant que modernes, nous devons vouloir lutter contre le suicide ; d’autre part, d’indiquer des solutions politiques pour faire baisser le taux de suicide national, à savoir : le renforcement de l’organisation des groupes professionnels, dans la mesure où ceux-ci, si du moins, ils sont organisés de manière à respecter (et même à accroître) l’autonomie de leurs membres, préservent ces derniers contre les suicides égoïstes et anomiques, typiques de la modernité.

La médecine computationnelle tuera-t-elle l’empathie ?
Il est souvent admis que l’empathie est une compétence qui joue un rôle important dans l’orientation vers les carrières de soins, et qu’elle est également essentielle dans la relation entre le thérapeute et son patient, notamment pour favoriser une indispensable alliance thérapeutique. Le mot est pourtant souvent mal compris et réduit à sa seule composante émotionnelle. Certains facteurs de vie personnelle et professionnelle l’augmentent et d’autres la réduisent. L’évolution actuelle de la médecine dite « computationnelle » incite à fabriquer de chaque malade un double numérique que le médecin apprend à mieux connaître par des examens toujours plus sophistiqués, et qu’il peut à la limite soigner sans jamais rencontrer le malade. Quelles conséquences pour l’un et pour l’autre ? Psychiatre, docteur en psychologie HDR, Membre du Conseil scientifique du CRPMS (Université de Paris, ED 450), Membre de l’Académie des technologies, membre du Conseil national du numérique, Co responsable du DU de Cyberpsychologie (Université de Paris). A reçu en 2013 un Award du Family Online Safety Institute pour ses travaux sur les jeunes et Internet. Co rédacteur de l’Avis de l’Académie des sciences « L’enfant et les écrans ». Travaille actuellement sur la façon dont les technologies numériques nous transforment. Derniers ouvrages : 3-6-9-12, apprivoiser les écrans et grandir (éres) ; Le Jour où mon robot m’aimera, vers l’empathie artificielle (Albin Michel) ; Petit traité de cyberpsychologie. (Le Pommier) ; L’Emprise insidieuse des machines parlantes, plus jamais seuls (Ed LLL). Son site : http://www.sergetisseron.com.

La folie du suicide : une histoire médicale de la mort volontaire en France au 19e siècle
Dans cette thèse en histoire de la médecine, Eva Yampolsky a étudié comment, dès la naissance de la psychiatrie moderne en France au tournant du XIXe siècle, le suicide devient un véritable objet médical. Cette étude concerne les théories médicales sur le suicide au XIXe siècle, et plus précisément de la dépénalisation de cet acte en 1791 jusqu’à la fin du Second Empire. Dès sa dépénalisation émerge un postulat selon lequel tout suicide constitue un acte de folie. Il ne s’agit donc plus de prouver une coïncidence entre le suicide et la folie, comme on le constate avant 1791, mais de faire de tout suicide un acte de folie. Son objectif a été d’étudier comment, selon quels critères, motifs, arguments et influences, la médecine mentale parvient à inscrire cet acte dans le cadre médical. Bien que la position médicale sur la pathologie du suicide se transforme au cours du XIXe siècle, cet acte continue à dépendre d’abord et avant tout de l’expertise médicale. À partir de là, Eva Yampolsky montre que les positions médicales et psychiatriques sur la pathologie du suicide sont déterminées autant par des développements médicaux (tout particulièrement en médecine mentale, en médecine légale et en hygiène publique), que par des influences sociales (morales et religieuses, politiques, économiques et médiatiques). Cette recherche se base essentiellement sur une analyse de textes médicaux publiés et manuscrits (articles de revues spécialisées, dictionnaires de médecine, traités, mémoires pour des prix, thèses de médecine). Cette analyse permet de comprendre comment le suicide comme objet médical se construit au moment même où la psychiatrie se constitue en branche médicale à part entière. Dès lors que le suicide s’érige en objet médical, la médecine mentale reconsidère tout un ensemble de questions. S’agit-il d’une maladie, d’un symptôme, d’un acte libre ? Comment les aliénistes articulent-ils les causes physiques et psychiques aux causes sociales et morales ? Quel rôle la morale et la religion jouent-elles dans la théorisation médicale du suicide, et comment sont-elles intégrées dans la conception médicale et hygiéniste de cet acte ? Pour comprendre comment le suicide se transforme d’un crime à une psychopathologie chronique et une maladie sociale, Eva Yampolsky aborde également les contributions déterminantes de l’hygiène publique et de la médecine légale. Elle analyse enfin les différentes mesures préventives et thérapeutiques qui ont été élaborées au cours du XIXe siècle. Eva Yampolsky, responsable de recherche à l’Institut des humanités en médecine (IHM, CHUV/Université de Lausanne), est docteure en littérature française (Emory University, USA, 2011) et docteure en histoire de la psychiatrie (Université de Lausanne, Suisse, 2019). Sa recherche actuelle en histoire de la médecine, à l'IHM, porte sur le mouvement des Convulsionnaires de Saint-Médard au début du 18e siècle en France et sur les liens entre médecine et religion dans les miracles de guérison. Dès août 2022, elle poursuivra ses recherches dans le cadre d'un projet de recherche en histoire de la médecine à l'Université de Genève, intitulé: "Observer la folie. Les possessions démoniaques au 17e siècle, entre médecine et religion". Elle a publié de nombreux articles en histoire de la psychiatrie, un livre sur l’œuvre de Guy de Maupassant (Peter Lang, 2017), et elle va publier prochainement sa seconde thèse de doctorat, qui porte sur l’histoire du suicide comme objet médical au 19e siècle en France (BHMS, Lausanne, à paraître). De plus, elle co-dirige la collection Asclepios aux Éditions Jérôme Millon (Grenoble), qui publie des éditions critiques d’ouvrages classiques sur les liens entre médecine et religion.

Séance introductive - Transitions en chirurgie et au bloc opératoire
Clément Cormi, doctorant en sciences pour l'ingénieur, UTT Nicolas El Haïk-Wagner, doctorant en sociologie, CNAM

Autour de l’autorité
L’exigence éthique au plan personnel jusqu’à l’importance et l’urgence de définir les conditions, les critères au minimum pour qu’une société soit possible. Animé par Marie-Elisabeth Sanselme-Cardenas et Jean-Pierre Lebrun, avec la participation de Didier SICARD, Ancien Président du Comité National d’éthique, Professeur émérite, qui nous fera l’honneur de présider le colloque de 2022 ; Alain ERALY, professeur de sociologie à l’Université libre de Bruxelles ; Jean-Louis RENCHON, professeur de droit de la famille à l’Université de Louvain ; et Frédéric BAITINGER, philosophe, psychanalyste, intervenant à la Chaire de Philosophie à l’Hôpital.

L’herméneutique en psychologie et en sciences sociales par Ioana Vultur
L’herméneutique en psychologie et en sciences sociales par Ioana Vultur by hospiphilo

Architecture et care, séance 4 : La cité, une orthopédie ?
Architecture et care, séance 4 : La cité, une orthopédie ? by hospiphilo

Judith Butler : La matrice hétérosexuelle et la mélancolie du genre
Bourlez, Fabrice. Queer psychanalyse : Clinique mineure et déconstruction du genre. Paris : Herman Editeur, 2018. Butler, Judith. Gender Trouble: Feminism and the Subversion of Identity. New York : Routledge, 1990. The Psychic Life of Power: Theories in Subjection. Stanford University Press. 1997. Sedgwick-Kosofsky, Eve. Epistemology of the Closet. Berkley : University of California Press, 1990. Revenant sur les fondements théoriques de ce que Préciado appelle “l’épistémologie de la différence sexuelle” et “la violence hétéropatriacale et coloniale”, ce troisième cours proposera la lecture de deux textes de la théoricienne du genre Judith Butler à qui Preciado dédie son livre. Plus substantiellement, ce cours étudiera la manière dont Butler analyse ce qu’elle nomme la “matrice hétérosexuelle” dans Trouble dans le genre (1990), et la “mélancolie du genre” dans La Vie psychique du pouvoir (1997). Car Butler, dans le sillage de Derrida et de Luce Irigaray, défend dans ces deux textes majeurs que le structuralisme tel qu’investis par Saussure en linguistique, Levi-Strauss en anthropologie et le premier Lacan en psychanalyse, s’assimile à une réification d’un certain fonctionnement symbolique fondé sur l’idée que les structures sociales forment une totalité close, qui elles-mêmes se fondent sur la préservation de l’identité masculine et de sa signification dans le système. C’est pourquoi, selon Butler, contrairement à ce que ses détracteurs pensent, l’analyse du genre en termes de construction sociale n’est pas moins oppressive que ne l’est l’approche biologique du genre — car elle reproduit, elle aussi, une forme d’universalisme incompatible avec tout type de subversion ou de changement. En ses termes, il faut davantage s’efforcer d’articuler une théorie symbolique du genre à la contingence de son incarnation. Car ce n’est qu’à condition de prendre en compte ce réel singulier que le caractère construit du genre pourra retrouver sa fluidité et se rapporter alors aux multiples façons dont les corps sexués peuvent entrer en contact, subvertir voire se départir des structures symboliques de genre dans lesquelles ils évoluent.

Architecture et soin : la possibilité d’un renouveau solidaire ? (Suite)
Enjeux et précision des pistes pour le cycle 2021 / 2022 Un cycle animé par Eric de Thoisy, architecte, docteur en architecture, chercheur associé à la Chaire de philosophie à l’Hôpital, directeur de la recherche de l’agence SCAU. Peut-on formaliser des relations entre architecture et care ? De quelle(s) nature(s) ces relations seront-elles, et auront-elles quelque opérationnalité ? D’une part pour étudier la place et la qualité des « espaces du soin » dans la cité, et d’autre part pour poser quelques hypothèses en vue d’un renouvellement plus général des méthodologies de l’architecture. Le care propose une reformulation de l’acte du soin, nouvelle étape d’une histoire des pratiques de santé, et il faudra qualifier cette histoire du point de vue de l’espace, en remarquant alors un double mouvement dont l’ambivalence persiste : entre spécialisation (et formalisation d’une architecture « sanitaire », celle de l’hôpital en particulier) et extension (à la cité entière comme outil thérapeutique, jusqu’aux dérives du soin comme argument de marketing urbain). Quelles limites (matérielles et immatérielles) faut-il reposer aujourd’hui entre l’hôpital et la cité ? Par ailleurs on observera : la qualité « thérapeutique » d’un espace est souvent liée à des dispositifs d’éloignement et d’enfermement (de non-soin ?) : l’architecture, depuis bien longtemps, sort les vulnérables de la cité (la cité en tant que dispositif optique). Alors que l’un des enjeux du care est celui d’une production de visibilité de l’acte du soin, il va sans dire que l’architecture a un rôle essentiel à jouer. Cette lecture sera aussi à intégrer dans un questionnement plus large : tout aménagement de l’espace n’est-il pas, au fond, un dispositif médical (prothétique) ? La complicité entre architecture et médecine est claire (les épisodes hygiénistes en sont les meilleures preuves), mais il faudra revenir à d’autres moments de l’histoire tendant à identifier l’architecture à, au contraire, un dispositif de séparation, d’assujettissement (voire de mise à mort) plus que de subjectivation. Que reste-t-il de cette ambivalence dans la cité contemporaine, et qu’en faire ? On sait enfin que l’hypothèse du care engage des élargissements et des relationnalités nouvelles, en incluant la nature et le vivant dans le prisme des sujets soignés. Le milieu bâti, architecturé, est-il à inclure dans ce même mouvement, est-il également l’objet (ou le sujet) d’un « soin », et de quel type de soin ? Le care est à mettre ici en correspondance avec le champ des réflexions (architecturales entre autres) sur la crise de la modernité, de la nouveauté, de la matérialité. Alors que beaucoup de nos milieux habités (artificiels ou naturels) sont contaminés, « malades », on voudra tester la validité et les limites de l’hypothèse d’un système mutualisé de maintenances, de réparations. Dernier ouvrage paru : La maison du cyborg – Apprendre, transmettre, habiter un monde numérique

Retour au cabinet ou conquête de la Cité ?
Tout au long de cette année nous avons questionné la présence du psychanalyste, au temps du coronavirus… Une présence en réel ou en virtuel, à l’université ou à l’hôpital, dans les institutions, dans le politique ou l’apolitique, dans les médias… Pour clôturer ce premier séminaire, nous voilà rendu à nous interroger sur le lieu de cette présence : « retour au cabinet ou (re) conquête de la cité ? » Le psychanalyste a-t-il déjà quitté son cabinet ? Certainement, cette dernière année, il s’est adapté, réinventé. Il avait peut-être ce qu’on appelle dans le monde de l’entreprise un cabinet mobile. Mais le travail, lui, a continué. Autrement, certes. L’inconscient a continué, continué à se donner à entendre et à être entendu, à son insu, autrement. L’espace du travail analytique serait permis par le cadre posé, une sorte d’enceinte comme une ville ou un pays avec ses frontières physiques mais pas que… Il y a le lieu du cabinet, le temps de la séance, la libre association. Par cette unité de lieu, de temps et d’action, quelque chose de l’ordre de la psychanalyse et de sa pratique pourrait advenir, grâce au transfert et au discours de l’analyste. Conquête de la cité ; n’est-ce pas là un fantasme ? en référence à cette légende urbaine, à ces mots, dit-on, prononcés par Freud le Conquistador ; « ils ne savent pas que nous leur apportons la peste ». Eh bien aujourd’hui nous avons à vivre avec cette maladie, le COVID-19. Est-ce un signe ? Le psychanalyste doit-il reconquérir cette cité perdue ? Dans la Cité, n’est-ce pas plutôt de la place de la psychanalyse ou de l’analysant dont il serait question ? Qu’est-ce que le psychanalyste en dehors du cabinet ? Un porteur de l’expérience analytique, juste un analysant…

Paul B. Preciado : Terreur épistémique sur le divan
Paul B. Preciado. Je suis un monstre qui vous parle : Rapport pour une académie des psychanalystes. Paris : Grasset, 2020. Rubin, Gayle. “Le marché aux femmes” (1975), in Surveiller et jouir. Anthropologie politique du sexe. Paris : EPEL, 2010. Ruti, Mari. The Ethics of Opting Out: Queer Theory’s Defiant Subject. New York : Columbia University Press, 2017. Afin de mieux comprendre les enjeux de cette polémique et d’expliciter le contenu du réquisitoire mené par les études du genre, queer et post-coloniales à l’encontre de la psychanalyse, ce deuxième cours s’appliquera à présenter la conférence dispensée par Paul B. Préciado, le 17 novembre 2019 dans le cadre des journées internationales de L’Ecole de la Cause Freudienne ; conférence qu’il a ensuite publié sous le titre Je suis un monstre qui vous parle : Rapport pour une académie des psychanalystes (2019). Il s’agira, ce faisant, de proposer une analyse de la critique de l’épistémologie de la différence sexuelle qu’y opère Preciado, et de montrer en quoi celle-ci s’articule à une critique plus globale de l’‘‘universalisme” et de sa “violence hétéro-patriarcale et coloniale”. Preciado écrit : “Pourquoi êtes-vous convaincus que seuls les musulmans, les juifs, les pédés, les lesbiennes et les trans, les habitants de la banlieue, les migrants et les Noirs ont une identité ? Et vous, êtes-vous les normaux, les hégémoniques, les psychanalystes blancs de la bourgeoisie, les binaires, les patriarches coloniaux, sans identité ? Il n’y a pas d’identité plus sclérosée et plus rigide que votre identité invisible. Que votre universalisme républicain. Votre identité légère et anonyme est le privilège de la norme sexuelle, raciale et de genre.” (42) Ce cours se proposera ensuite d’étudier les diverses réactions suscitées dans le champ analytique par l’intervention polémique de Preciado, en particulier les propositions (comme celles de Fabrice Bourlez, Silvia Lippi, Stéphane Habib ou Thamy Ayouch, pour ne citer que les plus connus) ouvertes à une réforme en profondeur de la psychanalyse et à la réévaluation de son éthique, vers une clinique capable d’accueillir sur ses divans, celles, cels et ceux que la clinique d’hier n’hésitait pas, comme le rappelle pertinemment le titre de l’ouvrage de Preciado, à nommer « monstres ».

Critique et clinique : autour de la pensée de Gilles Deleuze
Séance animée par Camille Charvet et Jeanne Etelain La question de l’herméneutique est incontournable dans la philosophie du vingtième siècle. Gilles Deleuze aussi place la question du « signe » au centre de sa pensée, en se distinguant des grands fondateurs de l’herméneutique que sont Heidegger, Gadamer ou encore Ricoeur, afin de défendre contre l’interprétation, ce qu’il appelle une « clinique » et une « sémiotique ». Pourtant, il critique également le point de vue des pratiques cliniques que sont la psychiatrie ou la psychanalyse. Nous nous servirons de ce recueil de texte que forme « Critique et Clinique » pour aborder les grands points de la thématisation Deleuzienne du signe. Nous verrons que cela implique de mettre au cœur du débat la question de la sensation, de l’affect et de la force pour redéfinir la pensée elle-même. Nous verrons que cela conduit également à faire une critique de la représentation et à mettre la question de l’interprétation en balance avec celle de l’expérimentation. Nous tenterons d’en dégager les présupposés ontologiques ainsi que les conséquences pratiques. Nous nous attacherons particulièrement à mettre ces questions en lien avec la pratique clinique et scientifique de la psychiatrie. De la clinique de la psychose, en passant par la redéfinition de l’inconscient et de la pensée, ou encore des notions de rencontre, cinétique et intensité en addictologie, les postérités psychiatriques de Deleuze sont multiples, à l’image de sa pensée. Cette session sera co-animée. Camille Charvet présentera Critique et Clinique à l’aune de sa vision de psychiatre et entamera dans un second temps un dialogue avec Jeanne Etelain, spécialiste du corpus deleuzien. Camille Charvet est psychiatre, actuellement interne au SHU à l’hôpital Saint-Anne. Titulaire d’un master de philosophie contemporaine, son mémoire, intitulé « la texture du temps » analysait cette thématique chez le psychiatre philosophe Eugène Minkowski et l’écrivain Vladimir Nabokov. Actuellement, elle travaille avec Astrid Chevance sous la direction de Raphaël Gaillard sur la question de la douleur psychique. Jeanne Etelain est en cotutelle de thèse à l’Université de New York et à l’Université de Paris Nanterre, spécialisée en philosophie contemporaine. Sa recherche est une enquête transdisciplinaire sur la notion de “zone” dans l’histoire de la pensée occidentale dont elle examine la fécondité pour une philosophie de la coexistence centrée par rapport aux enjeux contemporains. Ses travaux ont été publié dans Implications philosophiques, Les Temps modernes, Critical Inquiry et Critical Zones. Elle est également rédactrice de la revue internationale polyglotte La Deleuziana, et traduit en français des textes de philosophes anglophones contemporains.

Autonomie et vulnérabilité en situation clinique
Séance animée par Marlène Jouan Aujourd’hui encore, l’autonomie et la vulnérabilité sont souvent perçues comme des conditions contraires l’une à l’autre, si bien que l’on serait toujours, de façon durable ou temporaire, soit autonome soit vulnérable. Dans la relation de soin, la péremption d’une éthique traditionnellement paternaliste exige pourtant leur conciliation, et donc une transformation de nos façons d’envisager tant ces deux catégories que leurs implications pratiques en termes de considération et de traitement des patient·e·s. En répondant aux critiques adressées à ce qui serait une injonction absurde à l’autonomie en situation clinique, nous chercherons à montrer que cette situation peut alors être appréhendée comme un miroir grossissant, et à ce titre révélateur, des éléments qui dans nos vies ordinaires nous permettent ou bien nous empêchent d’exercer notre autonomie. Marlène Jouan est maîtresse de conférences en philosophie à l’Université Grenoble-Alpes, membre de l’IPhiG (Institut de Philosophie de Grenoble), chercheuse associée à l’ISJPS (Institut des sciences juridique et philosophique de la Sorbonne) et membre junior de l’IUF (Institut universitaire de France). Ses travaux de recherche en philosophie et psychologie morales ont d’abord été consacrés à la question de l’autonomie individuelle, déclinée dans les champs de l’éthique animale et du handicap. Elle intervient régulièrement au CHU de Grenoble, et par le passé au CHS de Chambéry, dans le cadre de la formation continue des personnels soignants.

La structure du comportement : la pensée de Merleau-Ponty
Séance animée par Astrid Chevance et Elodie Boissard Dans La Structure du comportement, Maurice Merleau-Ponty s’efforce de repenser les rapports de la conscience et de la nature à partir de la notion de comportement, neutre à l’égard des distinctions classiques du psychique et du physiologique. Il dialogue avec les théories scientifiques de la psychologie expérimentale de son temps, le béhaviorisme et la Gestalttheorie ou psychologie de la forme. Il montre que des résultats obtenus en laboratoires, certains faits cliniques et d’autres faits scientifiques connus à propos du comportement animal et humain ne peuvent être compris dans le cadre des présupposés ontologiques naturalistes de ces théories. Il emprunte alors à la Gestalttheorie la notion de forme pour repenser philosophiquement le comportement comme totalité signifiante immanente à ses composantes physiques et physiologiques associant l’organisme et l’environnement. J’exposerai cette redéfinition du comportement comme forme, tout en m’attachant à montrer comment elle se dégage d’un dialogue savant avec la psychologie scientifique, et en indiquant qu’elle ouvre la voie de la phénoménologie de Merleau-Ponty, fondée sur le primat du perçu et corrélativement de la corporéité du sujet. La discussion avec Astrid Chevance nous permettra d’en tirer des pistes pour penser le comportement, notion centrale pour la clinique, en lien avec l’interprétation qui est le thème annuel de la chaire de philosophie. Agrégée et doctorante en philosophie, Elodie Boissard travaille sous la direction de Denis Forest (Université Paris 1) et Stéphane Lemaire (Université Rennes 1), en philosophie de la psychiatrie et en philosophie des émotions.

Des crises récentes, crises de l’architecture, crises du soin: possibilité d’un renouveau solidaire?
Un cycle animé par Eric de Thoisy, architecte, docteur en architecture, chercheur associé à la Chaire de philosophie à l’Hôpital, directeur de la recherche de l’agence SCAU. Peut-on formaliser des relations entre architecture et care ? De quelle(s) nature(s) ces relations seront-elles, et auront-elles quelque opérationnalité ? D’une part pour étudier la place et la qualité des « espaces du soin » dans la cité, et d’autre part pour poser quelques hypothèses en vue d’un renouvellement plus général des méthodologies de l’architecture. Le care propose une reformulation de l’acte du soin, nouvelle étape d’une histoire des pratiques de santé, et il faudra qualifier cette histoire du point de vue de l’espace, en remarquant alors un double mouvement dont l’ambivalence persiste : entre spécialisation (et formalisation d’une architecture « sanitaire », celle de l’hôpital en particulier) et extension (à la cité entière comme outil thérapeutique, jusqu’aux dérives du soin comme argument de marketing urbain). Quelles limites (matérielles et immatérielles) faut-il reposer aujourd’hui entre l’hôpital et la cité ? Par ailleurs on observera : la qualité « thérapeutique » d’un espace est souvent liée à des dispositifs d’éloignement et d’enfermement (de non-soin ?) : l’architecture, depuis bien longtemps, sort les vulnérables de la cité (la cité en tant que dispositif optique). Alors que l’un des enjeux du care est celui d’une production de visibilité de l’acte du soin, il va sans dire que l’architecture a un rôle essentiel à jouer. Cette lecture sera aussi à intégrer dans un questionnement plus large : tout aménagement de l’espace n’est-il pas, au fond, un dispositif médical (prothétique) ? La complicité entre architecture et médecine est claire (les épisodes hygiénistes en sont les meilleures preuves), mais il faudra revenir à d’autres moments de l’histoire tendant à identifier l’architecture à, au contraire, un dispositif de séparation, d’assujettissement (voire de mise à mort) plus que de subjectivation. Que reste-t-il de cette ambivalence dans la cité contemporaine, et qu’en faire ? On sait enfin que l’hypothèse du care engage des élargissements et des relationnalités nouvelles, en incluant la nature et le vivant dans le prisme des sujets soignés. Le milieu bâti, architecturé, est-il à inclure dans ce même mouvement, est-il également l’objet (ou le sujet) d’un « soin », et de quel type de soin ? Le care est à mettre ici en correspondance avec le champ des réflexions (architecturales entre autres) sur la crise de la modernité, de la nouveauté, de la matérialité. Alors que beaucoup de nos milieux habités (artificiels ou naturels) sont contaminés, « malades », on voudra tester la validité et les limites de l’hypothèse d’un système mutualisé de maintenances, de réparations. Dernier ouvrage paru : La maison du cyborg – Apprendre, transmettre, habiter un monde numérique

Introduction : Panique décoloniale chez les psychanalystes !
“Le “décolonialisme” est une stratégie hégémonique” : l’appel de 80 intellectuels, Le Point, 28/11/2028. “La pensée “décoloniale” renforce le narcissisme des petites différences” : l’appel de 80 psychanalystes, Le Monde, 26/09/2019. “Panique décoloniale chez les psychanalystes !” : la réponse aux deux premiers manifestes. “Mais que font les psychanalystes ?” AOC Opinion, Silivia Lippi et Patrice Maniglier, 11.10.2019. Ayouch, Thamy. Psychanalyse et hybridité : Genre, colonialité, subjectivations. Leveu Unicersity Press, 2018. La psychanalyse serait-elle prise d’une crise de panique décoloniale ? C’est en tout cas ce que pourrait laisser penser la polémique qui a opposé, en 2019, deux groupes de psychanalystes et universitaires autour de la question de l’émergence et de la légitimité des études décoloniales et post-coloniales, et plus largement des théories critiques et multi-culturalistes en provenance des Etats-Unis. Les premiers, dans Le Monde du 25 septembre 2019, reprenant le Manifeste des « 80 intellectuels » publiée dans Le Point l’année précédente (28 novembre 2018), reprochait à la « pensée décoloniale » de faire l’impasse sur le vécu personnel au nom des déterminismes culturels et sociaux, et de faire ainsi le jeu du populisme et du racisme sous couvert d’activisme politique. Une autre, parue dans Libération, lui répondait en s’étonnant et de cet enrôlement de la psychanalyse dans la croisade anti-« décoloniale » et de la conception de la discipline sur laquelle elle se fondait, insistant au contraire sur la solidarité de la psychanalyse bien comprise avec au moins certaines des interrogations associées à ces discours « décoloniaux », à condition qu’ils soient eux-mêmes bien compris. Prenant appui sur cette polémique, ce cours se proposera de déployer les enjeux épistémologiques, métapsychologiques et cliniques qui sous tendent la possibilité d’instaurer un tel dialogue, et s’attardera pour cela sur la manière dont les études décoloniales et post-coloniales nous invitent à repenser la notion d’identité et de sujet à partir d’une prise en compte radicale des logiques de dominations qui en sous-tendent le fonctionnement.

La présence et l’absence du psychanalyste dans les medias
Pour aborder ce thème, nous avons choisi de nous pencher sur le phénomène des nouveaux médias et des réseaux sociaux. Comment le psychanalyste appréhende-t-il ces nouveaux outils ? Qu’en fait-il ? De quoi parle-t-il ? A-t-il un intérêt à les utiliser et plus largement à paraitre dans les médias plus classiques (radio, télé, journaux) ? Est-ce possible de parler de psychanalyse dans les médias ? ou alors la présence du psychanalyste dans les médias porte-t-elle essentiellement un discours ? Lequel ? Quelle place tient alors le psychanalyste lorsqu’il intervient sur des questions de société ? Loin de ce qui caractérise la psychanalyse et sa pratique, à savoir le sujet et sa singularité. Séance animée par Emmanuelle Laurent (Mardi Noir), YouTubeuse traversée par la psychanalyse.

Le mal dans le soin
Pour son livre Masques et tragédie du mal dans le soin, Connaissances et savoirs, 2020. “Masques et tragédie du mal dans le soin est le premier des deux tomes d’un ouvrage consacré au questionnement du mal paraissant tel un bien dans l’univers du soin. Mais de quel mal s’agit-il? Et comment ce mal supposé peut-il advenir dans cette relation d’exception définie par la bonté et la connaissance? Maylis Dubasque émet l’hypothèse que le mal n’existe pas en soi. Il serait contingent des mots qui, consciemment ou non, le convoquent, du temps qui lui est alloué, dont la partie sombre est le temps contraint, et enfin serait lié à l’action elle-même, signe d’une faillite intime et collective. Le bien dans le soin est donc fragile, et pour ne pas laisser trop d’espace à ce mal dont la nature se dérobe, l’auteure propose une réflexion sur les circonstances de son surgissement.” Maylis Dubasque est médecin généraliste retraitée, anciennement responsable de la consultation douleur chronique adulte du Centre Hospitalier F. Mitterrand à Pau, et médecin coordinateur du Réseau de Soins Palliatifs du Béarn et de la Soule. Elle est également docteure en Philosophie pratique, à l’Université G. Eiffel, depuis novembre 2019.

Comprendre la souffrance professionnelle des soignants? Apports d’une clinique philo du burn-out
Ces dernières années, le burn-out est en constante augmentation dans les métiers soignants. Il a des conséquences sur la santé mentale et physique des personnes qu’il affecte (il peut conduire à la dépression voire au suicide). Il a aussi des conséquences pour la santé des patients (manque d’empathie, cynisme, risque d’erreur). La souffrance au travail a longtemps été tue – parce que considérée comme le fait d’une faiblesse personnelle – alors que de nombreuses recherches ont montré la part des organisations du travail dans cette souffrance. L’exposé est consacré à une analyse philosophique des facteurs qui contribuent au burn-out des soignants. Il s’attache à comprendre les facteurs de risques liés aux métiers vocationnels et montre aussi l’importance du travail dans nos vies, afin de comprendre combien la souffrance au travail peut aller jusqu’à affecter l’identité de ceux qui l’éprouvent. Valérie Gateau est docteur en philosophie, formatrice en éthique et en bioéthique. Depuis 2009, elle est associée à la Chaire de Philosophie à l’Hôpital, et anime notamment un atelier d’écriture “Une clinique philosophique du Burn out des soignants”.

Les énoncés performatifs, autour de la pensée d’Austin
Séance animée par Astrid Chevance et Bruno Ambroise L’idée que la parole fait des choses est maintenant bien ancrée dans l’horizon intellectuel de notre époque, depuis que la théorie des actes de discours fait partie intégrante des sciences du langage et que le concept de performatif a migré dans une bonne partie des sciences humaines et sociales. Au prix toutefois d’accommodements parfois fructueux, mais régulièrement douteux. Dès lors, il peut s’avérer utile de revenir sur ce que voulait vraiment saisir J. L. Austin au moyen du concept de « performatif » et celui dérivé de speech act pour mieux en éclairer les enjeux propres et identifier ce qu’on peut véritablement penser (et ne pas penser) par leur moyen, et ce afin de se prémunir des tentations idéalistes et illusoires de doter le langage de pouvoirs qu’il n’a pas et ne peut pas avoir. Il s’agira donc de revenir à une compréhension réaliste et mesurée de l’efficacité dite “performative” du langage et d’insister sur les conditions multiples, notamment socio-institutionnelles, de celle-ci. Bruno Ambroise est chercheur en philosophie du langage au CNRS, affecté à l’ISJPS (UMR 8103 : CNRS/Université Paris 1 – Panthéon Sorbonne). Spécialiste de la philosophie de John L. Austin et, plus généralement, de la théorie des actes de parole, il cherche à comprendre l’efficacité du langage en mobilisant conjointement les ressources de la philosophie et des sciences humaines et sociales (notamment le droit, la sociologie et l’anthropologie linguistique). Son projet de recherche plus général vise à établir une typologie comparative des actes de parole en tant que réalités socio-culturelles. Il a publié Qu’est-ce qu’un acte de parole ? (Vrin, 2008) et De l’action du discours (ISTE Editions, 2018).

Interpréter le langage : autour de la pensée de Hans Georg Gadamer
Séance animée par Astrid Chevance et Ioanna Bartsidi De Schleiermacher et de Dilthey à Heidegger et à Gadamer, l’herméneutique constitue la tâche ouverte du comprendre. Elle prend en charge des formes de vérité qui ne sont pas de l’ordre de la transparence, de l’intuition ou de l’objectivité positive : l’œuvre d’art, les textes du passé que nous livre la tradition, l’expérience historique elle-même. Elle émerge ainsi là où un sens est possible, mais où la saisie immédiate d’une vérité est exclue ; elle apparaît comme nécessaire quand la méconnaissance et la mécompréhension sont des virtualités. Comme l’art « d’éviter le malentendu et le contresens », l’herméneutique se substitue à la démarche scientifique explicative et intervient quand elle n’est plus possible ni pertinente. Au lieu de proposer une méthode de la vérité, l’herméneutique considère la compréhension ontologiquement, comme phénomène, fait et expérience. Jamais absolu, toujours fragile et provisoire, le sens n’a lieu que quand nous nous confrontons à l’altérité radicale du passé, du texte, de l’Autre. De manière constitutive, la compréhension est exposée ainsi à son échec, à sa relativité, à sa finitude. Comment continuer à interpréter, en mesurant pleinement ces risques ? Vérité et méthode (1960), l’opus magnum de Hans-Georg Gadamer, entreprend de répondre à cette question. Nous l’explorerons comparativement avec son recueil de conférences intitulé Le problème de la conscience historique (1958) afin d’exposer les grandes lignes de son herméneutique philosophique. Ioanna Bartsidi est ancienne élève de l’Ecole normale supérieure (Ulm), agrégée de philosophie et doctorante à l’Université de Paris-Nanterre (Sophiapol). Ses recherches portent sur Hegel et le post hégélianisme, ainsi que sur le problème de l’historicité du discours dans l’herméneutique et le post structuralisme.

Présence du psychanalyste dans le ou la politique, humanisation et socialisation
Que puis-je dire de notre monde, de son évolution, de ses avatars, de ses espoirs, à partir de la psychanalyse ? A quelles contraintes la structure du parlêtre nous soumet-elle ? Il faudra distinguer ce qu’exige l’humanisation et la socialisation et prendre la mesure de ce que le modèle néolibéral n’est pas sans effets sur l’humanisation. Mieux – Pire? – encore, il la met en crise et risque de nous entraîner dans une véritable panne de la transmission. Séance animée par Jean-Pierre Lebrun, psychiatre, psychanalyste, agrégé de l’Enseignement supérieur UC Louvain, directeur de collection chez Erès (collection Humus et Singulier pluriel), auteur de plusieurs ouvrages. Exerce en Belgique (Namur et Bruxelles).

Ronan Le Reun : les données de santé à l’hôpital
«Il ne faut pas rejeter la technique, il faut la critiquer et la transformer». Cette phrase de Bernard Stiegler servira de fil rouge pour déplier ce que nous nommons les métamorphoses numériques de l’hôpital. La numérisation des données de santé reste encore un sujet clivant chez les soignants. Les technophobes et les techno-sceptiques font entendre leur voix pour dénoncer une déshumanisation des soins induite par l’informatisation massive. Un de leurs arguments repose sur une conception de la technique numérique comme une technique de contrôle, plaçant l’objet technique contre l’individu psychosocial. Quant aux technophiles ou techno-enthousiastes, ils s’adaptent à ce déterminisme technique, simple continuum, selon eux dans le soin, de l’évolution de notre société. Mais cette technique est-elle vraiment le reflet d’un progrès, d’une nouvelle démocratie sanitaire ? Comme introduction nous poserons les grandes questions soulevées par l’accélération du virage numérique voulu par le ministère de la Santé. Nous nous appuierons sur un philosophe de la technique, Gilbert Simondon, qui a inspiré la pensée de Bernard Stiegler. Nous en ferons une rapide présentation, car son œuvre nous aide à comprendre la technique, étape indispensable pour pouvoir en faire une critique constructive. Présenter les métamorphoses numériques, si elles nous permettent de saisir les difficultés que rencontrent les soignants dans leur travail quotidien, c’est mettre à jour les caractéristiques de l’information sans-papiers : sa naissance, sa circulation, son territoire de partage, son identité, en définitive le chemin qui mène vers la connaissance et le savoir, tout en respectant la confidentialité. Mais comment transformer cette évolution pour que le numérique, comme nouvel outil du soignant, soit vraiment au service du soigné ? Nous en débattrons. PRÉSENTATION Ronan Le Reun est médecin référent numérique en santé à la Fondation John Bost depuis 2019. Il a également été praticien hospitalier, référent médical de l’informatisation du processus de soin au CHRU de Brest et Expert “Hôpital Numérique” à l’Agence Nationale d’Aide à la Performance (ANAP). Il est diplômé de philosophie, d’éthique médicale et hospitalière appliquée, et poursuit un master de science politique.

Emmanuel Delille – Historiciser la psychiatrie transculturelle
Quelles sont les relations entre culture et santé mentale ? Est-ce que la maladie mentale est universelle ou bien les symptômes de troubles mentaux varient-ils selon les groupes sociaux ? Quel est le poids de la médecine coloniale, quelle est l’incidence des indépendances sur la manière dont la folie a été pensée au cours du XXe siècle ? Les pratiques de soin diffèrent-elles dans chaque aire culturelle, au cours de chaque période historique ? Existe-t-il des repères pour établir les étapes de construction de la psychiatrie transculturelle ? Telles sont les grandes questions que l’historien se pose, parmi d’autres, face à ce champ très controversé appelé tour à tour folk psychiatry, psychiatrie exotique, vergleichende Psychiatrie, psychiatrie sociale, cross-cultural psychiatry, ethnopsychiatrie, psychiatrie inter- ou transculturelle, etc. Loin de fournir un récit linéaire, cette présentation abordera un certain nombre d’objets de réflexion comme les communautés scientifiques, lieux de soin, réseaux épistolaires, concepts, corpus, controverses, rapports de domination, orientalisme, ou encore l’étude des échanges entre médecine et sciences sociales. Ainsi, en prenant le contre-pied des récits convenus centrés le plus souvent sur un protagoniste, il s’agira plutôt de décentrer le regard de la littérature spécialisée publiée en France pour penser de manière diachronique différentes sociabilités savantes et médicales, soit au centre, soit à la périphérie de ce champ. Emmanuel Delille est historien des sciences, chercheur au Centre Marc Bloch (Humboldt Universität, Berlin) et au Centre d’Archives en Philosophie, Histoire et Édition des Sciences (CAPHES, ENS-Paris), enseignant-chercheur au Département d’histoire contemporaine de l’Université de Johannes Gutenberg de Mayence. Il est l’auteur d’une édition critique de l’Ethnopsychiatrie d’Henri Ellenberger (Éditions ENS, 2017) traduite récemment en anglais aux éditions McGill-Queen’s University Press. Avec l’historien australien Ivan Crozier, il a dirigé le numéro spécial du journal History of Psychiatry sur l’histoire de la psychiatrie transculturelle (nº29, vol. 3, 2018). Ses projets de recherche portent actuellement sur l’histoire de l’épidémiologie et sur l’histoire de l’anthropologie médicale.

Architecture et santé, architecture et soin, architecture et care : hypothèses
Un cycle animé par Eric de Thoisy, architecte, docteur en architecture, chercheur associé à la Chaire de philosophie à l’Hôpital, directeur de la recherche de l’agence SCAU. Peut-on formaliser des relations entre architecture et care ? De quelle(s) nature(s) ces relations seront-elles, et auront-elles quelque opérationnalité ? D’une part pour étudier la place et la qualité des « espaces du soin » dans la cité, et d’autre part pour poser quelques hypothèses en vue d’un renouvellement plus général des méthodologies de l’architecture. Le care propose une reformulation de l’acte du soin, nouvelle étape d’une histoire des pratiques de santé, et il faudra qualifier cette histoire du point de vue de l’espace, en remarquant alors un double mouvement dont l’ambivalence persiste : entre spécialisation (et formalisation d’une architecture « sanitaire », celle de l’hôpital en particulier) et extension (à la cité entière comme outil thérapeutique, jusqu’aux dérives du soin comme argument de marketing urbain). Quelles limites (matérielles et immatérielles) faut-il reposer aujourd’hui entre l’hôpital et la cité ? Par ailleurs on observera : la qualité « thérapeutique » d’un espace est souvent liée à des dispositifs d’éloignement et d’enfermement (de non-soin ?) : l’architecture, depuis bien longtemps, sort les vulnérables de la cité (la cité en tant que dispositif optique). Alors que l’un des enjeux du care est celui d’une production de visibilité de l’acte du soin, il va sans dire que l’architecture a un rôle essentiel à jouer. Cette lecture sera aussi à intégrer dans un questionnement plus large : tout aménagement de l’espace n’est-il pas, au fond, un dispositif médical (prothétique) ? La complicité entre architecture et médecine est claire (les épisodes hygiénistes en sont les meilleures preuves), mais il faudra revenir à d’autres moments de l’histoire tendant à identifier l’architecture à, au contraire, un dispositif de séparation, d’assujettissement (voire de mise à mort) plus que de subjectivation. Que reste-t-il de cette ambivalence dans la cité contemporaine, et qu’en faire ? On sait enfin que l’hypothèse du care engage des élargissements et des relationnalités nouvelles, en incluant la nature et le vivant dans le prisme des sujets soignés. Le milieu bâti, architecturé, est-il à inclure dans ce même mouvement, est-il également l’objet (ou le sujet) d’un « soin », et de quel type de soin ? Le care est à mettre ici en correspondance avec le champ des réflexions (architecturales entre autres) sur la crise de la modernité, de la nouveauté, de la matérialité. Alors que beaucoup de nos milieux habités (artificiels ou naturels) sont contaminés, « malades », on voudra tester la validité et les limites de l’hypothèse d’un système mutualisé de maintenances, de réparations. Dernier ouvrage paru : La maison du cyborg – Apprendre, transmettre, habiter un monde numérique

Hippocrate et l’expérience de la crise
Séance animée par Alain Petit Au travers de cette intervention sur Hippocrate et l’expérience de la crise, seront tour à tour abordés : le sens de la crise comme jugement objectif dans le cours d’une maladie, comme manière dont la nature résout une situation dans un corps singulier, l’importance d’une considération du temps qui ne dépend pas de notre détermination propre, l’idée d’un rapport au corps et à la nature qui limite toute velléité de toute-puissance de l’art médical. Alain Petit est membre du Laboratoire de Recherches sur les Rationalités (Phier, Uca).

Interpréter les émotions : autour de la pensée de Jean-Paul Sartre
Interpréter les émotions : autour de la pensée de Jean-Paul Sartre by hospiphilo

Les expériences publiques de la psychanalyse transforment-elles la présence du psychanalyste ?
Les expériences publiques de la psychanalyse transforment-elles la présence du psychanalyste ? by hospiphilo

La crise sanitaire comme révélateur de notre paresse ethique
Séance animée par le Pr Jean-Etienne Bazin

Le Nez Du Psychiatre
Le Nez Du Psychiatre by hospiphilo

La charpente comme éthique du faire avec Arthur Lochmann
La charpente comme éthique du faire avec Arthur Lochmann by hospiphilo

L’interprétation Dans Les Sciences De L’homme : La Pensée De Charles Taylor
L’interprétation Dans Les Sciences De L’homme : La Pensée De Charles Taylor by hospiphilo

La présence du psychanalyste à l’hôpital général et à l’hôpital psychiatrique
Pour ce 4ème séminaire de l’association « Demain La Psychanalyse- DLP » il s’agira de penser la présence de la psychanalyse et du psychanalyste dans les lieux de soins. Nous interrogeons tout d’abord la dénomination de ces lieux, de ces lieux consacrés au prendre soin, à divers titres : religieux, public, privé, sous différentes dénominations : hôpital, asile, institut, lieux d’accueil, associations, fondation… Ces lieux qui ont des objectifs et des histoires différentes peuvent avoir en commun d’être des lieux d’extension de la psychanalyse au sens où cette dernière déborde largement le cabinet de l’analyste et de la pratique de la cure classique. Nous repérerons la position de la psychanalyse dans ces conditions managériales et financières différentes. Nous retracerons l’hospitalité d’hier et d’aujourd’hui accordée à la psychanalyse et au psychanalyste dans ces lieux de soins : Comment s’est elle construite ? Qu’ont apporté les psychanalystes en ces lieux ? Peut on en retrouver trace ? Quelle prise en compte du sujet dans ces lieux à ce jour ? La méthode, la praxis psychanalytique a t’elle possiblement place dans ces lieux aujourd’hui et demain ? Nous avons fait une distinction entre ces lieux où la psychanalyse est accueillie et d’autres lieux créés par les psychanalystes que nous appelleront les lieux publics de la psychanalyse ce qui fera l’objet de la deuxième séance du séminaire le 13 Mars 2021. Ce séminaire est issu d’un groupe de travail : Avec comme intervenants par ordre alphabétique : Marina Benouaich : Cadre de coordination en milieu hospitalier, analysante Philippe Mauny : Interne en psychiatrie, analysant Bernard Roland : Psychanalyste Valérie Rodet : psychanalyste en libéral et en association de protection de l’enfance