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33 - L'art du pastoralisme avec Odile Christine
Episode 35

33 - L'art du pastoralisme avec Odile Christine

Renouée - Agriculture de Régénération

February 25, 202645m 45s

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Show Notes

Partir garder les chèvres avec Odile Christine, c’est comme assister à une masterclass où chaque geste, même le plus subtil, devient un enseignement.

Odile ne parle ni de GMQ, ni de qualité fromagère, ni d’équilibrage en oligo-éléments. Sa compréhension de son système est d’une autre nature : plus complexe, plus instinctive, plus fine. Un savoir profondément intégré, vivant. Un jour, je m’étais amusé à analyser ses résultats techniques et à les comparer à ceux d’éleveurs du coin, parfois bien plus “techniques”. Ses performances — et surtout sa marge — étaient pourtant nettement supérieures.

Chez Odile, il n’y a pas de grandes théories ni de sur-explications. Tout est incarné. Tout se joue dans l’attention et la finesse. Deux ou trois chèvres lèvent la tête ? On déplace le troupeau. L’une commence à grignoter de l’écorce ? On change de parcelle.

Résultat : les chèvres consomment une quantité et une diversité impressionnantes de végétaux, sans que la forêt ne subisse le moindre dommage. Bien au contraire, la régénération est au rendez-vous et les risques d’incendie sont considérablement réduits.

Odile est pour moi une immense source d’inspiration. J’ai énormément appris à ses côtés. Cet épisode a donc une saveur toute particulière, et je suis très heureux de pouvoir partager avec vous un moment de garde, aux côtés d’Odile et de ses chèvres.

 

 

Liens : 

Jean Yves Ruelloux

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-pieds-sur-terre/un-chevrier-qui-fait-des-emules-9647200


Transcription : 

 

33 - L'art du pastoralisme avec Odile Christine

 

Odile Christine: Coucou Lennan Bon, si je ne me casse la figure... Pour répondre à ta

question, les biquettes, depuis qu'elles ne font plus de bébés, elles sont beaucoup plus

belles, en meilleure santé, plus grasses, et moi je trouve que c'est nettement mieux

comme ça. Sauf si tu veux faire du renouvellement du cheptel, il faut les remettre au

bouc parce que là ça fait déjà cinq ans qu'elles n'ont pas eu de bébé et du coup ça fait

des animaux en meilleure santé quand même. Mais si on veut, Si on veut garder des

chèvres, des chevrettes pour le renouvellement, je pense que leur faire faire des bébés

tous les 2 ou 3 ans, c'est pas mal aussi.

Lennan Bate: Oui. Parce que du coup, tu es en lactation longue depuis 5 ans, c'est ça?

Odile Christine: Oui, je suis en lactation longue depuis 2021.

Lennan Bate: Oui. Et alors pourquoi est-ce que tu es passée en lactation longue?

Odile Christine: Alors au début je suis passée en lactation longue parce que je veux

prendre ma retraite et que je ne voulais pas avoir de chevrettes de renouvellement. Je

ne voulais plus qu'elles aient des bébés les chèvres parce que je ne voulais pas

sacrifier toutes les belles chevrettes qu'il pouvait y avoir. Et continuer avec mon

trompeau tranquillement et laisser mourir de vieillesse à la maison.

Lennan Bate: C'est fou, je viens dans le Var pour avoir de la neige. Ok, et alors

concrètement, comment ça se passe la lactation longue? Est-ce que tu as une baisse

de production de lait? Comment tu gères ça?Odile Christine: L'hiver, en fait, je me cale sur le changement d'heure. Quand on passe

à l'heure d'hiver, je passe à une traite par jour parce qu'elles ont commencé à diminuer,

et quand on remet une heure en plus, au mois de mars, je me remets à traire deux fois

par jour, parce que là la lactation elle repart vraiment très très bien. Alors c'est sûr

que... celles qui ont un petit peu moins de lait, qui sont moins bonnes laitières, elles ont

une lactation qui baisse un peu, mais les super laitières, la lactation, elle ne bouge pas

du tout. Et ça remonte au printemps comme si elles avaient fait les chevrons. Je trouve

ça super.

Lennan Bate: Et tu dirais que c'est en lien avec la race? Est-ce que tu penses que

toutes les races peuvent... Ah non, moi je pense

Odile Christine: que toutes les races. Parce qu'il y a un monsieur qui est en Bretagne

qui s'appelle Jean-Yves Riou.

Lennan Bate: Oui, je crois que c'est ça.

Odile Christine: Je crois que tu as raison. C'est pas vraiment comme ça. J'avais le mot.

à la maison, et lui il a des alpines, et lui ça fait je crois 30 ans qu'il fait la lactation

longue, et lui il fait des conférences, j'avais été invitée, c'était l'année dernière, mois de

mai, il faisait une grande conférence sur les lactations longues, et bon je ne pouvais

pas monter parce que c'est pas facile de laisser les lactations, mais voilà pour que les

gens connaissent un peu plus On va le laisser grignoter là. Et voilà, lui, il fait, je ne sais

pas s'il achète des chevrettes, ou il fait de temps en temps porter une biquette parce

qu'il en a de temps en temps des jeunes. Mais lui a un tout petit troupeau, il disait qu'il

ne voulait pas plus de 15 à 17 biquettes.Lennan Bate: Oui, c'est ça. Parce que toi, maintenant, tu en as...

Odile Christine: J'en ai plus que 21.

Lennan Bate: Et avant tu en avais?

Odile Christine: Jusqu'à 38, jusqu'à 40 même. Mais voilà, donc là je les laisse

tranquillement vieillir et mourir tranquille. Attention, ça passe. Allez les frangines. Ça

neige de rue!

Lennan Bate: OK, alors comment tu as démarré avec les chèvres? Ça remonte à

quand la première chèvre?

Odile Christine: Alors, ça remonte à 64 ans, quand ma mère n'avait plus assez de lait

pour me nourrir. Du coup, ils ont acheté une chèvre qui avait mis bas dans la journée

où ils l'ont achetée. Et voilà, j'ai été nourrie au lait de chèvre.

Lennan Bate: Génial. Et quand j'ai raconté cette histoire à quelqu'un, il m'a dit mais elle

buvait à même la chèvre? Je pense pas, parce que les chefs, ça fout des coups de

patte quand même. De temps en temps, ce serait un peu risqué.

Odile Christine: Il y avait un truc rigolo, c'est que je pense qu'au printemps, enfin, ma

mère trayait la biquette et le lait tournait. Donc, il me le donnait cru, finalement. Au

début, il faisait bouillir, puis après, il me le donnait cru, comme ça.

Lennan Bate: Ça va?Odile Christine: Oui, je pense que ça m'a pas mal réussi. Voilà.

Lennan Bate: Ok et du coup ensuite tu t'es installée en chèvre?

Odile Christine: Ouais alors après quand j'ai eu 16 ans il n'y avait rien qui m'intéressait

ailleurs et c'est vrai que la terre ça me parle, la forêt... C'est là où je me sens très, très

bien. Et je trouve que les biquettes, c'est un animal super. C'est des super animaux de

compagnie qui sont très, très sensibles. Et voilà, du coup, j'ai continué. On en a eu plus

et j'ai fait toute ma carrière là-dedans.

Lennan Bate: Et donc pour situer, parce que là il n'y a que l'audio qu'on va entendre,

donc on est où et c'est quoi ton environnement, comment ça se passe avec les

chèvres, où est-ce que vous allez?

Odile Christine: Alors on est dans la forêt, alors il faut que je dise à peu près les arbres

qu'il y a?

Lennan Bate: Tu décris ce que tu vois.

Odile Christine: Alors il y a des endroits où il y a plus de chênes verts, Il y a des

endroits où vraiment on a beaucoup de chênes verts, d'autres endroits où on a des

chênes blancs, il y a des ducades, des ronces, des oliviers sauvages qui restent des

anciennes plantations. Après il y a beaucoup de la broussaille parce que les biquettes

évidemment c'est ce qu'elles préfèrent le plus, la broussaille. Et du pain aussi, on a des

pains. Plusieurs catégories de pains. On a du pain d'Alep, du pain blanc, du pain... Je

ne sais plus comment ça s'appelle celui-là.Lennan Bate: Celui-là, ce n'est pas le pain d'Alep?

Odile Christine: Peut-être bien. Et ça y est, l'autre.

Lennan Bate: Le maritime.

Odile Christine: Ah oui, le maritime, c'est ça. Le maritime et du pain d'Alep. Parce que

là-bas, on a des longues aiguilles.

Lennan Bate: D'accord.

Odile Christine: Et puis après on a du schiste, le schiste cotonneux, voilà.

Lennan Bate: Oui, il y a de quoi faire.

Odile Christine: Oui, bon, le schiste, elle ne le mange pas. Je ne sais pas si c'est

quelque chose qu'elle mange.

Lennan Bate: Et donc tu les gardes tous les jours?

Odile Christine: Ouais, tous les jours on part dans la forêt, au moins deux heures ou

deux heures et demie pour qu'elles mangent de la groussaille et puis après elles

mangent de l'herbe ou ça dépend de la saison du foin, voilà parce que l'été il n'y a pas

grand chose dans les champs et du coup après elles sont au foin, un peu de buzères.

Lennan Bate: Donc parce qu'il y a un truc, moi je me souviens une fois tu m'avais dit

qu'il y avait des gens de l'agence de la forêt qui étaient venus et qui avaient étéagréablement surpris de voir comme cette forêt, elle se régénérait bien, il y avait plein

de jeunes arbres, et surtout il n'y a pas de risque de feu ici, grâce à l'action de l'échever.

Odile Christine: Bah écoute, j'espère. Après c'est vrai qu'elles ne sont pas parquées,

donc du coup elles abîment moins aussi, parce que quand elles sont parquées, elles

abîment, ce qui les laisse un peu trop longtemps, et du coup elles abîment la forêt. Et

puis bon, c'est vrai qu'il y a des chevreuils aussi qui s'occupent de la forêt en ce

moment.

Lennan Bate: Et du coup, la bonne santé de tes chèvres, il y a cet élément-là, le fait

qu'elles ne portent plus de petits au niveau hormonal, disons que ça fait un stress en

moins.

Odile Christine: Marie-Claude Bon, pour moi oui, parce que je trouvais qu'en

vieillissant, ça me stressait beaucoup les mises bas, parce qu'il y a des moments où

les bébés quand ils étaient un peu coincés, je n'avais plus assez de force pour les

sortir. Et du coup, il fallait faire intervenir le vétérinaire ou faire des césariennes, mais

les médicates ne supportent pas les anesthésies, chaque fois elles meurent. Voilà, et

puis après il faut vendre les chevraux, et ça devenait difficile pour moi. Donc bon, je

pense que les gens mangent moins de viande et moins de bébés aussi, donc c'est

compliqué la commercialisation. Et non, on n'en a pas qu'à dit.

Lennan Bate: Il y en a par terre.

Odile Christine: Non, il n'y en a pas. Tu en as vu?

Lennan Bate: Pas beaucoup, on cherche des glands.Odile Christine: Oui, on cherche des glands et il n'y a pas de glands cette année.

Autant l'année dernière il y en avait plein, plein, plein, autant cette année, rien du tout.

Lennan Bate: Parce que les chèvres elles ont réputation à être fragiles, que ça soit

effectivement au niveau hormonal, les mastic, tout ça, mais aussi au niveau des

parasites. Comment tu fais toi?

Odile Christine: Moi, ça fait au moins 8 ans qu'elles ne sont pas déparasitées. Après,

elles ne restent jamais très longtemps au même endroit. Je les change tous les jours.

On fait des circuits différents. Du coup, elles ne sont pas surinfectées. Et puis, ça ne

veut pas dire qu'elles n'en aient pas, des parasites, mais je n'avais pas envie de

toucher et de leur donner des médicaments qui n'étaient pas adaptés aux parasites

qu'elles avaient. Du coup, on abîme aussi la flore intestinale, donc il vaut mieux voir ce

qui se passe et traiter s'il y a besoin.

Lennan Bate: Oui, il y a deux vétos, Coralie Amart et Lucille Brochot, qui étaient

passées sur le podcast et qui parlent de la symbiose avec les parasites.

Odile Christine: Ah oui, bien sûr, comme nous.

Lennan Bate: Voilà, et qu'en fait ils ont leur rôle à jouer, leur intérêt c'est pas de tuer

l'autre, mais quand l'autre est trop faible, fragile, stressé, tout ça, bon bah les parasites

ils explosent et là ça peut devenir problématique. Mais sinon, ça pourrait même être

bénéfique aux parasites.

Odile Christine: Bah oui, bah oui. Ah oui, donc c'est vrai que je ne touche plus, alors je

ne sais pas si j'ai raison non plus. Voilà, c'est mon point de vue. Après...Lennan Bate: Vu quand on voit les chèvres et la belle fourrure, qu'elles ont l'œil brillant,

qu'elles ont l'air en forme, qu'elles sont bien grasses et tout, je pense que ça va.

Odile Christine: Oui, moi aussi, je pense que ça va. Après, il y en a toujours des

accidents sur le troupeau, voilà, mais... C'est vrai que c'est juste à surveiller. Et puis je

pense qu'elles sont heureuses aussi. D'être dehors, de pouvoir manger, être en liberté.

Il y a juste le loup qui les stresse. Voilà, ça c'est notre sujet.

Lennan Bate: Et je veux bien qu'on parle de ta relation avec les vaches, avec les

chèvres et les loups aussi, mais pour rester un petit peu sur cette question de

parasitisme, à ton avis, le bol alimentaire qu'elles ont, à quel point est-ce que tu penses

que ça joue? Parce que souvent on voit des chèvres qui sont principalement à l'herbe

et au foin. Et là, on les voit manger de l'herbe, du lierre, du chêne.

Odile Christine: Moi j'avais appris que les chèvres n'avaient pas une bactérie pour

digérer que l'herbe. Et du coup ça les rendait malades. Donc elles avaient besoin de

bois, de feuilles. C'était leur principale alimentation. Et puis je pense que dans la

nature, chaque animal mange des trucs différents dont ils ont besoin. Et c'est, je trouve

que c'est une symbiose avec tous les autres animaux quoi, en fait. Parce que chaque

espèce est faite pour manger des trucs différents. Et les biquettes, c'est vrai que dans

la forêt, c'est là qu'elles sont le mieux. Bon, c'est dommage qu'il n'y ait pas de caméra

parce qu'on voudrait bien vous montrer comment elles mangent.

Lennan Bate: On va prendre des photos. Parce que la première fois qu'on s'était

rencontré, et c'est là que notre amitié a commencé, c'est que j'étais venu te demander

à Una Map, les chèvres, qu'est-ce qu'elles mangeraient? Est-ce qu'elles mangeraient

de la lavande? Est-ce qu'elles mangeraient ci? Sous les oliviers, est-ce qu'on pouvaitles faire pâturer? Et j'ai été tellement surpris et émerveillé par à quel point tu savais

exactement à quelle période tes chèvres mangeraient quoi. en fonction de plein de

choses, que du coup, c'est là où on a commencé à se balader ensemble et que tu m'as

appris tout plein de choses sur à quelle période tu amenais les chèvres où, pour

qu'elles mangent, quel genre

Odile Christine: de plantes, selon leurs besoins.

Lennan Bate: Tu peux donner 2-3 exemples?

Odile Christine: Bon, les chèvres elles ne mangent pas, chez nous on a de la lavande

aspic, mais elles ne la mangent pas, elles ne mangent pas le thym, elles mangent un

peu de romarin, elles ne mangent pas la sarriette non plus, elles mangent le laurier, on

a du laurier qui pousse à l'état sauvage, Et puis, je ne sais plus ce que je voulais te dire.

Lennan Bate: Et à quelle période?

Odile Christine: Après, c'est vrai qu'en fonction, l'hiver, je les emmène plus où il y a du

lierre parce qu'il y a moins de choses à manger. Puis après, au printemps, dès qu'il y a

des broussailles, elles se régalent dans la broussaille. Des jeunes pousses, des

preneuliers, les chênes blancs quand ils poussent, elles les en mangent beaucoup. On

a un peu de l'arbousier aussi, ça elles se régalent. Elles aiment beaucoup aussi la

brouillère, mais on en a très très peu. Après elles mangent de l'arronce, elles mangent

des églantines aussi, de l'auvépine elles mangent aussi. Mais après ça dépend, c'est

vrai que l'hiver je les laisse un peu moins dans la forêt parce qu'il y a un peu moins à

manger. que l'été ou le printemps, c'est surtout le printemps, quand tous les bourgeons

poussent.Lennan Bate: Et du coup, tu sélectionnes les endroits où tu vas selon certaines

périodes de la saison?

Odile Christine: Oui, c'est vrai. Et puis dans la forêt, il y a des endroits où elle pâture

beaucoup l'été et le printemps, il y a de l'herbe qui pousse, il y a du trèfle, il y a du saint-

fouin qui pousse à l'état sauvage. Du coup, ou du régra, du coup elles se régalent. Mais

c'est vrai que c'est des plantes que personne n'a semées quoi. Quoique le trèfle, je

suppose que dans le foin qu'elle mange, après ça doit se retrouver dans les crottes et

après ça pousse. Ça peut qu'il pleuve un peu, ça pousse.

Lennan Bate: Mais c'était rigolo parce que quand on a été me balader il y a 2-3 jours là,

je pense, je sais pas, ayant passé un peu de temps aussi avec mon troupeau, à

plusieurs reprises, à des moments tu te disais, allez c'est bon, elles veulent bouger. où

maintenant on va s'a****** là et à chaque fois moi aussi j'avais eu cette intuition de me

dire ah tiens là elles ont envie de partir alors qu'il se passait encore pas grand chose

de visible en tout cas pas et puis c'était presque une sorte de pensée un peu instinctive.

Odile Christine: Après tu apprends à les écouter les chèvres en fait c'est au bruit

qu'elles font après c'est des habitudes mais au bruit qu'elles font tu sais qu'il faut les

déménager parce qu'elles ne le mangent plus et du coup tu te dis allez hop on change

de coin et on les accompagne pour qu'elles aillent voir ailleurs et chercher ailleurs ce

qui leur plairait.

Lennan Bate: Du coup je crois que cette écoute de ton troupeau elle est vraiment très

très importante Un peu au coeur de ta relation avec les chèvres.

Odile Christine: Oui, oui. Mais ça s'appelle du savoir-faire après.Lennan Bate: J'ai des exemples sur... Sur cette écoute, sur peut-être quelques fois des

chèvres qui font des choses. Parce qu'on parle beaucoup de communication animale et

je pense que c'est plus une sorte d'écoute ou d'intuition. Toi tu le définirais comment

cette communication?

Odile Christine: Je crois que c'est de l'intuition. Mais après c'est vrai qu'elle raconte des

choses, notamment quand elles ne vont pas bien. Je sais qu'au printemps j'ai eu

quelques soucis avec 2-3 biquettes et le matin quand on ouvre la porte et qu'elles me

regardent droit dans les yeux en mêlant, là il y a un truc qui ne va pas. On le sent bien,

elles le disent franchement. Et du coup après ça me stressait et le matin quand

j'ouvrais la porte je les appelais par leur prénom et elles me répondaient chacune à

leur tour, c'était assez drôle. pour me rassurer que tout allait bien. Mais c'est vrai que

c'est facile la communication avec les chèvres si on prend le temps et si on se sent

bien avec cet animal. On dit toujours que c'est capricieux, mais en fait, les biquettes,

elles savent vraiment ce qu'elles veulent et elles savent écouter leurs besoins. Et du

coup, je trouve que c'est un animal super sympa. La relation est vraiment très proche,

elles viennent nous voir, elles demandent des caresses, des glands à manger ou autre

chose. Et puis elles sont capables de nous attendre quand on traîne aussi. Et pas de

nous laisser derrière.

Lennan Bate: C'est rigolo, ça me fait penser, je me souviens une fois, je t'avais

demandé, parce que tu me disais Celle-là c'est la chef, c'est la vieille, elle mène le

troupeau ici, celle-là elle a tel rôle, etc. Je t'avais dit, et toi t'es qui pour elle? C'est quoi

ton rôle dans le troupeau?

Odile Christine: Des fois je crois que je suis leur enfant, parce qu'elles prennent soin de

moi ou elles viennent me lécher. Et puis, je ne sais pas, je crois que je fais partie deleur monde, vraiment. En même temps, elles savent que je suis là pour les protéger,

mais je crois qu'elles me protègent aussi. En tout cas, elles sont capables de me dire si

je ne vais pas bien. Elles sont capables de ne pas se sacrifier, mais de me dire qu'il y a

des trucs qui ne vont pas.

Lennan Bate: Tu as des exemples?

Odile Christine: J'ai des exemples, mais je ne sais pas si tu les enregistres. Si tu veux

pas en parler, pas de soucis. Si tu arrêtes, je t'explique.

Lennan Bate: Je crois que tu m'avais raconté. On en parle après. Pour revenir à cette

histoire de protection, du troupeau où elle te protège, toi aussi tu protèges. D'ailleurs, il

y a un gros chien de protection qui est là, devant moi.

Odile Christine: un joli matin espagnol qui est très très gentil avec les gens et qui

Lennan Bate: fait bien son job voilà parce que du coup tu as eu le loup il y a quelques

années là et

Odile Christine: oui la première attaque c'était juste trois jours après le confinement en

2020 et où j'ai eu une chèvre qui est morte et j'en avais une autre de blessée qu'on a

sauvé et puis du coup J'ai dû racheter un chien, donc j'avais un beauceron femelle et

j'ai racheté un beauceron mâle. Et puis ma beauceron femelle s'est fait tuer par un

sanglier l'année d'après. Donc j'ai acheté un chien de protection parce que mon

beauceron ne supportait pas d'avoir un autre beauceron pour surveiller le troupeau.

Donc l'alliance chien de protection et chien de conduite de troupeau, ça a mieux

fonctionné. Chacun son rôle, et Olympe fait très bien son rôle de chien de protection.Est-ce qu'on peut déménager un petit peu? Parce que je les vois manger les arbres.

Lennan Bate: Et ça tu ne veux pas?

Odile Christine: Ça abîme. Je trouve que c'est un peu idiot. Surtout qu'elles

commencent à s'ennuyer là. On va regarder les noms, parce qu'il y a des petits bisons.

Lennan Bate: Je me souviens à l'époque que tu m'avais raconté l'attaque du loup, tu

me disais, oui, il y a cette chèvre qui est venue et qui est morte parce qu'elle a elle-

même attaqué le loup et d'ailleurs sa fille aussi.

Odile Christine: Oui, c'est la fille qui est morte et la mère qui a eu une attaque, elle s'est

beaucoup défendue, donc il lui avait mordu la mâchoire et il l'avait mordu plus près du

sternum que du cou. Du coup, Du coup elle a survécu à l'attaque et donc on a dû la

mettre sous antibiotiques. Elle est restée trois jours sans manger et sans boire. Et

après, quand elle allait mieux, elle venait se mettre, quand je trayais les autres, ses

copines, elle venait se mettre à côté de moi, et elle me bêlait dans les oreilles, et

doucement, j'avais l'impression qu'elle me racontait son attaque. Et ça, c'était très

surprenant, vraiment, de la sentir comme ça, inquiète, Et puis raconter, c'était très

drôle. T'as vu, on va passer par là, parce que là, toutes les branches qu'ils

Lennan Bate: ont eues... Donc à ton avis, à quoi ça tient que cette mère et cette fille,

elles aient la... l'instinct, la génétique de se défendre, d'attaquer même le loup. Est-ce

que tu penses que si tout le troupeau avait été comme ça, il aurait pu se défendre?

Comment ça se fait que les autres ne se défendent pas et qu'elles fuient?

Odile Christine: Alors, je crois que ça tient juste au caractère de la biquette. Parce queLisette qui s'est fait attaquer, elle a un fort caractère. Et les chiens, elle les a toujours

chassés. Mais dans sa famille, il y en a d'autres qui attaquaient les chiens comme ça.

Et peut-être que... Il y en a une qui se sacrifie, je ne sais pas, après tout. Moi je n'ai pas

d'expérience d'attaque de loup finalement. Elle est là, il disait.

Lennan Bate: Est-ce qu'on pourrait penser à un troupeau où on sélectionne vraiment

sur ce trait de caractère pour que le troupeau se défende?

Odile Christine: Oui, peut-être. Mais peut-être aussi que les boucs interviennent. Et

comme moi, je n'ai plus de boucs, verser doucement. Peut-être, oui. Les boucs jouent

peut-être leur rôle de protection aussi parfois. Et c'est vrai qu'à l'époque, je n'avais plus

de boucs. Je n'avais que les bébés. Non, je n'avais pas de boucle parce que je gardais

juste un boucle de l'année et après je m'en séparais. Donc il n'y avait pas.

Lennan Bate: Et alors depuis, comment tu gères le

Odile Christine: cadeau, qu'est-ce qui s'achève? On a sécurisé la bergerie. J'étais très

attentive au comportement des biquettes parce qu'il y a des endroits où il y avait quand

même beaucoup l'empreinte du loup et du coup elles ne mangeaient pas, elles avaient

très très peur, donc dans ces cas-là je les déménage. pour aller dans des endroits où

ils se sentent plus en sécurité. Et puis maintenant, elles font très, très confiance aux

chiens de protection. Et du coup, elles ne sont plus posées dans la forêt aussi. Parce

que quand Olympe aboie, ça les met en alerte. Et si je vois que la c****** reste au

milieu du troupeau et qu'elle aboie, c'est que je sais que la présence du loup n'est pas

très loin. Finalement, je rentre à la maison pour ne pas les mettre en danger. Et puis

même moi, parce que si elles me font tomber, parce que dans l'accolément, elles

peuvent carrément te mettre par terre. Tu sais, des mouvements de troupeau commeça, c'est bon pour se retrouver par terre. C'est vrai que dans ce cas-là, je rentre. Je ne

les laisse pas dehors. De toute façon, elles ne mangent plus. Ça les stresse tellement

qu'elles ne mangent plus, donc ça ne sert à rien de les laisser et de se mettre aussi en

danger. Ça ne sert à rien.

Lennan Bate: Et donc comme autre perturbateur de la forêt, il y a le chasseur et son

chien. On a eu l'expérience là il y a quelques jours.

Odile Christine: Chasseur et chien ça fait pas bon ménage avec les chèvres. C'est vrai

parce que les clochettes ça fait peur aux chèvres, les aboiements ça fait peur aux

chèvres. Et du coup c'est pareil, ils ne mangent plus, ça les stresse. Et voilà, on est

obligé de les déménager pour qu'elles retrouvent leur calme et qu'elles puissent

manger. Sinon, c'est une perte de temps aussi. Après, c'est dans la forêt qu'elles ne

mangent pas. C'est une perte de temps.

Lennan Bate: Parce que pour retrouver l'appétit et la tranquillité pour remanger, ça

prend quelques temps.

Odile Christine: Oui, c'est vrai. C'est vrai, ça prend...

Lennan Bate: Et alors récemment on entendait que c'était pas facile de trouver des

gens pour garder les chèvres, qu'ils savaient pas faire, qu'ils se posaient, qu'ils les

laissaient huit heures au même endroit.

Odile Christine: En fait, oui c'est ça. C'est un vrai métier la garde du troupeau dans la

forêt. Parce qu'il faut les emmener des endroits où il y a à manger, surveiller qu'elles

mangent, parce que sinon ça n'a pas d'intérêt quoi. En fait c'est pas pour les balader,c'est pour qu'elles mangent. Parce que les végétaux, c'est très nourrissant pour elles.

Elles sont faites pour ça. Et c'est vrai que c'est un vrai métier. Il faut surveiller.

Lennan Bate: Ça tient à quoi d'être un bon berger ou un bon chevrier?

Odile Christine: À faire revenir les chèvres avec le ventre, s'il vous plaît.

Lennan Bate: Et concrètement, comment on fait?

Odile Christine: Il faut surveiller qu'elles mangent. Et les emmener dans des endroits où

il y a à manger pour elles. Tu vois, regarde, à peine elles avaient le nez en l'air, on les a

déménagées, elles ont toutes le nez par terre. Après, c'est l'habitude. C'est l'habitude

aussi.

Lennan Bate: Et comment tu as choisi cet endroit-là?

Odile Christine: parce que je sais qu'il y a du lierre par terre et puis il y a de la

broussaille là qu'elles aiment. Et voilà, puis ça fait longtemps que je les ai pas

emmenées par de ce côté. Donc voilà, je savais qu'elles pouvaient trouver quelque

chose. Sauf Lana qui mange les écorces de pain. Lana, oh! Tu peux répondre quand je

te parle. Tu vas manger autre chose que le pain? Non, tu veux pas en parler aujourd'hui.

Lennan Bate: Et alors toi qui as pu accompagner quelques autres éleveurs de chèvres,

qu'est-ce qui est la chose la plus importante que tu transmets et que tu aimerais que

les futurs chevriers sachent?

Odile Christine: Alors de prendre soin de leurs troupeaux et de répondre aux besoinsde l'animal, je trouve que c'est très très important parce que Je trouve qu'on ne fait pas

assez attention à ce truc-là. On est dans la production, il faut toujours se dépêcher,

gagner de l'argent, rembourser les emprunts. Et on ne prend pas toujours soin de

l'animal et je trouve ça bien dommage. Et on ne respecte pas toujours leurs besoins

aussi. Parce que les buquettes, on dit qu'elles sont capricieuses, mais ce n'est pas vrai.

Elles savent juste ce dont elles ont besoin. Et des fois, si on les bouscule trop, ça ne

leur convient pas du tout. Mais ça, je pense que je vois dans le monde du cheval, il y a

des gens qui en prennent conscience de ce truc-là. Et j'espère que ça continuera parce

que c'est très important. L'animal, c'est un être vivant et il faut qu'on en prenne soin.

Puis je pense que si on prend soin de ces animaux, on prend soin de soi aussi. Je

pense que tout va avec. sais que tu es sur mon pied là et moi c'est ce que je pense

plus on prendra soin des êtres vivants plus on prendra soin de soi aussi on sera peut-

être plus attentif à nos besoins

Lennan Bate: Je me souviens qu'il y avait un de tes anciens stagiaires qui avait calculé

en gros ta capacité fromageable, la capacité fromageable de ton lait et il s'était rendu

compte que vraiment tu avais une super production, que ton lait il était super riche et

tout ça sans te donner de grains, etc. Et donc à quoi ça tient à ton avis cette qualité-là?

Odile Christine: Alors c'est vrai que j'essaie de leur donner un fouine de qualité pour

qu'elles trouvent dans le fouine des variétés différentes pour que ça les nourrissent. Et

puis les chèvres quand tu les mets dans la forêt elles trouvent des graines. Il y a plein

de graines sur les arbres. que ce soit les glands, que ce soit les églantines, que ce

soit... même, elle mange le pistachier lentiste, elle mange les graines, mais il y en a

d'autres, elle mange les carottes sauvages, du coup, il y a des graines dedans, elle

mange les graines de plantain, et du coup, ça leur suffit, finalement, ça leur suffit. et tu

n'as pas besoin de racheter du maïs ou de... parce que c'est des coûts en fait, c'est descoûts supplémentaires et qui ne rapportent pas forcément, je ne suis pas sûre que

l'écart du coût, ça vaille le coût finalement.

Lennan Bate: Thierry Samitier-Leclerc Oui, et puis là au niveau de la santé avec toute

la diversité végétale qu'elle mange, c'est extraordinaire.

Odile Christine: Voilà, elles ont de l'herbe aussi à la maison. Bon, période où il pleut un

peu, l'été, évidemment, il n'y en a pas de l'herbe. Mais alors l'été, je leur donne un peu

plus de luzerne. Mais sinon, c'est vrai qu'elles mangent plusieurs graines. C'est

impressionnant. Dans le palure aussi, elles mangent les graines de palure. Et dans les

asperges sauvages, il y a des graines qu'elles mangent aussi. Mais c'est... C'est

vraiment... Même les graines de le salsepareille, ça fait des grosses grappes et elles se

régalent à les manger. Les arbouses, enfin... Oui, ça mange de tout. Oui, ça mange

beaucoup de choses, c'est vrai.

Lennan Bate: Et puis là, ici, il y a une diversité qui est extraordinaire. Mais oui. Moi, je

pense que ça tient aussi, parce que ça, c'est une sensation qu'on a dans ton troupeau,

c'est la sérénité. à quel point elles sont calmes, elles sont posées.

Odile Christine: Oui, c'est sûr que si toi t'es posée, elles sont posées. Les jours où je

suis énervée, ça ne se passe pas comme ça. Elles ne mangent pas ou elles se tapent

un peu plus dessus. Ça, c'est sûr. Elles ressentent beaucoup dans l'état où tu es, quoi.

Émotionnelle et... Et du coup, c'est vrai que moi, ça m'est arrivé de rentrer, des fois

d'arriver dans la bergerie pour les traires, où j'étais énervée, fatiguée, je leur faisais

mal, et le premier jet, si je ne me calmais pas, c'était un coup de pied dans le seau.

Donc, il fallait que je me calme, sinon ça n'allait pas le faire. Et une fois que tu t'es

posée, tu t'es dit, c'est bon, j'ai compris, on va se calmer, et bien tout se passe bien. Etje pense que tous les animaux ont cette sensibilité-là, sauf que des fois on ne s'en rend

pas compte parce qu'on est pris dans autre chose et du coup on ne fait pas attention.

On va un petit peu avancer parce qu'on commence à manger les arbres.

Lennan Bate: À l'époque, il y avait quelque chose qui m'avait émerveillée, c'était

comme tu trayais les chèvres dans le champ, juste en mettant un petit foulard sur leur...

sur

Odile Christine: leur cou pour leur signifier qu'on allait les traire. Et c'est vrai qu'il y a

des chèvres qui se laissent beaucoup faire comme ça. En même temps, c'était bien de

ne pas les bouger. Elles mangeaient, je les trayais, puis après elles repartaient manger,

donc c'était pour leur souffler la peau.

Lennan Bate: Du coup, tu faisais les deux traites à la main pour les 30 et quelques.

Odile Christine: Même jusqu'à 38. Puis après j'ai eu, je me suis dit que j'en avais marre

de passer beaucoup de temps à la traite donc j'ai mis, j'ai salé un cadeau de traite et

mis les machines à terre mais elles n'ont jamais voulu que je les traite à la machine.

Elles ont trop bougé, elles m'ont trop fait mal et du coup j'ai arrêté de les traire à la

machine. Elles n'étaient pas du tout conditionnées pour être traites à la machine. Voilà,

erreur de ma part.

Lennan Bate: De vouloir avoir une machine. Oui.

Odile Christine: Elles me l'ont bien fait comprendre. C'était Lisette qui était attaquée par

le loup. Elle ne supportait pas la machine, mais elle m'a fait des trous dans les mains.

J'ai des cicatrices. Regarde. Je m'étais fait des mitrailles. Elle m'a arraché les traillonscomme ça. Et elle ne voulait absolument pas que je la traie à la machine, elle gigotait et

gigotait. Et quand je la faisais descendre du quai de traite, j'arrivais avec le seau et le

chiffon, elle ne bougeait pas, elle me regardait, elle ne bougeait pas. J'ai bien compris

que tu ne veux pas la machine. Elles m'ont joué des tours. Donc après j'ai abandonné.

Lennan Bate: Tu utilises le quai de traite?

Odile Christine: Alors j'ai utilisé le quai de traite, il faudrait que je m'y remette un peu.

Mais bon des fois elles ne veulent pas toujours monter, ça les gonfle. C'est comme ça

qu'on apprend de nos erreurs, je n'aurais pas dû. C'est le caractère déliquette. Après,

quand on sait aussi les écouter, on comprend que ce n'est pas leur truc. Je les ai mises

sur le quai de tête très tard. Généralement, il faut les habituer à la machine quand elles

sont en première mise bas. Première allactation. Après, elles ne bougent pas. Loïs dit

toujours qu'il y a des chèvres qui préfèrent être prêtes à la main et d'autres prêtes à la

machine.

Lennan Bate: D'accord.

Odile Christine: Et puis lui il a l'expérience depuis longtemps.

Lennan Bate: Ah lui il trait aussi à la main?

Odile Christine: Non, à la machine.

Lennan Bate: Ah oui, tout à la machine.

Odile Christine: Il aimerait mais il en a trop. Il trouve que c'est plus sympa de traire à lamain.

Lennan Bate: Et ouais. Mais ça pour moi c'est vraiment le cœur de ma réflexion, c'est à

quel point est-ce qu'on peut être petit pour avoir une rentabilité et que dès qu'on investit

dans certains matériels, on est obligé de passer des caps avec plus d'animaux

Odile Christine: et ainsi de suite. Oui, c'est vrai. Après c'est un peu un cercle vicieux

parce que plus tu as des animaux, plus tu veux t'outiller pour que ce soit facile. et tu

rentres vraiment dans un cercle vicieux. Et puis après, je crois qu'en agriculture, il faut

vraiment faire les choses qu'on aime pour que ce soit plus facile. Sinon, si tu rentres

dans un cercle infernal, Après c'est compliqué de travailler, puis tu as aussi des pannes

avec le matériel, et je crois que tu rentres dans une spirale qui est un peu infernale.

Après ceci dit, c'est vrai que quand tu as des animaux, il faut un peu oublier les

vacances, il faut oublier les week-ends, c'est des choix, il faut juste s'assumer ses

choix. parce qu'on sait bien qu'on peut être réveillé la nuit, il y a des trucs qui ne se

passent pas bien, on a toujours des accidents, on ne peut pas confier non plus son

troupeau à n'importe qui, parce que c'est ton outil de travail et puis si tu laisses ton

troupeau et que tu reviens, il y a des soucis, que tu as une année, que tu enquilles sur

un année où tu n'as pas beaucoup de revenus, c'est compliqué quoi.

Lennan Bate: C'est sûr. Du coup, tu penses que c'est encore possible aujourd'hui de

s'installer en chèvre sans avoir besoin de faire des gros investissements, que ce soit

pour la fromagerie?

Odile Christine: En fromagerie, quand même, tu es obligée d'avoir des frigos.

Lennan Bate: C'est énorme aujourd'hui.Odile Christine: Ouais, voilà, t'es dans l'installation de tout le bâtiment de fromagerie,

ça c'est sûr, c'est un investissement. Après, au niveau des biquettes, hormis si tu veux

une machine à traire, ça dépend du nombre de biquettes aussi, mais tu peux avoir des

machines qui ne sont pas si chères que ça.

Lennan Bate: C'est des charges après, d'électricité, d'eau...

Odile Christine: En fait il y a beaucoup de chevriers qui passent à une traite par jour

parce que la machine à traire consomme beaucoup d'électricité et ça devient cher.

Alors après moi, c'est vrai que j'ai eu la chance de ne pas avoir de problème de main

pour traire. J'ai toujours trait à la main depuis on va dire au moins 50 ans quoi. Et c'est

vrai que je n'ai pas de douleur, je n'ai pas de douleur de genou pour me mettre

accroupie et traire, je n'ai pas de mal aux mains, ça aide aussi quoi.

Lennan Bate: Justement parce que moi j'ai entendu beaucoup des gens me dire, je

trayais à la main et puis je me suis fait une tendinite.

Odile Christine: Du coup je peux plus.

Lennan Bate: Mais à quoi ça tient? Est-ce que tu penses que c'est aussi une posture

de travail, une tension? Ou est-ce que c'est juste pas de chance?

Odile Christine: Je ne sais pas, peut-être que... C'est vrai que moi je me suis rendu

compte que j'étais plus à l'aise d'un côté de la biquette que de l'autre. Peut-être

qu'aussi des fois on ne fait pas g**** à comment on se positionne. Et puis, après je... Je

ne sais pas, moi je trouve qu'accroupi... Moi ça ne me dérange pas de rester accroupi

et de traire accroupi, je trouve que c'est une posture naturelle. déjà tu enlèves destensions dans le dos quand tu es accroupi. Après des fois on est fatigué par les

charges de travail puis du coup ça devient compliqué.

Lennan Bate: Mais c'est vite les cercles vicieux quoi, de fatigue, de tension.

Odile Christine: Ouais, de tension et puis des fois, si dans la vente ça se passe pas

bien, ou t'as un problème de mammite que t'as pas vu, que tu loupes les fromages, des

fois ça tient à pas grand chose. Et puis l'agriculture c'est pas toujours, je sais pas, un

métier facile.

Lennan Bate: Ça c'est sûr.

Odile Christine: Voilà, t'es toujours, enfin pas avec l'élevage, mais après t'es tributaire

du temps, des gelées, trop chaud, du manque d'eau, il y a tellement de paramètres. Si

tu n'es pas issu un petit peu du monde agricole, où vraiment tu ne cherches pas

vraiment, après à un moment donné ça devient compliqué.

Lennan Bate: Tu veux dire au niveau connaissance ou au niveau gestion?

Odile Christine: Gestion, parce que quand tu es né dans un milieu agricole, tu as été

confronté depuis l'enfance aux difficultés de récolte, de temps, alors que quand on

arrive dans l'agriculture et qu'on est grand, majeur et qu'on s'installe, des fois, il faut

faire face à tout ça. Il y a tout à apprendre et pour obtenir des crédits, c'est difficile de

faire fonctionner l'agriculture. Si ça marchait, si c'était tout carré, on le saurait. Ça

n'allait pas du tout.