
28 - Des méthodes novatrices pour les cultures industriels avec Baptiste Maitre
Renouée - Agriculture de Régénération
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Show Notes
Et si l’on pouvait concilier des plantes saines et vigoureuses, un sol vivant et des coûts de production maîtrisés ?
Entre l’équilibre chimique, la structure du sol, les couverts végétaux, la nutrition des plantes et les techniques culturales, les leviers à activer sont nombreux. Baptiste Maitre, formateur en agronomie et spécialiste de la fertilité des sols, nous parle dans cet épisode de méthodes et protocoles qu’il met au point avec un groupe d’agriculteurs particulièrement dynamiques du Nord de la France.
Une discussion très clair autour de leviers agronomiques concrets mis en œuvre par ce collectif et Baptiste. L’une des pratiques qui a particulièrement retenu mon attention : le broyage-compostage de surface des engrais verts qui avait été discuté dans un précédent interview de John Kempf.
Baptiste Maitre
https://www.facebook.com/p/Ver-des-sols-vivants-100057237647959/
https://www.ver-des-sols-vivants.fr/
https://www.linkedin.com/in/baptiste-maitre-221a471a/
Fredéric Thomas
https://agriculture-de-conservation.com/-Frederic-Thomas-.html
Friedrich & Manfred Wenz
https://agriculture-de-conservation.com/Chez-Friedrich-et-Manfred-Wenz-25,324.html
Francis Bucaille
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https://wiki.tripleperformance.fr/wiki/Utilisateur:Francis_Bucaille
Méthode Merci - Méthode d’estimation des restitutions par les cultures intermédiaires
La pyramide de la santé des plantes de John Kempf
https://www.verdeterreprod.fr/john-kempf-sante-des-sols-nutrition-des-plantes-traduit-en-francais/
“Carence en Manganese après usage de Glyphosate”
https://www.agro-league.com/blog/le-manganese-est-essentiel
Transcription :
28 - Des méthodes novatrices pour les cultures
industriels avec Baptiste Maitre
Lennan Bate: Bienvenue sur Renoué, le podcast qui explore les liens profonds entre la
santé des écosystèmes, des plantes, des animaux et la santé humaine. L'agriculture
occupe une place centrale dans nos vies. Qu'il s'agisse de nous nourrir, de produire
des fibres pour le textile ou de cultiver des plantes pour nous soigner, elle façonne
notre société à bien des égards. Mais alors comment repenser notre relation vivant afin
d'honorer sa capacité exceptionnelle à se régénérer et construire une agriculture
réellement bénéfique pour tous ? C'est ce que je vous propose d'explorer ensemble au
travers de discussions avec celles et ceux qui œuvrent pour une santé globale. Pour
cet épisode, je reçois Baptiste Maître formateur en agronomie et spécialiste de la
fertilité des sols. Soyez prévenus, il s'agit d'une discussion technique où l'on parle de
fertilité des sols, de technique culturelle, notamment en culture industrielle. Cette
discussion a eu lieu au moment de la loi Duplon, de juillet 2025, qui proposait
notamment la réintroduction de l'acétamipride, un insecticide organochloré de la famille
des néonicotinoïdes. L'argument pour son utilisation étant l'absence d'alternatives ou
de solutions face à certains ravageurs pour, en particulier, les cultures de betteraves
sucrières et de noisettes. Une pétition, contre sa réintroduction, a alors récolté plus de
2 100 000 signatures. Quelques semaines plus tard, le Conseil constitutionnel a
invalidé cette mesure, la jugeant contraire à la charte de l'environnement. Pour
recontextualiser, en 2016, une pétition qui réclamait l'interdiction des néonicotinoïdes
en France avait recueilli, elle, environ 130 000 signatures. Autant dire que la
conscience collective évolue. La dernière fois qu'on s'était parlé, j'avais été très inspiré
par tous les protocoles que tu mettais en place avec les agriculteurs que tu
accompagnes. Notamment, tu m'as parlé de 2-3 techniques assez chouettes, donc
j'aimerais bien qu'on discute plus en détail. Mais peut-être pour commencer, tu peux teprésenter, nous parler un petit peu de l'étendue de ton travail et comment t'en es arrivé
à faire ce que tu fais.
Baptiste Maître: Super content d'être avec toi. Baptiste Maitre, moi je suis agronome
indépendant, ça fait 8 ans maintenant que j'ai créé ma société qui s'appelle Vers des
sols vivants. J'ai un parcours un peu atypique parce que mes parents ne sont pas issus
du milieu agricole, mais j'ai toujours été passionné par l'agriculture. J'ai fait un lycée à
l'école, j'ai fait un BTS technologie végétale. mais c'était très phyto, c'était dans les
années 2010, donc du coup très... telle matière active pour telle maladie, etc. Et j'ai pas
non plus une fibre commerciale forte, donc je me voyais pas faire technico-commercial.
Et donc le déclic, ça a été le DVD de Frédéric Thomas sur l'agriculture de conservation
des sols, où je me suis dit, c'est... C'est de l'agronomie que je veux faire et pas de la
phytotechnie. Et donc après j'ai tapé bêtement licence pour continuer mes études. Je
suis tombé sur la formation à Amiens avec Thierry Tétu, sur une formation agriculteur
de conservation des sols, une licence professionnelle. Donc je me suis inscrit, j'ai fait
un apprentissage à l'institut technique de la betterave, donc du coup ça m'a commencé
à mettre le pied à l'étrier dans les cultures industrielles. On verra par la suite que c'est
ce qui oriente aujourd'hui mon travail. Et puis ensuite j'ai refait une licence pro, pas tant
pour le côté scolaire mais plus pour le côté contrat d'apprentissage et là j'étais à l'INRA
de Grignon et j'ai travaillé sur l'impact des systèmes de culture sur les populations de
vers de terre. Je me suis pris d'amour un peu pour les vers de terre et ça venait
compléter la corde agronomique. C'était un peu le chef d'orchestre et d'où le jeu de
mots vers des sols vivants avec le vers pour rendre hommage à ça parce que c'était
vraiment passionnant. Mais par contre, les verres de terre, c'est un peu limité. Si je
venais à approcher les agriculteurs juste avec cette corde et cette fibre verre de terre,
c'était un peu juste. Du coup, j'ai rajouté des cordes à mon arc. Je suis passé par la
pédologie à l'INRA d'Orléans, sur le réseau de mesure de la qualité des sols. Là, j'ai vudes sols du nord au sud, de l'est à l'ouest. Du coup, ça m'a permis de mettre le doigt
dans les sols et de vraiment les décrire. Par contre, Il manque souvent dans la
pédologie l'approche aussi agronomie pour faire les liens entre ce qu'on voit et ce
qu'on... Et moi avec mon cursus et ma curiosité, je voyais que je pouvais commencer à
faire des liens donc ça orientait un peu la suite de mon parcours et ça m'a renforcé
dans cette idée-là. Je passais par la chambre d'agriculture où j'étais responsable de la
fertilité des sols et puis ensuite j'ai eu l'opportunité de travailler sur un projet qui
s'appelait Sol Vert. L'objectif c'était de faire de la... l'agriculture de conservation des
sols, entre guillemets, en système pommes de terre, betterave, légumes d'industrie. Et
donc là, j'ai vraiment mis le pied dans la culture industrielle. J'avais déjà vu la betterave,
mais là, de faire des pommes de terre, faire des épinards, des haricots verts. Et donc
ça ne m'a jamais lâché après les cultures industrielles. Et donc aujourd'hui, c'est une
grosse partie de mon activité. Comment on peut faire ? Parce que le discours, c'était
vraiment de dire, vous, vous êtes en patate, en pétrave, donc vous ne pourrez jamais
faire du semi direct. Ce n'était pas un discours qui me convenait. Et donc, du coup, j'ai
cherché à creuser un peu comment est-ce qu'on peut adapter à ces cultures-là. toutes
les méthodes agronomiques qu'on connaît, les couverts végétaux, la réduction du
travail du sol, comment on peut améliorer les structures de sol. Et puis voilà où j'en suis
aujourd'hui.
Lennan Bate: Peut-être rentrons directement dans le vif de ce sujet, parce
qu'effectivement, c'est passionnant. Quel est ton protocole ? Qu'est-ce que vous mettez
en place sur ces cultures-là ? Parlez-nous un petit peu des techniques que vous avez
mises en place.
Baptiste Maître: On a essayé de construire et on s'est beaucoup inspiré. La plupart des
agriculteurs que j'accompagne, ils ont suivi une formation avec deux agronomesallemands, Friedrich Wenz et Nasser Ditmar, qui ont amené un peu le concept
d'agriculture régénérative avant l'agri-bashing qu'on peut entendre. Ce que j'aime bien,
c'est que ça repose un peu le cadre de comment on régénère les sols. Et du coup, en
premier lieu, il y a vraiment l'état d'équilibre des sols. J'ai passé trois jours avec Francis
Bucaille, il y a récemment, et du coup, on a beaucoup reparlé d'équilibrer les sols, de
s'assurer que ce soit bien équilibré, notamment au niveau des bases. Regardez le
calcium, le magnésium. le soufre, etc. Donc il y a vraiment cette idée de comment mon
sol est équilibré chimiquement, et puis après on empile des leviers pour pouvoir
améliorer ça. Donc le deuxième point c'est vraiment la structure du sol. Donc une fois
qu'on a regardé un peu l'équilibre chimique, il faut aller regarder la structure parce qu'il
faut quand même que les racines puissent descendre dans le sol. Et donc là on vient si
besoin, et c'est vraiment Il ne faut pas être dogmatique, c'est-à-dire que s'il y a besoin
on vient fissurer avec une dent fissuratrice ou un décompacteur. Et là, ce qu'on a
rajouté, en fait, c'est qu'on vient injecter derrière la dente de fissuration des micro-
organismes pour aider à restructurer les sols. Alors, je fais des raccourcis, mais en
gros, on oxyde le sol quand on vient le travailler. Les micro-organismes, ils sont plutôt
réducteurs. Et donc, on vient rééquilibrer le sol suite à une intervention, suite à un
travail du sol. Donc, du coup, ça, c'est vraiment le deuxième pilier. Et c'est le premier
endroit où on peut On peut utiliser des micro-organismes, notamment des E.M. Là on
utilise, donc après il y a différents E.M. On peut mettre de l'aliphophère, on peut mettre
de... Là on a beaucoup travaillé au début avec des fermes en ficheur. Il y a les E.M.
agritons, enfin il y a plein de recettes.
Lennan Bate: Alors peut-être pour ceux qui ne connaissent pas, tu peux brièvement
présenter les E.M..
Baptiste Maître: L'Aliphophère, tout ça L'idée, en fait, c'est de travailler surtout avec desbactéries lactiques. ? Ce que j'aime bien dedans, c'est qu'on peut être autonome d'une
certaine façon. L'aliphophère, en fait, c'est de la litière forestière fermentée. et du coup
l'objectif c'est d'aller chercher de la litière en forêt, de la faire fermenter avec du son, de
la mélasse et des micro-organismes qu'on en semence. On fait une base solide et à
partir de cette base solide, c'est compliqué à l'utiliser comme tel, donc du coup on peut
la faire passer en phase liquide et du coup la phase liquide nous permet de prêt à
pouvoir les pendre et de mettre ça dans des cuves et pendre ça derrière. Et c'est
surtout les bactéries lactiques qui sont intéressantes et qui servent un peu d'amorce.
On en a beaucoup discuté avec Francis et il dit pour lui, les bactéries lactiques, elles
réveillent la dormance des champignons. et donc du coup ça a vraiment ce rôle-là de
dynamiser l'activité biologique. Pour moi c'est un starter, ça vient amener quelque
chose qui ensuite enclenche des chaînes trophiques qui vont ensuite permettre au sol
de se réveiller, de s'activer au niveau biologique. Et donc après il y a différentes
souches, on peut utiliser, donc là je parle de l'aliphophère, mais on peut utiliser Les
fermes en ficheurs, c'est une base de micro-organismes qui ont été sélectionnées sur
des plantes. On peut aussi utiliser du cannais qui est plutôt sur une base levain. Après il
y a différentes souches origines, mais le principe c'est un peu toujours le même, c'est
de faire travailler des micro-organismes en anaérobie, parce que la particularité de ces
micro-organismes c'est qu'ils sont en anaérobie facultative, donc on peut les multiplier
en anaérobie. et ensuite on les utilise plutôt en aérobie. On verra qu'en fissuration, on
essaye aussi en même temps d'injecter de l'air pour qu'ils puissent travailler en aérobie
et orienter le métabolisme du sol vers tirer toute la grosse partie des bactéries neutres
vers quelque chose qui régénère et pas qui dégénère le sol. Donc ça, c'est la deuxième
étape. Du coup, on utilise les micro-organismes à ce moment-là. Ensuite, dans l'étape
de régénération du sol, on parle de couverts végétaux. On voit qu'au niveau
agronomique, il y a un intérêt à avoir toujours des racines vivantes dans les sols pour
pouvoir entretenir, dynamiser cette activité biologique et la structure de sol. Et puisensuite, une fois qu'on a bien réussi les couverts, c'est comment est-ce qu'on fait pour
gérer la biomasse qu'on a faite. Et donc là, il y a la technique du compostage de
surface. Le compostage de surface, c'est vraiment broyer le couvert. faire en un
passage, détruire le couvert, le scalper, et injecter des micro-organismes pour orienter
la digestion du couvert et sa maturation, et aller plus vers une phase d'humification
qu'une phase de fermentation. Du coup, les micro-organismes sont là pour orienter et
accompagner. Souvent, on broie le couvert, on pulvérise des ferments, et on vient
scalper avec un rotavator sur 3 à 5 cm selon la biomasse à enfouir pour mettre en
digestion l'énergie qui est contenue, et il n'y a rien de tel que les micro-organismes
pour orienter la digestion et libérer toute la partie minérale, parce que quand on fait...
J'utilise beaucoup la méthode MERCI, c'est une méthode pour mesurer la biomasse
produite par les couverts végétaux, donc ça consiste à prendre un mètre carré, on
coupe toute la partie aérienne, on les pèse espèce par espèce, et ça nous donne...
Mon couvert a produit 5 tonnes de matière sèche, Et ce qui est intéressant, c'est que
ça vient aussi nous dire, il y a tant d'azote, il y a tant de potasse, il y a tant de
phosphore, il y a tant de magnésium. Et du coup, c'est de se dire, j'ai emmagasiné ça.
Après, on ne sait pas quand est-ce que ça va être relargué et à quel moment ça va être
disponible pour la culture. Mais en tout cas, j'ai remis dans le système de la fertilité et
j'essaye de la faire travailler par l'activité biologique parce que c'est elle qui va être à
même de la libérer et de la rendre assimilable pour les plantes.
Lennan Bate: Et donc cette pratique, qu'est-ce qui se passe au niveau du sol ? Tu
parles d'humification, donc en fait c'est une sorte de compostage de surface par le
déclenchement avec ces micro-organismes. Qu'est-ce que vous observez après coup ?
Quel est le type d'emmerdement ? Qu'est-ce qui se passe justement au niveau de la
fertilité du sol avec cette pratique ?Baptiste Maître: L'objectif, c'est vraiment en un passage, et c'était un peu l'objectif des
agriculteurs, c'était de pouvoir détruire le couvert rapidement sans avoir à... vraiment
allonger le temps de couverture des sols. En fait, la technique, elle nous a permis de
passer d'un couvert, par exemple, pour une pomme de terre qu'on va détruire en
janvier, février, soit mécaniquement, s'il y a du gel, soit chimiquement, selon les
conditions météo, à un temps de couverture où on peut aller jusqu'à 15 jours avant
l'implantation. Donc, en fait, on gagne le gros du couvert, il pousse en mars. Et donc du
coup, comme on plante les pommes de terre, on commence début avril ou au 15 avril,
on parle de la date optimum de plantation, donc du coup, on peut allonger le temps de
couverture, détruire le couvert farmers, et en fait, il a eu tout le début de printemps pour
exploser. Ce que ça nous a permis d'observer, c'est qu'on a pu augmenter la biomasse
produite par les couverts végétaux, et j'ai des agriculteurs qui ont une stratégie plutôt
double couvert, donc en fait ils sèment un couvert au c** de la machine, de la
moissonneuse batteuse, le couvert il pousse jusqu'au fin septembre, en ce moment
dans 15 jours ils vont commencer à les détruire, et ils resèment un couvert parce que
l'objectif c'est qu'on ait toujours une date optimum, donc soit on prend la technique on
fait un couvert relais où on met toutes les espèces et ça se développe, soit on fait un
double couvert en disant je mets des plantes qui poussent bien l'été, je les détruis, et je
remets des plantes qui poussent bien l'hiver. Et donc là on a pu produire, souvent le
premier couvert on fait 3-4 tonnes de matière sèche, le deuxième couvert on arrive à
monter jusqu'à 10 tonnes, alors si on va un peu trop loin on se rend compte que ça
amène des blocages, c'est pas spécialement l'optimum, mais en tout cas ça permet de
dire le potentiel. et ensuite on plante la pomme de terre 15 jours après, parce que je
parle de 15 jours parce qu'il faut que le temps que les micro-organismes digèrent. Donc
il y a une phase un peu comme un compost, il n'est pas mûr tout de suite, du coup il y
a une phase de digestion, c'est pour ça qu'on dit que là on a une phase de 15 jours, on
voit vraiment la terre qui évolue, en fait on a fait des observations, toute la partie verte,après 15 jours on ne la trouve plus, donc ça veut dire qu'elle a été digérée, il ne reste
plus que la paille, et puis ensuite on voit une terre qui s'affine, on a presque un lit de
semences, comme on travaille sur trois centimètres, si on voulait venir semer des
petites graines, on a un lit de semences qui est prêt à accueillir la graine. Donc ça c'est
vraiment une technique qui nous permet d'allonger le temps de couverture des sols, de
travailler plus tard et du coup en meilleure condition. pas aspirer du gel, et surtout on
n'a plus, je vous ai pas parlé de chimie, pour détruire le couvert végétal. Donc du coup,
pour ceux qui sont en agriculture biologique, ils ont une stratégie pour pouvoir scalper
le couvert. Alors souvent, il faut quand même des fois repasser parce que c'est pas non
plus miraculeux, mais pour des pommes de terre où on sait qu'on va retravailler le sol,
ça va bien. Après pour d'autres cultures, les agriculteurs bio que j'accompagne, ils
repassent avec un scalpeur pour finir le travail et être sûr de ne pas avoir de problème
d'enherbement, enfin en tout cas démarrer sur une base plutôt saine.
Lennan Bate: Et alors qu'est-ce que vous voyez en profondeur sur la structure du sol et
sur la fertilité du sol, peut-être même sur les cultures ensuite ?
Baptiste Maître: On n'a pas fait d'observation cette année. J'ai un essai en cours, mais
je n'ai pas encore les résultats que j'ai prélevés hier, mais de composter avec
différentes sources de micro-organismes pour voir un peu l'intérêt. Et s'il y a des
choses sur le rendement, je n'ai jamais vu trop sur le rendement. Après, on voit qu'on a
quand même une structure de sol qui est différente et puis on peut les injecter en
pommes de terre aussi dans la réalplantation. Et donc, on voit qu'on a une structure un
peu plus vivante. On trouve plus facilement des champignons quand on se balade au
mois de juin. Donc, on voit qu'il y a un activateur au niveau de de l'activité biologique.
Le sol est quand même grumeleux. Après, ce n'est pas ce levier-là qui va permettre de
faire du rendement, par exemple, en plus. C'est plus on joue plus sur l'activitébiologique. Et j'ai parlé en plus de l'utiliser au moment de la fissuration. Et là, ce qu'on
observe, c'est qu'on a vraiment un avant et un après. On voit une structure plus
grumeleuse. On a fait des comparatifs avec et sans, parce qu'on a un peu des
symptômes et on croit un peu ce qu'on voit. Il faut aussi se rendre compte par soi-
même des choses. Et là, on voit vraiment qu'au niveau de la structure, on a une
structure plus grumeleuse. Au pénétromètre, on a l'horizon qui a été travaillé, qui est
meilleur. Et on voit vraiment, en plus, à injecter ces micro-organismes Derrière la dent
de fissuration, on voit une structure qui... C'est vraiment au niveau de la structure. Et
donc, il dit structure, il dit infiltration de l'eau, etc. Enracinement... Et du coup, je pense
qu'on amène une résilience. Mais après, il faut plusieurs années pour pouvoir le
mesurer. Mais les agriculteurs qui l'utilisent, ils voient vraiment... Ils disent, on voit les
parcelles qu'on a eues et qu'on n'a pas eues assez rapidement.
Lennan Bate: C'est-à-dire, qu'est-ce qu'ils observent ? Est-ce que c'est la qualité de la
culture ? La résistance à des attaques, peut-être ?
Baptiste Maître: Non, pas spécialement. On n'a peut-être pas été assez fins dans cette
observation. Mais par contre, il voit qu'au niveau de la portance, au niveau de la
souplesse du sol quand on marche dessus, à la bêche, on sent vraiment qu'il y a eu un
travail et qu'on a passé un cap. On n'a pas juste fissuré et puis après le sol, il peut se
refondrer. On a moins de migration de limon aussi. Moi, je travaille beaucoup dans dans
le nord de la France, donc du coup des sols très limonneux et on a quand même
souvent des sols fragiles au niveau des limons. On a des migrations de limon qui sont
plus structurées par le complexe argillomique et donc du coup on voit des migrations
de limon et les ferments permettent de limiter, en tout cas on voit qu'il y a moins ce
phénomène-là qui peut arriver dans les sols. Donc on amène une On a des sols qui
sont aussi moins battants, ils sont moins plaqués. L'hiver, quand on assemet descéréales, les sols des voisins peuvent être glacés. Là, on voit qu'au niveau infiltration
de l'eau, on a retrouvé de la verticalité. J'aime bien utiliser ce terme d'une capacité à
boire du sol. Je n'ai pas fait de mesures d'infiltration, mais il y avait déjà des études qui
avaient été faites où on voit que le sol est capable d'absorber plus d'eau. Et ce n'est
pas une fois plus ou deux fois plus, ça peut être jusqu'à dix fois plus d'eau. Donc du
coup, avec les épisodes orageux qu'on a de plus en plus, des pluies qui sont de plus en
plus importantes, on est encore en tête l'année dernière où il a plu deux fois plus que
d'habitude. Du coup, si on n'a pas des bonnes structures, on sait que ça fragilise et on
perd de la résilience.
Lennan Bate: Bien sûr. La dernière fois, tu me parlais également de levier
d'amélioration par la nutrition. Qu'est-ce que tu peux nous dire là-dessus ?
Baptiste Maître: C'est le quatrième axe. On a parlé équilibre chimique, on a parlé
structure de sol, on a parlé mettre des couverts végétaux, on a parlé de détruire les
couverts végétaux, et après c'est optimiser la nutrition. On voit qu'on a vraiment des
leviers d'action pour accompagner la nutrition des plantes. J'ai beaucoup travaillé sur
les travaux de John Kent qui parle de la pyramide de santé du végétal où plus la plante
est en bonne santé, plus elle est capable de se défendre. C'est un peu comme pour
nous, dès qu'on est bien nourri, on a un système immunitaire qui est plus performant
que si on a des carences où là on va être plus sensible à certaines maladies. Donc du
coup, l'idée c'est vraiment de retravailler cet aspect nutritif des végétaux. Et donc là,
j'utilise beaucoup l'analyse de sève. On dit sève, mais en fait, c'est un jus de feuilles. Et
donc, du coup, on prend un échantillon de feuilles, on l'envoie au laboratoire et là, ça
nous renvoie une vingtaine d'éléments nutritifs, calcium, phosphore, magnésium, et
aussi tous les oligo-éléments, le manganèse, le zinc, le bord, etc. Et du coup, ça
permet aussi d'affiner et de comprendre le lien entre ce qu'on a vu dans la premièreétape, l'équilibre chimique des sols, et est-ce que ce qu'il y a dans le sol passe bien au
niveau du végétal, parce que c'est pas parce que tout est dans le sol que tout est
disponible, on sait qu'il y a des blocages, le pH peut aussi intervenir, et
l'oxydoréduction, il y a des moments où c'est pas disponible. La carence en
manganèse, par exemple, elle est intéressante à observer. On voit souvent, elle est
facile à détecter parce que souvent ça fait des vagues et c'est plus beau là où on
passe, où les roues sont passées. En fait, les roues sont passées, elles ont rappuyé le
sol, donc le sol est un peu plus réduit. Et donc, du coup, le manganèse est disponible.
Mais si le sol est trop oxydé, je pense au sol de craie où on a souvent des carences en
manganèse parce que le sol est trop soufflé. Du coup, le manganèse n'est pas
disponible parce que le sol est trop oxydé. Donc, du coup, ça a tout cette toute cette
mécanique. Et donc du coup, on sait que le manganèse, s'il n'y en a pas, il n'y a pas de
photosynthèse. Parce que le manganèse, il est indispensable à l'enzyme qui coupe la
molécule d'eau pour pouvoir lancer la photosynthèse. Donc s'il n'y a pas de
manganèse, il n'y a pas de photosynthèse. D'où les retards de croissance entre les
passages de roues rapuyer et les passages de sol où il n'y a pas eu de rapuis. Avec les
agriculteurs que je accompagne, on travaille vraiment sur cette approche nutritive pour
amener aussi de la résilience et du coup aller le plus loin possible dans nourrir et
optimiser la nutrition pour avoir des plantes en bonne santé et donc moins sensibles à
des maladies. Et donc par de la nutrition on arrive à arriver à à réduire le nombre
d'interventions chimiques pour les conventionnels et à trouver aussi des solutions
quand on est en bio où on voit des plantes mieux nourries et donc moins sensibles et
moins vulnérables aux maladies.
Lennan Bate: Récemment, on a pas mal parlé des produits de synthèse en agriculture,
notamment chez la betterave, les noisettes un peu aussi. Ce qu'on peut observer, c'est
notamment sur cette histoire du manganèse, le glyphosate précipite le manganèse,donc on va voir très vite une baisse de manganèse dans les plantes et puis dans le sol,
une fois qu'on a appliqué du glyphosate. Et c'est ce qu'on peut voir aussi sur plein
d'autres produits de synthèse, c'est qu'ils vont en réalité diminuer la capacité
photosynthétique de la plante. et donc la rendre en réalité plus vulnérable à des
attaques, notamment d'insectes. C'était Francis Chaboussou qui parlait de ça avec son
principe de tromphobiose. Donc, quels seraient les leviers pour éventuellement se
passer de produits de synthèse, notamment sur, peut-être pour commencer au bas de
la pyramide, les insectes piqueurs-suceurs ?
Baptiste Maître: L'approche est basée sur essayer de coupler plusieurs leviers. Dans la
dernière étape de régénération des sols, on parle de la nutrition, mais on travaille aussi
beaucoup avec des extraits fermentés de plantes, avec de la vitamine C, avec des
acides aminés. On couple les leviers. et on essaye d'amener de la diversité au niveau
nutritif. Donc du coup, on construit avec les agriculteurs des itinéraires techniques où
on essaye d'actionner plusieurs leviers. C'est-à-dire que ce n'est pas juste j'amène du
manganèse et ma plante va aller mieux, mais on essaye de jouer sur tous les leviers.
Les extraits fermentés de plantes sont vraiment un levier intéressant. L'alifofer qu'on a
utilisé pour le sol, on l'utilise aussi en végétation. il y a vraiment diversifié l'approche
nutritionnelle pour accompagner au mieux le végétal. Donc du coup en fait c'est plutôt
une approche où ou le fait d'avoir travaillé l'oxydoréduction, on comprend un peu les
mécanismes. Donc OK, si j'amène des produits chimiques, je vais oxyder ma plante. Et
la bonne santé, on sait qu'elle est plutôt en milieu acide réduit, donc c'est comment est-
ce que je vais faire pour maintenir le plus longtemps possible ma plante en milieu acide
réduit et éviter qu'elle s'oxyde et du coup qu'elle devienne sensible à des maladies de
la végétation. Donc l'approche, c'est plutôt de se dire, par exemple, le désherbage, c'est
un poste sur lequel c'est compliqué. On n'arrive pas, on n'a pas trouvé encore de
palliatif. Donc ok, je désherbe, mais notamment à l'automne sur des céréales. Parcontre, dès que j'ai fini le désherbage, 10-15 jours après, je viens rééquilibrer ma plante
pour pour qu'elle passe l'hiver par exemple en milieu acide réduit. Ou alors je vais
rajouter un peu d'acide aminé dans mon désherbage pour que la plante elle se
détoxifie plus vite. On voit bien qu'il y a des programmes ou des produits qui ont
tendance à marquer un peu les cultures et pendant 10-20 jours elles sont bloquées,
c'est de trouver le palliatif pour essayer de les débloquer et qu'on repart tout de suite
dans de la photosynthèse et un milieu équilibré. Donc c'est plutôt jouer sur ces leviers
d'action en essayant d'accompagner au mieux la plante et en ayant compris un peu ce
qu'on fait. C'est ce qu'on fait quand on Ok, je veux travailler le moins possible mon sol,
mais il ne faut pas que je sois dogmatique non plus, et du coup il faut que j'aille jusqu'à
accompagner. Donc si je travaille le sol, comment est-ce que je peux accompagner ?
Donc là, les fermes en lactique, ça peut être un levier pour pouvoir aider. à rééquilibrer
le sol, parce que je viens réduire le milieu, donc c'est un peu pareil pour les plantes,
c'est accompagné par la nutrition, on sait que la plupart des oligo-éléments sont
réducteurs, donc on amène un côté équilibre de la plante, et puis après l'enjeu c'est de
les rendre biodisponibles pour que la plante puisse les avoir, et c'est là où l'analyse de
sel va permettre de contrôler un peu si ce que j'ai apporté a bien été efficace, assimilé,
et du coup permet à la plante d'en disposer pour pouvoir amener une résistance aux
maladies et une appétence. Pour l'anecdote, j'ai fait des essais aussi avec du thé de
compost oxygéné. C'était un essai où on cherchait la dose optimum parce qu'on
découvrait la technique. Donc on avait fait pas du tout de thé de compost, du thé de
compost à 30 litres, du thé de compost à 50 litres. plus j'avançais, c'était une parcelle
de pommes de terre, plus j'avançais dans l'essai, moins il y avait de doryphores. Donc
à 0 il y avait des doryphores comme dans toute la parcelle. À 30, il y avait un peu moins
de dorifort, et à 50, il y avait encore moins de dorifort. Et le pulvé avait pris un virage, et
du coup, les doriforts restaient vraiment dans le virage, ils ne rentraient pas dans la
bande qui avait reçu du thé de compost. Et le thé de compost, en oxygéné, on sait qu'ily a des micro-organismes, il y a des oligo-éléments, et du coup, on avait une couleur
de feuille de pomme de terre qui était différente, et du coup, une appétence qui était
moins importante. En travaillant sur ce rééquilibrage nutritif, on peut arriver à diminuer
la pétence des plantes parce que les plantes ne tombent pas malades, elles sont
malades parce qu'elles sont à un niveau qui favorise le ravageur. On sait que chaque
micro-organisme se développe à un niveau de pH et d'oxydoréduction particulier, donc
si on sort le milieu de cette zone-là, on a moins de place pour que le pathogène puisse
se développer ou le ravageur.
Lennan Bate: C'est effectivement une observation qui est très agréable à voir quand on
voit une parcelle qui n'a pas une seule attaque d'insectes et qu'on voit les insectes
voler, chercher, se poser sur la feuille et puis repartir parce qu'effectivement c'est pas
leur nourriture, qu'ils sont pas intéressés par cette plante.
Baptiste Maître: Et pour revenir sur le cas du puceron, on comprend vraiment le lien
avec le sucre. En fait, si on a une plante qui est en bonne santé, elle fait beaucoup de
photosynthèse. Qui dit beaucoup de photosynthèse dit beaucoup de sucre. Et en fait,
qu'est-ce que le puceron déteste, c'est le sucre. Donc s'il y a trop de sucre, il va plutôt
chercher à p***** une autre plante plutôt qu'une plante qui est gorgée en sucre, parce
qu'il n'a pas de système digestif pour pouvoir assimiler ou réguler le taux de sucre, il
n'a pas de pancréas comme nous, et donc du coup il risque de faire une cirrhose si il
mange trop de sucre, parce qu'il ne sait pas le réguler. Donc si on a bien accompagné
la nutrition des plantes, on peut le démarrer. Après, la difficulté c'est toujours dans les
stades jeunes, parce que dès qu'il y a des feuilles, on peut arriver à intervenir et
accompagner, mais il y a des ravageurs qui attaquent vraiment au stade plantule, et là
c'est plus compliqué. On fait des essais avec des enrobages de semences, mais ce
n'est pas encore non plus la panacée, mais ça peut être un levier pour essayerd'accompagner. en disant autour de la graine je mets tout ce qu'il faut mais il y a peut-
être encore des trous dans la raquette et il faut optimiser ce levier là mais ça peut être
aussi un levier de travail sur l'assemence pour pouvoir améliorer cette vigueur au
démarrage et avoir tous les éléments pour pouvoir démarrer la culture.
Lennan Bate: Effectivement, je crois que c'est un des gros leviers, c'est la qualité de la
semence, et je sais que John Kempf avait pas mal travaillé là-dessus, notamment avec
certains produits qu'il a développés, où il apporte pas mal d'oligo-éléments sous forme
K-LAT pour que la graine absorbe tout ça, et effectivement quand elle démarre, elle a
tout de suite un équilibre protéinique bien plus complet, et donc est moins susceptible
d'être attaquée sur des stades jeunes. Alors peut-être on va retourner les choses dans
l'autre sens. Qu'est-ce qu'il faudrait faire pour... Quel serait le protocole pour favoriser
au maximum les pucerons dans ma parcelle ? Comment je ferais pour être sûr d'avoir
des problèmes ?
Baptiste Maître: Ce qui les attire vraiment fort c'est l'azote libre dans la plante. En fait il
faut une photosynthèse, il faut peu de sucre dans la sève et beaucoup d'azote libre. En
fait le puceron c'est un peu pour moi le détox de la plante entre guillemets. Souvent
c'est qu'il y a un problème d'assimilation de l'azote. où la plante s'est gavée en azote, et
elle ne s'est pas la transformée en fait pour que la protéosynthèse, c'est vraiment la
deuxième étape après la photosynthèse, la protéosynthèse, c'est comment est-ce que
je peux transformer l'azote de la plante, parce que l'azote normalement dans la plante,
elle ne reste pas libre, elle est transformée en acide aminé pour faire des parois, du
squelette, et donc si j'ai beaucoup d'azote libre dans la plante, Ça veut dire que la
protéosynthèse ne fonctionne pas bien. Et le puceron, comme il adore ça, il vient un
peu détoxifier la plante en absorbant de l'azote libre. Donc plus j'ai d'azote libre, plus
ma plante va être sensible aux pucerons, va être répétante pour les pucerons.Lennan Bate: Tout à l'heure tu parlais du thé de compost, on entend souvent que le
risque c'est la suroxydation, et notamment sur des sols qui vont être travaillés, donc on
va risquer de suroxyder encore plus ces sols. Est-ce qu'il y a des situations où ce serait
intéressant d'appliquer des thés de compost, peut-être sur des prairies non travaillées,
ou comment ça se passe ?
Baptiste Maître: Oui, de toute façon, même sur toutes les cultures, c'est un outil qui est
intéressant, qui aide vraiment la plante. Il y a un peu tout qui est disponible. Ce n'est
pas parce que c'est oxygéné que c'est forcément oxydé. On a un peu fait le raccourci
en disant qu'il y a de l'oxygène, c'est oxydé. C'est un peu un abus de langage. Si on
écoute Olivier Husson, il en parle très bien. et beaucoup mieux que moi. Mais du coup,
ça veut dire que c'est pas parce que c'est oxydé, c'est plutôt avoir des micro-
organismes qu'on a multipliés en aérobie. Et donc du coup, le seul inconvénient de
cette technique, c'est qu'il faut vraiment les épandre en aérobie. C'est-à-dire que c'est
pas un produit qu'on va pouvoir stocker, et donc dès qu'il est prêt, il faut intervenir, mais
ça veut dire qu'il faut avoir anticipé les conditions de météo pour être sûr qu'au b*** de
24 ou 36 heures, on ait bien les bonnes conditions. Donc dans la mise en œuvre, ce
n'est pas évident. Et puis, il faut faire des gros volumes. Dans le côté pratico-pratique,
ce n'est pas toujours par là qu'il faut commencer. C'est pour ça que j'aime bien plutôt
travailler avec des extraits fermentés, parce qu'on les multiplie un peu comme les
fermes en lactique, en anaerobie. Une fois que c'est fini, on ferme l'IBC, on peut les
stocker pendant un en voir deux ans. Et ensuite, dès qu'on en a besoin, on ouvre le
bidon et c'est parti. Alors que le thé de composte oxygéné, il faut arriver, il faut faire
chauffer l'eau, il faut préparer le système, il faut 24 à 36 heures pour que la
multiplication se fasse en aérobie. Et ensuite, il faut être sûr, comme les météos sont de
moins en moins fiables, c'est une technique qui est qui est intéressante, on a vu
vraiment les bénéfices, mais les agriculteurs n'ont pas persévéré plus que ça danscette technique parce que c'est un peu trop compliqué à mettre en œuvre sur des
grosses surfaces. Sur des petites surfaces, ça peut se gérer, mais sur des grosses
surfaces, ça devient compliqué. Dès qu'on ascend 200 hectares de pommes de terre, il
faut trouver l'organisation, on ne peut pas le mélanger avec le fongicide, donc il faut
refaire un passage. ça complexifie un peu les choses. Donc je pense que dans la phase
de régénération, il faut d'abord démarrer par ce qu'on a dit, équilibrer ses sols au
niveau de la chimie, regarder les structures de sol, travailler avec les déferments
lactiques et puis ensuite on peut amener ça. Mais en tout cas, on a quand même vu
des bénéfices, donc ce n'est pas une technique inintéressante, mais c'est la façon de la
mettre en œuvre à grande échelle.
Lennan Bate: La VINFA, je crois qu'on parlait également de l'importance de la qualité
de l'eau.
Baptiste Maître: En fait, la qualité de l'eau, elle est vraiment centrale dans tout ce qu'on
fait. On passe par l'eau pour mettre des produits de synthèse, on passe par l'eau pour
multiplier des micro-organismes, et on sait que la qualité de l'eau, elle est
indispensable. Mais déjà, rien que si on s'intéresse un peu aux produits de synthèse,
on sait que la demi-vie des produits, elle évolue en fonction du pH. Et donc, il y a des
produits où, à pH 7, la demi-vie du produit, elle est de 30 minutes ou 5 minutes. Du
coup, ça veut dire que, rien que déjà en modifiant le pH, on améliore la durée du
produit. En tout cas, on ne perd pas la moitié des molécules parce qu'elles sont
mobilisées. Et puis après il y a aussi toute la partie minéralité de l'eau qui peut aussi
nous amener des problématiques, notamment le calcium. Moi je travaille dans les
Hauts-de-France, on a des eaux très calcaires et on sait que le calcium peut mobiliser
ou capter des éléments, donc du coup on perd aussi de ces choses-là. Donc dès qu'on
ramène une filtration, qu'on gère la conductivité, qu'on gère le pH, on retrouve déjà del'efficacité et on pourrait arriver à à diminuer les doses. Donc du coup, la qualité de
l'eau, elle est vraiment primordiale. Et après, quand on cherche à multiplier des micro-
organismes, c'est encore plus vrai parce que c'est un peu un garde-fou. Si vous mettez
des micro-organismes et du sucre dans de l'eau et que vous voyez qu'il ne se passe
rien, ça veut dire qu'il y a une problématique. Et ça pose vraiment vraiment en question
et on voit qu'on regagne de l'efficacité en mettant des systèmes de vortex où on
améliore l'eau et donc du coup la capacité à multiplier des micro-organismes, elle est
plus réceptive à accueillir la vie.
Lennan Bate: Alors parlez-nous un petit peu de ton groupe de travail, des agris avec
qui tu travailles, qu'est-ce que vous faites, je sais que vous faites des rencontres, parlez-
nous un petit peu de ça.
Baptiste Maître: Il y a des groupes où on se voit 5-6 fois dans l'année. J'ai 3-4 groupes
ou 5-6 groupes comme ça. C'est des groupes un peu locaux. Moi je suis plutôt
l'animateur et puis après j'apporte du savoir. L'idée en fait à chaque fois c'est de faire
des tours de plaine pour échanger sur de la technique à différents moments de l'année.
On essaie aussi dans ces groupes-là d'avoir une partie expérimentation, c'est-à-dire
amener que chacun fasse un essai pour alimenter le groupe et puis faire avancer un
peu les choses. Après, il n'y a pas de contrainte sur le sujet, chacun travaille un peu sur
ce qu'il a envie, c'est bien de pas mettre de cadre de ce côté-là. Par contre, moi, je
m'engage à faire le suivi et du coup, parce que souvent, c'est ce qui manque. de... Il y a
beaucoup de gens qui font des essais, mais 80% du temps, les essais ne sont pas
capitalisés parce qu'il n'y a personne pour aller mesurer ou être là, dire attention, on a
ça. Moi, je fais un peu le garde-fou en disant, il y a l'essai, quand est-ce qu'il faut le
récolter ? Et le fait d'être là, ça permet de mesurer et d'avoir des données. Et après on
est plutôt partisan des bandes que des micro-parcelles, parce que c'est plus compliquéà mettre en œuvre. Donc on essaye de faire des bandes. C'est pas toujours évident,
surtout en pulvérisation, ça veut dire qu'il faut avoir un bidon en plus dans son tracteur
ou son pulvé. Mais du coup ça c'est vraiment important. Et donc ça c'est des groupes
un peu locaux qu'on que j'anime et après on essaye aussi d'organiser avec ces
groupes là, notamment tous ceux qui