
Les podcasts de l'éco à venir
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S1 Ep 35Qu’est-ce que l’hyperinflation ?
Voix : Léa Dauphas et Pierre-Olivier Beffy Texte : Tom Lacroix (ENSAE) Qu’est-ce que l’hyperinflation ? On s’inquiète de l’inflation quand elle est trop forte, mais alors l’hyperinflation, ça doit être terrible ? Oui l’hyperinflation correspond comme son nom l’indique à une inflation extrêmement élevée. C’est par exemple, des prix qui doublent tous les jours au Zimbabwe en 2008 ou l’hyperinflation allemande en 1923 avec des prix qui augmentent de 20% par jour… De manière conventionnelle, on considère généralement qu’un pays fait face à de l’hyperinflation lorsque le niveau général des prix augmente de plus de 50% par mois. Avec de telles envolées des prix, cela traduit un effondrement de la confiance dans la monnaie ! Tout à fait et c’est même pire : souvent l’hyperinflation conduit à la perte généralisée de confiance dans l’Etat et ses institutions. Nous avons également vu que l’inflation était un reflet des valeurs sociétales dans un précédent podcast. Avec l’hyperinflation, c’est la société qui se délite : un kilo de pommes de terre peut valoir plus qu’un piano ou que des œuvres d’art rares… avec l’hyperinflation, l’épargne perd toute sa valeur et les revenus deviennent insuffisants pour acheter les biens essentiels. Mais comment peut-on arriver à des taux d’inflation aussi délirant ? L’hyperinflation est souvent la conséquence d’une émission monétaire excessive, souvent pour payer des dépenses de l’Etat ou faire face à une dette publique colossale. Par exemple, pendant la République de Weimar, dans les années 1922-23, la planche à billet tournait à plein régime. Pour résoudre l’hyperinflation, il faut mettre en place un remède drastique et douloureux, fait d’austérité budgétaire et de resserrement monétaire, pour restaurer la confiance dans la monnaie. Parfois, les gouvernements tentent de changer de monnaie… Donc si je résume, l’hyperinflation correspond à une inflation de plus de 50 % par mois. Elle est due à une perte de confiance dans la valeur de la monnaie et reflète une situation sociale et politique explosive.
S1 Ep 34Qu’est-ce que la déflation ?
Voix : Léa Dauphas et Pierre-Olivier Beffy Texte : Pierre-Olivier Beffy Qu’est-ce que la déflation ? Dans le précédent podcast, nous avons parlé de stagflation, un régime d’inflation et de chômage élevés. La déflation, c’est un régime d’inflation basse et de chômage élevé ? Oui, en quelque sorte. Plus précisément, la déflation est un régime d’inflation basse et de croissance faible. Certains pensent que la déflation correspond à un régime de baisse des prix. C’était le cas lors de la Grande Dépression des années 1870 aux Etats-Unis. Et dans ce cas, comme c’est moins cher demain, les ménages diffèrent leurs achats amplifiant le choc négatif sur l’économie aujourd’hui. Mais depuis la généralisation de la monnaie papier, on observe rarement de baisse généralisée des prix. Dans ce cas, pourquoi parle-t-on de déflation ? En fait, le régime de déflation intervient généralement à la fin d’un long cycle d’endettement. L’éclatement d’une bulle sur le prix des actifs peut conduire à un effondrement de la valeur des actifs par rapport aux dettes dans l’économie. L’économie doit alors se désendetter, ce qui peut être très douloureux. Cela nécessite pour les ménages, les entreprises ou l’Etat, de couper dans les dépenses. Dans tous les cas, l’économie souffre et l’inflation baisse fortement à cause de la baisse de la demande. C’est pour cela qu’on parle de déflation par la dette. Mais est-ce qu’il existe des solutions à la déflation ? Il faut bien comprendre que, dès le départ, le problème vient d’une accumulation excessive de dette par rapport à des prix des actifs immobiliers ou financiers déconnectés de la réalité. Il y a donc un prix à payer pour cet ajustement. Mais ce prix à payer peut être étalé dans le temps. C’est pour cela que les gouvernements peuvent augmenter les déficits publics pour soutenir l’économie et que les banques centrales vont par exemple acheter les actifs pour faire remonter leur prix et éviter un déséquilibre entre dettes et actifs trop important. Certains prônent des solutions radicales comme faire défaut sur les dettes. Une restructuration des dettes peut être envisager, mais plus elle est importante et plus l’économie risque de s’effondrer si une crise de confiance se transforme en crise de liquidité. Donc si je résume, la déflation est un régime d’inflation basse et de croissance faible. Elle intervient après une accumulation excessive de dettes et des bulles sur les prix des actifs. On peut en atténuer les effets négatifs dans le temps, mais pas les gommer complètement !
S1 Ep 33Qu’est-ce que la stagflation ?
Voix : Léa Dauphas et Pierre-Olivier Beffy Texte : Tom Lacroix (ENSAE) Qu’est-ce que la stagflation ? La stagflation condense les mots “stagnation” et “inflation”. Il correspond à l’association d’une inflation élevée et d’une croissance économique relativement faible, n’est-ce pas ? Oui, mais attention, la stagflation est un régime économique que nous avons par exemple connu dans les années 1970. Aujourd’hui certains parlent de stagflation depuis la crise sanitaire avec la hausse de l’inflation et la croissance modérée. Mais il y a une grande différence : dans les années post-Covid, le chômage était bas, alors qu’il était très élevé dans les années 1970. Donc la stagflation est une période de croissance faible associée à un chômage élevé et à une forte inflation. Généralement elle dure plusieurs années. Mais comment arrive-t-on à une stagflation ? Souvent la stagflation arrive après une période économique faste, où la demande en biens et services a augmenté fortement, mais où la production ne suit plus. Elle est généralement associée à une période de baisse de la productivité dans un cycle long d’innovation. Demande forte et baisse de la productivité conduisent également à une forte hausse du coût des matières premières, et notamment de l’énergie : pour faire simple, la demande tire trop sur les ressources primaires. Dans ce cadre, une simple étincelle géopolitique comme la guerre du Kippour en 1973 conduit à une explosion des coûts des matières premières qui déstabilise l’économie. Mais cela n’explique pas pourquoi la stagflation va être durable ? On a connu des chocs de prix des matières premières sans stagflation. En effet, comme nous l’avons dit, la stagflation est une période qui suit souvent une période économique faste. Cela veut dire que les gens se sont habitués à voir leur revenu progresser fortement. Avec la hausse des prix, ils vont chercher à obtenir des salaires plus élevés, ce qui va mettre à mal la profitabilité des entreprises, donc l’investissement et l’emploi. En outre, avec la hausse des salaires, les entreprises peuvent être contraintes d’augmenter encore plus leur prix. On entre dans un cercle vicieux inflationniste alors que l’économie s’affaiblit. Si on résume, la stagflation est une période de croissance faible associée à un chômage élevé et à une forte inflation. Elle suit généralement une période faste de demande très forte. Pour ceux qui veulent avoir encore plus de détails, n’hésitez pas à aller voir nos vidéos explicatives sur les cycles longs sur le site internet de l’éco à venir !

S1 Ep 32Quels sont les régimes d’inflation ?
voix : Léa Dauphas et Pierre-Olivier Beffy Texte : Pierre-Olivier Beffy Quels sont les régimes d’inflation ? Dans notre précédent podcast sur l’inflation, nous avons vu que la variation des prix peut être un phénomène durable. Dans ce cas, peut-on parler de régimes d’inflation ? En effet, on observe de grandes périodes au cours desquelles l’inflation est faible, et d’autres, où elle est très élevée. Ainsi, l’inflation a été structurellement basse entre 2000 et 2020. Durant ces deux décennies, l’inflation restait faible malgré tous les efforts des banquiers centraux pour la faire monter un peu. Au contraire, l’inflation était très élevée dans les années 1970 à cause des chocs pétroliers à répétition et de la hausse automatique des salaires. On parlait alors de stagflation, car l’inflation était forte et le chômage élevé. On appelle stagflation un régime d’inflation forte avec un chômage élevé. Mais comment appelle-t-on un régime d’inflation basse, semblable à celui observé entre 2000 et 2020 ? Dans ce cas, la plupart des experts évoquent la déflation. Mais, pour être précis, d’un point de vue monétaire, la déflation correspond à une période de baisse des prix. Ce type de situation a été notamment observé au 19ème siècle. Toutefois depuis la généralisation de la monnaie papier, les périodes de baisse des prix sont très rares. Même au Japon, la déflation qui a commencé en 1994 ne s’est pas traduite par une baisse des prix mais par une absence d’inflation. Stagflation… déflation… ce sont les seuls régimes d’inflation ? Il existe des périodes intermédiaires ! En effet, on a déjà observé de longues périodes entre ces phases de stagflation et de déflation. Par exemple, au cours des deux décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, l’inflation progressait de façon quasi constante, à comparer avec le régime de déflation des années 1930 et la stagflation des années 1970. Au contraire, entre 1980 et 2000, on a observé une baisse graduelle et continue de l’inflation, entre la stagflation des années 1970 et le régime de basse inflation à partir de 2000. Donc si je résume, l’inflation donne lieu à des cycles longs de plusieurs décennies. Ces cycles sont caractérisés par des phases d’inflation basse ou élevée, et également par des phases de transition entre la stagflation et la déflation. Au moment où nous enregistrons ce podcast, en 2023, on est sans doute proche de la fin de la déflation et nous allons sans doute évoluer vers un régime d’inflation proche de celui de l’après-guerre pendant les deux prochaines décennies. Et pour ceux qui veulent en savoir plus, n’hésitez pas à aller sur le site internet de l’éco à venir où des vidéos explicatives sur les cycles longs sont disponibles !

S1 Ep 31Inflation temporaire ou durable ?
Voix : Léa Dauphas et Pierre-Olivier Beffy Texte : Pierre-Olivier Beffy Inflation temporaire ou durable ? Avec la crise sanitaire et la guerre en Ukraine, certains experts expliquent que l’inflation est en partie temporaire et en partie durable. Qu’en est-il exactement ? On peut en effet dire qu’une partie de l’inflation qui a suivi la crise sanitaire et la guerre en Ukraine est temporaire. Ainsi, l’une des conséquences de la crise sanitaire fut d’entrainer une très forte augmentation des coûts logistiques, le secteur des transports étant presque totalement à l’arrêt. Mais une fois que la situation est revenue à la normale, le coût de transport de marchandise a reculé à son niveau d’avant-crise. Même chose pour les prix du gaz ! En janvier 2023, moins d’un an après le début du conflit, ils étaient inférieurs à ceux observés avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Dans ce cas, pourquoi certains experts parlent-ils d’inflation durable ? Même si une partie de l’inflation est temporaire et disparaîtra, il est également probable que l’inflation va structurellement augmenter. Pourquoi ? Parce qu’une situation de forte inflation déstabilise l’économie. Prenons le cas des ménages. Logiquement, lorsque l’inflation est très forte, ils réclament à leur employeur des hausses de salaire plus importantes que la normale afin de préserver leur pouvoir d’achat. En conséquence, pour préserver leur rentabilité, les entreprises augmentent leurs prix de vente pour amortir le renchérissement des coûts salariaux. Cette réaction en chaine nourrit l’inflation. C’est ce qu’on appelle la boucle prix-salaire. Mais on a l’impression que l’inflation était revenue avant même la crise sanitaire et la guerre en Ukraine. En effet, avant même ces événements, l’inflation pointait déjà le bout de son nez, essentiellement pour des raisons liées à la démographie. Je m’explique : les babyboomers sont plus nombreux à partir à la retraite que les nouvelles générations qui arrivent sur le marché du travail ; par ailleurs, les emplois des babyboomers n’attirent pas forcément les jeunes générations. Pour ces raisons, notamment, bien avant la crise sanitaire, des tensions sont donc apparues dans certains secteurs, provoquant des augmentations de salaires. Le manque de bras et de cerveaux étaient particulièrement palpables dans les pays qui avaient imposé brutalement des conditions très restrictives à l’immigration. Citons le Royaume-Uni post-Brexit et les Etats-Unis au cours de la mandature de Donald Trump. Donc si je résume, l’inflation peut être un phénomène temporaire mais également durable. Tout dépend des causes sous-jacentes de l’inflation. Vous en saurez plus dans sur ce sujet en écoutant notre prochain podcast consacré aux régimes d’inflation !

S1 Ep 25Quel est l’impact de l’inflation sur les finances publiques ?
Voix : Daniela Ordonez et José Bardaji Texte : Pierre-Olivier Beffy Quel est l’impact de l’inflation sur les finances publiques Dans l’histoire, l’inflation a souvent été considérée comme quelque chose de positif pour les finances publiques. Pourquoi l’inflation est-elle bonne pour les finances publiques ? La question n’est pas si simple ! Prenons d’abord l’angle de la dette publique. Ce qui intéresse généralement les économistes, c’est le ratio dette publique sur PIB en euros courants. C’est une mesure de la capacité de l’économie à rembourser la dette. Plus il y a d’inflation et plus le PIB en euros courants monte rapidement. Cela a donc spontanément tendance à faire diminuer le ratio. En d’autres termes, la valeur de la dette publique diminue en part de PIB. Ca ressemble à de la magie ! Oui, mais il y a un autre paramètre : le solde budgétaire. S’il y a un excédent budgétaire, l’inflation va accélérer la baisse de la dette publique en part de PIB. Au contraire, si on a un déficit budgétaire, l’inflation peut alors ne pas être suffisamment forte pour compenser l’augmentation de la dette publique due au déficit budgétaire. Cela peut d’ailleurs rendre l’inflation hors de contrôle et mener à l’hyperinflation. Mais est-ce que l’inflation n’améliore pas également le solde budgétaire ? C’est possible ! Les recettes des administrations publiques sont souvent indexées sur l’inflation. Par exemple, la hausse des prix à la consommation conduit à la hausse des recettes de la TVA. L’augmentation des salaires accroît également les cotisations sociales. C’est pour cela d’ailleurs que la situation budgétaire a été meilleure que prévu après la crise sanitaire : les recettes fiscales surprenaient à la hausse ! Malheureusement, une partie des dépenses des administrations publiques est également indexée sur l’inflation comme les retraites ou le salaire minimum. Comme cette indexation se fait avec un retard généralement d’un an, l’Etat y gagne un peu, mais il est rattrapé par des dépenses qui augmentent à nouveau. On peut aussi ajouter les dépenses exceptionnelles pour protéger le pouvoir d’achat des ménages ? Et oui ! l’inflation est spontanément plutôt bonne pour l’Etat, mais mauvaise pour les ménages et parfois les entreprises. C’est d’autant plus un problème quand l’inflation est importée comme dans le cas de la hausse des prix des matières premières après la crise Covid ! Et puis, pour finir, qui dit plus d’inflation, dit aussi taux d’intérêt qui montent, donc une charge d’intérêt qui augmente pour l’Etat ! D’accord donc si je résume, l’inflation fait spontanément baisser la dette publique en proportion du PIB. L’effet sur le solde budgétaire est plus ambigu car si l’inflation augmente les recettes fiscales, elle accroît aussi les dépenses publiques et la charge d’intérêt à payer sur la dette publique.

Ep 24Quel est l’impact de l’inflation sur la consommation ?
Voix : Daniela Ordonez et José Bardaji Texte : Tom Lacroix, jeune ENSAE Quel est l’impact de l’inflation sur la consommation ? Quand l’inflation monte brusquement, les salaires ne suivent pas immédiatement. L’inflation rogne alors le pouvoir d’achat des ménages. Moins de pouvoir d’achat, c’est moins de consommation ? Tout à fait, l’inflation diminue le pouvoir d’achat du revenu mais également celui de l’épargne. L’impact négatif de l’inflation sur la consommation a donc deux jambes. La première est que si les salaires ne suivent pas l’inflation, je ne peux plus acheter autant qu’avant. Eventuellement, je peux réduire mon épargne. Mais les ménages les plus modestes n’ont pas beaucoup d’épargne, donc leur capacité à amortir la baisse de leur pouvoir d’achat par l’utilisation de leur épargne est limitée. Et la seconde jambe de cet impact négatif sur la consommation ? Et bien même pour les ménages qui ont une capacité d’épargne plus importante, le pouvoir d’achat de leur épargne baisse. Ils peuvent donc avoir tendance à augmenter leur capacité d’épargne pour préserver leur capacité d’achat futur. Au final, si l’inflation est temporaire et peu importante, les ménages vont plutôt taper dans leur épargne pour amortir le choc. Mais si l’inflation est perçue comme permanente et de forte amplitude, l’effort d’épargne peut augmenter. Donc on le voit, une hausse de l’inflation attaque le pouvoir d’achat du revenu aujourd’hui et peut forcer les ménages à davantage épargner, ce qui amplifie l’impact négatif sur la consommation. Mais a-t-on également des impacts sur la structure de la consommation ? Effectivement, on observe que les consommateurs changent leurs manières de consommer en reportant leurs achats non essentiels et en substituant certains produits pour d’autres moins chers. Parfois sur certains produits, on observe aussi des effets surprenants. Par exemple, si un achat important est nécessaire et avait été prévu de longue date, le ménage peut alors précipiter l’achat pour éviter de payer plus cher demain ! Et puis il y a les effets indirects : plus d’inflation, ce sont des taux plus élevés, donc du crédit plus cher. Cela diminue la capacité d’emprunt et donc de consommation des ménages. Si je résume, une inflation trop importante tend à réduire la consommation de manière générale à travers la baisse de pouvoir d’achat des consommateurs. L’effet est plus ou moins important suivant le comportement d’épargne et le changement des conditions d’emprunts… et il n’est pas le même suivant les produits consommés !
S1 Ep 23Les retraites sont-elles protégées de l’inflation ?
Voix : Daniela Ordonez et José Bardaji Texte : José Bardaji Les retraites sont-elles protégées de l’inflation ? Le montant des retraites n’est pas figé dans le marbre. Il est réévalué chaque année pour tenir compte du coût de la vie. Une hausse de l’inflation s’accompagne ainsi d’une hausse des retraites permettant aux retraités de conserver leur pouvoir d’achat, n’est-ce pas ? Tout à fait ! Et si les prix baissent, le montant de la pension de retraite est en revanche maintenu au même niveau. Les pensions de retraite de base sont réévaluées chaque 1er janvier en accord avec le code de la Sécurité sociale. Précisément, l’augmentation est calculée à partir de l’avant-dernier mois avant la revalorisation, et sur la base des 12 mois précédents sur l’ensemble des prix, hors tabac. Mais le calcul de l’augmentation des retraites a changé plusieurs fois depuis 2003 ? Oui. Depuis octobre 2016, l’augmentation est basée sur l’inflation de l’année précédente. Avant 2015, elle était basée sur une estimation de l’inflation pour l’année en cours, qui était ensuite ajustée selon l’inflation réelle de l’année précédente. Plus récemment, en 2019 et en 2020, le calcul des augmentations ne suivait pas cette règle, car elles ont été déterminées par les lois de financement de la Sécurité sociale. De plus, en 2022, en raison de la hausse brutale de l’inflation, les retraites ont été augmentées deux fois, une fois en janvier de 1,1% et une autre fois en juillet de 4,0%, pour compenser la hausse des prix. La date d’augmentation a aussi changé plusieurs fois : c’était le 1er janvier avant 2009, puis le 1er avril entre 2009 et 2013, le 1er octobre de 2014 à 2017, et enfin le 1er janvier à partir de 2019. C’est la même chose pour les retraites complémentaires ? Pour ce qui est des régimes de retraite complémentaires, (en général) non. Ce sont leurs conseils d’administration qui décident chaque année de la revalorisation de la valeur du point. La revalorisation peut donc être différente d’un régime à l’autre sauf pour les régimes dits alignés comme l’Ircantec, le régime complémentaire des contractuels de la fonction publique et la SSI qui est celui des indépendants. En résumé, les pensions de retraite sont revalorisées à hauteur de l’inflation en général. Mais attention, le système est très complexe avec un grand nombre d’ajustements. On trouve notamment des exceptions sur le niveau de la revalorisation, sur la date de revalorisation et tout dépend du régime de retraite de chacun !

S1 Ep 22Les salaires augmentent-ils plus que l’inflation ?
Voix : Daniela Ordonez et José Bardaji Texte : José Bardaji Les salaires augmentent-ils plus que l’inflation ? Nous venons de voir que l’inflation est neutre sur le pouvoir d’achat du SMIC. Est-ce également le cas sur les autres salaires ? Cela dépend de beaucoup de paramètres économiques ! Mais pour faire simple, les salaires ne sont pas automatiquement valorisés avec l’inflation. Et quand c’est le cas, ils peuvent l’être avec retard. Ainsi, dans la fonction publique, les salaires des fonctionnaires sont régulièrement ajustés pour tenir compte de l’inflation. Mais dans le secteur privé, les salaires ne suivent pas automatiquement l’inflation et au sein d’une même entreprise il peut y avoir beaucoup de différences. Si le SMIC est automatiquement indexé sur l’inflation, mais pas les autres salaires, on peut observer un tassement des salaires autour du SMIC ? En effet, on peut observer une plus grande concentration des salaires proches du SMIC après un choc d’inflation. Quand on a un salaire proche du SMIC et que le SMIC est revalorisé au-dessus de son salaire, alors le salaire augmente. En outre, pour éviter que le salarié se retrouve au SMIC, les entreprises vont souvent augmenter le salaire en proportion de l’inflation, ce qui ne sera pas forcément le cas pour les salaires plus élevés. Si les salaires ne suivent pas forcément l’inflation, quelles sont les conditions pour que le pouvoir d’achat augmente ? Plusieurs facteurs sont susceptibles de faire progresser le pouvoir d’achat. La productivité en fait partie. Si la productivité dans l’économie s’améliore, dans ce cas, les entreprises produisent davantage à un coût inférieur. Ce gain peut être versé sous forme de salaire ou répercuté sous forme de baisse des prix à la consommation. Les gouvernements peuvent aussi abaisser la fiscalité sur le travail ou la consommation. Enfin, n’oublions pas les conditions sur le marché du travail. Si l’économie est au plein emploi, le pouvoir de négociation des salariés est fort et ils pourront plus facilement négocier une hausse de salaire. Ce sera moins le cas pour une économie avec un chômage élevé. Si je résume, les hausses de prix ne se répercutent pas forcément sur tous les salaires et quand c’est le cas, cela peut prendre du temps. Les travailleurs payés au SMIC ou proches du SMIC ont une indexation assez forte de leur salaire à l’inflation. Mais la progression des salaires peut suivre voire dépasser l’inflation quand les gains de productivité sont élevés, lorsque la fiscalité est plus avantageuse pour les salariés ou lorsque le pouvoir de négociation des salariés est fort. C’est actuellement le cas dans les métiers en tension, comme certains métiers manuels ou les métiers du numérique.
S1 Ep 21Le SMIC protège-t-il de l’inflation ?
Voix : Daniela Ordonez et José Bardaji Texte : José Bardagi Le SMIC protège-t-il de l’inflation ? Y a-t-il un impact de l’inflation sur le SMIC ? Oui, une hausse de l’inflation s’accompagne d’une hausse du SMIC, à due proportion. Cette revalorisation du SMIC s’applique de manière périodique. A minima, elle a lieu une fois l’an, au 1er janvier. Par exemple, le SMIC a dernièrement été revalorisé d’environ +1,8 % au 1er janvier 2023. C’est moins que l’inflation, non ? En décembre 2022, l’inflation s’est élevée à près de 6 % ! Très juste, cette revalorisation a été inférieure à l’inflation mais c’est parce qu’il y en a eu d’autres sur la période récente ! Pour que le pouvoir d’achat des salariés rémunérés au Smic soit protégé de l’inflation au cours de l’année, le SMIC est automatiquement revalorisé dès lors que les prix progressent d’au moins 2 % depuis la dernière revalorisation. À ce titre, l’année 2022 est particulièrement illustrative. L’inflation a augmenté très fortement et donc les hausses du SMIC se sont succédées : hausse d’environ 0,9 % au 1er janvier 2022, de 2,6 % le 1er mai, de 2 % le 1er août et enfin de 1,8 % le 1er janvier 2023. Au total, le SMIC a ainsi augmenté de 6,5 % au cours de cette période, couvrant plus que l’inflation. Mais pourquoi la hausse du SMIC est-elle supérieure à l’inflation ? C’est vrai ! la différence peut avoir trois sources d’explication : (i) D’abord, dans la mécanique de revalorisation du SMIC, l’inflation n’est pas le seul élément. Le SMIC est également revalorisé automatiquement en fonction de la moitié de l’augmentation du pouvoir d’achat des salaires horaires moyens des ouvriers et employés. (ii) Ensuite, le SMIC peut aussi bénéficier d’un « coup de pouce », à la discrétion du gouvernement ce qui permet d’aller au-delà des deux dispositions automatiques évoquées précédemment. (iii) Enfin, l’indice d’inflation pris en considération est l’indice des prix à la consommation hors tabac du 1er quintile des ménages, lequel est généralement plus dynamique que l’inflation moyenne. En résumé, le Smic est au moins revalorisé à hauteur de l’inflation afin de préserver le pouvoir d’achat des salariés à ce niveau de rémunération. De ce fait, on peut dire que l’inflation est neutre sur le pouvoir d’achat du Smic.

S1 Ep 20Qu’est-ce que l’effet Cantillon ?
Voix : Clémentine Gallès et Stéphane Déo Texte : Stéphane Déo Qu’est-ce que l’effet Cantillon ? C’est une question surprenante mais très importante quand on veut comprendre comment la politique monétaire se diffuse dans l’économie et pourquoi elle peut créer des inégalités de patrimoine. Est-ce que tu peux commencer par nous présenter Monsieur Cantillon ? Mais avec plaisir ! Richard Cantillon est un économiste irlandais qui a vécu au début du XVIIIe siècle. Les bouleversements monétaires de cette époque ont probablement forgé ses théories. À la mort de Louis XIV, l’État est surendetté et dans les années qui suivent, le célèbre banquier John Law émet des quantités considérables de billets pour payer les dettes françaises. Cette création monétaire extravagante a conduit à une hausse rapide du prix des actifs tels que la Compagnie d’Occident en France ou la Compagnie du Mississipi en Angleterre. Puis, cette politique s’est conclue par un krach financier. Merci pour cette introduction ! Dans ce contexte, qu’est-ce que l’effet Cantillon ? Selon cette théorie, lorsque la masse monétaire augmente, les premiers à en bénéficier sont les détenteurs de monnaie qui peuvent dépenser leur argent avant que les prix n’aient augmenté. Cela peut inclure les banques, les investisseurs et les personnes qui ont des dettes à rembourser. Ils peuvent donc acheter immédiatement des biens et des services avant que leurs prix n’aient augmenté en réponse à l’augmentation de la masse monétaire. En revanche, les derniers à bénéficier de cette augmentation de la masse monétaire sont les personnes qui n’ont pas encore reçu l’argent. Les prix ont déjà augmenté avant qu’ils ne puissent dépenser leur argent, de sorte qu’ils se retrouvent à payer des prix plus élevés pour les biens et les services qu’ils souhaitent s’offrir. Cela me semble beaucoup d’actualité : une des critiques faites aux banques centrales est d’avoir augmenté les inégalités de patrimoine. Effectivement, pour éviter l’effondrement du système bancaire en 2008, et pour éviter les crises de liquidités pendant la crise sanitaire, elles ont émis énormément de monnaie. Cela a dans un premier temps soutenu le prix des actifs, puis les a même fait monter. Ce sont donc les détenteurs de patrimoine qui ont profité en premier de l’expansion monétaire. Maintenant que cet argent imprimé va effectivement dans l’économie, l’inflation a fait son retour, et donc cela bénéficie moins à la population. Cela ne veut pas dire qu’il ne fallait pas faire d’émission monétaire, car sinon l’économie se serait effondrée, mais l’effet Cantillon souligne que la transmission de la politique monétaire n’est pas immédiate et que ces effets sont inéquitables. En résumé, l’effet Cantillon décrit comment l’augmentation de la masse monétaire peut avoir un impact différent dans le temps et en intensité sur différents groupes de personnes, en fonction de leur position dans l’économie. C’est un peu comme les cryptoactifs : les premiers à les émettre gagnent toujours, mais ce n’est pas forcément le cas de ceux qui les utilisent après !

S1 Ep 19L’inflation est-elle un élément de la compétitivité d’une économie ?
Voix : Clémentine Gallès et Stéphane Déo Texte : Stéphane Déo L’inflation est-elle un élément de la compétitivité économique ? L’inflation, ce sont des prix qui montent donc on produit plus cher. Par définition, c’est donc mauvais pour la compétitivité d’une économie ? Non, pas forcément. Pourquoi ? Parce que les taux de change vont s’ajuster. Imagine que les prix doublent en Europe et restent inchangés aux Etats-Unis. L’Europe n’arrivera plus à vendre quoi que ce soit aux Etats-Unis, nos produits étant trop chers. Dans le même temps, l’Europe importera beaucoup d’Amérique puisque c’est moins cher. Dans cette situation, il faudra payer en dollars et donc acheter des dollars avec des Euros… Il y aura donc de plus en plus d’Euros en circulation et de moins en moins de Dollars … Résultat, l’Euro va perdre de sa valeur contre le Dollar. Jusqu’où l’Euro doit perdre de la valeur pour rétablir la compétitivité de la Zone euro ? Puisque les prix de production ont doublé dans mon exemple, l’Euro doit voir sa valeur divisée par deux. Dans ce cas, le prix de production n’a pas changé pour les étrangers puisque la hausse des prix est intégralement compensée par la dévaluation de l’Euro ! Oui mais si le taux de change est fixé ? C’est le cas au sein de la Zone euro, par exemple entre la France et l’Allemagne. Tu as raison : là mon argument n’est plus du tout valable. Si les prix de production en France doublent et ceux en Allemagne ne changent pas, la France perd tout simplement en compétitivité. Donc dans une zone monétaire une divergence d’inflation entre pays joue à plein sur la compétitivité. La France a d’ailleurs énormément perdu en compétitivité dans les années 2000 : l’Allemagne a réformé son marché du travail avec des politiques de limitation de l’inflation salariale et taxer plus fortement la consommation pour réduire la fiscalité sur les entreprises. Au contraire, en France, on diminuait le temps de travail, on stimulait la consommation et on taxait davantage les entreprises. D’accord, si je résume, une inflation plus forte peut détériorer la compétitivité. Mais le taux de change peut amortir cette baisse de compétitivité. En revanche, si le taux de change est fixe, les différences d’inflation entre pays conduisent à des problèmes de compétitivité et contribue à détériorer la balance commerciale.

S1 Ep 18L’inflation et les politiques économiques
Voix : Clémentine Gallès et Stéphane Déo Texte : Stéphane Déo L’inflation et les politiques économiques Est-ce que les politiques économiques influencent l’inflation ? Oui tout à fait ! Les politiques économiques visent à stimuler ou ralentir l’activité. Quand on stimule l’activité économique, cela conduit généralement à des hausses de prix car, parfois, la production peut mettre du temps à s’adapter à la demande de biens et services. Ne pouvant augmenter leur production, les entreprises augmentent leur prix de vente. Au contraire, quand on refroidit l’activité économique, les entreprises ont moins de débouchés et la concurrence par les prix se renforce , limitant l’inflation. Il y a trois types de politiques économiques : les politiques structurelles qui visent à changer l’environnement économique à long terme, les politiques budgétaires et les politiques monétaires. Tu peux nous donner un exemple de politique structurelle ? Pour moi un bon exemple est la politique de concurrence : elle cherche à défendre les intérêts des consommateurs, à lutter contre les monopoles et les pratiques anticoncurrentielles. Par exemple les autorités publiques peuvent combattre les ententes, ou les abus de position dominante d’une entreprise. Qui dit plus de concurrence, dit moins de hausses de prix pour le consommateur et un environnement où les entreprises les plus efficaces éliminent les moins performantes, de façon loyale pourrait-on dire. Et la politique budgétaire ? Une partie importante de la politique budgétaire consiste à amortir les cycles économiques au cours desquels l’activité fluctue à la hausse et à la baisse. Par exemple on parle de relance lorsque le gouvernement décide d’augmenter ses dépenses en temps de crises. Ce pilotage peut aussi se faire automatiquement, du moins en partie. En effet, en cas de récession, les allocations chômages distribuées augmentent et permettent d’amortir le choc négatif sur le revenu des ménages. A l’inverse en période de surchauffe économique, l’Etat devrait réduire ses dépenses pour ne pas rajouter de l’huile sur le feu. Malheureusement il est plus facile pour les gouvernements de dépenser que d’économiser ! Finissons par la politique monétaire. La maîtrise de l’inflation est un objectif primordial des banques centrales. Dans le cas de la BCE, c’est même explicitement son objectif principal. Nous avons une série de podcast qui explique en détail tous ces mécanismes. Mais grosso modo, la Banque centrale modifie également les conditions de financement de l’économie pour la stimuler ou la refroidir ! Quand elle les augmente, le coût du crédit est plus élevé ce qui refroidit les appétits des ménages et des entreprises. Et inversement quand elle les baisse. Donc pour résumer, les politiques publiques ont un impact sur l’inflation. Quand elles refroidissent l’économie, elles limitent l’inflation et quand elles stimulent l’économie, elles augmentent l’inflation. Après entre la théorie et la pratique, il y a un écart : la transmission des politiques économiques à l’inflation peut prendre plus ou moins de temps et être plus ou moins importante !

S1 Ep 17Qu’est-ce qui explique que l’inflation varie d’une année sur l’autre ?
Voix : Clémentine Gallès et Stéphane Déo Texte : Clémentine Gallès Qu’est-ce qui explique que l’inflation varie d’une année sur l’autre ? Dans le dernier podcast, nous évoquions les causes structurelles de l’inflation. A présent, nous allons nous concentrer sur les raisons pour lesquelles on peut avoir plus ou moins d’inflation au cours du cycle économique, ce que les économistes appellent des facteurs conjoncturels. L’inflation progresse et diminue : elle a des cycles. Sont-ils similaires à ceux des cycles d’activité ? Les cycles sont une réponse économique à de nombreux chocs. Et selon la nature de ces chocs, on peut avoir des réactions différentes entre l’inflation et l’activité. On peut tout d’abord avoir des chocs qui affectent la production de biens et services. Dans ce cas, on parle d’un choc d’offre. Un bon exemple a été la crise covid. Cela a provoqué la perturbation, voire l’arrêt, de la production. C’est un choc négatif sur l’offre, entraînant une moindre production et une augmentation des prix. Prenons un autre exemple où le prix mondial du pétrole augmente, suite à des tensions géopolitiques. Cela va à la fois augmenter les prix et peser négativement sur la production. Ainsi, dans le cas d’un choc négatif sur l’offre, on observera une baisse de l’activité et une hausse de l’inflation. Et qu’en est-il de chocs sur la demande ? Du côté de la demande, on va observer au contraire une relation parallèle entre activité et inflation. Prenons un exemple d’un choc de demande favorable. Un Etat décide de diminuer les impôts des ménages : cela va stimuler la demande. Les ménages vont consommer davantage et cela incitera les producteurs à augmenter les prix. Dans le cas d’un choc de demande, on observera donc une progression de l’activité et une progression des prix. Il faut donc bien comprendre la nature du choc pour comprendre comment va réagir l’inflation. Oui et ce n’est jamais simple en économie ! On peut avoir des chocs de différentes natures qui surviennent quasiment en même temps… Et puis on a une question de persistance différente des chocs. C’est pour cela que les banques centrales sont attentives aux premiers signaux d’inflation, au cas où l’inflation s’installe dans l’économie. En résumé, on peut avoir plus d’inflation en cas de chocs négatifs sur l’offre ou en cas de chocs positifs sur la demande. L’activité économique réagira de façon différente selon les cas. Nous verrons dans le podcast suivant que comprendre la nature du choc est importante pour appliquer la bonne politique et limiter le risque que l’inflation ne s’installe.

S1 Ep 16Comment expliquer les niveaux très différents d’inflation entre pays ?
Voix : Clémentine Gallès et Stéphane Déo Texte : Clémentine Gallès Comment expliquer les niveaux très différents d’inflation entre pays ? Partons de quelques chiffres. En 2022, l’inflation a été proche de 6% en France. Mais elle a dépassé 10 % dans de nombreux pays d’Europe. Et si l’on regarde plus loin, elle a dépassé 70% en Turquie alors qu’elle est restée inférieure à 3% en Chine. Je sais que l’année 2022 a été particulière en termes d’inflation. Mais comment peut-on expliquer de tels écarts entre pays ? Plaçons-nous en effet au-delà des conditions particulières de 2022, avec des mouvements brusques des prix alimentaires ou de l’énergie, composantes particulièrement volatiles comme nous l’avons vu dans un précédent podcast. Il y a également des différences structurelles expliquant que des pays connaissent des niveaux différents d’inflation. Par exemple, un pays émergent en rattrapage économique peut avoir une inflation plus élevée car il bénéficie d’une forte croissance économique. Une démographie particulièrement dynamique peut également expliquer une inflation plus forte structurellement. Je comprends que plus de croissance va avoir tendance à générer plus de demande et donc des tensions durables sur les prix. Mais tous les pays émergents avec une croissance dynamique n’affichent pas forcément une inflation élevée. En effet, un autre facteur important concerne l’organisation des marchés des biens et services. On peut avoir des pays dans lesquels les marchés sont très concurrentiels. Dans ce cas, les entreprises ont du mal à monter leur prix, même si la demande augmente. Au contraire, les pays dans lesquels les marchés sont peu concurrentiels, avec par exemple beaucoup de monopoles ou oligopoles, les prix vont avoir tendance à être plus élevés. On a enfin le cas de pays dans lesquels les prix sont très administrés : ça veut dire que l’Etat joue un rôle important dans la détermination des prix. Dans ce dernier cas, les prix ont tendance à peu bouger, ce qui permet généralement à l’inflation de rester contenue mais cela présente d’autres inconvénients. Le cadre de régulation compte beaucoup pour expliquer les différences ! Oui, c’est très important. Et même bien au-delà de la régulation du marché des biens et services. Un pays qui a un cadre politique fiable et crédible, à la fois sur le plan budgétaire et monétaire, va globalement mieux gérer son inflation. Un pays avec des institutions publiques et politiques moins fiables ou plus fragiles va souvent avoir plus de difficultés à maîtriser son inflation. Ce podcast a permis d’évoquer les causes de long terme pour lesquelles on peut avoir plus ou moins d’inflation, ce que les économistes appellent des facteurs structurels. Dans le prochain podcast, nous évoquerons les causes de l’inflation à court terme.

S1 Ep 15Qu’est-ce que la courbe de Phillips ?
Voix : Martine Carré-Tallon et Laurent Ferrara Texte : Laurent Ferrara Qu’est-ce que la courbe de Phillips ? On entend souvent parler de la « Courbe de Phillips », mais qui est ce Monsieur Phillips ? Phillips est un économiste néo-zélandais qui a publié en 1958 un article devenu célèbre sur la relation entre la croissance des salaires et le taux de chômage. En utilisant des données britanniques, il a observé que plus le chômage est élevé, plus la croissance des salaires est faible … et vice-versa. Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée là ! Cette relation s’est étendue à de nombreux pays et à d’autres variables. Elle est désormais souvent comprise comme la relation entre, d’une part, l’inflation et, d’autre part, l’activité économique. Cette relation est l’une des plus importantes en macroéconomie. On a quelques fois l’impression qu’il existe non pas une, mais plusieurs courbes de Phillips ! C’est tout à fait vrai ! Il doit exister autant de courbes de Phillips que d’économistes … Plus sérieusement, la littérature s’est emparée du sujet et de nombreux apports, à la fois théoriques et empiriques, sont venus enrichir la relation entre les prix et l’activité. C’est le cas par exemple des anticipations d’inflation. Concrètement, ce que les agents anticiperaient aurait un effet significatif sur l’inflation aujourd’hui ! Ensuite, d’autres composantes sont également venues compléter cette relation, tels que les prix de l’énergie, le taux de change ou les prix à l’importation. Est-ce que cette courbe de Phillips est toujours d’actualité ? Très bonne question ! C‘est en effet un débat actuel dans la littérature académique. La raison est que dans de nombreux pays nous avons connu plusieurs périodes durant lesquelles l’activité économique a beaucoup fluctué, mais l’inflation est restée finalement assez stable. Certains économistes ont alors évoqué la mort de la courbe de Phillips. Sans être aussi définitifs, on peut raisonnablement avancer que cette relation n’est stable que par période, et que ses paramètres peuvent évoluer suite à des changements importants, tels que le vieillissement de la population, la globalisation ou la dynamique du marché du travail. En résumé, la courbe de Phillips retrace la relation entre les prix et l’activité économique. Il existe une grande variété de courbes selon les préférences des économistes. Même si la courbe de Phillips n’est pas forcément stable sur très longue période, elle reste toutefois un outil utile pour les économistes.

S1 Ep 14Quel lien entre inflation et salaires ?
Voix : Martine Carré-Tallon et Laurent Ferrara Texte : Mathieu Lepage Quel lien entre inflation et salaires ? Les salaires représentent la rémunération des travailleurs tandis que l’inflation caractérise une hausse généralisée et persistante des prix des biens et services. Même si ces deux notions semblent bien distinctes, n’existe-t-il pas un lien entre elles ? Si, le lien existe. Prenons l’exemple du SMIC. Il est en partie indexé sur l’inflation. Donc, pour les salariés les plus fragiles, les salaires et l’inflation sont effectivement liés. De plus, les salaires affectent directement les coûts de production : si les salaires augmentent, les coûts de production et les prix de vente finaux augmentent. Néanmoins, une hausse de la productivité ou une réduction des marges des entreprises permet de limiter cette montée des prix. Et est-ce que l’inflation peut également avoir un impact sur les salaires ? Bien sûr. L’inflation rognant leur pouvoir d’achat, les travailleurs demandent à leurs employeurs des augmentations de salaires pour préserver et, dans le meilleur des cas, augmenter leur pouvoir d’achat. Selon leur pouvoir de négociation, si leur demande est acceptée, une augmentation de salaire permet de réduire voire d’annuler la perte de pouvoir d’achat due à l’inflation. C’est pour cela qu’on parle de la boucle prix-salaire : les salaires font monter les prix et les prix poussent à la hausse les salaires. Quelles sont les conséquences sur l’économie de cette relation entre les prix et les salaires ? Ce lien indirect entre inflation et salaires a une multitude de conséquences sur la croissance économique, sur l’emploi et sur la répartition des revenus. Mais surtout, si la boucle prix-salaire s’enflamme, elle peut conduire à un excès d’inflation. Or nous avons vus dans les podcasts précédents qu’une inflation positive mais modérée était préférable à une inflation trop basse ou trop élevée. C’est pour cela que les banques centrales surveillent cette boucle prix-salaire comme le lait sur le feu pour ajuster leur stratégie de politique monétaire en conséquence. Donc pour résumer, l’inflation et les salaires sont étroitement liés en raison de leur impact sur les coûts de production et le pouvoir d’achat. Cette boucle prix-salaire a des conséquences importantes sur l’économie, notamment en termes de croissance, d’emploi et de répartition des revenus.

S1 Ep 13Peut-on prévoir l’inflation ?
Voix : Martine Carré-Tallon et Laurent Ferrara Texte : Laurent Ferrara Peut-on prévoir l’inflation ? Pas un jour ne se passe sans que les médias ne nous parlent de l’inflation et des menaces qu’elle fait peser sur le pouvoir d’achat des ménages. Mais pour écarter ce danger, ou simplement pour le limiter, serait-il possible d’anticiper l’inflation ? De nombreux chercheurs et économistes s’y essaient. Pas de boule de cristal sur leur bureau. Cette quête est une affaire sérieuse ! Prévoir l’inflation passe par une collecte précise et minutieuse des données : plus le nombre de données est élevé et de qualité, plus la prévision a des chances d’être fiable. Ensuite, on utilise des modèles statistiques, le plus souvent basés sur la théorie économique, qui relient l’inflation à d’autres variables économiques telles que la croissance, le taux de chômage, les anticipations d’inflation ou le prix des biens importés. Le type de modèle utilisé varie souvent en fonction de l’horizon temporel choisi. On ne calcule pas l’inflation à court, moyen ou long terme de la même façon car les variables peuvent évoluer dans le temps. Justement en parlant d’erreur, est-ce que les prévisions d’inflation sont précises ? Tout dépend de l’environnement général. En période de stabilité économique, les prévisions sont souvent justes. En cas de gros temps, la volatilité élevée des prix rend plus délicate leur prévision. Comme je le disais, tout dépend également de l’horizon considéré : plus l’horizon est lointain, plus le risque d’erreur est grand, ce qui semble assez logique. La dimension géographique est également importante : certains pays subissent de très fortes variations de prix et il est alors plus délicat de faire de bonnes prévisions. Pour quelles raisons les prévisions sont-elles parfois très éloignées de la réalité ? Parce que la vie économique n’est pas un long fleuve tranquille ! Les pays, les économies sont régulièrement frappés par différents types de chocs qui sont difficiles à anticiper, comme une guerre ou un événement climatique. Parce qu’ils perturbent les relations préétablies, ces chocs provoquent des écarts entre l’inflation prévue et l’inflation réelle. Cela arrive hélas assez souvent et la tâche de l’économiste consiste alors à faire de la pédagogie, à expliquer le plus clairement possible ces erreurs de prévision. Donc si je résume, on peut prévoir l’inflation grâce à des modèles économiques et statistiques. Cependant, plus l’horizon est lointain, plus les erreurs de prévision sont importantes. En outre, cela reste une prévision, et des chocs importants inattendus peuvent parfois conduire à une inflation éloignée de celle qu’on a prévue. Enfin, pour conclure, n’oublions pas que l’erreur est humaine, non ?

S1 Ep 12Qu’est-ce que l’inflation sous-jacente ?
Voix : Martine Carré-Tallon et Laurent Ferrara Texte : Clémentine Gallès Qu’est-ce que l’inflation sous-jacente ? Quand on parle d’inflation, on entend parfois le terme d’inflation sous-jacente. Cela semble être un concept assez technique. Peux-tu nous expliquer à quoi cela correspond ? On a vu dans les précédents podcasts que l’inflation mesure l’évolution des prix d’un panier moyen de consommation. Or, dans ce panier, certains produits ont un prix qui peut fluctuer soudainement et très fortement. Par exemple, les prix de l’énergie fluctuent de façon très importante, à la fois du fait d’importantes variations des prix du pétrole par exemple, mais aussi du taux de change. Et même si les prix de l’énergie ne représente qu’une part modérée des dépenses de consommation des ménages, les brusques variations de prix de l’énergie contribuent à de fortes variations de l’inflation, à la hausse ou à la baisse. Excuse-moi de t’interrompre, mais pour être sûr de bien comprendre, l’inflation sous-jacente serait donc l’inflation épurée des composantes volatiles comme l’essence ou les fruits et légumes ? Tout à fait ! Un conflit opposant des pays producteurs de pétrole par exemple entraine mécaniquement une hausse inattendue et brutale des prix de l’essence, en raison des incertitudes que la guerre provoque. Pour les fruits ou légumes, un incident climatique comme une sécheresse ou un gel tardif ont des effets négatifs sur la production. L’offre et la demande étant déséquilibrés par un événement qui n’était pas prévu, les prix montent ! C’est la raison pour laquelle il apparaît vite nécessaire de ne pas tenir compte de ces « sautes d’humeur ». L’inflation sous-jacente est une mesure plus juste de la tendance de l’inflation. Comment mesure-t-on cette inflation sous-jacente ? La mesure la plus standard pour l’inflation sous-jacente est l’inflation sur les biens et services hors prix de l’énergie et alimentation de produits frais, dont les prix, on l’a vu, sont particulièrement volatiles, et hors variations des prix dues à des changements de fiscalité, comme une variation du taux de TVA par exemple. Je comprends que la mesure de l’inflation totale est pertinente quand on veut regarder de façon factuelle comment évoluent l’ensemble des prix sur une courte période. Par contre, l’inflation sous-jacente permet de faire abstraction des fluctuations les plus volatiles des prix. L’inflation sous-jacente est ainsi souvent utilisée par les économistes et les responsables politiques car elle fournit une mesure plus fiable de l’inflation sur le moyen terme et témoigne des tensions entre l’offre et la demande.

S1 Ep 11Qu’est-ce que l’inflation importée ?
Voix : Martine Carré-Tallon et Laurent Ferrara Texte : Laurent Ferrara Qu’est-ce que l’inflation importée ? L’inflation est-elle un phénomène purement national ? Pas forcément ! L’inflation trouve aussi son origine dans la mondialisation des échanges ! En effet, une partie de l’inflation dans un pays s’explique par ce qui se passe en dehors de ses frontières et qui est ensuite importée via les échanges commerciaux : c’est ce qu’on appelle l’inflation importée ! En moyenne, environ un quart des variations d’inflation dans un pays provient de l’étranger. Le pétrole est un très bon exemple pour illustrer notre propos. Produit dans peu de pays mais consommés par la planète entière, il explique à lui seul ou presque la forte volatilité des prix au niveau mondial. Mais comment expliquer les variations de cette inflation importée ? Je viens de donner une première raison : les chocs sur les matières premières. Par exemple, la guerre en Ukraine et les tensions géopolitiques avec la Russie ont conduit à l’envolée des prix de l’énergie et des biens alimentaires comme les céréales. Ce conflit a entraîné de fortes tensions inflationnistes domestiques dans la plupart des pays européens. Mais on peut aussi donner 2 autres raisons à une hausse ou une baisse de l’inflation importée. La première ? Une forte variation de la demande globale. Par exemple, lors d’épisodes de récession mondiale, les prix ont tendance à chuter, de concert avec l’activité mondiale. La seconde ? Une forte variation de la production mondiale. Par exemple, l’entrée de la Chine dans l’OMC dans les années 2000 a permis de produire davantage à moindre coût. Existe-t-il d’autres facteurs qui expliquent cette inflation importée ? Un facteur important est le taux de change. Si le taux de change du pays se déprécie, cela va renchérir le coût des importations. Sur ce point, le taux de change bilatéral vis-à-vis du dollar américain est crucial, car la plupart des matières premières sont cotées en dollar sur les marchés internationaux. Ainsi, pour les ménages français, lorsque l’euro perd de sa valeur face au dollar, le prix des biens importés augmente. Pour résumer, l’inflation n’est pas un phénomène purement domestique. Internationalisation oblige, il y a également une composante mondiale commune à tous les pays. Des chocs sur l’économie mondiale ou sur le prix des matières premières conduisent à importer de l’inflation. Ou de la désinflation.

S1 Ep 10Inflation et modes de consommation
Voix : Clémentine Gallès et Pierre-Olivier Beffy Texte : Pierre-Olivier Beffy Inflation et modes de consommation L’inflation est une mesure moyenne de la hausse des prix. Mais dans les faits, certains prix augmentent plus que d’autres, ce qui n’a pas le même impact sur tout le monde ? Oui, quand on regarde l’inflation, on raisonne en moyenne. Comme nous l’avons déjà vu, le panier moyen qui permet de calculer l’inflation ne correspond pas forcément à celui de chacun d’entre nous. Si tous les prix montent à peu près au même rythme, ce n’est pas important. Mais si la hausse est concentrée sur quelques produits ou services en particulier, cela change tout ! Par exemple, si c’est surtout les prix de l’alimentaire qui augmentent, les ménages les plus modestes, dont la part de l’alimentaire dans le revenu est important, vont relativement sentir plus fortement l’inflation que la moyenne des ménages. Cela veut donc aussi dire que le panier moyen peut changer brusquement si on a une hausse brutale de certains prix. Oui et non… On ne change pas ses habitudes si facilement. Si la hausse des prix est temporaire, on n’observe souvent aucun changement des modes de consommation. Si par contre la hausse est durable, alors au bout d’un certain temps, les habitudes peuvent changer. As-tu des exemples concrets ? Prenons les années qui ont suivies la crise sanitaire de 2020. La hausse des prix a été forte, et elle s’est avérée durable. Elle a conduit les ménages à changer leurs habitudes de consommation. Dans les biens, on a observé une forte baisse de la consommation alimentaire en volume suite à des hausses de prix de plus de 10 % sur un an ! On a également observé une chute de la consommation de viande ou de produits bio. Dans les services, on a vu moins de passage chez le coiffeur, un signal de baisse générale du pouvoir d’achat et de choix de dépenses, plus que de la hausse des prix chez le coiffeur. Donc si je résume, l’inflation est une mesure moyenne de la hausse des prix. Mais si la hausse est concentrée sur certains produits ou services, cela nous affecte tous différemment. Enfin, si de fortes hausses de prix sont durables, alors on observe des changements des modes de consommation.

S1 Ep 9Les perdants et les gagnants de l’inflation
Les podcasts de l’éco à venir Voix : Clémentine Gallès et Pierre-Olivier Beffy Texte : Pierre-Olivier Beffy Les perdants et les gagnants de l’inflation Cela fait bizarre de parler des gagnants de l’inflation : lorsque on parle d’inflation, on pense perte de valeur de la monnaie et perte de pouvoir d’achat. Est-ce que l’inflation est toujours un problème pour les ménages ? En général, l’inflation est plutôt mauvaise pour le pouvoir d’achat, mais ce n’est pas systématique. Tout dépend de la cause de l’inflation. Par exemple, une hausse des prix du pétrole est un problème pour tout le monde en France. C’est le cas généralement de l’inflation importée qui, dans la plupart des cas, réduit le pouvoir d’achat des Français. Mais si l’inflation vient de la hausse des salaires, et que les entreprises ont du mal à répercuter l’augmentation des coûts salariaux dans leur prix de vente, alors le pouvoir d’achat des ménages va même augmenter. Certes, mais tout le monde ne bénéficie pas forcément des mêmes hausses de salaire, voire n’ont même pas de hausses de salaire ! En effet, tu attires l’attention sur un deuxième point : tout le monde n’est pas logé à la même enseigne face à l’inflation. Il y a des gagnants et des perdants. Si on reprend l’exemple des hausses de salaire, il se peut qu’une catégorie bénéficie de fortes augmentations salariales, alors que le reste de la population n’en bénéficie pas. Dans ce cas, l’inflation ne sera pas un problème pour ceux qui bénéficient des fortes hausses des salaires, mais elle va pénaliser les autres. En plus, l’inflation ne s’attaque pas qu’au pouvoir d’achat des salaires, mais elle réduit aussi le pouvoir d’achat de l’épargne… Une forte inflation va détruire la valeur de la monnaie, et donc l’épargne des ménages. A contrario, c’est plutôt bien pour celui qui s’est endetté. Mais là encore, il faut faire attention : si la hausse de l’inflation est concomitante à une hausse des salaires, la charge d’intérêt des ménages endettés va baisser en proportion de leur revenu. Dans ce cas, l’inflation est bénéfique pour les ménages. Mais si l’inflation est importée, sans hausse de salaire, cela ne diminue pas la charge de la dette alors que son pouvoir d’achat baisse… Dans ce cas, le ménage endetté est perdant car il ne profite pas vraiment de l’inflation ! Si je résume, l’inflation rime souvent avec baisse du pouvoir d’achat, notamment, par exemple, quand elle est importée. Mais ce n’est pas systématique, et il faut comparer la hausse des salaires à l’inflation. Enfin, parmi les ménages, il y a des gagnants et des perdants. Donc une analyse globale ne rend pas forcément compte de la situation de chacun.

S1 Ep 8Pourquoi l’inflation est un reflet des valeurs sociales ?
Les podcasts de l’éco à venir Voix : Clémentine Gallès et Pierre-Olivier Beffy Texte : Pierre-Olivier Beffy Pourquoi l’inflation est un reflet des valeurs sociales ? Le sujet paraît assez intriguant : relier inflation et valeurs sociales n’est pas évident. Et pourtant ! On sait que les prix dépendent notamment de l’évolution relative de l’offre et de la demande. Pourquoi et comment établir une relation entre inflation et société ? En fait, il faut revenir à la question centrale suivante : qu’est-ce qui fait le prix d’un bien ou d’un service ? En économie, le prix d’un bien ou d’un service dépend du besoin ou de l’utilité qui en découle. Par exemple, un caillou par terre n’intéresse personne et son prix est nul. A contrario, plus un objet est désiré et rare, plus son prix augmente. Ainsi, si le caillou est une pépite d’or, sa valeur sera élevée. D’accord, donc le besoin et l’utilité sont des concepts très importants pour définir le prix. Mais où est le lien entre inflation et société ? Pour expliquer ce lien, prenons l’exemple de l’eau. Elle ne vaut pas grand-chose dans l’échelle des prix, alors qu’elle est vitale pour vivre. A contrario, un sac de luxe peut valoir une fortune alors qu’il est complètement superflu. Ces deux exemples éclairent une propriété fondamentale des prix : les désirs sociaux, parfois plus que les besoins réels, définissent les prix, et donc l’inflation. On peut aussi prendre l’exemple des smartphones : je suis prêt à payer un smartphone très cher, car il est devenu indispensable pour communiquer. Il peut même, à travers la marque que je choisis, refléter mon statut social. Dans ce cas, est-ce qu’on peut dire que le changement de prix reflète l’évolution des préférences de la société ? Tout à fait ! Prenons l’exemple d’une marque qui devient à la mode. Son prix explose soudainement car elle correspond à une désirabilité beaucoup plus forte de la société, indépendamment de ses caractéristiques techniques. Il faut donc comprendre l’inflation comme un phénomène sociétal. Elle dépend premièrement des préférences et de l’utilité sociale, deuxièmement, de choix politiques, comme la volonté d’augmenter la consommation et enfin, de choix monétaires, à travers la politique des banques centrales. Tous ces paramètres traduisent des choix de société. Donc si je résume, l’inflation dépend de nos désirs collectifs, sociaux et politiques. C’est en général la désirabilité sociale d’un objet ou d’un service qui va déterminer leur prix plutôt que les besoins réels. Et d’ailleurs l’hyperinflation, c’est-à-dire une période de très forte déstabilisation des prix est souvent concomitante à des désordres sociaux. C’est pour ça que les politiques publiques visent aussi à stabiliser l’inflation dans le temps.

S1 Ep 7Pourquoi c’était moins cher avant ?
Voix : Clémentine Gallès et Pierre-Olivier Beffy Texte : Pierre-Olivier Beffy Pourquoi c’était bien moins cher avant ? On entend souvent dire que c’était beaucoup moins cher avant, qu’on a connu l’essence à 1 euro il y a 20 ans alors qu’elle est aujourd’hui proche des 2 euros. Est-ce qu’on se fait des films ou l’inflation est belle et bien énorme tout au long de la vie ? Ton exemple est intéressant. En effet, les prix à la pompe ont doublé entre 2002 et 2022, mais ils étaient relativement stables dans les années 1990. Comme nous l’avons vu dans un précédent podcast, nous sommes très sensibles aux prix de nos achats les plus fréquents. Faire un plein d’essence en fait partie. Et on a tendance à percevoir et à s’alarmer d’une très forte inflation lorsque les prix de ces biens et services qui nous sont indispensables augmentent. Une fois que l’on a dit ça, les gens ne sont pas fous. Leur perception n’est pas fausse. Il y a quand même une part de vérité dans l’explosion des prix sur longue période. C’est-à-dire ? Et bien, la raison est simplement mathématique car un taux de croissance des prix constant, même relativement faible, fait exploser l’indice des prix sur le long terme. Si les prix à la consommation augmentent en moyenne de 2 % par an sur longue période, les prix à la consommation doublent tous les 35 ans. Et si on vit plus de 70 ans, 2 % d’inflation annuelle se traduit par des prix multipliés par 4 sur toute la vie. Donc, même si le taux d’inflation annuelle est faible, ou en tout cas acceptable par les ménages, il entraine néanmoins une très forte hausse des prix sur toute une vie ? Oui, et il ne faut pas oublier que les années 2000-2020 ont été des décennies de relativement faible inflation. Si le rythme de l’inflation est plus élevé, l’explosion des prix sur le long terme est encore plus forte. Avec un taux d’inflation à 3 %, les prix doublent tous les 24 ans, ce qui veut dire des prix multipliés par 8 sur une vie entière aujourd’hui ! Donc si je résume, un taux d’inflation relativement modéré conduit à une forte hausse des prix sur toute la vie car l’indice des prix suit une loi exponentielle sur le long terme. Grosso modo, pour l’espérance de vie actuelle, avec 2 % d’inflation, les prix sont multipliés par 4 sur toute la vie, et par 8 si on a une inflation un peu plus haute à 3 % en moyenne. C’est pour cela qu’on a l’impression qu’avant, la vie était bien moins chère.

S1 Ep 6Pourquoi peut-on avoir l’impression que l’inflation est plus forte que les chiffres officiels ?
Voix : Clémentine Gallès et Pierre-Olivier Beffy Texte : Léa Dauphas Pourquoi peut-on avoir l’impression que l’inflation est plus forte que les chiffres officiels ? Comme nous l’avons vu dans un précédent podcast, en France, c’est l’INSEE, l’institut national de la statistique et des études économiques, qui est notamment en charge du calcul de l’inflation. Mais on a souvent l’impression que l’inflation est beaucoup plus élevée que ce que disent les chiffres officiels. Est-ce normal ? D’abord, soyons clair : l’inflation calculée par l’Insee est « en moyenne » la mesure la plus pertinente de l’inflation. Mais entre l’inflation et la perception qu’on en a, il y a déjà une différence : l’inflation doit être distinguée de l’augmentation du coût de la vie, c’est-à-dire ce que nous, consommateurs, percevons comme de l’inflation. Mais alors, pour quelles raisons notre perception de l’inflation est-elle différente de l’inflation telle que mesurée par l’INSEE ? Plusieurs explications peuvent être avancées. La plus intuitive est que nous accordons davantage d’attention aux prix de nos achats fréquents, tels que les produits alimentaires ou le carburant que l’on met dans nos voitures. Par exemple, si j’achète mon pain tous les jours, je vais vite m’apercevoir d’une hausse. Donc si les prix des biens de tous les jours augmentent plus vite que ceux des biens que j’achète rarement, je vais davantage ressentir une perte de pouvoir d’achat. Surtout, l’inflation calculée par l’Insee, est mesurée à partir d’un panier de biens et de services représentatif de la consommation des ménages. Ce panier moyen ne correspond pas nécessairement à notre consommation personnelle. Prenons l’exemple d’une personne végétarienne qui ne fume pas. Si les prix de la viande et du tabac flambent, elle ne se sentira pas vraiment concernée ! Ok donc l’inflation calculée par l’Insee est une inflation moyenne, alors que je perçois une inflation qui dépendent de ma situation personnelle. Ce sont les seules explications ? En fait, il y en a une autre : l’effet qualité. Par exemple, les téléphones portables s’améliorent sans cesse. Cela veut dire que si un nouveau téléphone portable a le même prix que la version précédente, mais qu’il a été amélioré, on en a plus pour notre argent. Donc l’Insee va logiquement considérer que le prix du téléphone a baissé puisqu’à composants et services égaux, on a moins payé. Du coup, ces effets qualité correspondent bien à une baisse des prix, mais ils ne sont pas perçus de la même manière par les ménages qui déboursent toujours la même somme pour acheter. En résumé, l’inflation perçue par chacun de nous diffère de l’inflation officielle et c’est normal car on a tous une perception différente de l’inflation suivant notre situation personnelle. Cet écart de perception n’enlève en rien à la qualité de la mesure de l’inflation. Mais il peut être nécessaire de la compléter par d’autres indicateurs, notamment les résultats d’enquêtes, pour mieux appréhender le ressenti de l’inflation.
S1 Ep 5Que signifient « effets de base » pour l’inflation ?
Voix : Léa Dauphas et Julien Pouget Texte : Julien Pouget Que signifient « effets de base » pour l’inflation ? On entend parfois que l’inflation augmente ou diminue par « effet de base » : qu’est-ce que cela veut dire ? Le chiffre-phare sur l’inflation, celui qui est le plus souvent repris par les économistes et par les médias, c’est l’évolution de l’indice des prix sur un an, ce que l’on appelle le « glissement annuel » des prix. Par exemple, en mars 2023, l’inflation était en France autour de 5,6 % : cela veut dire que l’indice des prix a augmenté de 5,6 % entre mars 2022 et mars 2023. Cette évolution sur un an dépend de l’évolution des prix en mars 2023 par rapport au mois dernier, mais aussi du point de comparaison un an plus tôt, qu’on appelle l’effet de base. Si les prix étaient anormalement élevés il y a tout juste un an, l’effet de base va jouer à la baisse sur la variation des prix sur un an, même si les prix augmentent sur le dernier mois. Si à l’inverse les prix étaient anormalement bas, l’effet de base risque de jouer à la hausse sur le glissement annuel. Concrètement, en mars 2023 par exemple, comment cet effet de base joue-t-il sur l’inflation ? C’est un bon exemple ! En mars 2022, c’était le début de la guerre en Ukraine. Dans ce contexte de tensions et d’incertitudes, les cours des produits pétroliers, en particulier, ont explosé à la hausse avant de progressivement refluer. On part donc d’un point de comparaison anormalement élevé en mars 2022 quand on calcule ensuite en mars 2023 la croissance des prix pétroliers sur un an. Ainsi la forte hausse des prix pétroliers un an plus tôt entraîne un effet de base négatif pour l’inflation pétrolière et donc l’inflation totale en mars 2023, même si cette inflation reste élevée. Donc, on commente des chiffres qui dépendent en partie de ce qu’il s’est passé il y a un an. Est-ce que cela ne fausse pas un peu l’analyse que l’on peut faire de l’inflation ? Toute évolution dépend du point d’arrivée mais aussi du point de départ ! Il faut juste en avoir conscience, et savoir effectivement distinguer ce qui relève des effets de base et des effets courants, c’est-à-dire des évolutions au mois le mois de l’indice des prix et de ses composantes. Par exemple, si les prix sont stables depuis plusieurs mois, mais qu’un an plus tôt ils augmentaient régulièrement, alors l’inflation en glissement annuel va baisser, uniquement en raison de ce fameux “effet de base” ! En résumé, les chiffres d’inflation le plus souvent commentés concernent le glissement annuel de l’indice des prix à la consommation. Cette évolution sur un an dépend en partie de la situation qui prévalait un an plus tôt : il faut en avoir conscience quand on analyse ces chiffres !

S1 Ep 4Est-ce que les taxes ont un impact sur l’inflation ?
Voix : Léa Dauphas et Julien Pouget Texte : Léa Dauphas Est-ce que les taxes ont un impact sur l’inflation ? On parle souvent des effets de l’inflation sur les finances publiques, mais l’inverse est-il vrai ? La fiscalité notamment a-t-elle un impact sur l’inflation ? Oui, lorsqu’un État instaure une taxe, cela modifie les équilibres du marché. Par exemple, la mise en place d’une taxe sur la production va affecter les coûts de production des entreprises. Elles peuvent ensuite répercuter aux consommateurs cette charge additionnelle. Elles peuvent également accepter une baisse de leur profitabilité, ou réduire leurs coûts en réduisant l’investissement ou en réduisant l’emploi ou les salaires… Les effets sur l’inflation sont donc complexes, parfois importants, parfois faibles, parfois rapides, parfois lents, et dépendent de nombreux paramètres. L’impact sur l’inflation dépend donc du type de taxe ? En effet ! Par exemple, les taxes sur les produits importés, ou droits de douane, augmentent les prix des produits importés, car les importateurs doivent payer des taxes supplémentaires pour faire entrer leurs produits sur le marché national. Par conséquent, les consommateurs paient des prix plus élevés pour ces produits. C’est le cas notamment du prix à la pompe pour le carburant. Autre exemple, les taxes sur la production, type taxe sur la valeur ajoutée, dite TVA, peuvent également augmenter les prix des produits. Enfin, lorsqu’une entreprise doit payer une taxe sur la production, cela augmente le coût de production de ses produits. Elle peut augmenter les prix de vente de leurs produits pour compenser cette augmentation des coûts. Mais l’impact sur l’inflation n’est pas nécessairement automatique ? Non en effet, il est important d’avoir en tête que le lien n’est pas direct, il dépendra d’une combinaison de facteurs tels que la concurrence sur le marché, la sensibilité de la demande des consommateurs à une variation du prix, ou bien la capacité des entreprises à absorber les coûts supplémentaires sans augmenter les prix. Cela dépend aussi de la manière dont on utilise la taxe supplémentaire. Si elle permet par exemple de réduire une autre taxe, il peut y avoir un effet de baisse de l’inflation. Par exemple, une hausse de l’impôt sur le revenu comprime la demande des ménages et peut financer une baisse de fiscalité sur les entreprises qui peut réduire leurs prix si la concurrence est forte. Donc si je résume, augmenter les taxes conduit généralement à une inflation plus élevée, mais pas forcément. L’impact n’est pas automatique et il est plus ou moins important. Les effets des taxes sur les prix dépendent de facteurs tels que l’environnement économique, la concurrence sur le marché et les comportements d’achat des consommateurs.

S1 Ep 3Pourquoi l’inflation n’incorpore-t-elle pas les prix des logements ?
Voix : Léa Dauphas et Julien Pouget Texte : Julien Pouget Pourquoi l’inflation n’incorpore-t-elle pas les prix des logements ? Lorsque les prix de l’immobilier augmentent fortement, il est plus difficile pour un ménage d’acquérir un logement, mais cela ne se reflète pas nécessairement dans l’indice des prix à la consommation. S’agissant des logements, qu’est-ce qui figure dans l’indice des prix à la consommation, et qu’est-ce qui n’y figure pas ? L’indice incorpore bien sûr les prix des charges qui concernent tous les logements, c’est à dire l’eau, le chauffage, les petits travaux d’entretiens. Mais il fait une différence entre les locataires et les propriétaires. Il prend en compte les loyers, mais il ignore les prix à l’achat. Pourquoi ? Parce que l’achat d’un logement est considéré comme une dépense d’investissement, plutôt que comme de la consommation. En effet, quand on consomme, on détruit, immédiatement ou progressivement, ce que l’on a acheté. Par exemple, si j’achète un fruit, il disparaît une fois mangé. Alors qu’un logement n’est pas détruit une fois acheté : il va s’abîmer, mais je peux faire des travaux et je pourrai le revendre. Mais pourtant, quand il s’agit de la résidence principale par exemple, on ne peut pas dire qu’un achat immobilier est un investissement anodin ? C’est vrai ! Si on achète un logement pour le louer, c’est vraiment un investissement pour faire fructifier son épargne. Par contre, quand on achète un logement pour l’habiter, ce n’est pas uniquement pour se constituer un patrimoine immobilier : c’est aussi parce qu’il nous plaît, parce qu’on aura plus de faciliter à l’agencer à notre goût, ou parce qu’être propriétaire de son logement peut procurer un sentiment de sécurité face aux aléas de la vie. Mais au final, d’un point de vue économique, cela reste un investissement. Et si les prix d’achats étaient incorporés à l’indice des prix, quelles conséquences cela aurait ? Il faut avoir en tête qu’une hausse des prix des logements anciens pénalise certes les acheteurs mais bénéficie aux vendeurs. Au contraire, une baisse des prix de l’immobilier se traduirait par une hausse du pouvoir d’achat des ménages : si c’est facile à expliquer aux acheteurs, c’est plus difficile à avaler pour les vendeurs ! Donc au final, il y a des gagnants et des perdants, et le bilan est globalement neutre, même si des prix de l’immobilier plus bas rendent l’achat accessible à plus de ménages. A l’heure où nous enregistrons ce podcast, des discussions sont néanmoins en cours, au niveau européen, pour évaluer la pertinence et la faisabilité de cette extension éventuelle au logement de l’indice des prix. En résumé, l’indice des prix en France comprend les loyers mais pas les prix d’achat des logements. Pourquoi ? Parce qu’un achat immobilier relève conceptuellement de l’investissement et non de la consommation. Mais ce n’est pas un investissement comme un autre.

S1 Ep 2Comment mesure-t-on l’inflation ?
Voix : Léa Dauphas et Julien Pouget Texte : Julien Pouget Comment mesure-t-on l’inflation ? Chaque mois, l’Insee publie l’indice des prix à la consommation. En pratique, sur quoi s’appuie-t-il ? L’indice couvre tout le champ de la consommation des ménages, qu’il s’agisse des biens ou des services sur l’ensemble du territoire national. En cours d’année, ce sont exactement les mêmes produits qui sont suivis, mois après mois : en d’autres termes, l’inflation mesure l’évolution des prix à qualité constante. Son calcul mobilise des ressources importantes. Par exemple, chaque mois, les enquêteurs de l’Insee effectuent 150 000 relevés de prix dans 26 000 points de vente. On peut imaginer que l’Insee relève aussi les prix sur internet et tire parti des bases de données massives ? Oui, bien sûr. Tout d’abord, les prix de certains produits sont suivis à partir de tarifs publics ou bien de tarifs relevés sur internet, par web scraping, une technique numérique qui extrait et collecte les contenus des sites web. Ainsi, les prix du transport par train sont connus grâce aux données collectées sur le site de la SNCF. Au total, ce sont environ 500 000 relevés de prix qui sont réalisés chaque mois sur internet. Par ailleurs, depuis 2020, l’Insee utilise également les données de caisse transmises par les enseignes de la grande distribution. Là, on change d’échelle : environ 80 millions d’enregistrements sont suivis chaque jour, concernant environ 8 000 points de vente. Les données utilisées chaque mois se comptent donc en milliards, du moins pour les produits concernés à ce stade, notamment l’alimentation industrielle, les produits d’entretien et d’hygiène-beauté. Au mois le mois, les produits concernés par l’indice des prix sont les mêmes, mais l’Insee doit tout de même tenir compte des évolutions de la consommation, n’est-ce pas ? Oui. En fait, au début de chaque année, un nouveau panier est constitué, l’objectif étant de couvrir tous les biens et services qui représentent au moins 0,1 % de la consommation des ménages. Par exemple, depuis quelques années, la part des véhicules électriques augment parmi les ventes de voitures. Donc le poids des véhicules électriques augmente progressivement dans l’indice des prix. En résumé, l’indice des prix couvre l’ensemble de la consommation des ménages, à qualité constante. Mais il s’adapte chaque année aux évolutions du « panier » de consommation. Et sa mesure tire de plus en plus parti de la numérisation des échanges.
S1 Ep 1Qu’est-ce que l’inflation ?
Voix : Léa Dauphas et Julien Pouget Texte : Léa Dauphas Qu’est-ce que l’inflation ? L’inflation est, au moment où nous enregistrons ce podcast, au centre de toutes les préoccupations. Avant même d’aller plus loin sur le sujet, peut-on commencer par revenir sur ce que représente l’inflation ? Dans une économie, les prix des biens et services varient : certains augmentent, d’autres diminuent… Mais on parle généralement d’inflation pour une hausse durable et généralisée des prix. En d’autres termes, on a de l’inflation quand la hausse des prix dure dans le temps et qu’elle touche l’ensemble des prix des biens et des services, et non pas seulement certains produits. Avec l’inflation, la monnaie perd progressivement de sa valeur. Pour le même montant d’euros, on peut ainsi acheter moins de choses qu’auparavant. D’où vient l’inflation ? Qu’est ce qui fait fluctuer les prix ? Différentes causes expliquent l’inflation. Lorsque la demande augmente plus vite que l’offre de biens et services, les prix augmentent. C’est ce qu’on appelle l’inflation par la demande. On a connu ce type d’inflation lors de la crise sanitaire, quand il y avait pénurie de certains biens. L’inflation par les coûts apparait lorsque l’augmentation des coûts payés par les entreprises, par exemple les salaires ou les matériaux, se répercute sur les prix payés par les consommateurs. Typiquement, la hausse des prix de l’énergie provoquée par le conflit en Ukraine est une inflation par les coûts. L’inflation peut aussi avoir pour origine une dépréciation de la monnaie. Lorsqu’une monnaie perd de sa valeur, les prix des produits importés augmente. C’est ce que l’on appelle l’inflation importée. On y reviendra spécifiquement dans un autre podcast. L’inflation est-elle nécessairement néfaste à l’économie ou existe-t-il une bonne inflation ? C‘est une question compliquée, mais pour faire simple, une inflation très élevée peut faire perdre confiance dans la valeur de la monnaie, alors qu’une inflation durablement trop faible, voire une baisse des prix peut causer une baisse d’activité et une hausse du chômage. Donc une inflation positive mais modérée est préférable. C’est pour ça que la Banque centrale européenne (BCE) essaie de maintenir le taux d’inflation aux alentours de 2% par an. Ensuite, l’origine et la nature de l’inflation importent. Par exemple si les prix du pétrole montent en France, c’est du pouvoir d’achat en moins pour la France car le pétrole est importé. En résumé, l’inflation est une hausse durable et générale des prix. Elle peut être causée par différents facteurs parmi lesquels une augmentation de la demande, une réduction de l’offre ou une hausse des coûts de production. L’inflation n’est pas nécessairement néfaste, tout dépend de sa dynamique, de sa nature et de ses origines, mais nous auront tout le temps d’approfondir ce point dans la série de podcasts sur l’inflation.
Qu’est-ce que l’économie ?
Voix : Léa Dauphas et Pierre-Olivier Beffy Texte : Pierre-Olivier Beffy Qu’est-ce que l’économie ? Avec ce premier podcast, nous entamons la construction d’une bibliothèque de podcasts qui pose les bases des concepts économiques. Mais avant de parler d’inflation, de pouvoir d’achat, de croissance, et d’autres sujets économiques qui préoccupent les citoyens, nous allons définir l’économie. Et pour commencer, quel est l’objet d’étude de la science économique ? La science économique est une science sociale, car son sujet d’étude se concentre sur les interactions économiques entre individus et entre groupe d’individus. Plus précisément, l’économiste va s’intéresser à la production, la distribution et la consommation des biens et services. Il va également étudier les institutions et les activités jouant un rôle dans ces opérations, comme les administrations publiques. Cela paraît assez descriptif comme approche ? La science économique est une science empirique non ? Oui : la méthode empirique c’est de partir de l’observation de la vie économique réelle et d’essayer de la décrire avec des modèles. Ces modèles décrivent d’ailleurs assez bien le passé, et peuvent tenter de prévoir le futur. Mais si les conditions économiques changent rapidement, les modèles peuvent faire de grosses erreurs de prévision. Et puis la science économique doit s’appuyer sur des données parfois insuffisantes pour complètement conclure. C’est pour cela que la science économique n’est pas une boule de cristal et que les économistes se trompent souvent ! Mais si on revient sur les modèles économiques, l’économie est aussi la science de l’optimisation sous contrainte non ? Tout à fait ! Quand on s’intéresse aux relations économiques entre individus ou groupes d’individus, on s’aperçoit rapidement que ces relations se font sous contrainte. Par exemple, un individu va dépenser son revenu avec la contrainte que ce revenu est limité. Plus généralement, l’économie est la science qui étudie comment des ressources rares sont employées pour la satisfaction des besoins des individus, souvent illimités. Parfois les limites de l’économie vont au-delà des erreurs de prévision. Par exemple, on a parlé dans les années 1990 de mondialisation heureuse, puis on s’est aperçu qu’il y avait des perdants de la mondialisation dans les années 2000 avant un début de mouvement de démondialisation dans les années 2020. Dans cet exemple intéressant, beaucoup s’appuyaient sur la théorie des avantages comparatifs de l’économiste David Ricardo pour expliquer que la mondialisation était bonne pour tout le monde. Si cette théorie est bien valide, elle dépend toutefois de nombreuses hypothèses comme le plein emploi ou l’absence de mobilité internationale du capital. Mais comme ces hypothèses ne sont pas vérifiées dans la réalité, on interprète mal la théorie. C’est pour cela qu’il faut se méfier des experts en tout genre et s’approprier les outils de la science économique pour mieux comprendre le monde et prendre de meilleures décisions personnelles. Donc si je résume, l’économie est une science humaine qui étudie comment des ressources rares sont employées pour la satisfaction des besoins des individus. Son objet repose sur les opérations essentielles comme la production ou la consommation. Mais en tant que science sociale, il faut en connaître les limites afin d’exercer un esprit critique pour comprendre la vie économique. C’est tout le sujet des podcasts à venir !