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98 - 🎬Une lecture Ă©motionnelle du film Sinners...

98 - 🎬Une lecture Ă©motionnelle du film Sinners...

la Voix des Mots : écriture, créativité et émotions !

June 8, 202525m 39s

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Show Notes

Hello vous,

J’espĂšre que vous allez bien. Que ce mois de juin vous laisse un peu de temps pour souffler, ressentir, peut-ĂȘtre crĂ©er. Aujourd’hui, je vous retrouve avec une newsletter un peu particuliĂšre, Ă  la frontiĂšre entre le journal intime, la rĂ©flexion spirituelle, et le partage de cƓur Ă  cƓur.

J’ai vu un film. Et ce film m’a bouleversĂ©e.

C’est pour ça que j’ai eu envie de vous proposer une lecture Ă©motionnelle — pas une critique technique, pas une analyse de scĂ©nario, non. Juste une prise de parole Ă  hauteur d’ñme. Une tentative de mettre des mots sur ce que ce film a rĂ©veillĂ©, soulevĂ©, dĂ©rangĂ©, apaisĂ© aussi, en moi.

Ce film, c’est Sinners.

🎬 Quand la musique te serre la gorge (et que tu y retournes quand mĂȘme)

DĂšs les premiĂšres notes, j’ai compris que je n’étais pas prĂȘte.La bande originale de Sinners, c’est pas juste de la musique de fond. C’est un personnage Ă  part entiĂšre, une vibration continue, un souffle ancestral.

Certaines chansons m’ont littĂ©ralement serrĂ© la gorge. Pas juste de la tristesse. PlutĂŽt une sorte de mal-ĂȘtre addictif, un frisson dĂ©sagrĂ©able
 mais que je cherchais Ă  retrouver. Parce qu’au fond, ça guĂ©rissait aussi.

J’écoute souvent de la musique triste quand j’écris. Mais lĂ , c’était autre chose. Une Ă©lĂ©vation de l’ñme. Une sensation physique, presque mystique. Comme si la musique remuait la boue au fond de moi, pour faire place Ă  autre chose.

Des artistes comme Miles Caton, Rod Wane, et ce refrain qui revient :“Set my people free.ӂa venait me chercher, dans mes tripes, dans mon histoire, dans la mĂ©moire de mon sang.

🧬 Lignage, ancĂȘtres, spiritualitĂ© : ce que ça a rĂ©veillĂ©

Ce film a fait rĂ©sonner en moi le lien avec mes ancĂȘtres.Je l’ai dĂ©jĂ  ressenti dans des Ă©vĂ©nements communautaires — par exemple une soirĂ©e organisĂ©e autour du R&B, oĂč voir d’autres corps noirs danser, cĂ©lĂ©brer, m’a littĂ©ralement nettoyĂ©e de l’intĂ©rieur.

Cette musique, cette ambiance, cette Ă©nergie
 c’est notre mĂ©decine.Et dans Sinners, c’est exactement ce que j’ai ressenti : une forme de spiritualitĂ© incarnĂ©e, un souffle sacrĂ© qui vient de loin et qui rĂ©veille.

Je suis chrĂ©tienne catholique, mais aussi profondĂ©ment liĂ©e Ă  mes racines africaines, Ă  ma culture, Ă  ce que mes parents, ma famille, mes ancĂȘtres portent.Et ce film m’a mis face Ă  cette dualitĂ© : la foi chrĂ©tienne et le vaudou.

đŸ§™đŸŸâ€â™€ïž DĂ©construire l’image du vaudou : un chemin nĂ©cessaire

Il y a une scĂšne dans Sinners oĂč l’un des personnages confectionne un talisman de protection, avec des intentions pures, ancrĂ©es dans le houdou (fusion de vaudou et autres traditions). Et lĂ , j’ai compris Ă  quel point on m’avait dĂ©formĂ© l’image de cette spiritualitĂ©.

J’ai lu Moi, Tituba sorciĂšre de Maryse CondĂ©, Beloved de Toni Morrison, La ProphĂ©tie des SƓurs Serpents d’Isis Labeau-Caberia.Tous ces textes m’aident Ă  dĂ©construire cette image nĂ©gative du vaudou qu’on nous a inculquĂ©e.Et Sinners vient ajouter une pierre Ă  cet Ă©difice : celle d’un vaudou de lumiĂšre, de protection, de transmission.

Ça m’a fait rĂ©aliser que j’ai besoin de continuer Ă  chercher, comprendre, m’approprier cette mĂ©moire spirituelle, non pas en opposition Ă  ma foi chrĂ©tienne, mais en tissant un pont entre les deux.

Et tout ça
 je l’intĂšgre aussi dans ComĂšte, mon roman, et encore plus dans ma saga afro-futuriste Ă  venir.Parce que je sais aujourd’hui que le vaudou peut ĂȘtre un outil de guĂ©rison collective.

đŸ’« Intention, magie, Ă©criture : crĂ©er avec sa charge magnĂ©tique

Quand Annie (un des personnages) fabrique ce talisman, j’ai pensĂ© Ă  ce que j’essaie de faire avec mes mots.

Je mets de l’intention dans mes textes. Une charge Ă©motionnelle dans ma poĂ©sie, dans mes personnages, dans chaque phrase que j’écris.Et Sinners m’a rappelĂ© l’importance de ça : crĂ©er en conscience, avec intention, avec vibration.

MĂȘme quand la routine nous emporte, mĂȘme quand la fatigue prend le dessus, il est vital de se souvenir pourquoi on crĂ©e.

🏡 Respect, protection et hĂ©ritage : rĂ©entendre nos parents

Une autre scĂšne m’a touchĂ©e : celle oĂč les vampires ne peuvent pas entrer dans le bar sans y ĂȘtre invitĂ©s.Et lĂ , je me suis souvenue de toutes ces fois oĂč mes parents me disaient :

« Mets du sel Ă  l’entrĂ©e. »« Ne laisse pas n’importe qui entrer. »

Des rituels, des rĂ©flexes de protection
 que je trouvais gĂȘnants, voire ridicules.Mais aujourd’hui, je comprends.Et Sinners m’a ramenĂ©e Ă  ce respect-lĂ , Ă  l’importance d’écouter nos anciens, mĂȘme si parfois, on se sent trop moderne, trop occidentalisĂ©e pour ça.

C’est pas que de la superstition. C’est de la mĂ©moire. C’est de l’amour dĂ©guisĂ© en prĂ©caution.

đŸ”„ Lutte, fiertĂ©, fatigue : un miroir de nos rĂ©alitĂ©s

Il y a un moment, dans le film, oĂč les vampires proposent aux personnages noirs une autre vie. Une vie sans oppression, sans douleur, sans discriminations.

Et j’avoue : j’ai Ă©tĂ© tentĂ©e.Je me suis vue hĂ©siter, comme eux.

Parce que oui, la fatigue militante est réelle.Depuis George Floyd, depuis des années, on porte ce fardeau invisible de la charge raciale (comme le dit si bien Douce Dibondo dans son livre La Charge raciale).

Mais ce moment d’hĂ©sitation m’a rappelĂ© ma rĂ©silience, mon refus de cĂ©der, mon choix de rĂ©sister, encore.Et j’ai pensĂ© Ă  tout ce que je fais dĂ©jĂ , Ă  mon Ă©chelle : mes livres, mes podcasts, mes ateliers, ma parole, mes textes.

Tout ça, c’est aussi de la lutte.Et c’est une fiertĂ©.

💾 Capitalisme, art et colĂšre : quand crĂ©er ne suffit plus

Dans le film, deux personnages dĂ©battent : faut-il accepter de l’argent sale pour faire vivre leur bar, ou rester intĂšgres quitte Ă  perdre ?

Et lĂ , je me suis vue.Dans cette tension constante entre :

« CrĂ©er pour le cƓur »et« CrĂ©er pour survivre »

Si je pouvais juste Ă©crire, transmettre, toucher
 sans penser Ă  l’algorithme, aux vues, Ă  la visibilité  la vie serait plus douce.

Mais on est lĂ , dans ce monde oĂč il faut ĂȘtre visible, actif, “bankable”.Et je sens parfois cette frustration Ă©norme, ce dĂ©salignement, cette fatigue de devoir me vendre pour exister.

Mais ce que Sinners m’a rappelĂ©, c’est que mĂȘme dans ce systĂšme tordu, l’intĂ©gritĂ© a du sens.MĂȘme si c’est plus difficile.

👣 Fratrie, responsabilitĂ© et place dans la chaĂźne

Le duo des jumeaux m’a aussi ramenĂ©e Ă  ma propre place dans ma famille.Cette sensation de devoir protĂ©ger, prĂ©venir, porter, mĂȘme quand on ne t’a rien demandĂ©.

Être l’aĂźné·e, dans nos communautĂ©s, c’est souvent un rĂŽle qu’on ne choisit pas, mais qui s’impose Ă  nous.Et c’est un fardeau invisible, une responsabilitĂ© qu’on endosse trĂšs tĂŽt.

Mais là encore, Sinners m’a permis de le regarder avec un peu plus de tendresse.

💔 Et cette scĂšne finale
 une bouffĂ©e de libertĂ©

Quand Preacher Boy, devenu vieux, dit que cette journĂ©e fut la meilleure de sa vie,j’ai senti les larmes monter.

Parce qu’à ce moment-lĂ , ils n’étaient plus “les Noirs du film”,ils Ă©taient juste des humains, en vie, en joie, en lien.

Et j’ai compris que c’était ça que je cherchais parfois dĂ©sespĂ©rĂ©ment :Un espace oĂč je peux juste ĂȘtre,sans devoir me justifier, me dĂ©fendre, lutter.Un espace oĂč je peux juste respirer.CĂ©lĂ©brer.Danser.Écrire.Vivre.

✹ En conclusion

Sinners n’est pas qu’un film.C’est un miroir, une secousse, une offrande.

Il m’a rappelĂ© que :

* la musique peut guĂ©rir autant qu’elle dĂ©range,

* nos racines ne sont pas Ă  fuir mais Ă  comprendre,

* la magie réside dans les intentions,

* et que la libertĂ©, mĂȘme Ă©phĂ©mĂšre, peut tout changer.

Merci de m’avoir lue jusque-là.

Si vous avez vu le film, écrivez-moi : je suis curieuse de savoir ce que vous avez ressenti.

Et si ce genre de lecture Ă©motionnelle vous plaĂźt, dites-le-moi. Je pense en faire d’autres, sur des livres, des Ɠuvres, qui me remuent.

D’ici lĂ , prenez soin de vos Ă©motions 💛,

Mahuna



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