
De vive(s) voix
60 episodes — Page 1 of 2
Juger le patriarcat : le grand procès-théâtre imaginé par Chirinne Ardakani
«Au Liban, on ne vit jamais de vraie paix»: Souhaib Ayoub raconte la guerre dans «Le loup de la famille»
Homère, l’Odyssée et nous : le regard de Christophe Ono-dit-Biot
Simon Paré-Poupart nous raconte sa vie de vidangeur dans «Ordures!»
«Feu de bois» un premier album pour la chanteuse Suzanne Belaubre
Dans «Clément», l'auteur Romain Lemire brise le tabou de l'inceste
«C'est si simple l'amour» de Charles Berling : un huis-clos sur les non-dits du couple
Roman: «L’école de la vie» quand une classe STMG explore l’écriture et les mots
«Le procès d'une vie» : une pièce sur le combat de Gisèle Halimi pour le droit des femmes
Amaury Da Cunha nous raconte son rapport au téléphone et à la voix dans «Touche Fantôme»
80 ans de «Paroles», pourquoi tout le monde se reconnait dans la poésie anticonformiste de Prévert?
Festival aux quatre coins du mot, Sonia Chiambretto : une littérature de la rencontre
«Des hommes endormis», une pièce sur les relations de couple mise en scène par Ludovic Lagarde
Quels sont les nouveaux mots du Petit Robert 2027?
«Musiques en héritages» de Ludmilla Dabo : comment la musique transmet-elle nos racines?
«Kò Mawon» : un roman d'anticipation de Michael Roch
«Ici sont les dragons», Ariane Mnouchkine raconte la montée des totalitarismes
«Les chemins écarquillés», un roman apocalyptique d’Aurélien Blanchard
«Né sur des pissenlits» du dramaturge Jocelyn Danga, un premier roman sur l'immigration
Ismaël Jude fait voyager la France des romans et le végétal en nous
Comment se comptent les francophones?
De Lacrim à Marguerite Duras : Juliette Mita fait dialoguer rap et littérature!
Jean Bellorini met en scène «L'ordre du jour» d'Éric Vuillard
Le braille, 200 ans d’accès à la lecture pour les déficients visuels
1966, Dakar : 1er Festival mondial des arts nègres, quel héritage?
Splendeurs et misères des librairies indépendantes
«Force Bleus»: le théâtre face aux violences policières
Le romancier Alexandre Lenot, révélé par le Prix des 5 continents de la Francophonie 2026
Anne Roumanoff nous vante l'expérience de la vie
Le désamour des jeunes pour la lecture : «Faire lire, c’est un rôle-clé des enseignants»
Adama Diop et Aimé Césaire: dialogues de poètes
«La petite tortue-étoile», un conte bilingue pour raconter le génocide au Rwanda
Rodney Saint-Éloi, «Fais du feu» : un poème-monde sur le renouveau
Festival des accents à Marseille : comment les Jobastres célèbrent les parlers régionaux
Du football féminin aux graffeuses : les conférences drôlement savantes d'Hortense Belhôte
Vivante ! La langue française selon la linguiste Julie Neveux
Le Petit Prince a 80 ans : pas une ride et toujours au firmament
Une rencontre dans le désert: un aviateur dont le moteur d'avion est tombé en panne avec un blondinet vêtu d'une cape verte tout droit descendu d’une minuscule planète, l’astéroïde B 612.Ainsi commence le dernier roman d’Antoine de Saint-Exupéry publié en 1943 et qui connait depuis sa publication, un succès constant. Le Petit Prince est un conte poétique et philosophique écrit par Antoine de Saint-Exupéry, publié pour la première fois aux États-Unis en 1943, alors que Saint‑Exupéry est en exil à New York pendant la guerre. C'est une commande de ses éditeurs américains. L'histoire d'une publication Il paraît simultanément en français et en anglais. La première version est écrite à la main. Le texte est destiné à la communauté française exilée, comme lui aux Etats-Unis, mais aussi au public anglo-saxon. Le livre a été un véritable succès de librairie. Il est publié en France après la disparition de l'auteur, en 1946, après la fin de la Seconde Guerre mondiale. En effet, le livre n’avait pas pu être publié dans la France occupée. Le roman est alors très populaire, Saint-Exupéry étant considéré comme un héros par la population. Près de 700 traductions du Petit Prince C'est à Soleure, en Suisse que Jean-Marc Probst conserve son trésor : des dizaines de milliers d'objets autour du Petit Prince parmi lesquelles toutes les traductions du Petit Prince dans toutes les langues. L’œuvre de Saint-Exupéry est le livre le plus traduit après la Bible et l’œuvre littéraire la plus traduite dans le monde. Jean-Marc Probst a pour objectif « que chacun puisse avoir accès à ce texte dans sa langue maternelle. Nous avons effectué par exemple une traduction en changana, une langue du mozambique grâce au concours de l'Alliance française ». D'autres traductions en tzonga (une langue principalement parlée en Afrique du Sud et au Mozambique) et en moré ont également été effectuées. Une traduction en aymara, une langue parlée dans une zone entre le Pérou, la Bolivie, le Chili et l’Argentine a également permis à deux millions de locuteurs de lire Le Petit Prince dans leur langue. Une histoire universelle et un récit d'apprentissage L’histoire débute lorsqu’un aviateur, tombé en panne dans le désert, rencontre un étrange enfant venu d’un autre astéroïde : le Petit Prince. Au fil de leurs échanges, le garçon lui raconte sa vie sur sa petite planète, sa rose, et son voyage à travers différents astéroïdes où il rencontre des « grandes personnes » aux comportements absurdes (roi, vaniteux, buveur, businessman, etc.). À travers un langage simple et des images poétiques, le livre aborde des thèmes profonds : l’amitié, l’amour, la solitude, la perte, le regard d’enfant opposé sur le monde des adultes. C’est une œuvre qui semble destinée aux enfants, mais qui parle aussi au cœur des adultes, rappelant l’importance de l’imagination, de la sincérité et des liens que l’on crée avec les autres. Invités: - Alban Cerisier, spécialiste d'Antoine de Saint-Exupéry, historien de l’édition et archiviste aux éditions Gallimard. Il a coordonnée la parution du manuscrit original, en fac-similé bien, qui vient de sortir aux éditions Gallimard. - Jean-Marc Probst, « collectionneur » du Petit Prince. Il est à l'origine du musée du Petit Prince qui a ouvert à Soleure, en Suisse. Programmation musicale : L'artiste Tété avec le titre « Vertige du seum ».
Etienne Ghys : des maths et des lettres
Dans La Petite Histoire des lettres, le mathématicien Étienne Ghys explore cinq siècles d’évolution typographique, entre art, mathématiques et algorithmes. Une invitation à redécouvrir l’alphabet comme un objet scientifique autant qu’esthétique. On les lit sans y penser, mais chaque lettre obéit à une géométrie, une hauteur d’x, une ligne de base, des courbes bien dessinées ou délibérément brisées. Dans son livre, l'auteur, nous incite à regarder les lettres, individuellement. Une fascination pour les lettres Dès son plus jeune âge, Etienne Ghys, est fasciné par les lettres : et pour cause son père était imprimeur. Il regarde les lettres en tant qu'objet géométrique. Etienne Ghys aime les lettres car selon lui « elles incarnent la pensée ». Il nous apprend, par exemple, que les polices varient en fonction de ce qu'on est en train de lire : les empattement ralentissent la lecture mais permettent qu'elle soit plus approfondie quand les panneaux d'autoroute sont eux lisibleS au premier coup d'oeil. L'imprimeur, c'est l'architecte du langage. La police, une histoire de style ! L'histoire des polices commence avec Gutenberg et l'imprimerie. À l'époque, les Bibles sont écrites et recopiées à la main par des scribes et coûtent cher. L'idée lui vient alors de créer des caractères mobiles en plomb, calqués sur les caractères des scribes pour imprimer et vendre des Bibles à grande échelle et à prix abordable. Une géométrisation des caractères Vient alors l'époque des humanistes et des belles choses ! On va observer les caractères romains gravés dans de vieilles pierres de l'époque romaine avec des lettres travaillées. Des artistes tels que Léonard de Vinci commence à géométriser les lettres comme il le fait dans le livre de mathématiques La Divine proportion de Luca Pacioli dans lequel il illustre les écrits de l'auteur.Puis, vient la série de polices grecques cursives avec des caractères romains, inventés par Claude Garamond qui ont inspiré de nombreuses polices qui portent son nom. Les choses se sont un peu plus figées un peu plus tard lorsque Colbert demande à l'Académie des Sciences de dessiner une police à la gloire du roi Louis XIV: c'est le "romain du Roi", utilisée par l'imprimerie royale. Derrière chaque police, une manière de pensée Depuis, les choses évoluent. Chaque pays, impose une écriture de celle du pays, chaque police a une histoire politique. La typographie "Marianne" est une police de caractères dessinée en 2020, à l'usage unique de l'État français. Certains graphistes inventent des alphabets et fusionnent les lettres, pour rendre l'écriture inclusive. Cette typographie repose sur différents procédés graphiques comme l'entrelacement de lettres Invité : Etienne Ghys, mathématicien, spécialisé en géométrie. Directeur de recherche émérite au CNRS, secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences. Il vient de publier La petite histoire des lettres chez Odile Jacob. Et comme chaque mercredi, Lucie Bouteloup s'amuse à décortiquer pour nous, les expressions de la langue française. Cette semaine c'est l'expression « C'est carré » qu'elle passe à la moulinette. Avec Géraldine Moinard des éditions Le Robert. Programmation musicale : L'artiste Jyeuhair avec le titre çA crÉpiTe.
« Kabuliwalla, c'est moi » d'Atiq Rahimi, un roman d'exil entre l'Afghanistan et l'Inde
Dans son nouveau roman, l'auteur et cinéaste franco-afghan, Atiq Rahimi, raconte l'histoire d'un cinéaste afghan à Kolkata, en Inde, sur le point de se suicider, dévoré par une lassitude existentielle, notamment après un projet de film avorté. Au moment de passer à l'acte, il distingue au loin sur un bateau, une silhouette. Il reconnaît Kabuliwalla lui-même, le personnage qu’il devait filmer, et qu’il n’a pas su incarner. C’est l’histoire d’un homme aujourd’hui qui raconte celle d’un écrivain du passé et de son personnage de la projection de l’un dans l’autre, d’un dédoublement. Une mise en abyme « Kabuliwalla » c'était le terme qu'on donnait aux Afghans qui venaient en Inde pour travailler, à l'époque des Indes britanniques. Dans « Kabuliwalla, c'est moi », Atiq Rahimi effectue une mise en abyme. Porté par une nouvelle de Rabindranath Tagore, l’écrivain franco-afghan met en scène le destin entrelacé d’un cinéaste et de son protagoniste et réfugiés à Kolkata pour raconter l'exil. Un roman inspiré par une nouvelle de Rabindranath Tagore Rabindranath Tagore (1861-1941) est un poète, écrivain, philosophe et musicien indien. Il est la première grande figure littéraire asiatique à recevoir le prix Nobel de littérature, en 1913. Né à Calcutta dans une famille bengalie cultivée et engagée, il écrit très tôt poésie, théâtre, nouvelles et essais. Il fait partie des auteurs indiens les plus importants. Kabuliwalla - « l'homme de Kaboul »- est le nom d'un personnage tiré d'une nouvelle, Kabuliwallah publiée en 1892 et dans laquelle, Rahmat, un vendeur de fruits secs afghan exilé en Inde rencontre une jeune fille. "L'exilé est toujours dans un sentiment de culpabilité permanente." Atiq Rahimi développe un jeu de miroirs entre lui, l'auteur exilé afghan venu en France, et le vendeur de fruits secs, exilé en Inde. Invité: Atiq Rahimi, né en 1962 à Kaboul, en Afghanistan est un écrivain, cinéaste et scénariste franco-afghan. Après avoir fui son pays en guerre, il trouve d'abord refuge au Pakistan avant de venir en France dans en 1984. Il étudie l’audiovisuel et commence une carrière de réalisateur de documentaires et de films de fiction. Il se fait d’abord connaître par ses romans écrits en persan, dont Terre et cendres, qui sera adapté au cinéma et présenté au Festival de Cannes. Naturalisé français, il poursuit une œuvre à la croisée de plusieurs langues et cultures, où se mêlent récit intime, histoire politique et mémoire de l’exil. En 2008, Atiq Rahimi reçoit le prix Goncourt pour Syngué sabour. Pierre de patience, son premier roman écrit directement en français. Programmation musicale : L'artiste Camille avec le titre « La terre ».
Printemps des Poètes, la poésie en circulation entre scène, rap et littérature
Depuis près de 30 ans, le Printemps des poètes organise chaque année des milliers d'évènements dans toute la France et à l'Internationale. Pour cette nouvelle édition, poétesses et poètes d'ici et d'ailleurs célèbreront la Liberté : Force vive, déployée. Chaque année, le Printemps des poètes célèbre en France et dans quelques villes à l’étranger la vitalité de la poésie et essaye de l’exposer hors des cercles littéraires. Près de cinquante pays y participent chaque année, 500 auteurs y prennent part. « Remettre la poésie en circulation » Paloma Hermina Hidalgo est philosophe, romancière, actrice, danseuse, poétesse, et secrétaire générale de la manifestation Le Printemps des Poètes 2026. Pour elle, la poésie est une « intensification du langage », une affaire publique et politique. Le festival a pour vocation de remettre la poésie en circulation, de l’arracher à l’« entre-soi ». Pour elle c'est une « intensification du langage », une affaire publique et politique. Le festival a pour vocation à remettre la poésie en circulation, arracher la poésie à cet « entre-soi ». Son dernier recueil, Féérie, ma perte, est paru en juin 2025 aux Éditions Corlevour. Il se situe entre poésie, théâtre, autobiographie cryptée et conte. Tous ses textes partent d’un matériau autobiographique. Elle considère son écriture comme inclassable, et ce recueil est très marqué par l’oralité. Lémofil, « la poésie a le pouvoir de nous reconnecter à la lecture » L'artiste Lémofil, poète, slameur. De son vrai prénom Tom, est un artiste émergent de la scène rap française, dont l’approche se distingue par une forte dimension littéraire et scénique. Originaire de Chambon-sur-Lignon, il s’inscrit dans un parcours mêlant littérature, théâtre et musique, ce qui nourrit profondément son rapport à l’écriture et à l’interprétation. La poésie des mots sert à se réveiller quand on s'endort, de s'emerveiller à nouveau. À mi-chemin entre rap, poésie et chanson française, son univers puise autant dans l’héritage de Rimbaud ou Césaire que dans celui d’artistes comme Dinos ou Disiz. Ses performances, souvent accompagnées de musiciens. Il a récemment mené une série sur les réseaux sociaux « un poème par jour » dans laquelle il récite des poèmes d'auteurs classiques, mais aussi des poètes plus contemporains. Et la chronique Ailleurs nous emmène à Karachi, au Pakistan qui célèbre la francophonie en ce mois d'avril 2026. L’Alliance Française de Karachi est présente depuis plus de 60 ans dans le paysage culturel de la ville pakistanaise. Avec Emmanuel Breurec, directeur de l'Alliance française de Karachi, l'une des trois Alliances Françaises présentes au Pakistan. Programmation musicale : L'artiste Lémofil avec le titre « L'hiver s'en ira ».
Panafricanisme et luttes militantes au Festival des Langues françaises
En ce début de printemps, des auteurs de tout le monde francophone se retrouvent à Rouen, au Festival des Langues Françaises. Les textes des artistes Médéssé Prudence Romaric Gbedjanhoungbo et de Shade Hardy Garvey Mougondo sont présentés ce soir. Deux textes très différents mais très complémentaires, présentés ce jeudi 26 mars 2026 : le premier questionne le panafricanisme et se tourne vers un avenir d'une Afrique positive. Le deuxième interroge les pratiques militantes autour des figures emblématiques de Malcolm X et Mohamed Ali. « Stéréotypes »: une Afrique positive qui regarde vers l'avenir Ici, un vendeur de carte SIM. Là, une étudiante plongée dans son mémoire. Plus loin, un mécanicien qui rêve d’ouvrir un garage solaire. Une mère qui élève seule ses enfants. L'auteur béninois, Médéssé Prudence Romaric Gbedjanhoungbo, présente son texte « Stéréotypes », qui dresse le portrait de l’Afrique du quotidien, une Afrique actuelle avec des personnages du peuple. Le pays n'est pas explicitement cité mais cela semble se passer au Bénin. « C'est un pays qui a un passé très triste avec la traite négrière mais aujourd'hui, on travaille pour se relever et pour aller plus loin ». L'auteur revendique la dimension politique de son texte « si les politiques tenaient compte des réalités, quelque chose de bien pourrait être fait pour l'épanouissement ». Son texte est une commande. Rédigé dans le cadre du programme L'Afrique qui vient, l'auteur s'emploie à montrer « le regard de l'Afrique sur l'africain, le regard de l'extérieur sur l'Afrique mais aussi le regard de l'extérieur sur l'extérieur ». « Je parle au monde entier. Chacun a sa part de responsabilité dans les stéréotypes que nous avons ». Le texte est actuellement en phase de réécriture. À travers le personnage de Vignon, il nous raconte que « le passé n'est pas à négliger. Il faut prendre ce qui est du passé, comprendre ce qui n'a pas marché, et prendre de nouvelles décisions pour évoluer ». C'est en résumé le portrait d’un continent en mouvement, source d’inspiration et d’innovation, marqué par ses paradoxes. Mohamed X : la rencontre fictive entre deux militants Quant à Shade Hardy Garvey Mougondo, il signe « Mohamed X », un texte consacré à la relation entre deux figures majeures du XXe siècle : Malcolm X, militant des droits civiques assassiné en 1965, et Mohamed Ali, considéré comme le plus grand boxeur de tous les temps, disparu en 2016. Ce n’est pas la première fois que l’auteur congolais s’empare de figures historiques. L’un de ses précédents spectacles était consacré à Patrice Lumumba, à l’homme et au père qu’il était. Pour ce texte, c'est la biographie écrite par Ilyasha Shabazz, la troisième fille de Malcolm X, devenue orpheline de père à trois ans. « Je voulais faire un texte percutant, quelque chose qui donne des coups de poings. J'ai pensé à Mohamed Ali ! », précise l'auteur. Si le texte raconte une rencontre fictive entre les deux protagonistes en 1962, ces deux militants se sont - dans la vraie vie- côtoyés, rapprochés, aimés puis fâchés. D’un côté Mohamed Ali, icône du ring, de l’autre Malcolm X, voix radicale du peuple. Leur chemin se croise, entre affection, tensions et confrontation. Frères de combat, le champion de boxe et le leader militant débattent de leurs choix, de leurs renoncements et de la place de l’homme noir dans la société. Faire entrer le public dans la fabrique du théâtre Ronan Chéneau est le programmateur du Festival des Langues françaises, organisé par le CDN Normandie Rouen. Il nous rappelle que ces textes ne sont « pas des lectures figées mais déjà des gestes de dramaturgie plateau. On laisse entendre la portée dramatique théâtrale et scénique de ces textes ». Programmation musicale : L'artiste Prince Balker avec le titre « Je peux pas ».
Festival des Langues Françaises, Aline César et Israël Nzila racontent des blessures de l’histoire
Pour la huitième édition, le Festival des Langues Françaises à Rouen propose de découvrir une quinzaine de nouveaux autrices et auteurs...et autant de manières de dire le monde. Durant quatre jours, ce festival met à l'honneur des textes, parmi lesquels ceux d'Aline César et d'Israël Nzila, lauréat du Prix Théâtre 2025. Ces textes sont lus devant des spectatrices et spectateurs, une première étape primordiale avant la mise en scène. Reconnaissance : Damas de Aline César entre fiction et réalité Avec Reconnaissance : Damas, l'autrice Aline César raconte l'histoire d'une jeune femme abandonnée par ses parents, placée à la DDASS et à la recherche de ses origines entre les deux rives de la Méditerranée « Une autofiction entre fiction et réalité » sur le mode de l'enquête avec des choses réelles et d'autres qui sont fictionnées nous précise l'autrice. D'abord convaincue de ses origines algériennes, elle va découvrir qu'elle a également des origines syriennes. Elle va s'interroger sur l'histoire collective et se questionner sur les relations complexes qu'entretiennent ces trois pays, une histoire méconnue... Son texte sera lu à Rouen devant un public : « C'est une étape de travail très importante. On confronte le texte aux spectateurs et aux spectatrices avec un propos aussi intime, quel est le ressenti du public ? » Elle a, elle même, mis en lecture son texte. « Clipping » d'Israël Nzila, les traumatismes de la guerre « Clipping » est un mot technique qui évoque une distorsion sonore, une saturation des sons lorsqu'on dépasse le volume normal. Le texte « Clipping » d'Israël Nzila joue sur cette notion de distorsion et explore les traumatismes de la guerre. Le texte qui a remporté le Prix RFI Théâtre raconte l'histoire de Do, une femme dont l'enfance a été saccagée par la guerre. En errance sur un marché de Lubumbashi, en République Démocratique du Congo, elle affirme avoir perdu son bébé dans la foule mais est-ce la réalité ou une hallucination ? Est-elle folle ? Israël Nzila a grandi à Lubumbashi. La guerre, il ne l'a vécue que de loin mais en a ressenti toutes les conséquences avec l'instabilité économique et les conflits politiques qui en ont découlé. Cette mise en espace de son texte lui permet d'éprouver les « souffles que j'ai mis dans les mots. Je voulais nommer cette violence avec la langue. La langue porte une histoire qui influence nos mentalités.» « Le théâtre, c'est l'intimité partagée » C'est Anne-Sophie Pochet, metteuse en scène qui a effectué ce défrichage du texte « Clipping ». Ce n'est plus tout à fait une lecture ni tout à fait un spectacle. « C'est une specture : on est à mi-chemin entre spectacle et lecture », nous explique-t-elle. Pour elle, l'enjeu était de faire entendre au public la nature du texte et sa qualité littéraire, et faire resonner sa théâtralité. Invités : - Israël Nzila, auteur congolais, lauréat du Prix RFI Théâtre 2025 pour sa pièce Clipping. Son texte sera lu au festival à Avignon le 15 juillet 2026 dans le cycle « Ça va, ça va le monde ! ». - Aline César, autrice, metteuse en scène, historienne de formation et chargée de cours à l'institut d'Études Théâtrales de Paris III « relier le passé à la lumière du présent ». - Anne-Sophie Pauchet, metteuse en scène et comédienne. Le Festival des Langues françaises à Rouen jusqu'au samedi 28 mars 2026. Programmation musicale : l'artiste congolaise Céline Banza avec le titre « Fille parfaite ». Elle a été lauréate du Prix Découvertes en 2019.
Cinquante nuances de Victor Hugo : traduire, adapter ou abréger les Misérables
Dans cette enquête, l'autrice Typhaine Samoyault déploie le destin éditorial des Misérables, de Victor Hugo, publié en 1862 et devenu un classique... Les Misérables, roman fleuve de Victor Hugo a été publié en 1862. Devenu un classique de la littérature malgré ses 2 500 pages, ce roman social et historique a été dès sa parution adapté, réécrit, traduit, abrégé de nombreuses fois. Il a également fait l'objet de nombreuses adaptations cinéma ou télé : près d'une cinquantaine. Il y a même eu une comédie musicale. Réécrire les classiques : une fausse question ? Typhaine Samoyault a lu les Misérables trois fois mais n'a jamais lu la même version ! Dans Toutes sortes de Misérables, elle révèle comment ce roman est devenu l'un des plus réappropriés du monde et interroge : « Faut-il réécrire les classiques ? » Est-ce, en fait, une fausse question ? Des personnages qui se sont affranchis du roman Le roman social et historique de Victor Hugo est devenu un classique et ses personnages Cosette, Gavroche, Jean Valjean et autres Thénardier, des icônes de la culture populaire. Leurs noms sont même devenus des expressions ! « Les personnages sont des personnages qui se sont affranchis du texte pour devenir des familiers comme s’ils appartenaient à la réalité, comme s'ils prenaient leur autonomie : c'est la force des grandes œuvres ! » Adaptations et traductions : faire usage des classiques Mais, selon Typhaine Samoyault, si ce roman est devenu un classique ce n'est pas uniquement dû à sa qualité littéraire, c'est aussi grâce à la profusion d’adaptations et de traductions. Dès 1884, il existe déjà même une version adaptée à la jeunesse. « Victor Hugo voulait une réception populaire de son texte. Il a voulu qu'il y ait des éditions bon marché et accessibles de son texte » Ce roman traduit dans toutes les langues, en Chine ou en Russie, ce sont des versions différentes car le texte est adapté. « La langue change le texte : on ne produit jamais de traduction miroir, c'est aussi une occasion pour les traducteurs de proposer une version abrégée. » Une œuvre vivante, c'est une œuvre changeante Pour Typhaine Samoyault, un classique constamment est reprise. « Il n'y a pas de contre-exemple. Une œuvre qui n'est plus adaptée aux époques ou autres cultures ne peuvent pas des classiques. On garde la mémoire orale de cette littérature ». La littérature doit donc être en mouvement car cela fait vivre les livres, car il ne s’agit pas seulement de les conserver, il faut les faire circuler, les transformer, les réinventer. « Il ne faut pas avoir peur des réécritures, ce n'est pas un phénomène récent ». L'autrice rappelle que de nombreux classiques ont été expurgés de leurs références religieuses lors de la séparation de l'Église et de l'État par exemple... Invitée : Typhaine Samoyault, directrice d'études de l'EHESS, directrice du Centre de recherches sur les arts et le langage. Elle est aussi romancière et traductrice. Son essai Toutes sortes de Misérables est publié aux éditions du Seuil. Programmation musicale : L'artiste NeS avec le titre Le bruit et le silence.
Parler tel que l'on est : faut-il réformer la grammaire ?
Dans cet ouvrage, la linguiste et grammairienne Anne Abeillé torpille un malentendu tenace : celui qui opposerait la sauvegarde d'une langue grammaticalement pure à son relâchement. Faut-il prendre en compte les usages de la langue contemporaine ? Oui, selon la linguiste et grammairienne Anne Abeillé « Les régularités qu'on observe dans la langue sont assez différentes des règles de la grammaire normative ». Une insécurité linguistique : Si certains se croient en insécurité linguistique, c'est parce qu'en France, on pense selon Anne Abeillé qu'il y a un bon et un mauvais usage de la langue. « On est en faute car on oublie de mettre «ne» dans une négation, car on accorde mal un verbe mais en fait l'usage de la langue a changé. » Des règles de grammaire « zombies » Anne Abeillé n’hésite pas à qualifier certaines règles grammaticales de « règles zombies » : des normes anciennes et souvent contestées, qui rejettent par exemple l'emploi de «malgré que», une tournure pourtant utilisée par des auteurs reconnus, tels qu’André Gide, Marcel Proust ou Annie Ernaux ! « La langue française ne s'appauvrit pas. les dictionnaires en ligne s'enrichissent de mots nouveaux chaque jour. On a aujourd'hui plus de 400.000 mots. Le vocabulaire croît en permanence » Selon la linguiste, ce « bon usage » viendrait du français parlé à la Cour du Roi. Il y aurait eu un « français des élites », celui de Paris et un « français des peuples ». Pour finir, Anne Abeillé alerte sur le site « Dire ou ne pas dire » mis en ligne depuis 2011-2012 par l'Académie française et sur lequel des conseils sur le « bon ou le mauvais usage » peuvent être donnés... Invitée : Anne Abeillé, linguiste et grammairienne. Professeur à l'Université Paris-Cité. Membre du collectif des Linguistes attéré.e.s. Elle a publié Le Français va très bien, merci chez Gallimard en 2023 et a codirigé avec une soixantaine de chercheurs La Grande grammaire du Français (publié chez Actes Sud). Dans cette grammaire, ils ont pris en compte le français tel qu’il se parle aujourd'hui y compris le français parlé hors de France. Son dernier ouvrage La grammaire se rebelle est publié aux éditions Le Robert. Et la chronique Ailleurs nous emmène à Alexandrie, en Égypte pour parler de la journée « fêtons la diversité culturelle francophone » du jeudi 26 mars qui aura lieu à l’Université Senghor d’Alexandrie. Avec Ribio Nzeza Bunketi Buse, directeur du département Culture de l’Université Senghor. Programmation musicale : Le groupe québécois Bibi club avec le titre George Sand.
Lire et traduire en langues africaines : quelles difficultés, quels freins ?
Pourquoi si peu de textes écrits en et traduits en langues africaines ? Si beaucoup de grands prix littéraires africains ont écrit en français, des écrivains comme Boris Boubacar Diop amorcent une dynamique en décidant d'écrire en wolof après avoir écrit en français... La langue malagasy : une langue qui ne heurte pas Michèle Rakotoson, écrivaine et traductrice. Elle est née de deux parents intellectuels, francophones. Elle écrit en français et en malagasy. Elle a récemment traduit Le journal d'Anne Franck (Ny Diarin'i Anne Frank) en malagasy. Ce journal est un best-seller qui est celui d’une jeune fille juive allemande exilé aux Pays-Bas qui va vivre cachée pendant deux ans avec sa famille avant d’être arrêtée et déportée par les Nazis. Elle mourra en 1945 dans les camps à l’âge de 15 ans. Je voulais faire connaitre ce livre à la communauté malgache car c'est un livre qui est vraiment d'actualité, c'est un livre optimiste malgré le thème. Il aborde la résilience. Pour l'autrice, la traduction a été difficile car la langue malagasy est une langue collective dans laquelle on n'utilise pas «je». C'est aussi « qui ne heurte pas, qui ne va pas direct au but ». Par exemple dans la version en français, Anne Franck regarde son sexe dans un miroir, et ça, en malgache, cela ne se dit pas ! Il a fallu trouver un détournement ! Pour Michèle Rakotoson, il manque des outils pour faire connaître la langue malagasy. « Des maisons d'édition, des structures pour les faire entendre ». Faire exister les langues africaines Xavier Garnier, professeur de Littérature africaine à la Sorbonne nouvelle. Auteur de Quels lieux pour les littératures en langues africaines ? publié chez Khartala. Il traduit également depuis le swahili. « Il y a une grande tradition poétique swahilie qui remonte à plusieurs siècles, une littérature orale et écrite en caractères arabes ». Il existe un corpus de textes très important. Julius Nyerere, président de la Tanzanie dans les années 60-70, a beaucoup soutenu la littérature en swahili et a lui même traduit en swahili deux pièces de Shakespeare (Le Marchand de Venise et Jules César). Il existe malheureusement assez peu de traductions d'œuvres françaises vers le swahili. Aujourd'hui, des auteurs comme Boris Boubacar Diop écrivent directement en wolof, après avoir écrit en français. « L'oralité précède la scripturalité » Charles Binam Bikoï du Cerdotola (Centre International de Recherche et de Documentation sur les Traditions et les Langues Africaines), un organisme panafricain basé au Cameroun créé dans les années 70. Charles Binam Bikoï a également traduit depuis Le prince de la grande rivière, une épopée mythique tirée de la tradition orale du Sud-est du Cameroun. Il a d'abord reconstitué et transcrit le texte de l'oral à l'écrit, puis l'a traduit du douala vers le français. Ce travail lui a pris une quinzaine d'années. À partir des textes oraux, on peut produire des textes universels, nous explique le chercheur. Il rappelle que les écrits des auteurs africains qui écrivent en français sont complètement déconnectés des peuples. Les grands prix littéraires africains qui sont attribués à des auteurs qui écrivent en français, « c'est bien pour la francophonie mais ça ne dit rien sur la vérité des littératures africaines ». Programmation musicale : L'artiste Gildaa avec le titre Pensées diluviennes.
Semaine de la francophonie : l’arabe, une langue qui raconte aussi la France
Vive la francophonie, en cette semaine dédiée à la langue française par le monde, la Cité internationale de la Langue française – Château de Villers-Cotterêts lance une saison dédiée à la langue arabe ou plus précisément à « Nos langues arabes ». Paradoxe ou clin d’œil, provocation, pourraient dire certains, quoi qu’il en soit, belle programmation avec une exposition, des tables rondes, des rencontres et des spectacles. Avec Paul Rondin, directeur de la Cité internationale de la Langue française Et Ralph Doumit, écrivain libanais, en résidence à la Cité internationale de la Langue française dans le cadre de cette saison « Nos langues arabes ». Il faut absolument comprendre l'arabe pour comprendre le monde, écrivait Rabelais. Avant de faire du français la langue du royaume en 1539, François 1er fonde en 1530 le Collège royal (futur Collège de France). Il y défendait l’enseignement de plusieurs langues : le français, mais aussi le latin, le grec, l’hébreu, pour l’étude de la Bible, et l’arabe, indispensable alors pour accéder à la philosophie et aux sciences. Cinq siècles plus tard, l’arabe, plus précisément le berbère plutôt que l’arabe maghrébin, est la deuxième langue parlée en France et la Cité lui fait hospitalité. Pour Paul Rondin, directeur de la Cité internationale de la Langue française, l’objectif de cette saison n’est pas politique, mais plutôt de montrer que les langues vivent en accueillant d’autres langues, et que le français est lui‑même largement métissé d’arabe. La programmation met en valeur la diversité des arabes (littéral, dialectes, oralités), notamment à travers des résidences d’artistes, des traductions (comme Molière en arabe et en arabe tunisien), des œuvres d’art et un spectacle : la plus importante épopée orale arabe, L’épopée de Bani Hilal, donnée pour la première fois en France. Regards d’écrivains Ralph Doumit est bilingue, voire trilingue, mais choisit d’écrire en français. Dans son pays, au Liban, le plurilinguisme est profondément ancré : les enfants apprennent dès l’enfance le français, l’anglais et l’arabe à l’école et passent spontanément d’une langue à l’autre dans la vie quotidienne. Depuis son arrivée à la Cité, il constate le plaisir d’entendre des personnes venues du monde entier et de partager cette diversité linguistique. Pour lui, cette richesse donne tout son sens aux projets développés au sein de la Cité. Nos langues arabes, du 24 janvier au 30 août 2026, à la Cité internationale de la Langue française – Château de Villers-Cotterêts.
Les souffleurs commandos poétiques célèbrent l'amour dans «Combustions»
Dans leur nouveau spectacle Combustions, le collectif Les souffleurs commandos poétiques nous embarque dans un flot de sentiments et de mots. Le collectif des Souffleurs, fondé en 2001 par le comédien Olivier Comte, est une troupe unique en son genre. Aujourd’hui, elle rassemble 29 comédiens français et 38 comédiens du théâtre Kasé à Tokyo, créant un pont artistique entre la France et le Japon. Le collectif dispose de plusieurs lieux emblématiques : un espace à Aubervilliers, un centre à Tokyo, ainsi qu’un décor insolite niché dans les « Alpes japonaises ». Ralentir le monde Leur ambition est de « transformer le monde » en le ralentissant, mais aussi de « partager un moment avec la littérature ». Ils se définissent comme des souffleurs, des passeurs d’émotions qui « soufflent l'âme » et « injectent de la poésie dans les territoires, les vies et les oreilles ». Leur outil, ce sont les « rossignols », de longues cannes creuses en bois, qu'ils utilisent pour murmurer des mots à l’oreille des passants, offrant une expérience intime et poétique. Ils exécutent des performances qui ne se déroulent pas systématiquement en salle, mais aussi beaucoup à l'extérieur, en régions. « On écrit sur mesure, c'est toujours totalement différent. On se rend souvent dans les cafés, qui sont l'espace public n°2. » Combustions : parler d'amour dans un monde en déglingue Dans leur nouveau spectacle Combustions, en chansons et en poèmes, Les souffleurs clament l'amour, la passion, le désir, mais aussi le sexe et l'amour charnel. Mais pourquoi parler d'amour alors que le monde est en incendie généralisé ? Pour ralentir le monde, ne suffit-il pas juste d'être en avance d'une seconde sur le monde. Des lettres qui embrasent Ils puisent dans les correspondances et lettres de Rimbaud, Arthur Miller, Édith Piaf, Victor Hugo ou encore Virginia Woolf. « La lettre donne accès à une littérature particulière car elle n'est pas destinée à être lue par tout le monde, surtout quand il s'agit d'une lettre d'amour. Cette littérature qui crie le manque est brûlante », explique Julia Loyez. On y entend aussi la correspondance de Victoria, femme ukrainienne exilée en France, et de son mari, Pablo resté sur le front en Ukraine. Des mots qui traversent la guerre. Invités : Olivier Comte et Julia Loyez, directeurs artistiques de la compagnie des Souffleurs commandos poétiques. À voir au Théâtre de l'épée de bois à la Cartoucherie jusqu'au 29 mars. Programmation musicale : l'artiste Anaïs Rosso avec le titre « Les colombes ».
Et si les États-Unis parlaient français ? Une histoire oubliée de la francophonie en Amérique
Dans cet ouvrage, le linguiste Mario Periard propose un itinéraire inédit à travers les États-Unis, en suivant les traces des francophones qui ont été parmi les premiers à fouler le sol américain. L'auteur Mario Periard en appelle à la mémoire plurielle des Américains ! Le pays se présente comme un pays anglosaxon, anglophone et pourtant il y a eu avant l'arrivée des Anglo-Américains, des autochtones mais aussi des Hispaniques et des Francophones! La francité : dimension occultée de l’identité américaine L'auteur suggère que dans notre imaginaire, on a tous des héros américains en tête, mais on a oublié les héros francophones qui ont aussi façonné l'histoire des États-Unis. « Les francophones sont encombrants dans le récit de l'Histoire des États-Unis ». Revenir aux racines francophones des USA, c’est forcément parler de la Louisiane qui était jusqu'en 1803, une colonie française. À l'époque, c'était un très grand territoire. Lorsque cet État a été acheté à la France par les États-Unis, le pays a doublé sa superficie. On découvre aussi des héros oubliés comme Homer Plessy qui, avant soixante ans avant Rosa Parks, s'est levé contre les lois de ségrégation raciale en vigueur dans le pays, une histoire invisibilisée. « La Louisiane est un microcosme de ce qu'aurait pu devenir les États-Unis », précise Mario Periard. Un livre d'histoire et de voyage Mario Periard a beaucoup voyagé pour constituer cet ouvrage. Il voulait témoigner de la francité de tous les États du pays. Et dans chacun d'eux, il a trouvé trace de la francophonie. Il a donc fait un livre en cinquante chapitres avec des influences plus ou moins grandes dans chaque État. En Californie, par exemple, il y a eu les premiers vignobles avec un certain Monsieur... Vigne ! On trouve aussi des fleurs de lys sur le blason de l'Alabama qui fut un des berceaux de l'Amérique française. La ville de Mobile a été fondée par des Français bien avant la Nouvelle-Orléans. « Au niveau national, les Américains ne reconnaissent pas cette empreinte française mais au niveau local, les gens en sont fiers ! » De nombreuses villes ont d'ailleurs des noms français « Paris » ,« Belleville », « Montpellier » et la baie de New-York aurait pu s'appeler la baie de Sainte-Marguerite ! Aujourd'hui, subsistent encore beaucoup de vocabulaires français dans la langue anglaise : «butte», «prairie», «cash». Il y aurait environ 30% de mots français ou d'origine française dans la langue anglaise. Et un peu plus d'un million d'apprenants du français aux États-Unis. Invité : Mario Periard, linguiste québécois. Son ouvrage L'Amérique française, De l’Alabama au Wyoming: les racines francophones des États-Unis a été publié aux éditions Favre. Et la chronique Ailleurs nous emmène à Genève, en Suisse pour parler de la 40è édition du Salon du Livre de Genève qui aura lieu du 18 au 22 mars 2026.. Programmation musicale : L'artiste Makala avec le titre Loketo.
«Je suis assez gourmande des mots» : la chanteuse Mélissa Laveaux sort son cinquième album
La chanteuse d'origine haïtienne Mélissa Laveaux revient avec un nouvel album At my softest, I am most dangerous. Un album intime, entre souvenirs et spiritualité Cet album est le plus personnel de Mélissa Laveaux. La chanteuse raconte ses souvenirs comme ce baptême exorcisme qu'elle a vécu à l'âge de 8 mois alors qu'elle courait dans une église ! Une anecdote qui en dit long sur son rapport au monde : dès son plus jeune âge, elle a nourri une fascination pour le macabre, les fantômes, les films d’horreur et la mort. Cette dernière n’est jamais un sujet tabou dans sa famille haïtienne où on l’embrasse et où on vit avec les esprits au quotidien... « Nous on celèbre la Toussaint pendant un mois ! On trouve ça rigolo ! », explique-t-elle au micro. L'abeille symbole de lien entre les cultures Elle joue aussi avec la signification de son prénom « Mélissa ». En grec, cela veut dire « abeille », un insecte qui joue souvent les intercesseurs dans de nombreuses traditions, notamment entre les mondes des vivants et des morts. « Les abeilles font partie de toutes les cultures, je trouve ça très fédérateur ». Le créole, une poésie naturelle Ses chansons sont écrites en anglais et en créole haïtien « Pour moi, le créole c'est vraiment de la poésie, la première que j'ai entendue, j'adore ma manière dont les personnes âgées créolophones parlent, elles parlent en proverbe et de manière contextuelle. C'est absolument naturel pour moi de retourner au créole dans mon écriture de chansons. C'est très agreable de chanter en créole ». Invitée : Mélissa Laveaux, autrice-compositrice-interprète. Née au Canada, originaire d'Haïti, elle a aujourd'hui la nationalité française. Elle a grandi à Ottawa. Elle reçoit sa première guitare à l'âge de 12 ans. Son cinquième album At my softest, I am most dangerous sort le 20 mars 2026. Programmation musicale - Lasi myèl - Se pa jo dia - Grand-mère. Tous ces titres sont extraits de At my softest, I am most dangerous.
Et si la lecture était un exercice collectif ?
La lecture est toujours une aventure que l'on imagine individuelle, un plaisir solitaire, mais Thibault Le Page affirme qu'elle peut être collective et partagée. Et dans un petit livre vert, il énumère les 17 manières, les 17 exercices pour lire ensemble. Dessinateur et anthropologue, il s’intéresse aux pratiques de la lecture avec ce livre : Lire ensemble. Dans son livre Lire ensemble, Thibault Le Page explore les formes contemporaines et anciennes de lecture collective. L’auteur y propose 17 manières de lire à plusieurs, remettant en question l’idée que la lecture serait uniquement un acte solitaire. Son livre s’inscrit dans un moment où l’on débat au sujet de la concentration, de la faculté à lire individuellement et de l’essor des intelligences artificielles capables de « synthétiser des masses de textes ». Pourtant, il observe parallèlement un regain de pratiques de lecture collective, plus visibles dans les milieux artistiques et de recherches. Lire ensemble, ici, je l'entends plutôt comme le fait de lire avec les autres, parfois pour les autres, grâce aux autres, en ayant besoin des autres. Notre invité définit la lecture collective comme le fait de lire avec, pour et grâce aux autres, en valorisant l’oralité et l’échange. Il rappelle que ces pratiques sont anciennes, comme les clubs de lecture apparus au milieu de XIXè siècle. L’arpentage, un geste manifeste Vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, l’association Peuple et Culture va élaborer de nouveaux protocoles de lecture collective : les arpentages. L’arpentage est une pratique de lecture collective qui consiste à prendre un livre, à réunir un groupe de participants, puis à en découper physiquement le texte en autant de fragments qu’il y a de lecteurs. Chacun lit sa portion du texte, prend des notes, puis restitue oralement sa lecture au groupe en la synthétisant. « De cette manière-là, on acte le fait qu'on lit pour les autres, qu'on a aussi besoin des autres pour comprendre le texte », que la compréhension du livre dépend de la contribution de chacun. Il instaure une véritable attention à l’autre et fait émerger « une forme d’oralité et de polyphonie » autour de l’ouvrage. L’arpentage ouvre à la discussion, à l’interprétation et à la confrontation des points de vue. Thibault Le Page insiste : « Toute idée doit être confrontée à d’autres vies que la nôtre. » « Le livre est un objet politique, un objet à la fois conceptuel, intellectuel, mais aussi un objet qui est dans la société, qui est dans le monde, partout autour de nous, donc un objet politique. » « Mettre une disquette » Et, comme tous les mercredis, Lucie Bouteloup décrypte une expression bien connue de la langue française dans sa chronique La puce à l’oreille avec la complicité de la lexicographe Géraldine Moinard des éditions Le Robert. Et, cette semaine, Lucie décrypte pour vous l'expression « Mettre une disquette ». Programmation musicale : Michel Houellebecq – « Ils chevauchaient le vent ».