
Afrique économie
63 episodes — Page 2 of 2
Sénégal: l'abondance de légumes fait chuter les prix et fragilise les maraîchers
Chaque année, entre mars et mai, les marchés sénégalais sont envahis de légumes, et les prix s'effondrent. Et les maraîchers se retrouvent contraints de vendre à perte, victimes d'un calendrier de récoltes concentré sur quelques semaines, de l'absence de structures de stockage, et de la concurrence des grands groupes agro-industriels. Dans sa pépinière en banlieue de Dakar, Amy Ka surveille ses plants de légumes. Tout pousse bien… Trop bien, même. Les marchés de la capitale du Sénégal sont saturés, et les prix ont chuté. « Nous avons des soucis pour vendre nos produits à de bons prix. Tout le monde amène les légumes à Dakar. Le marché est inondé, même s'il y a beaucoup de consommateurs. Le cageot de tomates peut coûter jusqu'à 3 000 francs CFA alors que dans les bonnes périodes il peut monter jusqu'à 29 000 francs CFA », explique-t-elle. Le contrecoup touche aussi son activité de pépiniériste : quand les maraîchers vendent à perte, ils n'achètent plus de plants. « Les agriculteurs ont peur d'investir. Les aubergines, la tomate, presque tout a chuté », se désole-t-elle. Une production concentrée et une concurrence accrue La cause est structurelle. Au Sénégal, les semis se font massivement après les pluies, si bien qu'environ 80% des récoltes arrivent sur les marchés en même temps. À cette saturation s'ajoute la concurrence de groupes industriels comme l'indien Swati Agri, aux capacités de stockage et aux rendements bien supérieurs à ceux des petits exploitants. L'Agence de régulation des marchés dit avoir pris des mesures. « Le ministre du Commerce a pris une circulaire pour demander à tous les agro-business de suspendre leur mise en marché, explique son directeur général, Babacar Sembène. Cela a été fait pour éviter la concurrence entre les exploitations familiales et l'agro-business, qui va mettre toute sa production dans des chambres froides jusqu'à l'épuisement des stocks chez les petites exploitations. » Autre mesure : la suspension des importations de certains produits, et un appel à étaler les semis sur l'année pour lisser les arrivages. « La planification nécessite des semences adaptées. Soit des semences qui sont précoces et permettront aux producteurs de récolter tôt, au mois de janvier ou février. Ou bien des semences tardives », détaille Babacar Sembène. Transformer et mieux structurer la filière Pour l'économiste Amath Ndiaye, de l'université Cheikh Anta Diop, il faut aller plus loin afin de mieux connecter la production à la transformation locale. Des agropoles sont ainsi en projet dans plusieurs régions. « Il faut des débouchés industriels d'abord, insiste-t-il. C'est-à-dire qu'il faut que les produits maraîchers puissent être transformés de manière industrielle ou artisanale. Pour les solutions à long terme, il faut mettre en place des infrastructures de stockage intégrées. » Il préconise aussi de structurer la filière en coopératives, et de s'ouvrir davantage à l'export. Le Sénégal produit 450 000 tonnes d'oignons par an, pour des besoins de 350 000 tonnes. L'an dernier, 5 000 tonnes ont été exportées vers l'Espagne. Des discussions sont en cours avec la Côte d'Ivoire et le Cap-Vert. À lire aussiLes rendements du coton sénégalais parmi les meilleurs d'Afrique de l'Ouest
Le combat de l’Afrique du Sud contre la fièvre aphteuse qui contamine le bétail
Les éleveurs sud-africains font face, depuis plusieurs mois, à une grande épidémie de fièvre aphteuse. Cette maladie sans traitement spécifique, non transmissible à l’humain, est très contagieuse pour le bétail, qui ne parvient plus à se nourrir à cause de blessures au niveau de la bouche et des sabots – d’où son nom en anglais, « foot and mouth disease ». Elle s’est déjà répandue dans toutes les provinces du pays et Pretoria a même déclaré l’état de catastrophe nationale. Les éleveurs subissent de plein fouet cette épidémie. Avec notre correspondante à Johannesbourg, C’est la deuxième fois en un an que cette ferme laitière, en banlieue de Johannesburg en Afrique du Sud, voit ses animaux contracter la fièvre aphteuse. Elle est désormais placée sous quarantaine. « Voici les vaches dont les pis sont touchés par l’infection. Donc elles sont traitées en dernier, puisqu'ensuite on doit jeter tout leur lait », explique Richard de Bufanos. Car les vaches malades sont sous antibiotiques pour éviter les infections secondaires : impossible donc de consommer leur lait. Le coût de l’épidémie est lourd pour l’exploitant. Entre les vaches qui sont mortes de la maladie et celles qui ont dû être euthanasiées, « nous pensons que nous aurons au total perdu environ 14% de notre troupeau ». Un manque à gagner très important : « Au niveau de notre ferme la moins touchée, la production s’est effondrée de 40%, et dans d’autres, jusqu’à 70%. On estime avoir jeté plus d’un demi-million de litres de lait au plus fort de la crise. » Le gouvernement tentait jusqu’à présent de contrôler les mouvements du bétail. Une stratégie inadaptée pour le pays et désormais une grande campagne de vaccination bat son plein. « Voici le produit, c’est celui importé d’Argentine. Nous allons injecter 2 mL par animal », décrit cette technicienne déployée par l’État. À lire aussiAfrique du Sud: importation massive de vaccins pour lutter contre l’épidémie de fièvre aphteuse « On aurait pu éviter beaucoup de choses » Le ministre de l’Agriculture, John Steenhuisen, supervise les opérations, comme ici dans la région du KwaZulu-Natal : « Nous opérons un changement à 180 degrés : au lieu de chasser la maladie à travers le pays, nous allons vacciner de façon proactive. Nous avons besoin de 28 millions de doses d’ici la fin de l’année. Et c’est pour cela que nous nous sommes organisés afin d'avoir un approvisionnement en dehors de notre fournisseur botswanais habituel. Nous allons avoir assez de vaccins pour traiter 14 millions d’animaux, et il faut ensuite un rappel, donc nous continuerons à en acquérir afin d’atteindre notre objectif d'immuniser 80% des troupeaux du pays et ainsi faire diminuer le nombre de contaminations de 70% ». Mais il doit faire face à une grande colère, et la gestion de la crise l'a, entre autres, poussé à ne pas briguer un nouveau mandat à la tête de son parti, l'Alliance Démocratique (DA). Beaucoup de fermiers comme Rob Strachan reprochent aux autorités de se réveiller trop tard. « Ma frustration vient du fait qu’on n’a pas arrêté de nous dire qu’il y a un plan, mais il n’a pas été mis en place jusqu’au moment où les fermiers ont été vraiment à bout. On aurait pu éviter beaucoup de choses », regrette-t-il. Certains pays, comme les voisins régionaux ou encore la Chine, ont bloqué les importations de viande bovine sud-africaine, pour empêcher une propagation de la maladie chez eux. À lire aussiFrance: face à la dermatose et l'abattage de bovins, la colère monte chez les agriculteurs
Coût du kérosène en hausse: vers une augmentation des prix des billets d’avion en Afrique?
L'onde de choc de la guerre au Moyen-Orient continue de se propager à travers la planète. Partout autour du globe, les économies s’adaptent à la hausse des prix des matières premières. Le secteur de l’aviation fait face à l’augmentation des prix du kérosène, le carburant pour avions. En Afrique, les compagnies aériennes sont particulièrement vulnérables à cette hausse des prix. Résultat : l'addition pourrait être salée pour les voyageurs. En temps normal, 70 % du kérosène importé en Afrique transite par le détroit d'Ormuz selon l’agence S&P. Depuis son blocage, les négociants peinent à s'approvisionner. « Les raffineries saoudiennes ont joué un très grand rôle dans l'approvisionnement, surtout en Afrique australe », explique Verner Ayukegba, vice-président de la Chambre africaine de l’énergie. « On parle là du Kenya, de la Tanzanie ou de l'Ouganda, par exemple. Je discutais avec un collègue au Kenya qui me disait que les prix étaient à la hausse sur place. » L’Afrique australe n'est pas la seule région touchée, les zones enclavées, comme le Sahel, risquent également de voir les prix augmenter, en raison du manque d’infrastructures. « Il n’y a pas de stockage à long terme », souligne Verner Ayukegba. « Et sans stockage, vous êtes très vite affectés par une hausse des prix. La plupart des pays ont entre un et trois mois de réserves stratégiques. Si la situation dure encore quelques semaines, il y aura des pénuries. » À lire aussiGuerre au Moyen-Orient: au Nigeria et en Sierra Leone, la hausse du pétrole fait déjà grimper les prix à la pompe Vers une augmentation des prix des billets d'avion ? L’Afrique est donc plus exposée que d'autres régions du monde à la hausse des prix du kérosène. Les compagnies aériennes du continent sont aussi plus touchées, car le carburant représente une grande partie de leur coût d'exploitation. « Entre 40 et 50 % », explique Abderahmane Berthé, secrétaire général de l’African Airlines Association. « Alors que pour les compagnies européennes et américaines, ce taux se situe plutôt autour de 25-30 %. » Un coût d’exploitation plus élevé, mais aussi des finances fragiles, qui vont conduire à une « augmentation du prix des billets d’avion » selon Abderahmane Berthé. « Toute augmentation peut aussi avoir un impact sur le trafic, car par ricochet, les compagnies vont réduire des fréquences, voire supprimer certaines routes, ce qui va accentuer le problème de connectivité que l'on connaît déjà en Afrique. » À ce stade, il est difficile de prédire à quel point les billets d'avion vont augmenter. Les liaisons aériennes à faible trafic, celles où les compagnies ont le moins de marge, risquent d'être les plus touchées. À lire aussiComment rendre le transport aérien africain plus efficient?
RDC: à Kolwezi, des zones passent de l'extraction minière à la culture de maïs
La ville minière de Kolwezi en RDC importe chaque année plus de 100 000 tonnes de farine de maïs pour une valeur d'environ 30 millions de dollars. Pour tenter de réduire la dépendance, certaines coopératives minières se tournent désormais vers l'agriculture. Une initiative également motivée par l’inquiétude liée à la rareté des zones d’exploitation artisanale et à l’épuisement des gisements. Avec notre correspondante à Lubumbashi, Nous ne sommes pas sur un site minier mais dans un vaste champ à près de 20 km de la ville de Kolwezi. Les plants de maïs couvrent une superficie de 800 hectares. La culture est mécanisée mais des dizaines de travailleurs, parmi eux d'anciens mineurs, entretiennent ce champ. Manacé Kazadi, âgé de 22 ans, est l’un d’entre eux. « J’ai travaillé dans différentes carrières minières, j’ai bien sûr gagné de l’argent, mais je dépensais tout. Là, j’ai pris l’engagement de me reconvertir car un jour les mines vont s’épuiser », explique-t-il. La coopérative minière veut répondre aux besoins alimentaires À quelques mètres, une jeune dame supervise le travail. C’est Sarah Safi, agronome en charge de la production végétale : « Nous avons plusieurs hectares de maïs. On a aussi des choux pommés. On produit des tomates, des oignons. Tout cela peut contribuer à répondre aux besoins de la population de Kolwezi. » Répondre aux besoins alimentaires de la population de Kolwezi, voilà qui a motivé la coopérative minière du Katanga, Comakat, à monter ce projet. Avec les ressources financières provenant de la mine artisanale de Shabara où elle extrait du cuivre et du cobalt, la Comakat a investi près de deux millions de dollars dans ce projet. « Aujourd’hui, avec tout ce que nous avons comme mines, on n’arrive pas à résoudre le problème alimentaire. C’est paradoxal. Nous ne pouvons pas demeurer dépendants. Nous avons estimé qu’à ce jour, les mines peuvent être un secteur pourvoyeur de moyens et d’emplois pour nous permettre de résoudre les problèmes qui sont les nôtres », détaille Jacques Kaumba, l'initiateur. La production devrait couvrir près de 5 % des besoins Produire du maïs est un choix stratégique pour cette coopérative minière. La farine de maïs est l’aliment de base à Kolwezi et la demande locale est énorme. Selon les chercheurs en économie, la ville de Kolwezi consommerait près de 130 000 tonnes de maïs par an, dont plus de 90 % sont importées. Ce qui représente un marché d’environ 40 millions de dollars. Jeremie Kapend est un chercheur en économie basé à Kolwezi. « Cette initiative est à encourager. La production moyenne de maïs est extrêmement faible par rapport aux besoins. Elle couvre seulement 1 % des besoins, ce qui nécessite des importations massives. Normalement, le gouvernement provincial devrait accompagner ces acteurs qui se sont engagés dans l’agriculture parce que sans agriculture, nous ne pouvons rien faire », décrypte-t-il. Cette saison, la Comakat s'attend à une récolte de plus de 6 000 tonnes de maïs. Une production qui pourrait couvrir près de 5 % des besoins de la ville de Kolwezi.
Le boom des paris en ligne suscite la convoitise des États africains
Les jeux de paris en ligne sont de plus en plus prisés sur le continent africain – notamment le pari sportif. Cette tendance est tirée par le développement de la téléphonie mobile, des populations jeunes et de l’usage très important du mobile money. La valeur de ce marché est évaluée à 1,85 milliard de dollars en 2024, selon une étude du cabinet de conseil dans le secteur des jeux d'argent SCCG. Elle pourrait atteindre 2,36 milliards de dollars d’ici 2028. De nombreux États sujets à des problématiques budgétaires y voient une manne financière et tentent donc de réglementer et mieux taxer ce secteur. « Nous assistons actuellement à une certaine fièvre fiscale. De nombreux pays africains sont agressifs dans leur recherche de revenus pour combler les déficits budgétaires », constate Stephen Crystal, à la tête de SCCG Management, cabinet de conseil qui revendique avoir piloté plus de 3 milliards de dollars de projets dans le domaine des jeux d'argent. Il donne quelques exemples : « À partir du 1ᵉʳ janvier 2026, le Zimbabwe a officiellement augmenté sa taxe d'exploitation sur le revenu brut des jeux de 3% à 20%, tandis que la Gambie a mis en place une taxe stupéfiante de 50% sur les gains, la plus élevée du continent. » Le Gabon a également lancé une réforme du secteur. « La réforme qui a été prise sur les paris sportifs, c’est d’avoir un positionnement plus structurant où nous avons plus de contrôle sur ce qui effectivement transite par ces plateformes-là pour une juste fiscalité », explique Mark-Alexandre Doumba, le ministre de l’Économie numérique. À écouter dans Éco d'ici, éco d'ailleursMark-Alexandre Doumba, ministre gabonais de l'Économie numérique, grand invité de l'économie RFI / JA « Taxer sur une base exhaustive et juste » Pour un meilleur contrôle des États sur ce secteur en ligne, des opérateurs privés proposent des solutions. C’est le cas d’Afitech, déjà présent au Mali, au Sénégal et en Côte d’Ivoire. L'entreprise propose une plateforme qui sert d’intermédiaire entre les autorités et les opérateurs en ligne. « On est vraiment sur des ordres de grandeur de doublement, triplement des commissions et des taxes. Cela s'explique non pas par des actions marketing menées autour de la plateforme [mais par] l'exhaustivité que nous assurons. Nous pouvons permettre aux États de taxer sur une base exhaustive et juste, et permettre également d'appliquer les taux de commissions sur des bases également justes et exhaustives », promeut Abdoulaziz Ndao, le directeur technique d'Afitech. Attention cependant à ne pas asphyxier la poule aux œufs d’or, prévient Stephen Crystal : « Le principal défi ne réside pas seulement dans le taux d'imposition, mais aussi dans la fragmentation réglementaire et les pièges de la double imposition. Une fiscalité élevée, associée à un cadre réglementaire non simplifié, entraîne une fuite vers la clandestinité. Il en résulte un manque à gagner pour l'État et les joueurs se retrouvent privés de toute protection des consommateurs. » Une formalisation d’un secteur qui n’est par ailleurs pas du goût de tous les acteurs. Plusieurs acteurs témoignent des pressions subies. À lire aussiEn marge de la guerre au Moyen-Orient, la dérive des paris en ligne
Gabon: à Libreville, un nouveau bureau de la SFI pour viser les 400 millions d'investissements
La Société financière internationale (SFI), filiale du Groupe de la Banque mondiale dédiée au secteur privé dans les pays en développement, a ouvert le 4 mars 2026 son tout premier bureau au Gabon. Auparavant, les dossiers gabonais étaient pilotés depuis le Cameroun. L'augmentation du portefeuille client au Gabon a amené la SFI à se rapprocher du marché en ouvrant sur place son bureau. Une bonne nouvelle pour le Gabon et surtout pour les opérateurs économiques du secteur privé, dont certains peinent à trouver les financements adéquats pour leur développement. Avec notre correspondant à Libreville, Parmi les invités à la cérémonie du 4 mars, il y avait notamment Mohamed Reslan, patron de la CDG, une fonderie d'acier spécialisée dans la fabrication des fers à béton. L'entreprise a rapidement entamé des discussions avec la SFI pour financer un nouveau projet industriel visant le marché international : « On est en train de voir avec eux pour qu'ils puissent intervenir dans le financement d'un projet qui va faire 90% d'export de produit local. C'est un projet d'exportation pour 40-50 millions de dollars par an. » Également présent à la cérémonie, Loys Olympio, homme d'affaires dans le secteur de la santé. Il estime que l'arrivée de la SFI est une réelle opportunité. « On dit très souvent qu'il est difficile de trouver des financements au Gabon. Donc là, on a l'opportunité d'avoir d'autres types de financements, d'autres types d'accompagnements pour nous, les entrepreneurs. Ça nous rassure de voir qu'ils ont choisi de s'implanter au Gabon de manière durable », souligne l'entrepreneur. Libreville fait face à une sévère pénurie d'eau. L'État a confié au groupe français Euranove le pilotage d'un projet de construction d'une nouvelle usine d'eau. Armel Messan Sedji, qui travaille sur le projet, confirme des discussions en cours avec la SFI : « Nous avons entamé les discussions avec eux il y a quelques mois. Nous essayons de voir dans quelle mesure le projet que nous portons pour renforcer la capacité de production d'eau peut être accompagné par ce bailleur de fonds. » Énergie, infrastructures, mines... La SFI finance de nombreux secteurs Dahlia Khalifa, directrice de la SFI pour le Nigeria et l'Afrique centrale, qui a effectué le déplacement à Libreville, a rappelé à l'assistance les secteurs clefs financés par l'institution : « L'un des secteurs prioritaires est l'énergie, parce que l'énergie est la clef de toute chose. Il y a aussi en général les infrastructures, y compris le transport et l'industrialisation. Il y a également le secteur minier. Pas uniquement exporter les minerais bruts mais la transformation locale pour plus de plus-value et de création d'emplois au Gabon. » À lire aussiMakhtar Diop (SFI): «Développer des chaînes de valeur régionales en Afrique» Dans les coulisses, des murmures sur les conditions présumées rigides d'accès aux financements de la SFI ont été entendus. Dahlia Khalifa explique que la SFI n'est pas une « une banque classique ». « En tant que banque de développement, nous ne sommes pas focalisés uniquement sur le prêt d'argent. Nous faisons également de l'investissement actif et du renforcement des capacités. Nous soutenons les entreprises afin qu'elles puissent se développer pour l'avenir. Et nous disons que nous sommes des partenaires pour la vie », a-t-elle expliqué. La SFI finance déjà plusieurs projets au Gabon, notamment la construction d'un barrage hydroélectrique et la rénovation du chemin de fer transgabonais. Ces financements se chiffrent à 117 millions de dollars aujourd'hui. La SFI vise les 400 millions de dollars. À lire aussiCongo-Brazzaville: la SFI et Bank of Africa s'associent pour financer l'essor des PME
La diaspora représente-elle vraiment un levier économique pour l'Afrique?
Quel est le poids de la diaspora dans le développement local en Afrique ? Un Livre blanc de la diaspora vient d'être publié et donne les clés pour faire monter en compétences les villes africaines en matière de mobilisation des diasporas. Au-delà des transferts d'argent et des investissements directs, la diaspora africaine représente un levier économique majeur. Mais le manque de structure empêche souvent la bonne utilisation de ces fonds. La mobilisation de ces investissements peut passer par les villes. Selon le Livre blanc, c'est l'échelon local qui permettrait de structurer et d'orienter l'engagement des diasporas, souvent très ancrées dans leur territoire d'origine. Transport, tourisme, environnement : les diasporas peuvent jouer un rôle moteur en Afrique, selon les résultats de l'enquête menée par la société Diaspora Impact. Son directeur général, Samir Bouzidi, souligne plusieurs exemples concrets : « Il y a quand même quelques belles réalisations, notamment sur le Maroc. Un touriste sur trois est issu de la diaspora, envoyé dans des villes comme Rabat, Marrakech, etc. Sur Cotonou, il y a une diaspora qui se fixe de plus en plus dans le gouvernement. C'est un gouvernement qui est quand même très issu de la diaspora. Il ne s'agit pas d'appuyer sur un bouton et de dire ''venez développer votre ville''. Ça ne marche pas comme ça avec les diasporas. Vous voyez, il y a tout un travail. On ne peut pas tout faire avec une diaspora. Typiquement, on ne peut pas faire financer des infrastructures par une diaspora. » Un impact encore limité ? Principal regret de la diaspora : le manque de structure et d'accompagnement dans leurs envies de développement. Résultat : entre 3 et 10% seulement de ces transferts sont dédiés à de l'investissement productif. Pour l'essayiste Serge Eric Menye, auteur du livre Le mythe de la diaspora africaine, il ne faut pas compter sur les Africains de l'étranger pour construire les pays : « On présente les choses comme étant un phénomène massif. En réalité, non. Il y a très peu de diasporas concernées par l'avenir de l'Afrique. Parmi les diasporas, très peu sont impliquées. Très peu d'argent va vers l'Afrique et par rapport aux besoins, très peu de projets sont mis en place. » « Le record que l'Afrique a connu, c'était en 2023 pour les envois de fonds : 100 milliards (sic). Ça reste pas grand-chose pour 54 pays quand on veut vraiment se développer », poursuit-il. À lire aussiLa diaspora investit: au Cameroun, comment orienter les investisseurs de la diaspora? Des transferts d'argent qui jouent un rôle économique majeur Samir Bouzidi n'a pas la même analyse. Les transferts d'argent vers l'Afrique stagnent mais restent élevés. Selon lui, les diasporas se sont imposées comme des partenaires loyaux : « Factuellement, aujourd'hui, elles représentent une force collective des diasporas en Afrique. C'est entre 2 et 50% du PIB. Vous voyez, c'est le pétrole des pays qui n'ont pas de pétrole. Ça profite à 80 à 90% aux familles. Mais derrière les familles, c'est le commerce indépendant que font les familles. » Le défi reste de transformer ces transferts en investissements productifs, créateurs d'emplois. Comme au Kenya, où une start-up sur deux est financée par des membres de la diaspora. À lire aussiLa diaspora investit: au Burkina Faso, Raïssa et Stéphane explorent la filière du beurre de karité