
Les Poésies d’Héloïse
117 episodes — Page 2 of 3

S1 Ep 67Le petit Garçon du Train
Poésie de Héloïse Le petit garçon s’ennuie. Regarder le paysage, ce n’est pas amusant ; Lire, je n’aime pas, je préfère monter sur un âne ; Dessiner, je ne sais pas ; Aucun enfant ne veut jouer avec moi ; Ma grande sœur est sur son téléphone ; Mon Papa dort et ma Maman lit. Après avoir tant râlé, il s’est endormi.

S1 Ep 66Le Paresseux
Poème de Marc Antoine Girard de Saint-Amant Accablé de paresse et de mélancolie, Je rêve dans un lit où je suis fagoté, Comme un lièvre sans os qui dort dans un paté, Ou comme un Don Quichotte en sa morne folie. Là, sans me soucier des guerres d’Italie, Du comte Palatin, ni de sa royauté, Je consacre un bel hymne à cette oisiveté Où mon âme en langueur est comme ensevelie. Je trouve ce plaisir si doux et si charmant, Que je crois que les biens me viendront en dormant, Puisque je vois déjà s’en enfler ma bedaine, Et hais tant le travail, que, les yeux entrouverts, Une main hors des draps, cher Baudoin, à peine Ai-je pu me résoudre à t’écrire ces vers.

S1 Ep 65En Arles
Poème de Paul-Jean Toulet Dans Arles, où sont les Aliscamps, Quand l’ombre est rouge, sous les roses, Et clair le temps, Prends garde à la douceur des choses. Lorsque tu sens battre sans cause Ton coeur trop lourd ; Et que se taisent les colombes : Parle tout bas, si c’est d’amour, Au bord des tombes.

S1 Ep 64Le Printemps
Poème de Charles d’Orléans Le temps a laissé son manteau. De vent, de froidure et de pluie, Et s’est vêtu de broderie, De soleil luisant, clair et beau. Il n’y a bête, ni oiseau Qu’en son jargon ne chante ou crie : Le temps a laissé son manteau. Rivière, fontaine et ruisseau Portent en livrée jolie, Gouttes d’argent d’orfèvrerie, Chacun s’habille de nouveau : Le temps a laissé son manteau.

S1 Ep 63Plaisir d’Amour
Poème de Jean-Pierre Claris de Florian Plaisir d'amour ne dure qu'un moment, Chagrin d'amour dure toute la vie. J'ai tout quitté pour l'ingrate Sylvie, Elle me quitte et prend un autre amant. Plaisir d'amour ne dure qu'un moment, Chagrin d'amour dure toute la vie. Tant que cette eau coulera doucement Vers ce ruisseau qui borde la prairie, Je t'aimerai, me répétait Sylvie ; L'eau coule encor, elle a changé pourtant ! Plaisir d'amour ne dure qu'un moment, Chagrin d'amour dure toute la vie.

S1 Ep 62La Colombe et la Fourmi
Fable de La Fontaine L’autre exemple est tiré d’animaux plus petits. Le long d’un clair ruisseau buvait une Colombe, Quand sur l’eau se penchant une Fourmi y tombe. Et dans cet océan l’on eût vu la Fourmi S’efforcer, mais en vain, de regagner la rive. La Colombe aussitôt usa de charité : Un brin d’herbe dans l’eau par elle étant jeté, Ce fut un promontoire où la Fourmi arrive. Elle se sauve ; et là-dessus Passe un certain Croquant qui marchait les pieds nus. Ce Croquant, par hasard, avait une arbalète. Dès qu’il voit l’Oiseau de Vénus Il le croit en son pot, et déjà lui fait fête. Tandis qu’à le tuer mon Villageois s’apprête, La Fourmi le pique au talon. Le Vilain retourne la tête : La Colombe l’entend, part, et tire de long. Le soupé du Croquant avec elle s’envole : Point de Pigeon pour une obole.

S1 Ep 61La Mort de l’Automne
Poème de Jean Richepin Au vent du nord Qui le bâtonne, Le pauvre Automne Fuit sans remords. Le vent le mord, Lui, dans sa tonne Se pelotonne. L’Automne est mort. Et son glas tinte Comme une plainte Dans les derniers Refrains de fête, Adieu paniers ! Vendange est faite.

S1 Ep 60Le Liseron
Poème de Maurice Rollinat Le liseron est un calice Qui se balance à fleur de sol. L'éphémère y suspend son vol Et la coccinelle s'y glisse. Le champignon rugueux et lisse Parfois lui sert de parasol ; Le liseron est un calice Qui se balance à fleur de sol. Or, quand les champs sont au supplice, Brûlés par un ciel espagnol, Il tend toujours son petit bol Afin que l'averse l'emplisse : Le liseron est un calice.

S1 Ep 59Sensation
Poème de Arthur Rimbaud Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers, Picoté par les blés, fouler l’herbe menue : Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds. Je laisserai le vent baigner ma tête nue. Je ne parlerai pas, je ne penserai rien : Mais l’amour infini me montera dans l’âme, Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien, Par la Nature, – heureux comme avec une femme.

S1 Ep 58À Dos d’Éléphant
Poème de Victor Hugo Supposez Goliath mené par Myrmidon. Le cornac est tout jeune et la bête est énorme. Le palanquin tremblant par instant se déforme Et vous cahote au point de vous estropier Sous ses rideaux de cuir et son toit de papier. Un monstre n'a pas moins de roulis qu'un navire ; Comme un vaisseau chancelle un éléphant chavire, Et vous avez le mal de mer sur Béhémoth. Le cornac, nain pensif, conseille à demi-mot Le colosse, et le monstre écoute et ne se trompe Sur rien, ni sur le gué qu'il sonde avec sa trompe, Ni sur la route à suivre, et jamais l'éléphant N'a peur, pourvu qu'il soit conduit par un enfant.

S1 Ep 57J’ai dit à mon Cœur
Poème de Alfred de Musset J'ai dit à mon cœur, à mon faible cœur : N'est-ce point assez d'aimer sa maîtresse ? Et ne vois-tu pas que changer sans cesse, C'est perdre en désirs le temps du bonheur ? Il m'a répondu : Ce n'est point assez, Ce n'est point assez d'aimer sa maîtresse ; Et ne vois-tu pas que changer sans cesse Nous rend doux et chers les plaisirs passés ? J'ai dit à mon cœur, à mon faible cœur : N'est-ce point assez de tant de tristesse ? Et ne vois-tu pas que changer sans cesse, C'est à chaque pas trouver la douleur ? Il m'a répondu : Ce n'est point assez, Ce n'est point assez de tant de tristesse ; Et ne vois-tu pas que changer sans cesse Nous rend doux et chers les chagrins passés ?

S1 Ep 56La Neige tombe
Poésie de Jean Richepin Toute blanche dans la nuit brune La neige tombe en voletant, Ô pâquerettes ! Une à une Toutes blanches dans la nuit brune ! Qui donc là-haut plume la lune ? Ô frais duvet ! Flocons flottants ! Toute blanche dans la nuit brune La neige tombe en voletant. La neige tombe, monotone, Monotonement, par les cieux ; Dans le silence qui chantonne, La neige tombe monotone, Elle file, tisse, ourle et festonne Un suaire silencieux. La neige tombe, monotone, Monotonement par les cieux.

S1 Ep 55L’Avare
Extrait de Molière Au voleur! au voleur! à l’assassin! au meurtrier! Justice, juste Ciel! je suis perdu, je suis assassiné, on m’a coupé la gorge, on m’a dérobé mon argent. Qui peut-ce être? Qu’est-il devenu? Où est-il? Où se cache-t-il? Que ferai-je pour le trouver? Où courir? Où ne pas courir? N’est-il point là? N’est-il point ici? Qui est-ce? Arrête. Rends-moi mon argent, coquin. Ah! c’est moi. Mon esprit est troublé, et j’ignore où je suis, qui je suis, et ce que je fais. Hélas! mon pauvre argent, mon pauvre argent, mon cher ami! on m’a privé de toi ; et puisque tu m’es enlevé, j’ai perdu mon support, ma consolation, ma joie; tout est fini pour moi, et je n’ai plus que faire au monde : sans toi, il m’est impossible de vivre. C’en est fait, je n’en puis plus ; je me meurs, je suis mort, je suis enterré. N’y a-t-il personne qui veuille me ressusciter, en me rendant mon cher argent, ou en m’apprenant qui l’a pris? Euh? que dites-vous? Ce n’est personne. Il faut, qui que ce soit qui ait fait le coup, qu’avec beaucoup de soin on ait épié l’heure; et l’on a choisi justement le temps que je parlais à mon traître de fils. Sortons. Je veux aller quérir la justice, et faire donner la question à toute la maison: à servantes, à valets, à fils, à fille, et à moi aussi. Que de gens assemblés ! Je ne jette mes regards sur personne qui ne me donne des soupçons, et tout me semble mon voleur. Eh ! de quoi est-ce qu’on parle là? De celui qui m’a dérobé ? Quel bruit fait-on là-haut ? Est-ce mon voleur qui y est ? De grâce, si l’on sait des nouvelles de mon voleur, je supplie que l’on m’en dise. N’est-il point caché là parmi vous ? Ils me regardent tous, et se mettent à rire. Vous verrez qu’ils ont part sans doute au vol que l’on m’a fait. Allons vite, des commissaires, des archers, des prévôts, des juges, des gênes, des potences et des bourreaux. Je veux faire pendre tout le monde ; et si je ne retrouve mon argent, je me pendrai moi-même après.

S1 Ep 54Chanson sur l’Enfance
Poème de Peter Handke Quand l'enfant était un enfant, C'était le temps de ces questions : Pourquoi je suis moi et pourquoi pas toi ? Pourquoi je suis ici et pourquoi pas là ? Quand le temps a-t-il commencé et où se termine le monde ? La vie au soleil n'est-elle qu’un rêve ? Ce que je vois et entends et sens n’est-il que le reflet d’un monde devant le monde ? Est-ce que le mal existe vraiment et existe-t-il des gens, qui sont vraiment les méchants ? Comment se peut-il que moi, qui suis moi, avant que je n'existe, je n’existais pas, et qu'un jour moi, qui suis moi, je ne serai plus qui je suis ? Als das Kind Kind war, war es die Zeit der folgenden Fragen: Warum bin ich ich und warum nicht du? Warum bin ich hier und warum nicht dort? Wann begann die Zeit und wo endet der Raum? Ist das Leben unter der Sonne nicht bloß ein Traum? Ist was ich sehe und höre und rieche nicht bloß der Schein einer Welt vor der Welt? Gibt es tatsächlich das Böse und Leute, die wirklich die Bösen sind? Wie kann es sein, daß ich, der ich bin, bevor ich wurde, nicht war, und daß einmal ich, der ich bin, nicht mehr der ich bin, sein werde?

S1 Ep 53Le Ciel est, par dessus le Toit
Poème de Paul Verlaine Le ciel est, par-dessus le toit, Si bleu, si calme ! Un arbre, par-dessus le toit, Berce sa palme. La cloche, dans le ciel qu’on voit, Doucement tinte. Un oiseau sur l’arbre qu’on voit Chante sa plainte. Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là, Simple et tranquille. Cette paisible rumeur-là Vient de la ville. – Qu’as-tu fait, ô toi que voilà Pleurant sans cesse, Dis, qu’as-tu fait, toi que voilà, De ta jeunesse ?

S1 Ep 52Mes deux Filles
Poème de Victor Hugo Dans le frais clair-obscur du soir charmant qui tombe, L’une pareille au cygne et l’autre à la colombe, Belles, et toutes deux joyeuses, ô douceur ! Voyez, la grande sœur et la petite sœur Sont assises au seuil du jardin, et sur elles Un bouquet d’œillets blancs aux longues tiges frêles, Dans une urne de marbre agité par le vent, Se penche, et les regarde, immobile et vivant, Et frissonne dans l’ombre, et semble, au bord du vase, Un vol de papillons arrêté dans l’extase.

S1 Ep 51Une Allée du Luxembourg
Poème de Gérard de Nerval Elle a passé, la jeune fille Vive et preste comme un oiseau À la main une fleur qui brille, À la bouche un refrain nouveau. C’est peut-être la seule au monde Dont le cœur au mien répondrait, Qui venant dans ma nuit profonde D’un seul regard l’éclaircirait ! Mais non, ma jeunesse est finie... Adieu, doux rayon qui m’as lui, Parfum, jeune fille, harmonie... Le bonheur passait, il a fui !

S1 Ep 50La Courbe de tes Yeux fait le Tour de mon Cœur
Poème de Paul Eluard La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur, Un rond de danse et de douceur, Auréole du temps, berceau nocturne et sûr, Et si je ne sais plus tout ce que j’ai vécu C’est que tes yeux ne m’ont pas toujours vu. Feuilles de jour et mousse de rosée, Roseaux du vent, sourires parfumés, Ailes couvrant le monde de lumière, Bateaux chargés du ciel et de la mer, Chasseurs des bruits et sources des couleurs, Parfums éclos d’une couvée d’aurores Qui gît toujours sur la paille des astres, Comme le jour dépend de l’innocence Le monde entier dépend de tes yeux purs Et tout mon sang coule dans leurs regards

S1 Ep 49L’Automne
Poème de Guillaume Apollinaire Dans le brouillard s’en vont un paysan cagneux Et son boeuf lentement dans le brouillard d’automne Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux Et s’en allant là-bas le paysan chantonne Une chanson d’amour et d’infidélité Qui parle d’une bague et d’un coeur que l’on brise Oh! l’automne l’automne a fait mourir l’été Dans le brouillard s’en vont deux silhouettes grises

S1 Ep 48Les Saltimbanques
Poème de Guillaume Apollinaire Dans la plaine les baladins S’éloignent au long des jardins Devant l’huis des auberges grises Par les villages sans églises. Et les enfants s’en vont devant Les autres suivent en rêvant Chaque arbre fruitier se résigne Quand de très loin ils lui font signe. Ils ont des poids ronds ou carrés Des tambours, des cerceaux dorés L’ours et le singe, animaux sages Quêtent des sous sur leur passage.

S1 Ep 47Demain, dès l’aube…
Poème de Victor Hugo Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends. J’irai par la forêt, j’irai par la montagne. Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées, Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit, Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées, Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit. Je ne regarderai ni l’or du soir qui tombe, Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur, Et quand j’arriverai, je mettrai sur ta tombe Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

S1 Ep 46Que sont mes Amis devenus
Poème de Rutebeuf Les maux ne savent seuls venir ; Tout ce qui m’était à venir m’est advenu. Que sont mes amis devenus Que j'avais de si près tenus Et tant aimé ? Je crois qu'ils sont trop clairsemés; Ils ne furent pas bien semés : Ils m’ont failli. De tels amis m'ont bien trahi Lorsque Dieu m'a assailli De tous côtés, N'en vis un seul en mon logis Le vent,je crois, me les a pris. L'amour est morte : Ce sont amis que vent emporte, Et il ventait devant ma porte, Les emporta...

S1 Ep 45Tristesse
Poème de Alfred de Musset J'ai perdu ma force et ma vie, Et mes amis et ma gaieté ; J'ai perdu jusqu'à la fierté Qui faisait croire à mon génie. Quand j'ai connu la Vérité, J'ai cru que c'était une amie ; Quand je l'ai comprise et sentie, J'en étais déjà dégoûté. Et pourtant elle est éternelle, Et ceux qui se sont passés d'elle Ici-bas ont tout ignoré. Dieu parle, il faut qu'on lui réponde. Le seul bien qui me reste au monde Est d'avoir quelquefois pleuré.

S1 Ep 44Grammaire
Poésie de Philippe Soupault Peut-être et toujours peut-être adverbes que vous m’ennuyez avec vos presque et presque pas quand fleurissent les apostrophes Et vous points et virgules qui grouillez dans les viviers où nagent les subjonctifs je vous empaquette vous ficelle Soyez maudits paragraphes pour que les prophéties s’accomplissent bâtards honteux des grammairiens et mauvais joueurs de syntaxe Sucez vos impératifs et laissez-nous dormir une bonne fois c’est la nuit et la canicule

S1 Ep 43La Tirade du Nez, Cyrano de Bergerac
Extrait de l’œuvre de Edmond Rostand Ah ! non ! c’est un peu court, jeune homme ! On pouvait dire… Oh ! Dieu ! … bien des choses en somme… En variant le ton, – par exemple, tenez : Agressif : « Moi, monsieur, si j’avais un tel nez, Il faudrait sur-le-champ que je me l’amputasse ! » Amical : « Mais il doit tremper dans votre tasse Pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! » Descriptif : « C’est un roc ! … c’est un pic ! … c’est un cap ! Que dis-je, c’est un cap ? … C’est une péninsule ! » Curieux : « De quoi sert cette oblongue capsule ? D’écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ? » Gracieux : « Aimez-vous à ce point les oiseaux Que paternellement vous vous préoccupâtes De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? » Truculent : « Ça, monsieur, lorsque vous pétunez, La vapeur du tabac vous sort-elle du nez Sans qu’un voisin ne crie au feu de cheminée ? » Prévenant : « Gardez-vous, votre tête entraînée Par ce poids, de tomber en avant sur le sol ! » Tendre : « Faites-lui faire un petit parasol De peur que sa couleur au soleil ne se fane ! » Pédant : « L’animal seul, monsieur, qu’Aristophane Appelle Hippocampéléphantocamélos Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d’os ! » Cavalier : « Quoi, l’ami, ce croc est à la mode ? Pour pendre son chapeau, c’est vraiment très commode ! » Emphatique : « Aucun vent ne peut, nez magistral, T’enrhumer tout entier, excepté le mistral ! » Dramatique : « C’est la Mer Rouge quand il saigne ! » Admiratif : « Pour un parfumeur, quelle enseigne ! » Lyrique : « Est-ce une conque, êtes-vous un triton ? » Naïf : « Ce monument, quand le visite-t-on ? » Respectueux : « Souffrez, monsieur, qu’on vous salue, C’est là ce qui s’appelle avoir pignon sur rue ! » Campagnard : « Hé, ardé ! C’est-y un nez ? Nanain ! C’est queuqu’navet géant ou ben queuqu’melon nain ! » Militaire : « Pointez contre cavalerie ! » Pratique : « Voulez-vous le mettre en loterie ? Assurément, monsieur, ce sera le gros lot ! » Enfin parodiant Pyrame en un sanglot : « Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître A détruit l’harmonie ! Il en rougit, le traître ! » – Voilà ce qu’à peu près, mon cher, vous m’auriez dit Si vous aviez un peu de lettres et d’esprit Mais d’esprit, ô le plus lamentable des êtres, Vous n’en eûtes jamais un atome, et de lettres Vous n’avez que les trois qui forment le mot : sot ! Eussiez-vous eu, d’ailleurs, l’invention qu’il faut Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries, me servir toutes ces folles plaisanteries, Que vous n’en eussiez pas articulé le quart De la moitié du commencement d’une, car Je me les sers moi-même, avec assez de verve, Mais je ne permets pas qu’un autre me les serve.

S1 Ep 42L’Orphelin
Poésie d’Héloïse & Hortense Au clair de lune, un orphelin dormait. Au clair de lune, le pauvre enfant rêvait Que le soleil jamais ne se couchait. Il était triste car, pour lui, La nuit est le seul moment Où il n’est pas malheureux. - Ô monsieur le soleil, pourquoi ne vous couchez-vous pas ? - Ô mon petit enfant, je ne me coucherai que quand tu auras des parents.

S1 Ep 41Le Jardin
Poème de Jacques Prévert Des milliers et des milliers d'années Ne sauraient suffire Pour dire La petite seconde d'éternité Où tu m'as embrassé Où je t'ai embrassée Un matin dans la lumière de l'hiver Au parc Montsouris à Paris À Paris Sur la terre La terre qui est un astre.

S1 Ep 40Il a neigé
Poésie de Maurice Carême Il a neigé dans l'aube rose Si doucement neigé, Que le chaton noir croit rêver. C'est à peine s'il ose Marcher. Il a neigé dans l'aube rose Si doucement neigé, Que les choses Semblent avoir changé. Et le chaton noir n'ose S'aventurer dans le verger, Se sentant soudain étranger A cette blancheur où se posent, Comme pour le narguer, Des moineaux effrontés.

S1 Ep 39Green
Poème de Paul Verlaine Voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches Et puis voici mon coeur qui ne bat que pour vous. Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches Et qu'à vos yeux si beaux l'humble présent soit doux. J'arrive tout couvert encore de rosée Que le vent du matin vient glacer à mon front. Souffrez que ma fatigue à vos pieds reposée Rêve des chers instants qui la délasseront. Sur votre jeune sein laissez rouler ma tête Toute sonore encore de vos derniers baisers ; Laissez-la s'apaiser de la bonne tempête, Et que je dorme un peu puisque vous reposez.

S1 Ep 38Les Roses de Saadi
Poème de Marceline Desbordes-Valmore J'ai voulu ce matin te rapporter des roses ; Mais j'en avais tant pris dans mes ceintures closes Que les noeuds trop serrés n'ont pu les contenir. Les noeuds ont éclaté. Les roses envolées Dans le vent, à la mer s'en sont toutes allées. Elles ont suivi l'eau pour ne plus revenir ; La vague en a paru rouge et comme enflammée. Ce soir, ma robe encore en est tout embaumée... Respires-en sur moi l'odorant souvenir.

S1 Ep 37Les belles Familles
Poème de Jacques Prévert Louis I Louis II Louis III Louis IV Louis V Louis VI Louis VII Louis VIII Louis IX Louis X (dit le Hutin) Louis XI Louis XII Louis XIII Louis XIV Louis XV Louis XVI Louis XVII Louis XVIII et plus personne plus rien… qu'est-ce que c'est que ces gens-là qui ne sont pas foutus de compter jusqu'à vingt ?

S1 Ep 36L’écureuil et la Feuille
Poésie de Maurice Carême Un écureuil, sur la bruyère, Se lave avec de la lumière. Une feuille morte descend, Doucement portée par le vent. Et le vent balance la feuille Juste au-dessus de l’écureuil ; Le vent attend, pour la poser Légèrement sur la bruyère, Que l’écureuil soit remonté Sur le chêne de la clairière Où il aime à se balancer Comme une feuille de lumière.

S1 Ep 35La Bise
Poème de Maurice Carême « Ce sont des feuilles mortes » Disaient les feuilles mortes Voyant des papillons S'envoler d'un buisson. « Ce sont des papillons », Disaient les papillons Voyant des feuilles mortes Errer de porte en porte. Mais la bise riait Qui déjà les chassait Ensemble vers la mer.

S1 Ep 34On dirait
Poème de Maurice Carême On dirait qu’on entend Pleuvoir le temps Usant les vieilles pierres De la rivière, On dirait qu’on entend Pleuvoir les ans Qu’emportent doucement Les eaux du temps.

S1 Ep 33Marine
Poème d’Arthur Rimbaud Les chars d'argent et de cuivre Les proues d'acier et d'argent Battent l'écume, Soulèvent les souches des ronces. Les courants de la lande, Et les ornières immenses du reflux, Filent circulairement vers l'est, Vers les piliers de la forêt, Vers les fûts de la jetée, Dont l'angle est heurté par des tourbillons de lumière.

S1 Ep 32Marine
Poème de Paul Verlaine L'Océan sonore Palpite sous l'œil De la lune en deuil Et palpite encore, Tandis qu'un éclair Brutal et sinistre Fend le ciel de bistre D'un long zigzag clair, Et que chaque lame, En bonds convulsifs, Le long des récifs Va, vient, luit et clame, Et qu'au firmament, Où l'ouragan erre, Rugit le tonnerre Formidablement.

S1 Ep 31La petite Maison
Poésie de Maurice Carême La petite maison A des volets tout bleus, Des roses sur le front, Du ciel dans les cheveux. Ne lui demandez rien Si ce n’est un tarin. Elle en a toujours un Dans son menu jardin. Que peut-elle vous dire Sinon qu’il fait bon vivre, Qu’il suffit d’un peu d’ombre Au pied d’un mur chaulé Pour qu’une fourmi blonde Y fasse luire un monde.

S1 Ep 30Homonymes
Poésie de Maurice Carême Il y a le vert du cerfeuil Et il y a le ver de terre. Il y a l’endroit et l’envers, L’amoureux qui écrit en vers, Le verre d’eau plein de lumière, La fine pantoufle de vair Et il y a moi, tête en l’air, Qui dit toujours tout de travers.

S1 Ep 29Si mon Père était un Ourson
Poésie de Maurice Carême Si mon père était un ourson, Ma tante Alice un gros pigeon, Si mon oncle était un trapèze, Ma sœur Anne, un bâton de chaise, Si ma marraine était un mât, Mon grand frère, un œuf sur le plat, Et l’école, une vieille cruche, Je ne sais pas comment irait Le monde étroit que je connais, Mais je rirais, ah, je rirais À faire sauter les volets.

S1 Ep 28Le Chat et le Soleil
Poésie de Maurice Carême Le chat ouvrit les yeux, Le soleil y entra. Le chat ferma les yeux, Le soleil y resta. Voilà pourquoi, le soir Quand le chat se réveille, J'aperçois dans le noir Deux morceaux de soleil.

S1 Ep 27Mes Grands-Parents
Poésie d’Héloïse Mes Grands-Parents, je les aime. Deux j’ai perdus mais ce n’est pas pour ça que je ne vivrai plus. Heureusement, deux j’ai toujours et les autres sont dans mon cœur pour toujours. À Carole et Ito. Pour Nanou et Papé.

S1 Ep 26Mon petit Lapin
Poésie de Maurice Carême Mon petit lapin N'a plus de chagrin. Depuis le matin, Il fait de grands sauts Au fond du jardin. Mon petit lapin N'a plus de chagrin. Il parle aux oiseaux Et il rit tout haut Dans l'ache et le thym. Mon petit lapin N'a plus de chagrin. Le voisin d'en face A vendu ses chiens, Ses trois chiens de chasse.

S1 Ep 25Liberté
Poème de Maurice Carême Prenez du soleil Dans le creux des mains, Un peu de soleil Et partez au loin ! Partez dans le vent, Suivez votre rêve ; Partez à l'instant, la jeunesse est brève ! Il est des chemins Inconnus des hommes, Il est des chemins Si aériens ! Ne regrettez pas Ce que vous quittez. Regardez, là-bas, L'horizon briller. Loin, toujours plus loin, Partez en chantant ! Le monde appartient À ceux qui n'ont rien.

S1 Ep 24Le Printemps reviendra
Poésie de Maurice Carême Hé oui, je sais bien qu'il fait froid, Que le ciel est tout de travers ; Je sais que ni la primevère Ni l'agneau ne sont encore là. La terre tourne ; il reviendra, Le printemps, sur son cheval vert. Que ferait le bois sans pivert, Le petit jardin sans lilas ? Oui, tout passe, même l'hiver, Je le sais par mon petit doigt Que je garde toujours en l'air...

S1 Ep 23Le Crapeau
Poésie de Robert Desnos Sur les bords de la Marne Un crapaud il y a Qui pleure à chaudes larmes Sous un acacia. - Dis-moi pourquoi tu pleures Mon joli crapaud ? - C’est que j’ai le malheur De n’être pas beau. Sur les bords de la Seine Un crapaud il y a Qui chante à perdre haleine Dans son charabia. - Dis-moi pourquoi tu chantes Mon vilain crapaud ? - Je chante à voix plaisante, Car je suis très beau, Des bords de la Marne aux bords de la Seine Avec les sirènes.

S1 Ep 22Le petit Chaperon rouge
Poésie de Maurice Carême Chaperon rouge est en voyage, Ont dit les noisetiers tout bas. Loup aux aguets sous le feuillage, N'attendez plus au coin du bois. Plus ne cherra la bobinette Lorsque, d’une main qui tremblait, Elle tirait la chevillette En tendant déjà son bouquet. Mère-grand n’est plus au village. On l’a conduite à l'hôpital Où la fièvre, dans un mirage, Lui montre son clocher natal. Et chaperon rouge regrette, Le nez sur la vitre du train, Les papillons bleus, les fleurettes Et le loup qui parlait si bien.

S1 Ep 21Chanson de Grand-Père
Poésie de Victor Hugo Dansez, les petites filles, Toutes en rond. En vous voyant si gentilles, Les bois riront. Dansez, les petites reines, Toutes en rond. Les amoureux sous les frênes S'embrasseront. Dansez, les petites folles, Toutes en rond. Les bouquins dans les écoles Bougonneront. Dansez, les petites belles, Toutes en rond. Les oiseaux avec leurs ailes Applaudiront. Dansez, les petites fées, Toutes en rond. Dansez, de bleuets coiffées, L'aurore au front. Dansez, les petites femmes, Toutes en rond. Les messieurs diront aux dames Ce qu'ils voudront.

S1 Ep 20La Trompe de l’Éléphant
Poésie d’Alain Bosquet La trompe de l’éléphant, c’est pour ramasser les pistaches : pas besoin de se baisser. Le cou de la girafe, c’est pour brouter les astres : pas besoin de voler. La peau du caméléon, verte, bleue, mauve, blanche, selon sa volonté, c’est pour se cacher des animaux voraces : pas besoin de fuir. La carapace de la tortue, c’est pour dormir à l’intérieur, même l’hiver : pas besoin de maison. Le poème du poète, c’est pour dire tout cela et mille et mille et mille autres choses : pas besoin de comprendre.

S1 Ep 19Le Crocodile
Poésie de Jacques Roubaud Le crocodile n'a qu'une idée il voudrait dévorer Odile qui habite près de son domicile elle est tendre et dodue à souhait Le crocodile est obsédé « Ça devrait pas être difficile, pense-t-il, d'attraper cette fille » (il emploie la méthode Coué) Mais Odile qui n'est pas sotte ne s'approche pas de la flotte elle se promène sur la grève mangeant des beignets de banane au mil et c'est seulement dans ses rêves que le crocodile croque Odile.

S1 Ep 18Locataires
Poésie de Jean-Luc Moreau J’ai dans mon cartable (C’est épouvantable !) Un alligator Qui s’appelle Hector J’ai dans ma valise (Ça me terrorise !) Un éléphant blanc Du nom de Roland J’ai dans mon armoire (Mon Dieu, quelle histoire !) Un diplodocus Nommé Spartacus Mais pour moi le pire, C’est sous mon chapeau D’avoir un vampire Logé dans ma peau.